Phoenix dactylifera

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Le Palmier dattier ou Dattier (Phoenix dactylifera L.) est une plante monocotylédone de la famille des Arécacées (Palmiers) et de la sous-famille des Coryphoideae, largement cultivé d'abord pour ses fruits : les dattes. Dans l'agriculture d'oasis saharienne, c'est la plante (qui n'est pas un arbre à proprement parler) qui domine la strate arborée des arbres fruitiers qui poussent à son ombre et qui, eux-mêmes, couvrent cultures maraîchères, fourragères, voire céréalières. A priori, on ne connaît pas cette espèce à l'état spontané (sauvage), mais sub-spontané (échappée de culture).

Cette plante monocotylédone n'est pas un arbre, au sens botanique, car elle ne produit pas de vrai bois. C'est donc abusivement que le terme d'arbre est utilisé pour parler d'un dattier. Toutefois ce palmier constitue souvent une des strates arborées dans son milieu.

Description[modifier | modifier le code]

Dattes

Le palmier dattier est un grand palmier de 15 à 30 m de haut, au stipe (simili-tronc) cylindrique, portant une couronne de feuilles (les palmes).

Les feuilles sont pennées, finement divisées et longues de 4 à 7 mètres.

L'espèce est dioïque : les fleurs mâles et femelles sont portées par des individus différents. Les inflorescences mâles ou femelles, appelées spadices, sont enveloppées d’une très grande bractée membraneuse, la spathe. Les fleurs femelles ont trois carpelles indépendants, dont un seul se développe pour former la datte. Du fait de la longueur de la phase végétative du palmier, on ne peut connaître le sexe d'un plant qu'après 6 à 8 ans.

Les fruits sont appelés dattes et sont groupés en régimes : ce sont des baies, à chair sucrée entourant un « noyau » osseux qui est en fait la graine.

Culture[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Phœniciculture.

La culture du palmier dattier est appelée phœniciculture. Phoenix dactylifera résiste bien au froid (jusqu'à -12 °C) comme à la sécheresse.

C'est un grand palmier, qui pousse vite s'il est bien arrosé. Idéalement, il prospère en situation désertique aride, à condition d'avoir suffisamment d'eau à disposition. Malgré tout, il est assez présent, pour raison ornementale, sur la Côte d'Azur et un peu sur la façade atlantique française, où il se montre parfaitement rustique. En revanche, il ne faut pas espérer de récolte de dattes en France, car il faut beaucoup de chaleur et d'ensoleillement pour la maturation des fruits (sauf dans des situations exceptionnellement favorables comme à Avignon par exemple).

La pollinisation devrait se faire normalement par le vent (anémophilie, son pollen s'y prête), cependant en culture, le nombre volontairement (par l'Homme) réduit de palmiers mâles (dans les oasis algériennes ou tunisiennes, où ils sont appelés dhokkars, on en compte souvent un pour 100 pieds femelles) oblige à pratiquer une pollinisation artificielle, à la main.

La propagation des palmiers dattiers se fait par clonage : soit traditionnellement, par prélèvement de drageons ou rejets (qu'on appelle souvent en arabe djebbar ou ghars en Afrique du Nord), soit plus récemment par culture in vitro, afin de conserver les cultivars choisis. En effet, le simple semis d'un palmier ne permettrait ni de retrouver les qualités (gustatives du fruit notamment) d'origine, ni d'être certain de son sexe (et seuls les pieds femelles sont choisis pour être multipliés, car porteurs de fruits). Cela dit, le semis est très facile et souvent involontaire et peut, dans de rares cas, être à l'origine d'un palmier dattier femelle intéressant qui sera retenu, et reproduit, devant ainsi un nouveau cultivar. Les pieds mâles fleurissent 3 à 5 ans après le semis, les femelles 6 à 10 ans après. Dans les oasis traditionnelles en Afrique du Nord, les agriculteurs oasiens continuent à sélectionner à partir des populations de semis qui ont germé au hasard des variétés nouvelles qui seront ensuite multipliées par clonage : l'enrichissement des collections de clones ou cultivars se poursuit. Dans ces zones (Mzab, Gourara en Algérie, Jérid en Tunisie, etc., mais en fait, un peu partout où la phœniciculture existe), ce processus de sélection paysanne offre de nouveaux cultivars qui sont nommés, et donc aussi des noms vernaculaires à ces variétés de palmiers[1].

Origine et distribution[modifier | modifier le code]

Le dattier cultivé est connu depuis la plus haute Antiquité. Son origine serait située dans l'Ouest de l'Inde ou dans la région du golfe Persique. Il est répandu dans toutes les zones chaudes d'Afrique du Nord, le Sahara, depuis l'Atlantique jusqu'à la mer Rouge, ainsi qu'au Moyen-Orient et vers l'est jusqu'à l'Indus. La sexualité du dattier était connue des Assyriens et des Chaldéens qui savaient détruire les quelques pieds mâles d'une oasis afin d'affamer leur ennemi[réf. nécessaire].

Sa zone de prédilection se situe entre le 15e et 30e degré de latitude nord. Plus au nord, il peut être cultivé, mais ne fructifie pas ou donne des fruits médiocres (c'est le cas de la palmeraie d'Elche en Espagne, par exemple ou de ce qu'il reste de celle de Bordighera près de San Remo en Italie).

Il a été introduit dans les cinq continents, en particulier en Amérique à partir du XVIe siècle et en Australie au XIXe siècle. Il est l'objet de cultures commerciales en Afrique du Nord, au Moyen-Orient et aux États-Unis (Californie et Arizona principalement).

Variétés[modifier | modifier le code]

La notion de « variété » est à utiliser avec précaution pour les palmiers dattiers. Il s'agit plus de cultivars qui par usage commercial ont reçu le vocable de variétés. Il existe des milliers de cultivars (qui sont en fait des clones) à identifier avec précaution.

Les différentes variétés sont généralement classées selon la texture et la consistance des fruits à maturité en deux grands groupes : les dattes sèches et les dattes molles. Les dattes intermédiaires en demis sèches ou demi-molles

En Tunisie, on compte plus de 300 variétés[2],[3].

En Algérie, plus de 1160 cultivars sont recensés. Deglet Noor, Ghars, Degla Beydha, Tilemsu/Hmiira, Tinnaser, Tigazza, Tazerzayet, Taqerbuch, sont très répondus. Il existe bien d'autres caractérisant chaque région comme Seb'a Bedra', Aggaz, Cheykh Mhammed, 'Aabbad, Daglat Talmiin, 'Adam Figiig, Mahdi, Wargliyyah etc.

Au Maroc, on compte près de 150 variétés comme Bu-feggus, Bu Yittob, Bu-su'ayr, Bu-sehamî, Jhayl et Bu-skrî. Bou-su'ayr est le moins apprécié, il ne coûte que 0,50 € à la récolte. Les autres dattes varient entre 1 et 4 € le kilogramme à la récolte. Le cultivar Bou-shamî est typiquement de Zagora. Ses petits fruits sont noirs à maturité et d'un gout très sucré. Le cultivar Bu-Yittob donne des dattes très grande et large. Bou-Skrî a de long fruits sucrés. Jhayl, qui est, comme son nom l'indique, très abondant. Bu-Feggus est le plus apprécié.

Parmi les dattes molles, les plus appréciées, la variété la plus connue est la Deglet noor, quasiment la seule commercialisée en France.

Avant la cueillette à Tolga (Algérie)

Inventaire des cultivars[modifier | modifier le code]

Pour inventorier les cultivars du dattier, les variétés cultivées dans les oasis sont identifiées par des appellations vernaculaires. Les caractères morphologiques du palmier adulte et surtout des fruits sont les critères habituellement utilisés pour distinguer les variétés. Les efforts de caractérisation sont hétérogènes d'un pays à un autre. Aujourd'hui, sur la base d'une proposition maghrébine, Bioversity International a édité les descripteurs du palmier dattier, ce qui permettra de décrire les variétés selon un standard commun. Il est évidemment possible de facilement caractériser ces « variétés » par analyse génétique, puisque ce sont des clones (donc identité génétique).

En plus des cultivars identifiés, il existe dans les oasis des palmiers la catégorie intermédiaire des palmiers multipliés issus de « francs » – issus de semis, qui n'ont donc pas les mêmes caractéristiques que les cultivars connus–, et qui sont récemment sélectionnés mais non identifiés par des appellations (voir le cas dans l'oasis de Siwa[4]). Cette catégorie est très riche en diversité et représente 1 à 10 % au moins du nombre total de palmiers dans une palmeraie. Ils sont le plus souvent connus sous les vocables qui les désignent comme des catégories particulières : on y trouve selon les régions les appellation : Khalt, Ighess, Noya, Aghemmu, A'dam, Dguel, Degla, etc. Les palmiers mâles sont souvent appelés dokkars ou dhokkars sans distinction comme les autres francs femelles issus de graines.

À force de généraliser la culture de variétés dites meilleures ou de bonne qualité ou encore d'exportation, le plus grand nombre de variétés et surtout de francs et de palmiers mâles (dokkars) sont soumis à une érosion dramatique.

En Algérie, plus de 50 % des palmiers cultivés sont du cultivar Deglet Noor, bien qu'il existe d'autres cultivars mieux adaptés, plus résistants à la sécheresse et aux maladies, et encore plus productifs ou plus précoces.

L'une des dattes les plus grosses est Daglat Talmiin . L'une des plus précoces est Cheikh Mhammed ou Wargliyyah/Ferranah (maturité  : juin). La datte la plus longe est celle de la variété dite Seb'a Bedra' (>7 cm). L'une des variétés résistantes au Bayoud (fusariose) est la Taqerbucht bien que d'autres sont supposées l'être comme Tiwraghin, 'Adama Figig, Akerbuch, Takermust.

Utilisation[modifier | modifier le code]

Le palmier dattier fournit des fruits, très énergétiques, mais bien d'autres choses. Plus de 130 usages sont identifiés auprès des populations oasiennes :

  • ses dattes servent à la production de miel de datte (Rob), de vinaigre et de boissons alcoolisées ou non (dans certains pays d’Afrique du Nord, le palmier dattier est utilisé pour extraire le legmi de son stipe (simili-tronc), en incisant le bourgeon terminal de la plante et en récupérant la sève, un peu à la manière de l'eau d'érable Amérique du Nord) ;
  • son « bois » est précieux, tant comme combustible que comme bois d'œuvre, dans des régions où les arbres sont très rares ;
  • ses feuilles (palmes) fournissent une matière première pour la fabrication de divers objets de vannerie. Entières, elles sont utilisées pour couvrir les toits ou fixer les dunes (afreg). Le rachis sert pour la confection des articles de meubles. Les bases des pétioles (kornaf) sont utilisées dans la construction ou dans des travaux artistiques d'ébénisterie (à Metlili, à côté de Ghardaia, par exemple) ;
  • le bourgeon terminal, comme pour beaucoup de palmiers, peut être consommé comme chou palmiste ;
  • les épines de ses palmes sont utilisées comme porte-brochettes et aussi comme épingles dans le métier à tisser. Parfois certains nomades chasseurs l'utilisent pour fabriquer des pièges pour capturer des gazelles, des fennecs et des mouflons ;
  • il est aussi souvent employé comme « arbre » d'ornement.

Maladies[modifier | modifier le code]

Symbolique du palmier dattier[modifier | modifier le code]

Dans l'ancienne Égypte, le palmier dattier croissait sur les bords du Nil en abondance. La palme servait à différents usages et particulièrement utilisé comme calendrier, chaque pousse apparaissant précisément chaque mois de 30 jours. Le nombre 8 régit par le dieu Thot était particulièrement important pour la civilisation de l’Égypte Antique, les Anciens Égyptiens se servait de ce nombre issu de l'Ordre Cosmique en rapport avec l'Ogdoade. Ainsi en multipliant 8 par 45 on obtient 360 qui équivaut à la symbolique d'un cercle dont la forme circulaire est en corrélation avec la forme du Soleil et de la Lune mais aussi avec la notion de cycle. Lorsque la Palme atteignait 3 m 60 ou 8 petites coudées égyptiennes de 45 cm,les Anciens Égyptiens arrachaient les pousses de la palme et à la place de la pousse, ils taillaient une encoche, afin que cette palme devenue instrument de mesures soit plus maniable pour les mesures des mouvement lunaires. Cette graduation naturelle permettait entre autre aux femmes égyptiennes de gérer leurs menstruations. La parèdre de Thoth,Seshat la déesse de l'Astronomie, de l'architecture et des mathématiques est représentée sur le Temple de Louxor, tenant un bâton de palmier entaillé pour marquer le passage du temps et des événements. La palme de Sheshat est entaillée par 120 encoches qui correspondaient à chaque jour d'une des 3 saisons égyptiennes, ainsi il fallait 3 palmes de 8 petites coudées pour mesurer une année nilotique du Calendrier de l'Égypte antique. Le nombre 3 étant aussi un nombre sacré, il s'explique par la multiplication de 8 petites coudées, qui correspondent aux 24 heures d'une journée. Ainsi, la palme avait diverses usages pour diverses mesures[5].

Chez les Grecs anciens et les Romains, la palme était le symbole de la victoire et décernée aux guerriers victorieux comme aux vainqueurs des épreuves sportives. En France, la feuille du palmier, ou palme, symbolise une décoration : on parle des palmes académiques

Dans le judaïsme, la feuille du palmier est utilisée lors de la fête de Souccot, à la fois pour mettre sur le toit de la Soucca, et comme composant des Quatre espèces.

Dans la bible, on trouve en particulier ce verset : "Le juste poussera comme le palmier, il croîtra comme le cèdre du Liban." (Psaume 92, 12). Le Maguid de Mezritch explique ainsi ce verset : Il y a deux Sortes de Justes. Les uns portent des fruits qui profitent à l'humanité, comme le palmier, les autres étudient égoïstement pour eux-mêmes. Ils sont orgueilleux et stériles comme le cèdre.

En islam, le palmier dattier est un « arbre » cité dans la parabole du croyant en raison de la généralité de son utilité, de sa longévité et la diversité de ses avantages. D’après Ibn Omar, Mahomet a dit : « Il y a parmi les arbres un dont les feuilles ne tombent pas. Il est comme le musulman… C’est le dattier, dit-il » (Rapporté par Boukhari, 60).

Espèces voisines[modifier | modifier le code]

Semis et germination[modifier | modifier le code]

Les noyaux de dattes de Phoenix dactylifera germent facilement dans du terreau, un peu plus facilement s'ils ont été auparavant placées dans de l'eau tiède 24h. Un pot assez profond, plus haut que large est nécessaire, car la plantule développe une racine pivot avant de produire sa première pousse aérienne. La germination peut être très longue (jusqu'à six mois et plus), mais en général elle se produit deux mois après la mise en terre. Le noyau peut aussi être placé dans un endroit relativement chaud (radiateur, cheminée) sur du coton maintenu humide. Il germe ainsi en quelques semaines. Quand la racine atteint entre 5 à 10 cm de long, il peut être planté dans du terreau, mais cette racine reste fragile. Il faut encore patienter plusieurs semaines avant de voir sortir la première feuille. Le palmier aime avoir « les pieds dans l'eau ». Il faut donc s'assurer que la coupelle sous le pot ne soit jamais vide.

Le pouvoir de germination est conservé longtemps. Le noyau de datte est celui qui contient le moins d'eau parmi toutes les plantes connues.
Le record de germination serait celui d'un noyau de palmier Phoenix dactylifera L. datant d'il y a environ 2000 ans +/- 50 ans (selon la datation au carbone 14), et qui a germé en 2005, après avoir été retrouvé avec environ 70 autres graines de plantes locales anciennes dans les fouilles de la forteresse de Massada[6],[7].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Chevalier, Auguste, 1932 — Les productions végétales du Sahara et de ses confins Nord et sud, Passé, présent, avenir, Paris, Laboratoire d'Agronomie Coloniale, Revue de botanique appliquée et d'agriculture tropicale, 669-924 p.
  • Munier, Pierre, 1973 — Le palmier-dattier, Paris, G.P. Maisonneuve et Larose, Coll. Techniques Agricoles et Productions Tropicales nº XXIV, 221 p.
  • Rhouma, Abdelmajid, 1994 — Le palmier dattier en Tunisie, I. Le patrimoine génétique, Tunis, Arabesques, INRA Tunisie, GRIDAO France, PNUD/FAO, vol. 1, 254 p.
  • Vincent Battesti, 2004 - Odeur sui generis, Le subterfuge dans la domestication du palmier dattier (Tassili n'Ajjer, Algérie), Anthropobotanica: [1].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vincent Battesti, Jardins au désert, Évolution des pratiques et savoirs oasiens. Jérid tunisien, éd. IRD, coll. À travers champs, Paris, 2005
  2. Abdelmajid Rhouma, Le palmier dattier en Tunisie, I. Le patrimoine génétique, éd. Arabesques, INRA Tunisie, GRIDAO France, PNUD/FAO, Tunis, 1994
  3. Abdelmajid Rhouma, Le palmier dattier en Tunisie, I. Le patrimoine génétique, éd. IPGRI, UNDP, GEF/FEM, Inrat, Rome, 2005: accessible sur le web
  4. Vincent Battesti, L’agrobiodiversité du dattier (Phoenix dactylifera L.) dans l’oasis de Siwa (Égypte) : entre ce qui se dit, s’écrit et s’oublie, Revue d'ethnoécologie, vol. 4, 2013: Article accessible en archives ouvertes ou directement sur le site de la revue
  5. http://www.louisg.net/C_egyptien.htm
  6. News, Continental News, consulté le 2012-02-24
  7. (en) S. Sallon et coll, « Germination, Genetics, and Growth of an Ancient Date Seed », Science, vol. 320, no 5882,‎ 13 juin 2008, p. 1464-1464 (DOI 10.1126/science.1153600)