Pierre Belon

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Pierre Belon, à 39 ans[1], dessiné et gravé par Ambroise Tardieu, d'après le portrait des Observations

Pierre Belon[2], né en 1517 au lieu-dit La Souletière à Cérans-Foulletourte près du Mans, mort en 1564, est un naturaliste français. Esprit très en avance sur son époque, il est considéré comme l'un des plus grands scientifiques du XVIe siècle.

Biographie[modifier | modifier le code]

D'origine modeste, Belon devient apothicaire auprès d'éminents ecclésiastiques : l'évêque du Mans, René du Bellay[3], Guillaume du Prat[4] et l'archevêque de Lyon, François II de Tournon. Cela lui permet de se consacrer à ses recherches scientifiques.

Il suit les cours de botanique de Valerius Cordus à Wittenberg et voyage avec lui en Allemagne. On raconte qu'il est arrêté à son retour, soupçonné de luthéranisme ; mais un admirateur de Ronsard fait libérer Belon, ami du poète[5]. Il s'intéresse aussi à l'ichtyofaune et écrit l'un des premiers traités illustrés sur les poissons des cours d'eau de France.

En 1538[6], il s'occupe du jardin de Touvoie « une vaste pépinière d'arbres et d'arbustes exotiques[7] », l'un des premiers jardins botaniques de France.

Avant son voyage également, il écrit un abrégé de L'histoire des plantes de Leonhart Fuchs, qui sera traduit en espagnol[8].

Voyage au Levant[modifier | modifier le code]

La ville d'Alexandrie, illustration des Observations de plusieurs singularités, 1553

Belon accompagne ensuite deux ambassadeurs de François Ier auprès de Soliman Ier le Magnifique. Il parcourt le Levant de 1546 à 1549. Ce voyage en Grèce où il visite le mont Athos, en Turquie, en Égypte, où il explore Alexandrie et Le Caire, en Judée, en Arabie et en Palestine par l'isthme de Suez, permet à Belon de rapporter un grand nombre d'observations sur l'histoire naturelle et sur les mœurs des habitants. Il s'agit de l'un des premiers voyages naturalistes de l'histoire. Il s'arrête ainsi dans les Îles grecques, à la recherche des plantes décrites par Dioscoride. Il relate son voyage en 1553, dans Voyage au Levant, les observations de Pierre Belon du Mans, de plusieurs singularités et choses mémorables, trouvées en Grèce, Turquie, Judée, Égypte, Arabie et autres pays estranges, édité en 1553. Il s'intéresse notamment à l'usage de l'opium fait par les Turcs[3].

Curieux de tout, il collecte de nombreuses observations en histoire naturelle ainsi qu'en archéologie et sur la vie des peuples qu'il côtoie. Ainsi, il s'intéresse aux procédés employés pour la momification des corps. Il revient en France en 1549, et obtient du roi Henri II une pension de deux cents écus, qui lui permet de poursuivre ses recherches.

Fin de vie[modifier | modifier le code]

Belon fait un autre voyage, en 1557, en Italie, en Savoie, dans le Dauphiné et en Auvergne[9].

Charles IX lui fournit un logement au château de Madrid, dans le bois de Boulogne.

Il meurt de façon mystérieuse à 49 ans, sans doute assassiné par un rôdeur en avril 1564, alors qu'il traverse le bois de Boulogne.

Contributions[modifier | modifier le code]

Animaux marins[modifier | modifier le code]

Il publie de remarquables études sur les animaux marins : L'histoire naturelle des estranges poissons marins, avec la vraie peincture et description du daulphin, et de plusieurs autres de son espèce, en 1551, et La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts représentez au plus près du naturel, en 1555. Le terme de poisson y regroupe tous les animaux marins : de la baleine à l'otarie, du crustacé à l'anémone en passant par l'hippopotame ou la loutre. Il semble probable qu'il rassemble là les animaux considérés par l'Église catholique comme consommables les jours maigres. Mais cette hypothèse n'explique pas pourquoi il évoque même le caméléon. Malgré cela, il tente d'établir un embryon de classification, notamment en évoquant les vrais poissons et leurs subdivisions basées sur des observations anatomiques : cartilage ou squelette osseux, ovipare ou vivipare. Sa classification est meilleure que celle de Guillaume Rondelet (publiée trois ans après la sienne) et mieux observée. Pierre Belon décrit, pour la première fois en Europe, de nombreux animaux alors inconnus. Il décrit environ 110 espèces de poissons.

Oiseaux[modifier | modifier le code]

Planche comparant le squelette d'un être humain et celui d'un oiseau, extraite de l'Histoire de la nature des oyseaux

Son Histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions et naïfs portraicts retirez du naturel de 1555 est supérieure. Dans ce traité, de 381 pages, il décrit tous les oiseaux qu'il connaît. Il les regroupe suivant leur comportement et leur anatomie : les oiseaux de proie, les oiseaux d'eau, les omnivores, les petits oiseaux, subdivisés à leur tour en insectivores et en granivores. L'ouvrage comporte 14 gravures.

Belon connaît moins de langues que Conrad Gessner, mais, ses observations sont bien meilleures, étayées notamment par des observations dans la nature, ainsi que des observations anatomiques résultant manifestement de nombreuses dissections. Il compare les becs et les serres, tente de rassembler des formes anatomiques communes. Il compare le squelette d'un être humain et d'un oiseau, ce qui est la première tentative d'anatomie comparée[10]. Cette idée ne sera reprise que quelques centaines d'années plus tard par Félix Vicq d'Azir, et Étienne Geoffroy Saint-Hilaire. Mais Belon lui-même n'exploite que fort peu ses observations sur les similarités entre ces deux squelettes et n'en tire pas de conclusion pratique. De plus, il commet des erreurs notables, comme de placer les chauves-souris dans la catégorie des oiseaux.

Son livre est maintes fois vanté dans les siècles suivants, pourtant il reste presque ignoré par ses contemporains car, la même année, paraît l’Historia animalium de Conrad Gessner. Parfois des descriptions de certaines espèces ne coïncident pas avec les illustrations[11], ce qui porte confusion chez les auteurs ultérieurs[12].

Son second livre d'ornithologie est Pourtraicts d'oyseaux publié à Paris, en 1557. Il comporte 174 gravures, la plupart faites à partir des propres dessins de Belon.

Plantes[modifier | modifier le code]

Pinus, De Arboribus Coniferis (1533).

Il s'intéresse également à la botanique et, notamment, à l'acclimatation des végétaux exotiques. Il publie, en 1553, un traité sur les conifères et autres végétaux à feuillage persistant (De arboribus coniferis, resiniferis, aliisque, nonnullis sempiterna fronde virentibus...), l'un des premiers traités sur ces végétaux. En 1558, il préconise dans Les Remonstrances sur le défault du labour et culture des plantes et de la cognoissance d'icelles... l'acclimatation des végétaux exotiques ; c'est lui d'ailleurs, qui, le premier en France, sème des platanes. On lui doit l'introduction en France de l'arbre de Judée, du chêne-liège, du pistachier, du cèdre, du jujubier, du chêne vert[réf. nécessaire], du genévrier d'orient, et de la myrte. Dans ses descriptions de botanique, sans doute influencé par ses connaissances d'apothicaire, il accorde une grande attention aux propriétés thérapeutiques des végétaux qu'il cite.

Il est le premier à citer de nombreuses plantes du Moyen-Orient comme Platanus orientalis, Umbilicus pendulinus, connu aussi sous le nom de cotyledon, Acacia vera, Caucalis orientalis, etc. Il s'intéressera à l'acclimatation du platane d'Anatolie dans le domaine de Touvoie, qui ne réussira que lorsque Buffon le fera planter dans le jardin du Roi[3].

Œuvres[modifier | modifier le code]

Œuvres originales[modifier | modifier le code]

Traductions[modifier | modifier le code]

  • Histoire des plantes de M. Leonhart Fuschsius, avec les noms grecs, latins, & francoys. Augmentees de plusieurs portraictz, avec ung extraict de leurs vertuz (en lieu, & temps) des plus excellens Autheurs. Nouvellement traduict en francoys par Pierre Belon[15], Paris, Pierre Haultin, 1549[16]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Honneurs[modifier | modifier le code]

Combien Belon [...]
Doit avoir en France aujourd'huy
D'honneur, de faveur et de gloire,
Qui a veu ce grand univers,
et de longueur et de travers
et la gent blanche et la gent noire[18],[3]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Morren et Crié, p. 10.
  2. En latin : « Petrus Bellonius ». À quoi on ajoutait : « Cenomanus », c'est-à-dire « du Mans ».
  3. a, b, c et d Jean-Marie Pelt, « Pierre Belon, les crocodiles et les platanes », dans La cannelle et le panda, Fayard, 1999 (ISBN 978-2213-60466-4)
  4. E. H. G., « (Recension de) Dr Paul Delaunay : L'aventureuse existence de Pierre Belon, du Mans, Paris, Champion, 1926, in-8o, XII + 178 p., pl. », p. 436.
  5. Selon la « Biographie de Pierre Belon », dans Morren et Crié, p. 6.
  6. Duport, p. 57.
  7. Morren et Crié, p. 18.
  8. Du-Petit-Thouars, « Jarava (Jean) », dans Louis-Gabriel Michaud et Joseph-François Michaud, Biographie universelle, vol. 20, 1858, p. 565.
  9. Morren et Crié, p. 7.
  10. Ivan Pavlov l'appelle le « prophète de l'anatomie comparée » : Wong.
  11. Premières descriptions de l'ibis chauve
  12. Confusion sur Phalacrocorax belloni
  13. Sur ce livre : Stéphane Schmitt, « Introduction » à Pierre Belon (1517-1564) L’Histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions et naïfs portraicts retirez du naturel, escrite en sept livres, Paris, G. Cavellat, 1555.
  14. Duport, p. 66.
  15. Pour une attribution différente, voir Antonio González Bueno, « Los “Fuchs” castellanos impresos por los Birckmann : en torno a un tratado de Botánica renacentista conservado en la Biblioteca “Marqués de Valdecilla” ».
  16. Source : fiche du SUDOC.
  17. Michel Dassonville, Ronsard : étude historique et littéraire, vol. 1, 1968, p. 209 (ISBN 2600034897 et 9782600034890).
  18. Œuvres complètes, vol. 2, p. 362. « Belon » est une variante, à la place de « Thevet ».
  19. Critica botanica, Leyde, 1737, p. 92 ; Genera plantarum, Leyde, 1742, p. 72.
  20. M. Wong, Dictionary of scientific biography, vol. 1, New York, Charles Scribner's sons,‎ , « Belon, Pierre », p. 595–596

Liens externes[modifier | modifier le code]

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