Jean-Baptiste Coffinhal

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Pierre-André Coffinhal-Dubail, dit Jean-Baptiste Coffinhal, né à Vic-sur-Cère, en Auvergne, le 7 novembre 1762, guillotiné à Paris le 18 thermidor an II (6 août 1794), est un juriste et un révolutionnaire français, membre du Conseil général de la Commune de Paris et du Tribunal révolutionnaire.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Pierre-André Coffinhal-Dubail[1] de son vrai nom, est le plus jeune des six fils d'Annet-Joseph Coffinhal (né à Pailherols le 22 septembre 1705, mort à Vic-sur-Cère le 6 décembre 1767), avocat au bailliage de Vic-en-Carladez, et de Françoise Dunoyer, avec laquelle il s'est marié à Aurillac le 18 mai 1745[2]. Il est issu du milieu des anciennes familles bourgeoises de robe, jouissant d'un patrimoine et d'un pouvoir déjà plus important que la noblesse locale à laquelle ils sont en passe d'être agrégés.

Deux de ses frères aînés, Jean-Baptiste et Joseph (né le 11 février 1757 à Aurillac, mort vers 1832), étudient la jurisprudence. Jean-Baptiste succède à son père comme avocat au bailliage et rachète d'importants biens nationaux vendus au tribunal criminel, où siège son frère Joseph pendant la Révolution. Ce dernier, qui est un ami de Pierre Hébrard, devient ensuite conseiller à la Cour de cassation, puis baron de l'Empire, sous le nom de baron Dunoyer et conseiller d'État. En effet, ils ont tous deux obtenu, la permission de changer de nom pour prendre celui de leur mère[3].

Coffinhal commence par entreprendre des études de médecine, comme son autre frère aîné Pierre Coffinhal (1747), mais abandonne très vite. Il se rend à Paris, où il trouve une place de clerc de procureur[4].

Juge au tribunal révolutionnaire[modifier | modifier le code]

N°6 de la rue Le Regrattier : maison où habita Coffinhal en 1793 (plaque).

Il s'enthousiasme pour la Révolution, prend une part active à l'agitation politique qui secoue la capitale, mais sans succès. Électeur de la section de l'Île-Saint-Louis en 1791 et en 1792, il est nommé ensuite commissaire de police de la section de la Fraternité. Membre du club des Jacobins, il participe à la journée du 10 août 1792 et devient juge du tribunal criminel extraordinaire créé le 17 août suivant.

Pierre-André Coffinhal est nommé juge du Tribunal révolutionnaire, lors de sa création, le 10 mars 1793. Ami de Fouquier-Tinville[n 1], lié politiquement à Maximilien de Robespierre, il fait montre dans son action d'un zèle et d'une intransigeance qui contribuent autant à la hargne de ses adversaires que ses « formules sans nuance et le goût pour les mots d'esprit déplacés » qu'on lui prête[1],[5].

Sa carrière de juge révolutionnaire prend de l'importance lors du procès de Jacques-René Hébert et des Hébertistes, lors duquel il est chargé avec d'autres juges de l'instruction du procès et de rédiger un journal du procès. En collaboration avec trois autres collègues, son travail ne reflète guère la réalité des débats. En 1795, sous la Convention thermidorienne, la découverte des documents concernant l'instruction des divers procès qu'il a eu à charge d'instruire révèle maintes suppressions et des « rectifications » faites par Jean-Baptiste Coffinhal, selon la déposition du juge Féral à la date du 9 vendémiaire an III (30 septembre 1794).

Remplaçant René-François Dumas, il préside les audiences du procès des fermiers généraux, parmi lesquels se trouve Antoine Lavoisier, au cours duquel aurait été prononcée la phrase apocryphe : « La République n'a pas besoin de savants ni de chimistes », attribuée tantôt à Jean-Baptiste Coffinhal, tantôt à Dumas[6]. Le 11 juin 1794, lors de la réorganisation du tribunal révolutionnaire, Jean-Baptiste Coffinhal est nommé premier des trois vice-présidents[1].

Pierre-André Coffinhal est le condamné n°2 742 du Tribunal révolutionnaire, le 18 thermidor an II (6 août 1794), dernier de la liste officielle, avant la réorganisation du 10 août 1794 sous la présidence du citoyen d'Obsent, avec parmi les vice-présidents, "Dajoux, citoyen d'Aurillac".

Le 9 thermidor et la fuite[modifier | modifier le code]

Lors de la chute de Maximilien de Robespierre, Jean-Baptiste Coffinhal a une attitude hésitante. Le 9 thermidor an II (27 juillet 1794), il se réfugie à l'Hôtel de Ville, y entraînant Robespierre et ses partisans. Étant parvenu à prendre la fuite lors de l'invasion du bâtiment par les troupes de la Convention, il longe les berges de la Seine et gagne l'île des Cygnes, non loin du quai de Grenelle, où des bateliers cantaliens le cachent. Forcé par la faim, il quitte son refuge le 5 août, hésite à regagner son domicile et va frapper à la porte de sa maîtresse, Mme Nègre, qui habite rue Montorgueil, mais celle-ci refuse de l'héberger. Il fait la rencontre d'une personne qui lui doit encore de l'argent. L'homme accepte de le cacher, puis se précipite à la police pour le dénoncer.

Jean-Baptiste Coffinhal est incarcéré à la Conciergerie vers deux heures du matin. Son voisin de cellule, Fouquier-Tinville, l'entend hurler jusqu'au petit matin, accablant de reproches François Hanriot et les autres Robespierristes. Il est condamné à mort sur simple vérification de son identité par le tribunal criminel du département[n 2]. La charrette le transporte seul de la Conciergerie à la place de Grève, où il est guillotiné le 18 thermidor an II (6 août 1794). Il est la cent-cinquième victime des purges de Thermidor.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • François Wartelle et Albert Soboul (dir.), Dictionnaire historique de la Révolution française, PUF, coll. « Quadrige »,‎ 2005, « Coffinhal-Dubail, Pierre-André », p. 246.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'Intermédiaire des chercheurs et curieux narre un incident. Suivant cet article, de temps en temps, on peut l'apercevoir, dans le quartier du Palais-Royal à des heures tardives. Un jour, il est arrêté et mené au poste avec Fouquier-Tinville, le fils de ce dernier, et un des jurés du tribunal. Ils refusent de montrer leurs cartes civiques à une patrouille.Dans un état d'ivresse très avancée, il est, selon les témoignages, dans un état d'excitation extrême. Toujours selon les témoignages de ses contemporains, Jean-Baptiste Coffinhal apprécie les bons vins, sa cave, si l'on se réfère à l'inventaire dressé après son exécution, est bien approvisionnée (237 bouteilles pleines, 300 vides, plus une feuillette pleine, soit 225 litres de vin en fût).
  2. Le Tribunal révolutionnaire où avait siégé Jean-Baptiste Coffinhal était provisoirement suspendu.

Références[modifier | modifier le code]

  1. a, b et c François Wartelle (2005), p. 246.
  2. Albert Révérend, Titres, anoblissements et pairies de la restauration 1814-1830, vol. 2, Chez l'auteur et chez H. Champion,‎ 1902, p. 466.
  3. « Coffinhal Dunoyer (Joseph) », Biographie universelle, ancienne et moderne, vols 5-6, 1847, p. 96.
  4. Bulletin de la Société française d'histoire de la médecine, Paris, Alphonse Picard & fils,‎ 1903, chap. 2, p. 239.
  5. Ernest Desplaces, Joseph-François Michaud, Louis-Gabriel Michaud, Biographie universelle ancienne et moderne, Madame C. Desplaces, 1854, vol. 8, p. 529-530.
  6. Jean-Clément Martin, Violence et Révolution: essai sur la naissance d'un mythe national, Le Seuil, 2006, p.  250 parle de « la phrase apocryphe attribuée à un des juges du tribunal qui le condamne ». En fait, selon le Dictionnaire de pédagogie de Ferdinand Buisson., c'est Fourcroy qui a prononcé le premier cette phrase dans un discours au Lycée des Arts, le 14 thermidor an IV, dont il avait trouvé l'idée première dans le rapport sur le vandalisme de Grégoire du 24 frimaire an III, sous cette autre forme : « Nous n'avons plus besoin de chimistes » (voir Jean Tild, L'Abbé Grégoire, Nouvelles Éditions Latines,‎ 1946 (lire en ligne), p. 158). De même, Édouard Grimaux, Lavoisier, 1743-1794, Ayer Publishing,‎ 1888, 398 p. (lire en ligne), p. 376, signale que la phrase a été attribuée, selon les auteurs, au président Dumas, à Coffinhal ou à Fouquier-Tinville, mais que Jérôme Lalande n'en fait pas état dans sa Notice sur la vie et les ouvrages de Lavoisier (1795) et que Fourcroy n'évoque aucune demande de sursis de la part de Lavoisier.