Pierre Belon

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Pierre Belon, "Dessiné et Gravé par Ambroise Tardieu, d'après le Portrait du Voyage dans le Levant"

Pierre Belon (né en 1517 au lieu-dit "La Souletière" à Cérans-Foulletourte près du Mans - décédé en 1564) est un naturaliste français.

Esprit très en avance sur son époque, il est considéré comme l'un des plus grands scientifiques du XVIe siècle.

D'origine modeste, Belon devient apothicaire auprès d'éminents ecclésiastiques, l'évêque du Mans, René du Bellay[1], en 1535, puis l'archevêque de Lyon, François II de Tournon. Ces protecteurs lui permettent de se consacrer entièrement à ses recherches scientifiques.

Il suit les cours de botanique de Valerius Cordus à Wittenberg, et voyage avec lui en Allemagne. Il s'intéresse aussi à l'ichtyofaune et écrit l'un des premiers traités illustré sur les poissons des cours d'eau de France.

Pierre Belon meurt de façon mystérieuse, sans doute assassiné par un rôdeur, en avril 1564, alors qu'il traverse le Bois de Boulogne.

Son voyage[modifier | modifier le code]

Portraict de la Ville d'Alexandrie, in Observations de plusieurs Singularités, 1553

Belon parcourt le Levant de 1546 à 1549. Ce voyage en Grèce où il visite le mont Athos, en Turquie, en Égypte où il explore Alexandrie et Le Caire, en Judée, en Arabie et en Palestine par l'isthme de Suez, permet à Belon de rapporter un grand nombre d'observations sur l'histoire naturelle et sur les mœurs des habitants. Il s'agit de l'un des premiers voyages naturalistes de l'histoire. Il s'arrête ainsi dans les îles grecques, à la recherche des plantes décrites par Dioscoride. Il relate son voyage en 1553, dans: Voyage au Levant, les observations de Pierre Belon du Mans, de plusieurs singularités et choses mémorables, trouvées en Grèce, Turquie, Judée, Égypte, Arabie et autres pays estranges, édité en 1553. Il s'intéresse notamment à l'usage de l'opium fait par les Turcs [1]

Curieux de tout, il collecte de nombreuses observations en histoire naturelle ainsi qu'en archéologie, et sur la vie des peuples qu'il côtoie. Ainsi, il s'intéresse aux procédés employés pour la momification des corps. Il revient en France en 1549, et obtient du roi Henri II une pension de deux cents écus, qui lui permet de poursuivre ses recherches.

Charles IX lui fournit un logement au château de Madrid, dans le bois de Boulogne.

Ronsard lui dédia un poème : Combien Belon [...] / Doit avoir en France aujourd'huy / D'honneur de faveur et de gloire ! / Qui a veu ce grand univers / et de longueur et de travers / et la gent blanche et la gent noire... [1]

Les animaux marins[modifier | modifier le code]

Il publie de remarquables études sur les animaux marins L'histoire naturelle des estranges poissons marins, avec la vraie peincture et description du daulphin, et de plusieurs autres de son espèce, en 1551, et La Nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraicts représentez au plus près du naturel, en 1555. Le terme de poisson y regroupe tous les animaux marins : de la baleine à l'otarie, du crustacé à l'anémone en passant par l'hippopotame ou la loutre. Il semble probable qu'il rassemble là les animaux considérés par l'église catholique comme consommables les jours maigres. Mais cette hypothèse n'explique pas pourquoi il évoque même le caméléon. Malgré cela, il tente d'établir un embryon de classification, notamment en évoquant les vrais poissons et leurs subdivisions basées, sur des observations anatomiques : cartilage ou squelette osseux, ovipare ou vivipare. Sa classification est meilleure que celle de Guillaume Rondelet (publiée 3 ans après la sienne) et mieux observée. Pierre Belon décrit, pour la première fois en Europe, de nombreux animaux qui y étaient inconnus. Il décrit environ 110 espèces de poissons.

Les oiseaux[modifier | modifier le code]

Planche comparant le squelette d'un être humain et d'un oiseau. Extraite de l'Histoire des oyseaux de Pierre Belon.

Son Histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions et naïfs portraicts retirez du naturel de 1555 est supérieure. Dans ce traité, de 381 pages, il décrit tous les oiseaux qu'il connaît. Il les regroupe suivant leur comportement et leur anatomie : les oiseaux de proie, les oiseaux d'eaux, les omnivores, les petits oiseaux, subdivisés à leur tour en insectivores et en granivores. Cette classification paraît bien faible aujourd'hui, mais Belon s'inspire des principes aristotéliciens. Il cite leur nom, seulement en latin, grec et français, car ce sont les seules langues qu'il connaît, ce qui est bien faible comparé aux connaissances de Gessner. L'ouvrage comporte 14 gravures.

Mais, les observations de Belon sont bien meilleures, étayées notamment par des observations dans la nature, ainsi que des observations anatomiques, résultant manifestement de nombreuses dissections. Il compare les becs et les serres, tente de rassembler des formes anatomiques communes. Il compare le squelette d'un être humain et d'un oiseau, ce qui est la première tentative d'anatomie comparée. Cette idée ne sera reprise que quelques centaines d'années plus tard par Félix Vicq d'Azir, et Étienne Geoffroy Saint-Hilaire. Mais Belon lui-même n'exploite que fort peu ses observations sur les similarités entre ces deux squelettes et n'en tire pas de conclusion pratique.

Belon commet pourtant des erreurs notables, comme de placer les chauves-souris dans la catégorie des oiseaux. Son livre est maintes fois vanté dans les siècles suivants, pourtant il reste presque ignoré par ses contemporains car, la même année, paraît l’Historia animalium de Conrad Gessner.Parfois des descriptions de certaines espèces ne coïncident pas avec les illustrations[2], ce qui porte confusion chez les auteurs ultérieurs[3].

Son second livre d'ornithologie est Pourtraicts d'oyseaux publié à Paris, en 1557. Il comporte cent 74 gravures, la plupart faites à partir des propres dessins de Belon.

La botanique[modifier | modifier le code]

Pinus, De Arboribus Coniferis (1533).

Il s'intéresse également à la botanique et, notamment, à l'acclimatation des végétaux exotiques. Il publie, en 1553, un traité sur les conifères et autres végétaux à feuillage persistant (De arboribus coniferis, resiniferis, aliisque, nonnullis sempiterna fronde virentibus...), l'un des premiers traités sur ces végétaux. En 1558, il préconise dans Les Remonstrances sur le défault du labour et culture des plantes et de la cognoissance d'icelles... l'acclimatation des végétaux exotiques ; c'est lui d'ailleurs, qui, le premier en France, sème des platanes. On lui doit l'introduction en France de l'arbre de Judée, du chêne-liège, du pistachier, du cèdre, du jujubier, du chêne vert[réf. nécessaire], du genévrier d'orient, et de la myrte. Dans ses descriptions de botanique, sans doute influencé par ses connaissances d'apothicaire, il accorde une grande attention aux propriétés thérapeutiques des végétaux qu'il cite.

Il est le premier à citer de nombreuses plantes du Moyen-Orient comme Platanus orientalis, Umbilicus pendulinus, connu aussi sous le nom de cotyledon, Acacia vera, Caucalis orientalis, etc. Il s'intéressera à l'acclimatation du platane d'Anatolie dans le domaine de Touvoie, qui ne réussira que lorsque Buffon le fera planter dans le jardin du Roi[1].

La Chronique de Pierre Belon du Mans, médecin (1562-1565)[modifier | modifier le code]

Réécrite plusieurs fois, cette œuvre non publiée défend le camp catholique, comme l'auteur l'indique dans la préface. Il y reprend les matériaux de sa relation de voyage, qu'il utilise comme autant d'arguments.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • L’Histoire naturelle des estranges poissons marins avec la vraie peincture et description du Dauphin et de plusieurs autres de son espèce observée par Pierre Belon du Mans, R. Chaudière, Paris, 1551.
  • De aquatilibus libri duo cum iconibus ad vivam ipsorum effigiem quoad ejus fieri potuit expressis [« Deux livres sur les êtres aquatiques, avec des images les représentant vivants autant qu’il a été possible »], Ch. Estienne, Paris, 1553.
  • La nature et diversité des poissons, avec leurs pourtraictz représentez au plus près du naturel, Ch. Estienne, Paris, 1555.
    • repris in extenso dans Ph. Glardon : L'Histoire naturelle au XVIe siècle, Genève, Droz (T.H.R. 483), 2011.
  • L’Histoire de la nature des oyseaux, avec leurs descriptions et naïfs portraicts retirez du naturel, escrite en sept livres ; 1555.
    • édition en fac-similé avec introduction et notes par Philippe Glardon, Genève, Droz (T.H.R. 306), 1997.
  • Les observations de plusieurs singularitez et choses mémorables trouvées en Grèce, Asie, Judée, Égypte, Arabie et autres pays estranges, rédigées en trois livres, G. Corrozet, Paris, 1553
  • Les observations de plusieurs singularites & choses memorables, trouvees en Grece, Asie, Judee, Égypte, Arabie, & autres pays etranges, redigees en trois livres. Revues derechef, & augmentees de figures, avec une nouvelle table de toutes les matieres traitees en iceux. Anvers, Jean Steelsius (Christophe Plantin), 1555
  • Portraicts d’oyseaux, animaux, serpens, herbes, arbres, hommes et femmes d’Arabie et d’Égypte observez par P. Belon du Mans, le tout enrichi de quatrains pour la plus facile cognoissance des Oyseaux et autres portraicts, plus y est adjousté la Carte du Mont Attos et du Mont Sinay pour l’intelligence de leur religion, G. Cavellat, Paris, 1557.
  • Cronique de P. Belon du Mans, médecin, non publiée de son vivant (manuscrit conservé à la Bibliothèque de l'Arsenal)
    • édition critique par Monica Barsi : L'énigme de la Chronique de Pierre Belon, Milan, Edizioni universitarie di lettere (Sezione di francesistica), 2001, 390pp (ISBN 88-7916-168-7)
  • Voyage au Levant (1553). Les observations de Pierre Belon du Mans, Texte établi & présenté par Alexandra Merle, Chandeigne, 2001.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. a, b, c et d * Jean-Marie Pelt, "Pierre belon, les crocodiles et les platanes" dans La Cannelle et le panda, éd. Fayard 1999 (ISBN 978-2213-60466-4)
  2. Premières descriptions de l'ibis chauve
  3. Confusion sur Phalacrocorax belloni

Annexes[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean Ceárd, « Pierre Belon, zoologiste », Actes du Colloque Renaissance-Classique du Maine (Le Mans, 1971) : 129-140.
  • Paul Delaunay (1926). Pierre Belon, naturaliste [deuxième fascicule], Imprimerie Monnoyer (Le Mans) : 271 p.
  • Philippe Glardon (1990). Les comparaisons et les monstres: Figures structurales de la description zoologique dans "L'histoire de la nature des oyseaux" de Pierre Belon du Mans, Anthropozoologica: Bulletin de L'Homme et l'Animal", 13 : 27-43.
  • E.W. Gudger (1934). The Five Great Naturalists of the Sixteenth Century : Belon, Rondelet, Salviani, Gesner and Aldrovandi : A Chapter of History of Ichthyology, Isis: International Review devoted to the History of Science and its Cultural Influences, 22 (1) : 21-40. (ISSN 0021-1753)
  • Fernand Letessier, « Vie et survivance de Pierre Belon. » Actes du Colloque Renaissance-Classique du Maine (Le Mans, 1971) : 107-128.
  • Jean-Marie Pelt, "Pierre Belon, les crocodiles et les platanes" dans La Cannelle et le panda, éd. Fayard 1999 (ISBN 978-2213-60466-4)
  • Monica Barsi, « Le traitement des sources dans la Cronique de Pierre Belon du Mans, médecin (1562-1565) », Esculape et Dionysos. Mélanges en l'honneur de Jean Céard, Genève, Droz, 2008, p. 203-215.

Liens externes[modifier | modifier le code]