Gustave Caillebotte

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Gustave Caillebotte

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Autoportrait, 1892
musée d'Orsay, Paris

Naissance 19 août 1848
Paris
Décès 21 février 1894 (à 45 ans)
Gennevilliers
Nationalité Drapeau de France Français
Activités Artiste-peintre, architecte naval
Maîtres Léon Bonnat
Mouvement artistique Impressionnisme

Gustave Caillebotte, né à Paris le 19 août 1848 et mort à Gennevilliers le 21 février 1894, est un peintre français, collectionneur, mécène et organisateur des expositions impressionnistes de 1877, 1879, 1880 et 1882.

Mort à l'âge de 45 ans, il est inhumé au cimetière du Père-Lachaise (division 70). À sa mort, il lègue sa collection de peintures impressionnistes et de dessins à l'État. Passionné de nautisme, membre du Cercle de la voile de Paris, dont le siège est à Argenteuil, il est aussi un architecte naval et un régatier qui a marqué son époque.

Biographie[modifier | modifier le code]

Gustave Caillebotte est né le 19 août 1848 à Paris. Il est issu du troisième mariage de son père Martial Caillebotte avec Céleste Daufresne. Deux autres enfants naissent : René, en 1851, et Martial en 1853. Né d’un précédent mariage, leur demi-frère Alfred Caillebotte (1834-1896) est ordonné prêtre en 1858. La famille Caillebotte fit fortune dans la vente de draps aux armées de Napoléon III, la boutique nommée Le Lit militaire était installée au 152 de la rue du Faubourg-Saint-Denis. En 1857, Gustave Caillebotte entre au lycée Louis-le-Grand. Il obtient en avril 1869 le « diplôme de bachelier en droit ». Après obtention de sa licence en droit, Caillebotte est mobilisé lors de la guerre franco-prussienne et participe à la défense de Paris dans la Garde Mobile. La même année, il entre alors dans l'atelier du peintre académique réputé Léon Bonnat. En mars 1873, Caillebotte est reçu 46e au concours des Beaux-Arts, mais il n'y restera qu'un an.

La mort de son père le 25 décembre 1874 laisse deux millions de francs en héritage à partager entre sa veuve, en troisièmes noces, et ses quatre enfants. Martial Caillebotte laisse plusieurs immeubles de rapport à Paris, des fermes, des obligations et surtout des titres de rente sur l'État, laissant ainsi Gustave Caillebotte à l'abri de toute contingence matérielle. Son demi-frère, l'abbé Caillebotte (curé de la nouvelle église Saint-Georges-de-La-Villette, puis de Notre-Dame-de-Lorette) avec cinquante mille livres de rentes, est considéré comme « le plus riche curé de Paris ». Céleste Daufresne, sa mère, conserve la propriété d'Yerres où Caillebotte peint dès 1872 de nombreuses vues de la région comme Saules au bord de l'Yerres. Cette fortune lui permet de se consacrer à sa passion pour la peinture. Gustave Caillebotte est lié à l'impressionnisme, exposant aux côtés de ces artistes, il achète certaines de leurs toiles, finance et organise les expositions du groupe impressionniste. Habitant avec son frère Martial Caillebotte (hôtel à l’angle de la rue de Miromesnil et de la rue de Lisbonne, puis au 31 boulevard Haussmann), il partage les mêmes passions (jardinage et horticulture, philatélie ou yachting) et le même cercle d'amis jusqu'en 1887, année du mariage de Martial.

En 1875, son tableau Les Raboteurs de parquet est refusé au Salon, le sujet heurtant par son extrême quotidien — c'est aujourd'hui l'une de ses plus célèbres œuvres présentées au musée d'Orsay. Éric Darragon note que « cet échec a dû heurter les convictions de l'artiste et le confirmer dans une opinion déjà acquise à la cause d'un réalisme indépendant. Il va devenir un intransigeant lui aussi et ne reviendra plus devant les jurés [...] »[1]. Ainsi, ce serait cet échec face au jury du Salon qui l'aurait poussé à exposer aux côtés des impressionnistes. Caillebotte présenta des toiles lors des expositions impressionnistes qui eurent lieu en 1876, 1877, 1879, 1880 et 1882.

Le décès inattendu de son frère René Caillebotte, à l'automne 1876, conduit Caillebotte, déjà persuadé, comme le note Marie-Josèphe de Balanda, qu'« on meurt jeune dans notre famille »[2], à rédiger son premier testament, chez maître Albert Courtier, notaire à Meaux, le 3 novembre 1876.

À l'automne 1878, la mère de Gustave Caillebotte décède. La propriété familiale d'Yerres est vendue en 1879.

À partir de 1886, Caillebotte peint de moins en moins. Il s'adonne à ses passions que sont le bateau et le jardinage notamment à partir de 1887, date à laquelle son frère Martial se marie. Gustave Caillebotte quitte donc l'appartement qu'ils occupaient tous les deux et s'installe définitivement au Petit-Gennevilliers, dans une demeure qu'il avait achetée vers 1880 après la vente du domaine familial d'Yerres. Caillebotte peint alors les alentours du Petit-Gennevilliers.

Le 6 février 1888, s'ouvre à Bruxelles la Ve exposition des XX, Gustave Caillebotte y est invité avec Armand Guillaumin.

Le 21 février 1894, le peintre, frappé par une congestion cérébrale, décède, après avoir pris froid alors qu'il travaillait dans son jardin à un paysage. Il avait quarante-cinq ans.

Le peintre est inhumé au cimetière du Père-Lachaise, non loin de Delacroix. La perte de Caillebotte affecta beaucoup les impressionnistes. Ils perdirent à la fois un protecteur et un compagnon. Pissarro écrit à son fils Lucien : « Nous venons de perdre un ami sincère et dévoué... En voilà un que nous pouvons pleurer, il a été bon et généreux et, ce qui ne gâte rien, un peintre de talent »[3].

La maison et le parc qu'il possédait à Yerres, en bordure de la rivière homonyme, sont aujourd'hui propriété communale, et le parc est ouvert au public. C'est là qu'il a peint certaines scènes de périssoires.

Le talent de Caillebotte fut longtemps méconnu — sauf aux États-Unis —, au profit de son rôle de « mécène éclairé ». Le peintre fut redécouvert dans les années 1970 à l'initiative des collectionneurs américains. Les rétrospectives de ses œuvres sont désormais fréquentes. Certains de ses tableaux se trouvent maintenant au musée d'Orsay, à Paris.

Il a fait l'objet d'expositions montées à Houston et Brooklyn en 1976, au Grand Palais, à Paris, fin 1994, ainsi qu'à la fondation de l'Hermitage, à Lausanne, du 24 juin au 23 octobre 2005.

Une exposition consacrée aux frères Caillebotte (avec les photos originales de Martial Caillebotte) s'est tenue au Musée Jacquemart-André puis au musée national des beaux-arts du Québec entre mars 2011 et janvier 2012.

Tombe de Caillebotte (cimetière du Père Lachaise, division 70)

Le peintre[modifier | modifier le code]

Gustave Caillebotte, v. 1878.
(collection privée).

Les historiens d'art qualifient volontiers cet artiste « d’original et audacieux »[4]. Son œuvre est originale par ses thèmes, notamment l'ennui et l'extrême solitude des personnages dans le nouveau Paris haussmannien, mais aussi à la campagne et au sein même du cercle familial — même dans ce cadre privilégié, les personnages semblent indifférents les uns aux autres. Son œuvre est également originale par sa technique : elle semble proche de l'art photographique[5], mais, par de puissants effets de perspectives tronquées, les distances et les premiers plans sont écrasés et l'horizon absent, d'où la perception instable et plongeante de ses toiles (Caillebotte invente la vue en plongée dans la peinture[4]). Au point de vue de la finition et de la composition de ses œuvres, on peut dire que Caillebotte est à la première époque de l'impressionnisme ce que Seurat représentera pour la seconde période (néo-impressionnisme et pointillisme). Les effets de vue plongeante s'imposent dans son art à travers les personnages au balconnet ses vues en surplomb des rues et des boulevards.

Contrairement aux impressionnistes qui peignent en plein air des scènes sur le vif, Caillebotte cherche aussi ses motifs à l'extérieur, mais réalise des croquis, retravaille ses esquisses à l'atelier. Dans les années 1890, il est influencé par le courant japoniste.

Caillebotte est l'un des premiers grands peintres français à exposer régulièrement aux États-Unis, où il rencontre un vif succès, et où se trouvent aujourd'hui nombre de ses toiles. Il est l'un des fondateurs du courant « réaliste », qu'illustrera par exemple au XXe siècle l'Américain Edward Hopper.

Fortuné, il n'a pas besoin de vendre ses toiles pour vivre, si bien que ses descendants possèdent encore près de 70 % de ses œuvres. À sa mort, Martial et Auguste Renoir son exécuteur testamentaire, prennent les dispositions pour que l’État accepte le legs de ses tableaux impressionnistes[4].

Le collectionneur et mécène[modifier | modifier le code]

Dès le moment où Caillebotte se lie aux impressionnistes, il ne cesse de les aider et ce toujours discrètement. Il achète des toiles aux artistes, finance les expositions impressionnistes. Mais au-delà du mécène et du collectionneur, une amitié durable le lie à la plupart des peintres impressionnistes, comme en témoigne sa correspondance. Il aide financièrement ses amis qui sont dans le besoin, sans nécessairement acheter des toiles, il loue un appartement à Claude Monet près de la gare Saint-Lazare, lui fournissant l'argent nécessaire à l'achat de matériel pour la peinture. Il ne cesse d'aider Camille Pissarro. Auguste Renoir et le collectionneur sont très proches puisque dès 1876, Caillebotte en fait son exécuteur testamentaire et en 1885, il est le parrain du premier fils de Renoir et d’Alice Charigot, sa future épouse.

Au Petit-Gennevilliers où Caillebotte s'installe définitivement en 1888, il reçoit la visite de ces amis comme Monet, Gustave Geffroy, Octave Mirbeau ou encore Renoir qui est un familier du lieu. À la dissolution du groupe des impressionnistes en 1887, Caillebotte permet de maintenir les liens entre les différents artistes en maintenant la tradition des dîners, qui réunissaient peintres et littérateurs, d'abord au café Guerbois, puis à la Nouvelle Athènes. C'est au Café Riche qu'avaient désormais lieu tous les mois ces réunions, et selon les souvenirs de Pierre Renoir, c'était Caillebotte qui payait pour tout le monde.

La composition exacte de la collection est difficile à préciser, en effet la désignation exacte n'en a pas été faite par le donateur. Gustave Caillebotte commence sa collection dès le début de l'Impressionnisme. Il achète sa première toile en 1876, une œuvre réalisée par Claude Monet en 1875 intitulée Un coin d'appartement. Il choisit avec goût et discernement parmi les peintres impressionnistes, ceux qui devaient par la suite, être reconnus comme les maîtres de la peinture de la fin du XIXe siècle. L'examen des peintures acquises par Caillebotte montre que presque toutes appartiennent à la période impressionniste de chaque peintre et représente ainsi les différents aspects que prit l’impressionnisme de 1874 à 1886. Une exception est à souligner avec les œuvres de Jean-François Millet et de Paul Gavarni qui sont des dessins, les seuls de la collection, et dans les peintures d'Édouard Manet et Paul Cézanne. Ces artistes sont d’ailleurs moins largement représentés dans la collection.

Ce sont les œuvres de la belle époque impressionniste de Renoir qui le représentent. Renoir, à l’époque de La Balançoire (1876, musée d'Orsay) et du Moulin de la Galette (1876, musée d'Orsay), pratique plusieurs techniques. Certaines de ces œuvres sont d’une facture lisse, tandis que d’autres, aux touches séparées, aux empâtements granuleux relèvent de la technique impressionniste. Or c’est bien cette technique que l’on retrouve dans les œuvres choisies par Caillebotte comme La Liseuse (1874-1876, musée d'Orsay.

De même avec l’œuvre de Degas, le choix des Femmes à la terrasse d'un café, le soir (1877, musée d'Orsay) montre bien que le collectionneur recherche dans les œuvres de ses camarades impressionnistes celles qui sont le plus caractéristiques par la nouveauté de leurs conceptions artistiques. Avec ce pastel, Caillebotte choisit une des premières scènes de Degas représentant ces types de cafés et de café-concert, qui font partie des thèmes favoris du Naturalisme et de l’Impressionnisme. Comme l'a remarqué P. Lemoisne : « vers 1878, il garde dans ses peintures son faire lisse et harmonieux de la belle époque alors qu’il a déjà adopté pour ses pastels une facture plus heurtée » et des oppositions de couleurs plus hardies.

La préférence du collectionneur pour les œuvres impressionnistes est encore mise en évidence par le fait que les nombreuses œuvres de Pissarro se situent entre les années 1871 et 1879. Sa manière néo-impressionniste n’est pas représentée dans la collection. Les mêmes constatations pourraient être faites à propos du choix des œuvres de Monet et d'Alfred Sisley. Il cesse d'acquérir des œuvres en 1886, date de la dernière exposition impressionniste.

La philatélie[modifier | modifier le code]

Son activité de collectionneur s'est aussi étendue à la philatélie, dont il a été un adepte assidu avec son frère musicien Martial Caillebotte. Il a été l'un des fondateurs, avec le docteur Jacques Legrand et Arthur de Rothschild, de la Société française de timbrologie, le 14 juin 1875.

Gustave et Martial Caillebotte montent cette collection de timbres de manière commune vers 1877. Les Caillebotte furent parmi les premiers à collectionner toutes les nuances d'impression d'un même timbre; ils furent également les pionniers de l'étude des affranchissements, tant et si bien qu'une partie non négligeable de leur collection était constituée de cachets et de surcharges. La plus grande partie de cette collection, intégrée à la collection Tapling, peut encore se voir aujourd'hui à la British Library de Londres.

Les Caillebotte rédigèrent une étude sur les timbres mexicains qui fut publiée à Paris par le Timbre-Poste, puis révisée, élargie et traduite dans le Philatelic Record.

Quand Martial se marie en 1887, ils arrêtent leur collection et ils offrent à Thomas Keay Tapling, un des plus importants philatélistes d'Angleterre, d'en acquérir tout ce qui peut l'intéresser. Ses achats qui représentent certainement la plus grande partie lui coûtent une somme de 5 000 livres (soit plus de 4 420 000 euros).

La plupart des timbres mexicains aujourd'hui à la British Library de Londres furent réunis par les Caillebotte; or, avec quelque deux cents feuilles, cette section est une des plus fournies de ce qui est finalement devenu la collection Tapling.

Lorsque Tapling meurt en 1891, il lègue sa collection au British Museum de Londres ainsi qu'une somme de 1 000 livres afin que l'on termine la réorganisation de la collection selon les principes définis par les Caillebotte. Cette réorganisation dura sept ans et rendit indiscernable ce qui émanait de Tapling et de ce qui émanait des deux frères Caillebotte. La collection Tapling est pratiquement la seule à réunir la quasi-totalité des timbres émis dans le monde entre 1840 et 1890. Elle fut donc utilisée par ceux qui compilèrent les travaux de référence; elle a ainsi influencé les catalogues généraux de timbres et pour finir, le mode de collection des collectionneurs.

Le nautisme[modifier | modifier le code]

Roastbeef, 30 m2 du Cercle de la voile de Paris dessiné et construit par Gustave Caillebotte en 1892

Caillebotte devint membre du Cercle de la voile de Paris à Argenteuil avec son frère Martial. Dès 1876, l'artiste en devenait le vice-président. L'été, il canote à Yerres, à bords de kayaks, de barques, de périssoires. Il est séduit par le jeu de l'eau, des bateaux et des hommes. Ce jeu se retrouve très vite sur ses toiles par exemple Canotiers ramant sur l'Yerres, Canotier au chapeau haut de forme. C'est en 1878, que Caillebotte achète son premier voilier de régate, Iris, avec lequel il gagne durant la saison de 1879, deux premiers prix et sept autres prix. Emporté par ces succès, il se lance dans le yachting et commande deux autres bateaux, dont Inès, au meilleur constructeur d'Argenteuil, Texier fils.

En 1880, il rachète le chantier naval Luce (du nom de l’ancien propriétaire). Régatier, il se passionne pour la vitesse et cherche à perfectionner ses bateaux. Architecte naval, il construit des prototypes de voiliers, aux multiples innovations (voile en soie, lest extérieur, coques hydrodynamiques...), qui lui permettent de remporter des titres internationaux. En 1882, il construit le voilier Jack, en 1885, le dériveur La Pioche, et les voiliers le Lézard en 1891, Roastbeef, le plus connu, en 1892 pour ses régates contre les Anglais, Dahud, en 1893, considéré comme son chef-d'œuvre, et Mignon lancé en 1894 après la mort de son inventeur[6]. Il est l'initiateur, en 1889, de la jauge des 30 m2 du Cercle de la voile de Paris.

Il posséda trente-deux bateaux et dessina les plans de vingt-deux voiliers entre 1880 et 1893. À côté de ses œuvres architecturales, Gustave Caillebotte a possédé quatorze voiliers de courses, qui remportèrent avec lui plus d'une centaine de prix, Martial Caillebotte continuant les régates sur certains d'entre eux jusqu'en 1900. Ce dernier décédera en 1910.

L'horticulture[modifier | modifier le code]

Personnage aux multiples facettes, Gustave Caillebotte était également un horticulteur émérite. Monet et Caillebotte partagent tous deux la même passion pour le jardinage. Au Petit-Gennevilliers, où il réside définitivement depuis 1888, il possède une grande serre, mais, contrairement au jardin de Monet à Giverny, celui de Caillebotte est géométriquement dessiné, tracé au cordeau. Dans sa serre sont enfermées les plantes les plus précieuses, parmi lesquelles ses orchidées d'une rare diversité qui vont être l'objet de ses études picturales.

Le legs de Gustave Caillebotte[modifier | modifier le code]

C’est le legs de Caillebotte qui ouvrit aux impressionnistes les portes des musées nationaux. Cette collection a été créée à l’époque même qui vit naître les peintres qui la composent. Au moment où il prenait place dans les rangs des impressionnistes, Gustave Caillebotte avait déjà commencé sa collection. Son premier testament par lequel il léguait à l’État les tableaux qu’il possédait fut rédigé le 3 novembre 1876 ; la liste des tableaux n’était pas encore dressée, mais il est évident, en raison de la date même du testament, qu'il ne pouvait y avoir alors qu’une partie des œuvres qui constituèrent, quelques années plus tard, la collection. Un codicille du testament concernant une exposition à organiser en 1878 nous apprend déjà quels sont les peintres qui bénéficieront de sa sollicitude. Ce sont Degas, Monet, Pissarro, Renoir, Cézanne, Sisley et Berthe Morisot.

C'est le brusque décès de son frère René, à l'âge de vingt-six ans, à l'automne 1876, qui le conduit, déjà persuadé, à rédiger son premier testament en 1876 : « Je donne à l’État les tableaux que je possède ; seulement comme je veux que ce don soit accepté et le soit de telle façon que ces tableaux n'aillent ni dans un grenier ni dans un musée de province mais bien au Luxembourg et plus tard au Louvre, il est nécessaire qu'il s'écoule un certain temps avant l'exécution de cette clause jusqu'à ce que le public, je ne dis pas comprenne, mais admette cette peinture. Ce temps peut être de vingt ans ou plus ; en attendant, mon frère Martial et à son défaut un autre de mes héritiers les conservera. Je prie Renoir d'être mon exécuteur testamentaire et de bien vouloir accepter un tableau qu'il choisira; mes héritiers insisteront pour qu'il en prenne un important »[7].

Le 11 mars 1894, Renoir informait par une lettre la direction des Beaux-Arts, Henri Roujon, que Gustave Caillebotte, décédé le 21 février 1894, avait légué à l'État sa collection, comprenant soixante-sept œuvres, de Degas, Cézanne, Manet, Monet, Renoir, Pissarro et Sisley[8].

Plus de dix-sept ans s’étaient écoulés depuis le jour où Caillebotte décidait de léguer ses œuvres à l'État. De vives protestations accompagnèrent le legs. Une protestation qui provient des artistes officiels, mais également des politiques. L'Académie des beaux-arts protesta officiellement contre l'entrée de ces tableaux au musée du Luxembourg, en qualifiant l'événement d'« offense à la dignité de notre école ». Le peintre Jean-Léon Gérôme écrit dans le Journal des Artistes : « Nous sommes dans un siècle de déchéance et d’imbécillité. C’est la société entière dont le niveau s’abaisse à vue d’œil… Pour que l’État ait accepté de pareilles ordures, il faut une bien grande flétrissure morale. »[9]

Le 19 mars 1894, l'ensemble du Comité étudie les œuvres offertes, elles sont présentées dans un atelier situé au 11 boulevard de Clichy, loué à cet effet par Renoir, en présence de celui-ci et de Martial Caillebotte. Dans le procès-verbal de la séance du Comité consultatif du 20 mars, il est noté que les deux hommes auraient été informés que l'entrée d'une œuvre au Louvre ne pouvait être examinée qu'au minimum dix ans après la mort de son auteur, et que le manque de place au Luxembourg et la limitation à trois œuvres de chaque artiste représenté rendaient impossible l'exposition de tous les tableaux composants le legs. Dès le lendemain, le Comité consultatif des musées nationaux vote pourtant l'acceptation du legs dans son intégralité « pour les musées nationaux avec placement au musée du Luxembourg »[10]. Le Comité accepte en plus une toile de Gustave Caillebotte, Les Raboteurs de parquet, donnée par ses héritiers. Bénédite précise que la place manque au Luxembourg pour exposer même le tiers de la collection, mais « estime qu'il serait possible de construire sur la terrasse du musée un baraquement provisoire où serait réuni le legs Caillebotte ». Le 17 janvier 1895, le directeur des Beaux-Arts organise une réunion dans son cabinet avec les représentants de l'Administration et les notaires. Sont présents Martial Caillebotte et Auguste Renoir. De cette consultation, il est conclu qu'une exécution rigoureuse du testament est difficilement réalisable, et qu'il faut maintenant trouver une solution acceptable par tous les partis. Il est décidé que l'Administration choisira les tableaux qu'elle veut exposer. Martial Caillebotte deviendra possesseur des autres œuvres. Les raisons données par l’Administration sont les suivantes : tout d'abord, l’étroitesse des locaux du musée du Luxembourg, qui ne permet plus de laisser entrer aucun ouvrage sans en retirer un autre ; et les règlements qui, par un sentiment d'équité, limitent le nombre des ouvrages pour un même artiste.

La proposition est finalement arrêtée en janvier 1895. L'approbation du Conseil d'État met un certain temps. Mais un décret ministériel finira, le 25 février 1896, par autoriser le choix des œuvres qui a été décidé. On construit alors une annexe au musée du Luxembourg pour y accrocher ces œuvres. Puis le 23 novembre 1896, les œuvres de la collection sont officiellement remises à l'État. La collection réduite à trente-huit tableaux, est présentée au public au début de l'année 1897 dans une des trois nouvelles salles de l'annexe du Luxembourg consacrée aux impressionnistes et au legs Caillebotte. Les salles furent construites sur la terrasse du musée.

Ainsi, plus de vingt ans après la rédaction du testament, les œuvres entrèrent dans les musées nationaux. Le transfert du legs Caillebotte au musée du Louvre eut lieu en 1929. Entre-temps s'était tenue une rétrospective Caillebotte au Salon d'Automne de 1921. Après la guerre, en 1947, s'ouvre le musée de l'Impressionnisme au Jeu de Paume. La collection sera transférée au musée d'Orsay à son ouverture en 1986.

Tableau comparatif[modifier | modifier le code]

Artistes Legs Retenues Non retenues
Cézanne 5 2 3
Degas 7 7 0
Manet 4 2 2
Monet 16 8 8
Pissarro 18 7 11
Renoir 8 6 2
Sisley 9 6 3
Totaux 67 38 29

À cette liste il faut ajouter deux dessins de Millet (qui furent acceptés) et un de Gavarni (qui figure dans l'inventaire après décès, mais non dans la liste transmise à l'administration).

On peut voir par ce legs la volonté de Caillebotte de permettre à un courant artistique d'exister et de gagner en reconnaissance. Il veut par ce geste faire entrer les impressionnistes dans les collections des musées nationaux.

Liste de la collection[modifier | modifier le code]

Les œuvres conservées au musée d'Orsay et au musée du Louvre sont celles acceptées par l'État:

Paul Cézanne

  • Baigneurs au repos, 1875-1876, huile sur toile, 81 × 102 cm, Merion, Fondation Barnes.
  • Fleurs dans un vase rococo, vers 1876, huile sur toile, 73 × 59 cm, Washington, The National Gallery.
  • Au bord de l'étang, 1877-1879, huile sur toile, 44 × 53 cm, Boston, Museum of fine arts.
  • L'Estaque, 1878-1880, huile sur toile, 59 × 73 cm, Paris, musée d'Orsay.
  • Cour de ferme à Auvers, 1879-1880, huile sur toile, 65 × 54 cm, Paris, musée d'Orsay.

Edgar Degas

  • Les Choristes, dit aussi Les Figurants, vers 1876, pastel sur monotype, 27 × 31 cm, Paris, musée d'Orsay.
  • Danseuse sur la scène, dit Ballet, 1876-1877, pastel, 58 × 42 cm, Paris, musée d'Orsay.
  • Femme sortant du bain, 1877, pastel sur monotype, 16 × 21 cm, Paris, musée d'Orsay.
  • Femmes à la terrasse d'un café, le soir, 1877, pastel sur monotype, 41 × 60 cm, Paris, musée d'Orsay.
  • Femme nue accroupie de dos, vers 1879, pastel et papier sur monotype sur papier, 18 × 14 cm, Paris, musée d'Orsay.
  • La Leçon de danse, vers 1879, pastel, 64 × 56 cm, New York, The Metropolitan Museum of Art.
  • Étude pour le buste d'une danseuse, vers 1880, pastel et rehauts de gouache sur papier gris clair, 59 × 45 cm, Paris, musée d'Orsay.
  • Danseuse assise, vers 1881-1883, pastel sur papier marron contrecollé sur carton, 62 × 49 cm, Paris, musée d'Orsay

Édouard Manet

  • Les Courses, esquisse, 1865, huile sur toile, 32 × 41 cm, localisation inconnue.
  • Angelina, vers 1865, huile sur toile, 92 × 73 cm, Paris, musée d'Orsay.
  • Le Balcon, 1868-1869, huile sur toile, 170 × 124 cm, Paris, musée d'Orsay.
  • La Partie de croquet, 1871, huile sur toile, 47 × 73 cm, Kansas City, collection Marion et Henry Bloch.

Claude Monet

  • Régates à Argenteuil, huile sur toile, 48 × 75 cm, 1872, musée d'Orsay, Paris.
  • Le Mont Riboudet à Rouen au printemps, 1872, huile sur toile, 56 × 74 cm, collection particulière.
  • Le Déjeuner, vers 1873, huile sur toile, 160 × 201 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Un Coin d'appartement, 1875, huile sur toile, 81 × 60 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Les Tuileries, 1875, huile sur toile, 50 × 75 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • La Gare Saint-Lazare, 1877, huile sur toile, 75 × 104 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • La Gare Saint-Lazare, vue extérieure, 1877, huile sur toile, 64 × 81 cm, collection particulière.
  • La Gare Saint-Lazare (le signal), 1877, huile sur toile, 65 × 81 cm, Niedersächsisches Landesmuseum, Hanovre.
  • La Plaine près de Gennevilliers, 1877, huile sur toile, 50 × 61 cm, collection particulière.
  • Pommiers, Vétheuil, 1878, huile sur toile, 55 × 66 cm, collection particulière.
  • Pruniers en fleurs, 1879, huile sur toile, 65 × 54 cm, collection particulière.
  • L'Église de Vétheuil, Neige, 1879, huile sur toile, 52 × 71 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Le Givre, 1879, huile sur toile, 61 × 100 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Chrysanthèmes rouges, 1880-1881, huile sur toile, 82 × 65 cm, collection particulière.
  • La Seine entre Vétheuil et la Roche Guyon, 1881, huile sur toile, 60 × 80 cm, collection particulière.
  • Les Rochers de Belle-Île, la côte sauvage, 1886, huile sur toile, 65 × 81 cm, musée d'Orsay, Paris.

Camille Pissarro

  • Louveciennes, 1871, huile sur toile, 90 × 116 cm, collection particulière.
  • La Seine à Port-Marly, 1872, huile sur toile, 46 × 56 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Paysages avec rochers, Montfoucault, 1874, huile sur toile, 65 × 92 cm, collection particulière.
  • La Récolte des Choux, l'Hermitage, Pontoise, 1875, huile sur toile, 54 × 64 cm, Cincinnati Art Museum, Cincinnati (États-Unis).
  • Le Laboureur au Valhermeil, Auvers-sur-Oise, 1876, huile sur toile, 54 × 65 cm, collection particulière.
  • Jardins en fleurs, l'Hermitage, Pontoise, 1876, huile sur toile, 39 × 56 cm, collection particulière.
  • La Moisson à Montfoucault, 1876, huile sur toile, 65 × 92 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Sous-bois, avec un homme et une femme assise, 1876, huile sur toile, 65 × 54 cm, collection particulière.
  • L'Hermitage en été, Pontoise, 1877, huile sur toile, 56 × 91 cm, collection particulière.
  • Les Seigles, côte des Gratte-Coqs, Pontoise, 1877, huile sur toile, 60 × 73 cm, Shizuoka Prefectural Museum of Art, Shizuoka (Japon).
  • Les Toits rouges, coin de village, effet d'hiver, 1877, huile sur toile, 54 × 65 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Le Jardin de Maubuisson, Pontoise, printemps,1877, huile sur toile, 65 × 81 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Chemin sous-bois, en été, 1877, huile sur toile, 81 × 65 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Lisière de bois, 1878, huile sur toile, 63 × 83 cm, collection particulière.
  • Sous-bois en automne, Pontoise, 1878, huile sur toile, 81 × 65 cm, collection particulière.
  • La Brouette dans un verger, Le Valhermeil, Auvers-sur-Oise, 1881, huile sur toile, 54 × 65 cm, Paris, musée d'Orsay.

Auguste Renoir

  • La Liseuse, 1874-1876, huile sur toile, 46 × 38 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • La Place Saint-Georges, 1875, huile sur toile, 65 × 54 cm, collection particulière.
  • Torse, effet de soleil, 1875-1876, huile sur toile, 81 × 65 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Bords de Seine à Champrosay, 1876, huile sur toile, 55 × 66 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • La Balançoire, 1876, Huile sur toile, 92 × 73 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Le Moulin de la Galette, 1876, huile sur toile, 131 × 175 cm, musée d'Orsay Paris
  • Le Pont de chemin de fer à Chatou, 1881, huile sur toile, 54 × 65 cm, musée d'Orsay, Paris
  • Château des Brouillards, date inconnue, huile sur toile, 60 x74 cm, collection particulière.
  • Jeunes filles au piano, 1892, huile sur toile, 117 × 90 cm, collection particulière.

Alfred Sisley

  • Les Régates à Molesey,1874, huile sur toile, 66 × 91 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Une Rue à Louveciennes, 1876, huile sur toile, 55 × 46 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • La Seine à Suresnes, 1877, huile sur toile, 60 × 73 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Station de bateaux à Auteuil, 1878, Huile sur toile, 46 × 55 cm, localisation inconnue.
  • Cour de ferme à Saint-Mammès, 1884, huile sur toile, 72 × 93 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Croquis pour Cour de ferme à Saint-Mammès, 1884, crayon noir sur papier, 12 × 19 cm, musée du Louvre, Paris.
  • La Lisière de forêt au printemps, 1885, huile sur toile, 58 × 72 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • Bords de Seine, effet de soleil couchant, date inconnue, huile sur toile, 50 × 70 cm, collection particulière.
  • Saint-Mammès, 1885, huile sur toile, 54 × 73 cm, musée d'Orsay, Paris.
  • La Seine à Billancourt, date inconnue, huile sur toile, 27 × 35 cm, collection particulière.

Paul Gavarni

  • Souvenirs et regrets de la Courtille, date inconnue, plume et aquarelle sur papier, 21 × 31 cm, collection particulière

Jean-François Millet

  • L'Homme à la brouette, avant 1855, crayon noir sur papier beige, 29 × 20 cm, musée du Louvre, Paris.
  • Échappée sur la campagne entre deux maisons, Vichy, Vers 1866-1868, crayon graphite, plume et encre brune, lavis d'encre brune, aquarelle sur papier vélin, 17 × 20 cm, musée du Louvre, Paris.

Ses œuvres[modifier | modifier le code]

Femme Nue Etendue Sur Un Divan
Les roses

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Éric Darragon, Caillebotte, Paris, Flammarion, 1994.p. 23
  2. Cité par Marie-Josèphe de Balanda, Gustave Caillebotte : la vie, la technique, l’œuvre peint, Lausanne, éditions Edita, 1988. p. 22.
  3. Cité par Marie-Josèphe de Balanda, Gustave Caillebotte : la vie, la technique, l'œuvre peint, Lausanne, éditions Edita, 1988. p. 40.
  4. a, b et c Les frères Caillebotte. Reflets entre le peintre et le photographe, Entretien avec Nicolas Sainte Fare Garnot, conservateur du musée Jacquemart-André, Canal Académie, 26 juin 2011
  5. En 1994, dans le cadre de l'exposition rétrospective au Musée d'Orsay, une hypothèse est lancée selon laquelle ses toiles sont influencées par la photographie, mais à son époque le grand-angle n'existe pas, et qu'il a puisé ses thèmes dans les photographies de son frère, alors qu'il s'agit de l'inverse
  6. Daniel Charles, Corine Renié, Conservatoire international de la plaisance, Yachts et Yachtsmen : Les Chasseurs de futurs : 1870-1914, Éditions Maritimes et d'Outre-mer, 1991 (ISBN 2737305772), p. 42.
  7. Testament Archives départementales de Seine et Marne (au coffre depuis 2009). Déposé le 22 février 1894 chez Albert Courtier notaire à Meaux.
  8. Lettre conservée aux archives des Musées nationaux, Paris.
  9. Nicolas Grimaldi, L’Inhumain, PUF, 2010
  10. Procès-verbal du Comité consultatif des musées nationaux 20 mars 1894, Archives des musées nationaux, 1 BB 31, p. 47-51
  11. (en) Impressionist and Modern Art Evening Sale by Christie's (présentation du tableau), 4 février 2008.
  12. Une passion française. La collection Marlene et Spencer Hays, Musée d'Orsay.


Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marie-Josèphe de Balanda, Gustave Caillebotte : la vie, la technique, l’œuvre peint, Lausanne, éditions Edita, 1988.
  • Marie Berhaut, Gustave Caillebotte : catalogue raisonné des peintures et des pastels, Nouvelle édition revue et augmentée, Paris, Bibliothèque des arts, 1994.
  • Daniel Charles, Le Mystère Caillebotte, architecte naval, peintre impressionniste, jardinier, philatéliste et régatier, Grenoble, Glénat, 1994, collection « Patrimoine maritime ».
  • Éric Darragon, Caillebotte, Paris, Flammarion, 1994.
  • Stéphane Guegan, L’ABCdaire de Caillebotte, Paris, Flammarion, 1994.
  • Kirk Varnedoe, Gustave Caillebotte, Paris, Adam Biro, (éd. Française) 1988.
  • Pierre Wittmer, Caillebotte au jardin, La période d’Yerres (1860-1879), Saint-Rémy-en-l’Eau, éditions d’art Monelle Hayot, 1990.
  • Catalogue de l'exposition, Gustave Caillebotte, Paris, éditions de la Réunion des musées nationaux, 1994.
  • Marjorie Vinciguerra, Gustave Caillebotte, collectionneur au cœur de l'impressionnisme, Mémoire de recherche, Université Paris Ouest-La Défense, 2009-2010, sous la direction de Claire Barbillon.
  • Pierre Vaisse, Deux façons d'écrire l'histoire. Le legs Caillebotte, Paris, INHA et éditions Ophrys, 2014.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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