Holothurie

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Concombre de mer

Holothuries

Description de cette image, également commentée ci-après

Thelenota ananas

Classification
Règne Animalia
Embranchement Echinodermata
Sous-embr. Echinozoa

Classe

Holothuroidea
de Blainville, 1834

Taxons de rang inférieur

Ordres :

Description de cette image, également commentée ci-après

Synapta maculata, une grande holothurie serpentiforme (Apodida).

Une holothurie (Holothuroidea) est un animal marin, au corps mou et oblong, à symétrie bilatérale ; possédant un cercle de tentacules autour de la bouche. Elle est aussi appelée concombre de mer ou bêche de mer (voire biche de mer par déformation en Nouvelle-Calédonie) mais également vier marin sur la côte marseillaise (de l'occitan viech marin, sexe marin). Son ancien nom en portugais, « bicho-do-mar » (à présent « pepino-do-mar », traduction littérale de l'anglais « sea cucumber »), « bête de la mer », serait à l'origine du nom de la langue parlée au Vanuatu : le bichelamar.

Elle fait partie de l'embranchement des échinodermes et de la classe des holothuroidés. Cet animal, majoritairement benthique vit, suivant les espèces, de la surface aux abysses. Les holothuries mesurent généralement de 10 à 30 centimètres de long ; mais certaines espèces comme le cordon mauresque peuvent dépasser 3 mètres.

Anatomie[modifier | modifier le code]

Les holothuries ressemblent peu aux autres échinodermes, du fait de leur corps ramassé en tube, sans squelette apparent ni appendices durs. De plus, la symétrie pentaradiaire propre aux échinodermes, quoique conservée structurellement, est ici doublée par une symétrie bilatérale qui les fait ressembler à des chordés. Cependant, la symétrie centrale est encore visible chez certaines espèces à travers les 5 méridiens (ou « radius ») qui parcourent le corps de l'animal de la bouche à l'anus (comme chez les oursins), d'où sortent souvent les pieds ambulacraires (appelés « podia »). Il n'y a donc pas de face « orale » ou « aborale » comme chez les étoiles de mer et les autres échinodermes, mais l'animal repose sur un de ses côtés (ce qui est unique chez les échinodermes contemporains), et cette face ventrale est appelée trivium, alors que la face dorsale est nommée bivium[1].

Le corps est mou et cylindrique, plus ou moins allongé : il va de presque globulaire pour les « pommes de mer » (genre Pseudocolochirus) à serpentiforme pour les Apodida. Les holothuries mesurent généralement de 10 à 30 centimètres de long avec des extrêmes de quelques millimètres pour Rhabdomolgus ruber et jusqu'à plus de 3 mètres pour synapta maculata[2]. La plupart possèdent 5 rangées de podia, mais les Apodida en sont dépourvus et se déplacent en rampant ; ils peuvent être d'aspect lisse ou pourvus d'excroissances charnues (comme Thelenota ananas). Les podia du bivium n'ont généralement pas de rôle locomoteur, et sont transformés en papilles[1]. À l’une des extrémités s’ouvre une bouche ventrale et généralement entourée d’une couronne de tentacules qui peuvent être très complexes chez certaines espèces (ce sont en fait des podia modifiés) ; l'anus est postéro-dorsal.


Physiologie[modifier | modifier le code]

Squelette[modifier | modifier le code]

Ossicules d'holothurie (« roues » et « ancres »).

Les holothuries n'ont pas de squelette dur contrairement aux autres échinodermes, à l'exception d'une couronne calcaire péripharyngienne, qui sert de support à cinq bandes musculaires longitudinales qui parcourent tout l'animal (doublés par des muscles rétracteurs chez les Dendrochirotida)[1]. Le tégument contient de minuscules spicules de calcite de formes très variées (ancres, tables, roues...) appelées « ossicules », qui constituent souvent un excellent critère d'identification et de classification des espèces[3].

Système nerveux[modifier | modifier le code]

Le système nerveux est constitué comme chez tous les échinodermes d'un anneau nerveux péri-stomacal, rond ou pentagonal, duquel partent cinq nerfs radiaux qui innervent tout le corps et notamment les aires ambulacraires[3].

Système digestif[modifier | modifier le code]

La bouche sans dents est suivie d'un pharynx et d'un œsophage ; l'intestin qui suit est très long pour optimiser la digestion d'une alimentation peu énergétique (la digestion peut durer jusqu'à 36 heures chez certaines espèces[1]) ; le gros intestin se termine par une poche cloacale, où peuvent vivre certains symbiotes[3]. Certaines familles sont pourvues de dents anales[1].

Système aquifère[modifier | modifier le code]

Comme tous les échinodermes, les holothuries sont pourvues d'un système aquifère ou ambulacraire à symétrie pentaradiale, avec ici un madréporite réduit et interne[3], relié aux podia et à des vésicules de Poli. La respiration peut être assurée par la peau (chez les Apodida), ou par un appareil respiratoire interne (parfois appelé « arbre respiratoire »), qui débouche sur le cloaque et se remplit ou se vide d’eau par contractions du corps[1],[3].

Organes reproducteurs[modifier | modifier le code]

Le système reproducteur est composé d’une gonade (mâle ou femelle) et d’un gonoducte débouchant sur le gonopore externe, situé à proximité de la bouche. La gonade se compose d’un grand nombre de tubes gonadiques ramifiés dont la partie distale flotte librement dans le cœlome. Elle est soutenue du côté proximal par un mésentère relié à la partie antérieure du tube digestif : Les cellules reproductrices sont situées dans ces tubes gonadiques et seront relarguées à maturation[1].

Écologie et comportement[modifier | modifier le code]

Une holothurie nageuse (benthopélagique) du genre Benthodytes, photographiée à 2 789 mètres de profondeur au large de la Californie.
Le seul échinoderme pélagique connu à ce jour : la mystérieuse Pelagothuria natatrix, observé dans les abysses au large des Galapagos.

Locomotion[modifier | modifier le code]

Presque toutes les holothuries sont benthiques : cela signifie qu'elles vivent posés sur le fond. Certaines sont sessiles, ce qui signifie qu'elles vivent fixés au substrat, où elles se nourrissent en filtrant l'eau : c'est le cas de nombreux Dendrochirotida. Les concombres de mer capables de se déplacer sont dits « vagiles ». La plupart des espèces (à part l'ordre des Apodida et quelques espèces très dérivées) se déplacent grâce à de minuscules pieds ambulacraires munis de ventouses appelés podia[4] : ceux-ci sont capables d'un pouvoir d'adhérence élevé, qui leur permet souvent de se tenir à la verticale ou même à l'envers dans des courants importants, et empêche certains prédateurs de les déloger. Les espèces de l'ordre des Apodida, dépourvues de podia comme leur nom l'indique, se déplacent en rampant lentement, et ne fréquentent que les fonds calmes.

Plusieurs espèces d'holothuries (environ 25, réparties dans tous les groupes) sont capables de nager un court instant, pour échapper à un danger ou se déplacer plus rapidement. Cette capacité se fait par ondulation du corps et éventuellement d'appendices palmés (comme chez les Psychropotes). Certaines espèces de grande profondeur peuvent même adopter un mode de vie benthopélagique, ce qui signifie qu'ils passent la plupart de leur temps en suspension dans l'eau, mais regagnent le sol de temps à autre ; c'est notamment le cas des espèces du genre Enypniastes. La seule espèce complètement pélagique connue (ce qui signifie qu'elle vit en permanence en pleine eau, ne s'approchant jamais du fond) est Pelagothuria natatrix, qui ressemble sous beaucoup d'aspects à une méduse[5].

On voit bien les trois rangées de podia sur la face ventrale (trivium) de cette Pearsonothuria graeffei. Sur la face dorsale (bivium), les deux rangées restantes sont transformées en papilles.
Larve auricularia dessinée par Ernst Haeckel.

Cycle de vie[modifier | modifier le code]

Les sexes sont toujours séparés chez les holothuries, qui peuvent donc être mâles ou femelles. Il n'y a cependant pas de dimorphisme sexuel, et seul l’examen microscopique des gonades permet de déterminer le sexe d'un individu.

Les gonades forment de petites touffes de cæcums situés dans la partie antérieure de l'animal, et reliées à un canal séminal qui débouche au-dessus de la bouche.

La fécondation de l’holothurie est sexuée et externe, et son développement est indirect. Les gamètes sont relarguées dans l’eau où a lieu la fécondation ; lors de l'éjection des gamètes, certaines holothuries adoptent généralement une position érigée caractéristique. Après plusieurs divisions cellulaires apparaissent les stades larvaires, qui font encore partie du plancton et permettent ainsi une bonne dispersion des individus. La larve est appelée auricularia, et précède un stade appelé doliolaria, qui est la larve compétente qui subit la métamorphose ; elle précède le stade juvénile, dont la morphologie est similaire à l’adulte, excepté la taille et la maturité sexuelle. Cependant, chez de nombreuses familles la larve se développe directement en doliolaria, sans passer par le stade auricularia (stade toutefois présent chez la plupart des familles communes, notamment les Holothuriidae, les Stichopodidae et les Synaptidae).

Moyens de défense[modifier | modifier le code]

Holothurie lâchant des tubes de Cuvier pour se défendre d’une éventuelle attaque.
Toxines

Les holothuries ont la particularité de dégager en permanence des toxines appelées saponines. Ces toxines sont cytotoxiques et hémolythiques, donc dangereuses voire mortelles pour la plupart des poissons, ce qui fait que les holothuries adultes ont généralement peu de prédateurs.

Les tubes de Cuvier

Lorsqu’elles sont inquiétées, certaines holothuries appartenant toutes à la famille des Holothuriidae, peuvent émettre de longs filaments collants appelés tubes de Cuvier : expulsés par l’orifice cloacal, le réseau de filaments quiescents s'allonge de 20 à 30 fois[1] et devient collant immobilisant l’ennemi (poisson, crabe, gastéropode ou étoile de mer)[1]. Les Polynésiens se servent de ces filaments, en les enroulant sur leurs pieds, pour marcher sur les récifs de coraux[6]. Après expulsion, l'holothurie met environ deux semaines à régénérer ses tubes, période pendant laquelle elle devient plus vulnérable[7].

L'éviscération

Un autre mécanisme de défense consiste à éjecter une grande partie de leurs organes internes : on parle alors d’« éviscération ». L’holothurie continue ensuite ses mouvements respiratoires, drainant l’eau de mer directement dans la cavité générale du corps, et vit quelques semaines au ralenti jusqu’à ce que de nouveaux organes soient régénérés (ce qui peut prendre entre 7 et 145 jours suivant les espèces et les conditions)[8]. Ce phénomène n'est observé que chez deux ordres : les Dendrochirotida (qui s'éviscèrent par la partie antérieure) et les Aspidochirotida (qui s'éviscèrent par la partie postérieure ou cloacale)[8]. L'éviscération semble également parfois avoir lieu en dehors d'une agression, peut-être dans un but purgatif[8].

Écologie[modifier | modifier le code]

Psolus phantapus, espèce filtreuse sessile.

Habitat[modifier | modifier le code]

Les holothuries vivent de la zone littorale jusqu’aux plus grandes profondeurs des océans, elles sont enfouies dans le sable vaseux, rampent sur le fond parmi les algues, ou sont logées dans les anfractuosités des rochers[1].

Les holothuries sont le groupe de détritivores le plus important des faunes récifales et abyssales[1]. Elles peuvent former des populations très denses, particulièrement dans les profondeurs : dans une fosse océanique très profonde, elles constituent la moitié des formes vivantes à 4 000 mètres et 90 % à 8 000 mètres. Les holothuries sont les échinodermes les mieux adaptés aux profondeurs extrêmes, et sont encore très diversifiés au-delà de 5 000 m de fond : plusieurs espèces de la famille des Elpidiidae (« cochons de mer ») se retrouvent à plus de 9 500 m, et le record semble détenu par des espèces du genre Myriotrochus (notamment Myriotrochus bruuni, famille des Myriotrochidae), identifiées jusqu'à 10 687 mètres de profondeur[9].

Alimentation[modifier | modifier le code]

Les holothuries connaissent trois sources de nourriture :

La forme des tentacules est généralement adaptée au régime et au calibre des particules à ingérer : les espèces suspensivores ont ainsi le plus souvent de grands tentacules arborescents, destinés à maximiser la surface de filtrage, alors que les espèces se nourrissant dans des substrats grossiers auront plus souvent besoin de tentacules digités pour trier le matériel nutritif ; les espèces détritivores de substrats fins auront quant à elle souvent des tentacules plus courts, souvent peltés[1]. Un seul spécimen peut avaler plus de 45 kg de sédiments par an, et leurs excellentes capacités digestives leur permettent de rejeter un sédiment fin, pur et homogène. Ainsi, les concombres de mer jouent un rôle capital dans les processus biologiques des fonds marins (Bioturbation, épuration, homogénéisation du sédiment...). Certaines espèces nécessitent des eaux très pures (comme Thelenota ananas), alors que d'autres préfèrent les eaux turbides (comme Bohadschia vitiensis), plusieurs espèces tolérant même des seuils de pollution importants. Les espèces pourvues de puissants podia sont plus souvent adaptées à des courantologies importantes, alors que d'autres comme Synapta maculata nécessitent des eaux calmes. Certaines espèces comme Actinopyga echinites tolèrent même de passer plusieurs heures à l'air libre, pendant les marées basses[1].

Il a été prouvé en 2013 que certaines holothuries comme Apostichopus californicus peuvent également se nourrir par leur anus, en même temps qu'elles respirent : ce stratagème leur permettrait de complémenter leur régime détritivore par un régime suspensivore[10].

Symbioses et commensalismes[modifier | modifier le code]

Crevette nettoyeuse Periclimenes imperator sur une Bohadschia ocellata.

De très nombreux petits animaux peuvent vivre en symbiose ou en commensalisme avec les holothuries, ainsi que certains parasites.

Certaines crevettes nettoyeuses vivent sur le tégument des holothuries, notamment plusieurs espèces du genre Periclimenes (genre spécialisé dans les échinodermes), notamment Periclimenes imperator[11].

Le commensalisme est fréquent dans la cavité cœlomique des grosses holothuries tropicales. On y trouve notamment plusieurs espèces de crabes et de crevettes nettoyeuses, pouvant entrer et sortir librement de l'anus de celles-ci[11]. Certains petits poissons comme les Carapidae séjournent et circulent librement dans l'anus (et parfois une partie du tube digestif) des grosses holothuries[12], où ils trouvent un abri mais aussi une aire de reproduction pour certaines espèces, qui peuvent y habiter en couple. Certains de ces Carapidae sont cependant des parasites délétères, comme les Encheliophis sp., qui se nourrissent des organes internes des holothuries[12]. Certaines espèces d'holothuries peuvent cependant réguler leurs hôtes internes grâce à des dents anales[12].

D'autres endocommensaux comme les bivalves du genre Entovalva vivent dans l’œsophage des holothuries[13].

Plusieurs parasites vivent accrochés sur le tégument des holothuries, comme des gastéropodes ectoparasites de la famille des Eulimidae[14] (par exemple Melanella sp. ou Stilapex sp.[15]).

Enfin, sans que la nature de l'association soit encore complètement étudiée, il existe sur le tégument d'holothuries des observations de plusieurs espèces vers polychètes (notamment des Polynoidae)[15].

Systématique[modifier | modifier le code]

Histoire scientifique[modifier | modifier le code]

Planche des « Thuroidea » (holothuries) dans les Formes artistiques de la nature d'Ernst Haeckel (1904), montrant notamment diverses ossicules.
Eupentacta quinquesemita, une espèce modèle en recherche scientifique sur les holothuries.

La plus ancienne mention connue du terme grec « Òλοθóυριου » se trouve chez le poète Épicharme vers -450[16]. Platon, Aristote et Théophraste ont tous les trois utilisé le nom générique de πλεύμον θαλάσσιος pour désigner un zoophyte marin mou et flasque - ce que l’on a traduit par « poumon marin » ; le terme semble désigner l’holothurie ou encore la méduse.[17]

L'un des plus anciens textes scientifiques concernant les holothuries remonte à Aristote, dans ses Parties des animaux[18] (vers -343) : il y nomme un animal « holothurie » sans le décrire, mais en le classant parmi les animaux dépourvus de sens (avec les éponges et apparemment les tuniciers, « poumons de mer ») ; ce nom sera conservé et utilisé par la suite pour nommer les concombres de mer, sans preuve qu'il s'agit bien de l'animal dont parlait le Philosophe[16]. La première utilisation de ce terme pour nommer indubitablement un concombre de mer se trouve dans les Libri de Piscibus Marinis de Guillaume Rondelet, publié en 1554[16]. En Orient, les traités de médecine ou de zoologie évoquent les holothuries dès le VIIIe siècle, notamment le Kojiki en Chine (712), puis le Wamyō ruijushō au Japon (934), ouvrant la voie à une longue tradition d'excellente représentation de ces animaux dans les traités chinois et japonais[16].

Les scientifiques occidentaux recommencent à s'intéresser aux échinodermes à partir du siècle des Lumières : en 1735 les holothuries figurent dans le Systema Naturae de Carl von Linné, et en 1751 elles ont leur article dans l'Encyclopédie, mais leur position taxinomique (et même leur description) est encore peu claire :

« HOLOTHURIE, s.f. holothurium, (Hist. nat. Zool.) animal de mer. M. Linnæus le met au rang des zoophytes, qui sont nuds & qui ont des membres. Rondelet fait mention de deux espèces d’holothuries dont il donne les figures. La première espèce a une écorce dure, elle est oblongue ; l’une des extrémités est mousse & terminée par une écorce percée de plusieurs trous. La seconde espèce a le corps parsemé d’aiguillons ; il est terminé à l’un des bouts par une sorte de tête ronde percée d’un trou rond & ridé qui s’ouvre & se ferme, & qui est la bouche de l’animal ; l’autre bout du corps est menu & allongé en forme de queue. Il y a de chaque côté un prolongement qui est une jambe, ou plûtôt une nageoire, car l’animal s’en sert pour se mouvoir. L’un des prolongemens est plus étroit que l’autre, découpé tout-autour, & terminé en pointe[19]. »

C'est Nathanael Gottfried Leske qui crée l'embranchement des échinodermes en 1778 (systématisé par Jean-Guillaume Bruguière en 1791) et incorpore définitivement le clade des échinodermes aux classifications scientifiques. C'est Henri-Marie Ducrotay de Blainville qui se fait le descripteur scientifique du sous-embranchement des holothuroidea en 1834. Au cours du XIXe siècle, de nombreuses espèces sont découvertes, et rapidement divisées en ordres et familles, notamment par Grube, Théel et Haeckel.

En 1990 est créé le SPC Beche-de-mer Information Bulletin, premier périodique scientifique exclusivement dédié aux holothuries[20]. Les holothuries sont aujourd'hui étudiées par de nombreux spécialistes de pays variés, comme Chantal Conand, Gustav Paulay, Sven Uthicke, Nyawira Muthiga, Maria Byrne, Steven Purcell, François Michonneau ou Yves Samyn[21].

Classification[modifier | modifier le code]

Les holothuries n'ayant pas de squelette comme les autres échinodermes, leur classification est plus complexe et demande l'examen de spécimens bien conservés. La taxinomie moderne se fonde tout d'abord sur la présence ou la forme de certaines parties molles (podia, poumons, tentacules, couronne péripharyngienne...) pour déterminer les grands ordres, et secondairement sur l'examen microscopique des ossicules pour déterminer le genre et l'espèce. Les méthodes génétiques contemporaines ont aussi grandement aidé à faire progresser la classification de ces animaux[1].

Les Apodida comme cette Euapta godeffroyi ont un corps serpentiforme, dépourvu de podia, et des tentacules pinnés.
Les Aspidochirotida comme cette Holothuria cinerascens ont un corps en boudin et des tentacules peltés.
Les Dendrochirotida comme cette Cercodemas anceps ont un corps ramassé et des tentacules arborescents.
Les Elasipodida comme ce « cochon marin » Scotoplanes globosa ont un corps translucide et des appendices de marche ou de natation. Ils sont abyssaux.

On regroupe généralement les holothuries en cinq ou six ordres :

Selon World Register of Marine Species (2 décembre 2013)[22] : ...

Selon ITIS (2 décembre 2013)[23] :


Les holothuries étant des animaux au corps mou et très peu minéralisé (contrairement à la plupart des autres échinodermes), leur corps est généralement intégralement consommé par les bactéries et nécrophages à leur mort, ne permettant pas un processus de fossilisation dans la plupart des cas. Ainsi, leur histoire évolutive est encore en grande partie obscure, et passe par quelques spécimens à la conservation exceptionnelle et surtout par des fossiles d'ossicules, qui ne donnent cependant que peu d'informations sur l'allure générale de l'animal.

Les holothuries et l'Homme[modifier | modifier le code]

Une grosse holothurie tenue en main aux Maldives. On peut voir que l'animal, stressé, a éjecté ses tubes de Cuvier.

Relations à l'homme[modifier | modifier le code]

Les holothuries sont des animaux extrêmement lents, et parfaitement inoffensifs même si certaines possèdes des mécanismes de défense susceptibles de provoquer des nuisances (ossicules collantes, tubes de Cuvier...). Les toxines qu'elles contiennent interdisent de les manger crues. Leur forme étonnante leur vaut souvent le dégoût des baigneurs, qui les utilisent parfois aussi pour jouer (notamment en les pressant pour voir sortir un jet d'eau depuis le cloaque, ce qui blesse l'animal).

Gastronomie[modifier | modifier le code]

Un élevage commercial d'holothuries aux Philippines.
Plat Hongkongais à base d'holothurie.
L'« Espardenya » (Parastichopus regalis) est consommée dans la culture catalane.

La pêche commerciale des holothuries semble s'être développée il y a environ 1000 ans en Chine, et l’engouement suscité provoqua rapidement un effondrement des stocks locaux menant à l'élaboration d'un marché d'importation international[21]. Diverses espèces d’holothuries, connues sous le nom de trepang en malais, vidées, bouillies, séchées et fumées sont consommées en Chine et à Singapour et y sont très appréciées[1]. On en consomme également au Japon sous le nom de namako. De l’Océan Indien au Pacifique en passant par l'Indonésie (Makassar), les concombres de mer sont récoltés pour prélever leurs téguments, sur un mode principalement artisanal mais localement relativement intensif. Sur place, on les mange bouillis, séchés, marinés, en potage ou encore ou frits : la technique du séchage est la plus appropriée à l'exportation vers l'Asie du Sud-Est, qui demeure la principale raison de cette pêche dans les pays insulaires. Quelques espèces peuvent être consommées crues (Apostichopus japonicus, Cucumaria frondosa, Parastichopus californicus)[21].

Les holothuries sont aujourd'hui pêchées pour être mangées dans plus de 70 pays, et consommées principalement en Indonésie, en Chine (et plus globalement en Asie du Sud-Est) et à Madagascar, ainsi que dans certains pays insulaires de l'Indo-Pacifique[21]. Selon un rapport de la FAO, on estime qu'à la fin des années 1970 la consommation mondiale était de 25 000 tonnes[1].

L'essor économique de l'Asie du Sud-Est depuis les années 1980, couplé aux faibles revenus de nombreux pays coralliens où vivent les holothuries comestibles, font peser de lourdes menaces sur ces espèces autrefois communes, dont certaines voient leurs stocks s'effondrer d'une manière inquiétante[24]. Un réseau international de braconnage féroce s'est également mis en place, visant notamment les zones protégées désertes ou de pays en voie de développement, et est actif jusqu'en Afrique de l'Ouest[25].

La consommation des holothuries fut historiquement importante en Nouvelle-Calédonie (où on les appelle « bèches de mer »), mais a très fortement diminué depuis la seconde guerre mondiale. La préparation était complexe : les animaux étaient bouillis une première fois dans de l'eau de mer, puis une seconde fois dans de l'eau douce avant d'être éviscérés. Le produit était ensuite fumé au bois de mangrove puis séché au soleil[1].

En France, la principale holothurie consommée traditionnellement est l'« Espardenya » (Parastichopus regalis), notamment dans le sud-ouest ; c'est un met de choix en cuisine catalane, mais son commerce est très peu développé.

D'après uns synthèse commandée par la FAO en 2012[21], 58 espèces sont significativement exploitées pour la consommation humaine. Presque toutes appartiennent à l'ordre des Aspidochirotida (à part 3 espèces de l'ordre des Dendrochirotida, toutes de la famille des Cucumariidae), dont la plupart à la famille des Holothuriidae, et secondairement des Stichopodidae[21]. La très large majorité sont des espèces tropicales[21].

Parmi les espèces comestibles, on peut citer (par ordre décroissant de valeur marchande) Holothuria nobilis, Thelenota ananas, Actinopyga echinites, Actinopyga palauensis, ou encore Holothuria scabra. Les espèces Holothuria lessoni, Holothuria fuscogilva et Holothuria whitmaei ont également connu une inquiétante flambée des prix en 2014[26]. En dépit de son nom, l'« holothurie comestible » Holothuria edulis n'est que peu consommée en Asie[1].

D'un point de vue nutritionnel, les téguments d'holothuries sont riches en protéines (45% du poids sec)[1] et en minéraux, et contiennent peu de graisses et de sucres.

Utilisations pharmaceutique et cosmétique[modifier | modifier le code]

Certaines compagnies pharmaceutiques produisent des produits dérivés à partir du « trépang ». Ces produits se présentent sous la forme d'huiles, de crèmes et cosmétiques, mais aussi parfois de spécimens séchés. Certains d'entre eux sont destinés à être ingérés. Certains soigneurs attribuent aux extraits de concombre de mer des propriétés aphrodisiaques ou antiseptiques jamais démontrées scientifiquement. De prétendues propriétés anticancéreuses ont été mises à l’étude, et sérieusement mises en doute.


Statut de protection[modifier | modifier le code]

Plusieurs espèces d'holothuries voient leur effectif chuter de manière préoccupante depuis quelques décennies, principalement en raison de la surpêche, mais aussi de la dégradation de leur environnement. La fonction écologique capitale de ces animaux rend leur raréfaction d'autant plus préoccupante pour les écologues. En conséquence, les concombres de mer font l'objet d'un suivi de la part de la FAO, de la CITES et de l'IUCN. 16 espèces de l'ordre des Aspidochirotida figurent ainsi sur la Liste rouge de l'UICN depuis 2013, dont 9 classées comme « vulnérables » et 7 « en danger ou à forte probabilité d'extinction » (Apostichopus japonicus, Holothuria lessoni, Holothuria nobilis, Holothuria scabra, Holothuria whitmaei, Isostichopus fuscus et Thelenota ananas)[27].

Galerie[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Références taxinomiques[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • (en) Steven W. Purcell, Yves Samyn et Chantal Conand, Commercially important sea cucumbers of the world, Rome, FAO Species Catalogue for Fishery Purposes No. 6,‎ 2012, 233 p. (ISBN 978-92-5-106719-2).
  • Alain Guille, Pierre Laboute et Jean-Louis Menou, Guide des étoiles de mer, oursins et autres échinodermes du lagon de Nouvelle-Calédonie, ORSTOM,‎ 1986, 244 p. (lire en ligne)

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i, j, k, l, m, n, o, p, q, r et s Alain Guille, Pierre Laboute et Jean-Louis Menou, Guide des étoiles de mer, oursins et autres échinodermes du lagon de Nouvelle-Calédonie, ORSTOM,‎ 1986, 244 p. (lire en ligne).
  2. Philippe Bourjon, « Synapta maculata », sur Sous Les Mers (consulté le 6 décembre 2013)
  3. a, b, c, d et e « Échinodermes : Holothurides », sur USMA.plongee.free.fr (consulté le 10 décembre 2013)
  4. Christopher Taylor, « Echinodermata », sur Palaeos (consulté le 18 décembre 2013).
  5. (en) Christopher Mah, « Deep-Sea Swimming Sea Cucumbers and the "most bizarre holothurian species in existence" ! », sur Echinoblog,‎ 18 septembre 2012.
  6. Série documentaire Steffens entdeckt, épisode Palau - Korallenparadies der Südsee (réalisation Dirk Steffens et Ninette Kraunus, 2009.
  7. (en) Christopher Mah, « Sea Cucumber Defense Pt.2 : Evisceration of Cuvierian Tubules », sur Echinoblog,‎ 7 février 2012.
  8. a, b et c (en) Christopher Mah, « Sea Cucumber Evisceration : Defense, Regeneration, Why ? », sur Echinoblog,‎ 31 janvier 2012.
  9. (en) Christopher Mah, « What are the Deepest known echinoderms ? », sur Echinoblog,‎ 8 avril 2014.
  10. (en) Christopher Mah, « The Anus as a Second Mouth : A Sea Cucumber that feeds via its butt », sur Echinoblog,‎ 20 février 2013.
  11. a et b (en) Christopher Mah, « Crabs & Shrimps that Live in Sea Cucumber Anuses », sur Echinoblog,‎ 1er octobre 2013.
  12. a, b et c (en) Christopher Mah, « When Fish Live in your Cloaca & How Anal Teeth are Important : The Pearlfish-Sea Cucumber Relationship », sur Echinoblog,‎ 11 mai 2010.
  13. (en) Christopher Mah, « Sea cucumbers got fish that live in their anus and CLAMS that live in their throat! (but not at the same time) », sur Echinoblog,‎ 31 août 2010.
  14. (en) Christopher Mah, « P is for Parasitic Snail ! Enter: The Eulimidae », sur Echinoblog,‎ 3 juin 2014.
  15. a et b (en) Christopher Mah, « Worms & Snails that Live On/In Sea Cucumbers! », sur Echinoblog,‎ 22 janvier 2014.
  16. a, b, c et d (en) Alexander M. Kerr, « A Philology of Òλοθóυριου : From Ancient Times to Linnaeus, including Middle and Far Eastern Sources », University of Guam Marine Laboratory Technical Report, no 151,‎ 2013 (lire en ligne).
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  18. Aristote, Parties des Animaux, vol. IV,‎ -343 (lire en ligne).
  19. L’Encyclopédie, 1re édition, 1751 (Tome 8, p. 247). lire en ligne.
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Articles connexes[modifier | modifier le code]