Autotomie

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Certains lézards sont capables d'abandonner une partie de leur queue pour échapper à un prédateur.

L'autotomie est la capacité qu'ont certains animaux de perdre une partie de leur corps volontairement, en particulier certains reptiles et invertébrés. Certains rongeurs peuvent aussi perdre une partie de leur queue.

Principe[modifier | modifier le code]

Il s'agit d'une stratégie de défense consistant à abandonner volontairement une partie non vitale de son corps (en général la queue, mais parfois un membre, de la peau…) afin d'échapper à un prédateur.
La perte se produit soit lorsque la partie du corps est déjà prise par le prédateur (il s'agit alors de se libérer pour fuir) soit avant une attaque afin de créer une diversion.

En général le membre abandonné reste agité de mouvements réflexes, donnant une illusion de vie et occupant le prédateur.

Biologie[modifier | modifier le code]

Le membre se sépare en général à des endroits pré-établis de l'anatomie de l'animal. Ce sont la plupart du temps des articulations de la queue ou des membres.

Une pression assez forte pour exciter des récepteurs tégumentaires excite des muscles spécialisés qui brisent l'organe en une zone de moindre résistance. Devant chaque « plan d'autotomie », l'artère caudale porte un sphincter et la veine caudale présente une constriction, ce qui évite la perte de fluides corporels (en particulier le sang).

Selon les espèces, la partie abandonnée peut repousser, tels la queue du lézard ou le pénis jetable de Goniobranchus tinctorius[1]. Cette capacité n'est toutefois pas toujours parfaite et les membres repoussés sont souvent inférieurs aux originaux (couleurs différentes, taille réduite, mobilité plus faible, queue dédoublée chez certains reptiles). De plus la capacité à repousser se dégrade avec le nombre de repousses.

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Scalp de la queue chez certains rongeurs[modifier | modifier le code]

L'autotomie dite « évasive », c'est-à-dire dans le but de s'évader, expression due à Giard en 1887, est assez rare chez les Vertébrés[2],[3]. Certains rongeurs ont toutefois la capacité d'abandonner une partie de leur queue au prédateur qui l'a saisie[3]. Soit l'animal perd une portion de sa queue — c'est le cas notamment chez une souris à abajoues de l'espèce Chaetodipus fallax — soit la queue ne se sectionne pas totalement mais perd une partie de sa peau[4]. Les anglophones nomment ce phénomène « Fur slip » (littéralement « glissement de fourrure »).

Dans ce dernier cas, seul un fourreau de peau se détache par l'extrémité, laissant en place les vertèbres caudales[4] ,[5]:

Il y a peu de perte de sang sur l'instant, seulement un léger suintement[5]. La partie dénudée sèche et tombe quelques jours après, puis l'extrémité de la queue se cicatrise très rapidement mais ne repousse pas[5],[3]. L'animal conserve une queue raccourcie[4], lui enlevant éventuellement une partie de son agilité, faute de balancier complet.

Un examen minutieux montre qu'il n'y a quasiment pas d'adhérence entre le fourreau de peau et l'axe vertébral. Ils ne sont reliés que par quelques connexions vasculaires et nerveuses. C'est donc une zone très facile à rompre. L'axe, dont la surface est parfaitement lisse, emporte avec lui l'artère et la veine caudales mais les vaisseaux et nerfs latéraux restent inclus dans le fourreau cutané. C'est toujours à la limite d'un des anneaux cornés, au niveau d'une lacune à peine cloisonnée qui sépare le poil du derme adjacent, que la rupture se fait : l'anneau se dédouble en épaisseur, la partie interne part avec la peau, la partie externe reste avec le moignon de queue[3].

Contrairement au cas d'« auto-tomie » au sens strict (amputation volontaire), chez les rongeurs ce phénomène est purement mécanique et se produit même sur un animal mort. La peau cède à une simple traction, sans aucune intervention musculaire volontaire ou réflexe. En revanche, si l'animal a déjà perdu une grande portion de queue, la cassure devient quasi impossible[3].

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L'autotomie évasive est avérée par exemple chez l'Octodon degus, le chinchilla, la Gerbille de Mongolie, le lérot, le muscardin ou certains mulots[3].

Chez le Mulot à collier, par exemple, l'autotomie caudale se fait au niveau de la séparation entre la vingt-et-unième et la vingt-deuxième vertèbre[6].

Chez le Mulot sylvestre, la gaine cutanée se détache à un niveau variable. La partie endommagée sèche et tombe deux ou trois jours après[5].

La fréquence de ces amputations laisse à penser qu'il s'agit bien d'une stratégie de fuite car elle est constatée dans la nature chez 5 à 7 % de Acomys cahirinus, 6 à 7 % de Podomys floridanus, 20 à 25 % de Proechimys semispinosus et plus de 50 % de Apodemus sylvaticus. Le scalp de la queue a été rapporté également chez le Rat noir (Rattus rattus) et une capture menée au Ghana a montré que sur 299 rats noirs sauvages, 54 rats (18 %) avaient une queue raccourcie et 34 rats présentaient une cicatrisation ancienne[4].

Autotomie fatale[modifier | modifier le code]

En général ce mécanisme a pour but d'assurer la survie de l'animal, toutefois il y a des cas où l'animal se sacrifie.

C'est le cas par exemple de l'abeille. Si celle-ci pique un vertébré à la peau résistante, elle abandonne son aiguillon en forme de harpon dans la plaie. Les glandes à venin et parfois une partie de l’intestin de l'insecte y restent aussi accrochées. L'abeille meurt tandis que ses glandes peuvent continuer seules à injecter le venin durant 20 minutes[7].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) A. Sekizawa, S. Seki, M. Tokuzato, S. Shiga et Y. Nakashima, « Disposable penis and its replenishment in a simultaneous hermaphrodite », Biology Letters, vol. 9, no 2,‎ 23 avril 2013, p. 20121150-20121150 (lien DOI?)
  2. A. Giard, 1887. L'autotomie dans la série animale. Revue Scientifique, 3* série, vol. xiii, p. 629
  3. a, b, c, d, e et f L. Cuénot, L'AUTOTOMIE CAUDALE CHEZ QUELQUES RONGEURS- ARCH. DE ZOOL. EXP. ET (JÉN. — 4' SÉRIE. — T. VI. D- Lire le texte
  4. a, b, c et d (en) Gail R. Michener, Tail autotomy as an escape mechanism in Rattus rattus. Dans Journal of Mammalogy, Vol. 57, No. 3 (Aug., 1976), p. 600-603. Publié par American Society of Mammalogists. Lire un extrait
  5. a, b, c et d Henri Le Louarn, Jean-Pierre Quéré, Alain Butet, Les Rongeurs de France: faunistique et biologie, Publié par Éditions Quae, 2003. ISBN 2-7380-1091-1, 9782738010919. 260 pages. Anatomie générale, p. 19
  6. Apodemus flavicollis
  7. Fabrice P. Pecault, L'envenimation par les hymenopteres, thèse vétérinaire 2002 – Toulouse 3 – 4044.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]