Épicharme

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Épicharme (Ἐπίχαρμος)
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Philosophe occidental

Antiquité

Naissance
Décès
École/tradition
Principaux intérêts
Idées remarquables
Devenir, sensibles et intelligibles
Influencé par
A influencé

Épicharme (en grec ancien Ἐπίχαρμος / Epíkharmos), né vers 540 av. J.-C. et mort à Syracuse vers 450 av. J.-C. est un poète comique grec, ainsi qu'un philosophe présocratique.

Il est le premier auteur comique attesté. Certains auteurs le font naître à Syracuse, en Sicile, d'autres sur l'île de Cos, mais c'est bien à Syracuse qu'il passe l'essentiel de sa vie. Il produit sa première pièce avant 488 av. J.-C. En tout, trente-cinq titres et quelques fragments nous sont parvenus par des papyrus.

Il est donné en exemple par Aristote dans sa Rhétorique[2] et célébré dans l'épigramme XVII de Théocrite.

Épicharme est lié au pythagorisme. Selon Diogène Laërce (VIII, 78), « il fut l'élève de Pythagore ». Selon Jamblique (Vie de Pythagore, 226), « il introduisit dans ses vers les pensées de Pythagore, révélant ainsi par jeu ses doctrines secrètes ».

Platon semble avoir beaucoup emprunté à Épicharme, dont il a retranscrit de très nombreux passages, d'après Alcimos dans son Contre Amyntas. En effet, Épicharme a parlé fort clairement des sensibles et des intelligibles[3].

Fragments[modifier | modifier le code]

Ces fragments sont cités par Diogène Laërce :

« A. Mais les dieux étaient là, présents, depuis toujours,
Sans jamais cesser d'être ; et ces divins objets
Sont là, présents toujours, semblables, identiques.
B. Mais Chaos le premier, dit-on, parmi les dieux
Parvient à l'existence.
A. Mais comment ? Impossible,
Puisqu'il n'existe rien dont un premier provienne
Et en quoi un premier pourrait se transformer.
B. Alors, rien en premier ne vint à l'existence ?
A. Ni en second, parbleu ! Pas un de ces objets
Dont ici nous parlons ; car ils sont éternels[4]. »

« A. Prenons un nombre impair, ou un pair, si tu veux !
Suppose qu'on ajoute un, ou qu'on le retranche.
Crois-tu donc que ce nombre est resté identique ?
B. Biens sûr que non!
A. Eh non, bien sûr ! Si de nouveau
On prend une coudée à laquelle on ajoute —
Ou alors on retranche — une longueur quelconque
À ce qu'elle est avant, pourra-t-on soutenir
Que l'ancienne longueur subsiste encore ?
B. Non pas.
A. Bon. Alors maintenant considère un peu l'homme :
Tandis que l'un grandit, l'autre perd de sa taille,
Et tous sont tout le temps soumis au changement.
Or ce qui par nature éprouve un changement
Et jamais ne demeure identique à soi-même,
Doit être maintenant autre que ce qu'il fut.
Ainsi donc, toi et moi, hier nous étions autres
Et sommes aujourd'hui encore d'autres hommes,
Et demain le serons. Jamais nous ne restons
Nous-mêmes en vertu de la même raison[5]. »

« A. Dis-moi, l'art de la flûte est-il bien quelque chose ?
B. Assurément !
A. Mais dis, cet art est-il un homme ?
B. Pas du tout !
A. Voyons donc, qu'est-ce qu'un joueur de flûte ?
Et que crois-tu qu'il soit ? Un homme ? Oui ou non ?
B. Un homme, assurément.
A. N'en va-t-il pas aussi
De même pour le bien ? Le bien est chose en soi,
Et c'est en l'apprenant que l'on peut devenir
Homme de bien ; tout comme c'est en apprenant
L'art de la flûte qu'on devient joueur de flûte,
Que l'on devient danseur en apprenant la danse,
En tissant tisserand, et ainsi pour le reste.
Lui-même n'est pas l'art, il n'est qu'homme de l'art[6]. »

« Eumée, point n'est sagesse à un seul réservée ;
tout ce qui a la vie, a aussi la conscience.
Chez les gallinacés, la poule, oiseau femelle,
Sois-y bien attentif, ne produit pas au jour
Des poussins tout vivants ; mais en couvant ses œufs,
Elle leur donne une âme. Et la nature seule
Sait ce qu'est la Sagesse et comment elle est faite ;
Car la nature a su elle-même s'instruire[7]. »

« Il n'est pas étonnant que nous disions ainsi
Que nous prenons plaisir au vu de notre image,
Et que nous estimons belle notre nature ;
Car le chien offre au chien l'image la plus belle,
Comme le bœuf au bœuf, et comme l'âne à l'âne
Est le plus beau, et comme au porc aussi le porc[8]. »

« Ainsi que je le crois — mais n'est ce que croyance ?
Car enfin j'en suis sûr — un jour il sera fait
Mention de ces propos que je tiens aujourd'hui.
Alors quelqu'un viendra qui s'en emparera,
Qui les dépouillera de leur forme métrique,
Et les habillera d'une robe de pourpre,
Ornée de beaux discours plaisamment bigarrés :
En jouteur invincible il s'aura s'imposer[9]. »

  • Cité par Eustratios :

Dans Héraclès chez Pholos :

« C'est par nécessité que je fais tout cela ;
Ce n'est pas de plein gré qu'on accepte ces peines[10]. »

Épicharme, le poète comique, s'exprime fort clairement à propos de la raison dans sa République, en disant :

« Certes la vie de l'homme a le plus grand besoin
Du calcul et du nombre. En effet nous vivons
De nombre et de calcul. Ce sont eux qui procurent
Leur salut aux mortels.
Ensuite il poursuit en ces termes :
La raison, comme il faut, gouverne les humains
Et toujours les préserve. Le calcul est humain
Et il existe aussi une raison divine.
Mais le calcul humain est né de la raison
Qui appartient à Dieu; et la raison divine
Fournit à chaque humain les moyens de la vie,
Même la nourriture. Et la raison divine
Accompagne tout art, en enseignant aux hommes
Ce qu'il convient de faire et qui leur est utile.
Car nul homme jamais n'a découvert un art,
Et tout art vient de Dieu[11]. »

  • Cité par un anonyme :

Il y a aussi une épigramme que l'on attribue à Épicharme :

« Je suis cadavre. Or un cadavre est du fumier.
Or le fumier est de la terre. Mais puisque terre
Est Dieu, point cadavre ne suis, mais je suis Dieu[12]. »

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Œuvres d'Epicharme[modifier | modifier le code]

  • A. Olivieri, Frammenti della commedia greca e del mimo nella Sicilia e nella Magna Grecia, Naples, 2e éd. 1946.
  • Épicharme pythagoricien : Les présocratiques, Gallimard, "La Pléiade", p. 191-213.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. "Demi" dans le Traité de cuisine attribué à Épicharme. (Inédits grecs, ed. Bekker, 99, I). Ce traité pourrait être un mauvais titre pour le Chiron.
  2. Aristote, Rhétorique, Livre I, chapitre VII, XXXI.
  3. Diogène Laërce, Vies, III, 9-10.
  4. Diogène Laërce, Vies, III, 10.
  5. Diogène Laërce, Vies, III, 11.
  6. Diogène Laërce, Vies, III, 14-15.
  7. Diogène Laërce, Vies, III, 16
  8. Diogène Laërce, Vies, III, 16-17.
  9. Diogène Laërce, Vies, III, 17.
  10. Eustratios, Commentaire sur l'Éthique à Nicomaque d'Aristote, III, VII.
  11. Clément d'Alexandrie, Stromates, V, 119.
  12. Iliade, XXII, v. 414, éd. Dindorf.