Circumambulation

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Croquis expliquant le tawaf et saʿīy entre Safâ et Marwah.

La circumambulation (du latin circum ambulatio, c'est-à-dire « marche autour ») consiste à tourner autour d'un symbole ou à l'intérieur de celui-ci. C'est un rite que l'on retrouve dans de nombreuses religions et croyances.

Dans le bouddhisme[modifier | modifier le code]

Circumambulation autour du stupa de Bodnath (Népal)

Pradakshina en sanskrit signifie faire le tour d'un bouddha, statue en représentant un, d'un stupa ou d'un chörten tibétain, d'un temple ou encore d'un lieu de pèlerinage.

Le chörten ou stupa doit être contourné par la gauche en signe de déférence. Il est possible d'obtenir du mérite en marchant autour des chörtens dans le sens des aiguilles d'une montre, en suivant la route du soleil[1].

Kora[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Kora (pèlerinage).

Une Kora est une circumambulation autour d'un lieu géographique, un pèlerinage dans la tradition du bouddhisme tibétain. Certaines durent 18 jours, autour du Lac Namtso. Le Lingkhor est un circuit permettant de faire le tour d'une ville comme le Lingkhor de Lhassa. À l'intérieur de Lhassa, le barkhor faisait le tour du temple de Jokhang.

Il existe aussi des circumambulations autour de montagnes considérées comme sacrées, comme le mont Kailash[2] ou l'Amnye Machen[3] au Tibet.

Dans l'islam[modifier | modifier le code]

Pèlerins lors de la circumambulation d'adieu autour de la Kaaba

Tawaf, la circumambulation, désigne les sept tours effectués par les musulmans en pèlerinage (hajj) à La Mecque autour de la Kaaba : ceux-ci sont indispensables et se font sept fois dans le sens antisolaire (sens inverse des aiguilles d'une montre), ce qui est rare dans les traditions ésotériques.

Celle-ci doit débuter à l'angle Sud-Est de la Ka'ba, celui où se trouve la Pierre noire (au sol, une bande de marbre noir indique la position de l'angle). À chaque tour, le pèlerin doit théoriquement toucher de la main droite ou embrasser la Pierre noire, en prononçant le takbir (« Allah akbar »). Cependant en raison d'une grande affluence, il est souvent impossible pour une majorité d'entre eux de s'approcher de la Ka'ba, ceux-ci doivent alors se contenter de tendre la main droite vers la pierre, tout en prononçant la formule.

Il est également conseillé pour les hommes d'effectuer les trois premiers tours à un rythme précipité, et de faire les quatre derniers à rythme normal.

Après la circumambulation, le pèlerin doit se diriger à la « station d'Ibrahim » et prier deux salat, avant d'effectuer le rite du saʿīy entre les collines de Safâ et Marwah.

On conseille aussi aux pèlerins d'effectuer le tawaf deux fois plutôt qu'une : la première, dans le cadre normal du hajj, et la seconde, à titre personnel avant de quitter La Mecque.

Dans l'hindouisme[modifier | modifier le code]

Couloir circulaire autour du temple d'Amrutesvara (Karnataka, Inde)

Les temples hindous comportent souvent un couloir circulaire appelé pradakshina qui permet de tourner autour de la statue de la divinité principale [4].

Ce couloir est utilisé par les fidèles pour une circumambulation du même nom. En effet, la structure des temples hindous reflète le passage de transition entre la vie quotidienne et la perfection spirituelle via un trajet avec des étapes. Une fois l'entrée du temple franchie, les fidèles tournent autour du sanctuaire le long de ce couloir. Puis ils s'approchent de ce sanctuaire où la divinité est conservée.

Ce couloir est aussi utilisé dans la démarche du parikrama qui consiste à tourner autour de la divinité principale, ou d'un groupe de temples après la cérémonie de culte de la puja.

Dans la chrétienté[modifier | modifier le code]

Tour de Saint Barthélemy à Bousval, (Belgique) en 2011.

Dans l'Église orthodoxe, le jour de Pâques, les icônes et les croix de procession sont portées autour de l'église.

Dans l'Église catholique, toutes les églises abritant dans leur chœur le tombeau d'un saint ou des reliques renommées étaient construites avec un déambulatoire autour du chœur. Les pèlerins entraient dans l'édifice par la porte sud de la façade ouest, située à droite du portail principal quand on le regarde de l'extérieur. Ils avançaient dans le bas-côté sud puis parcouraient le déambulatoire dans le sens inverse des aiguilles d'une montre, et ressortaient par le bas-côté nord et la porte nord de la façade principale.

Dans le judaïsme[modifier | modifier le code]

Le rite du haqqâfâh consiste à tourner sept fois autour de l'autel central[5].

Dans les religions de l'Europe ancienne[modifier | modifier le code]

Dans la religion grecque antique[modifier | modifier le code]

La circumambulation est un rite qui existait dans la religion grecque. Dans le rituel de la fête familiale des Amphidromies – dont le nom exprime l'idée de « tourner autour » –, fête qui célébrait à Athènes l'intégration du nouveau-né dans la famille, le moment essentiel était la course du nouveau-né autour du foyer familial, probablement porté par le père[6]. Il semble bien que cette circumambulation autour du foyer était précédée, ou accompagnée, du dépôt de l'enfant à terre près du foyer et d'une autre circumambulation autour de l'enfant lui-même : « Les Amphidromies sont célébrées le dixième jour après la naissance, lorsqu'on impose aux enfants leur nom, tout en courant autour d'eux, déposés à terre[7]. »

La circumambulation se manifestait aussi sous la forme des astydromies (tours de ville), dont le rôle était de constituer un encerclement magique et protecteur contre les ennemis extérieurs. Un bel exemple se trouve dans le récit légendaire du lion de Mélès, roi de Sardes, raconté par Hérodote[8].

Dans la religion romaine antique[modifier | modifier le code]

La pratique de la circumambulation se rencontre dans la religion romaine. On peut citer la procession des Ambarvales, ce qui veut dire « [fête] autour des champs » ; cette cérémonie était un rite de purification des champs qui avait lieu au mois de mai, sous la conduite des Frères Arvales. La procession de l'Amburbium (ou Amburbalia, « [fête] autour de la Ville » ) faisait le tour de l'enceinte de Rome et avait pour fonction, comme chez les Grecs, de protéger la cité contre les agressions extérieures.

Dans la religion des Ombriens[modifier | modifier le code]

Le rituel ombrien des Tables eugubines mentionne une circumambulation.

Dans le monde celtique ancien[modifier | modifier le code]

La circumambulation était connue des druides[9].

Dans la franc-maçonnerie[modifier | modifier le code]

Parcours de l'apprenti dans un temple maçonnique

La circumambulation (ou circambulation) définit les règles de circulation dans un temple maçonnique[10].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Françoise Pommaret, Les huit sortes de chörten, Bhoutan, 2010
  2. Laurent Deshayes, Là où les dieux se rencontrent Le mont Kailash Le Monde des religions, 1er mai 2006
  3. Katia Buffetrille et Charles Ramble avec Robbie Barnett, Georges Dreyfus, Samten G. Karmay, Per Kværne et Jigmé Namgyèl, Tibétains, 1959-1999, quarante ans de colonisation, Éd. Autrement, coll. « Monde », 2003, page 99.
  4. (en) Glossaire de l'architecture du sous-continent indien
  5. Paul B. Fenton, « Le symbolisme du rite de la circumambulation dans le judaïsme et dans l'islam », Revue de l'histoire des religions, volume 213, numéro 2, 1996, pages 161 à 189
  6. Annalisa Paradiso, « L'agrégation du nouveau-né au foyer familial : les Amphidromies », Dialogues d'histoire ancienne, 14, 1988, p. 203-218. (En ligne.)
  7. Scholie à Aristophane, Lysistrata, 757. À noter que d'autres sources situent les Amphidromies le cinquième ou le septième jour après la naissance.
  8. Histoires, I, 84. (En ligne.)
  9. Christian J. Guyonvarc'h, Les druides, Éd. Ouest-France, 1988, § « La circumambulation », p. 303 et suiv.
  10. Monique Cara, Jean-Marc Cara et Marc Jode, Dictionnaire universel de la Franc-Maçonnerie, Larousse, 2011 (ISBN 9782035861368)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Richard Burghart, « The regional circumambulation of Janakpur seen in the light of Vaishnavite tradition (Nepal) », in Jean-Claude Galey (dir.), L'espace du temple. 1, espaces, itinéraires, médiations, Éd. de l'École des hautes études en sciences sociales, Paris, 1985 (ISBN 2-7132-0825-4)
  • (en) David Carrasco et Scott Sessions, « Middle place, labyrinth, and circumambulation: Cholula's peripatetic role in the Mapa de Cuauhtinchan », in Cave, city, and eagle's nest : an interpretive journey through the Mapa de Cuauhtinchan no 2, University of New Mexico Press, Albuquerque, 2007 (ISBN 9780826342836)
  • Philippe Cornu, Dictionnaire encyclopédique du bouddhisme [détail des éditions]
  • Joël Hascoët, Les troménies bretonnes : un mode d’anthropisation de l’espace à l’examen des processions giratoires françaises et belges, Université de Bretagne occidentale/Faculté ouverte des religions et des humanismes laïques, Charleroi (Belgique), 2010, 3 vol., 1081 p. (thèse d'Ethnologie)
  • Véronique Mehl, « Au plus près de l'autel, la circumambulation au cours des sacrifices », in Revue des études anciennes (Bordeaux), 2002, vol. 104, nos 1-2, p. 25-49
  • (en) Jürgen Neuss, Narmadāparikramā. Circumambulation of the Narmadā River : on the tradition of a unique Hindu pilgrimage, thèse de doctorat, publiée par la suite chez Brill, Boston, 2012, 405 pages (ISBN 978-90-04-22857-3)

Articles connexes[modifier | modifier le code]