Croque-mort

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Croque-mort représenté sur une gargouille.

Le croque-mort (pl. « croque-morts ») ou croquemort est le surnom populairement donné aux employés des pompes funèbres chargés de la mise en bière des cadavres et de leur transport au cimetière. Le mot apparaît vers la fin du 18e siècle, juste avant la Révolution française. Dans notre imaginaire collectif, le croquemort est un personnage sinistre et lugubre, voire porteur de malheur. Cette image ne correspond plus avec la réalité d'un croque-mort, assistant funéraire[1].

En biologie, le terme désigne parfois des vers ou des insectes nécrophages[2]. C'est aussi le nom d'un récepteur macrophage[3],[4].

Origine de l’appellation[modifier | modifier le code]

« Pourquoi cette dénomination ? Nul ne le sait[5]. »

Contrairement à certaines légendes qui font remonter l'origine du nom aux épidémies de peste du Moyen Âge pendant lesquelles les nombreux morts étaient rassemblés avec des crochets (crocs), ou à une ancienne pratique imaginaire consistant à mordre l'orteil d'un défunt pour s'assurer de son décès par son manque de réaction, ce terme n'apparaît dans les textes écrits qu'en 1788[6],[7].

Il semble que l'expression signifie que les employés des pompes-funèbres « croquent » (mangent) les morts en les faisant disparaître d'abord dans un cercueil puis sous terre[8]. Cette interprétation est à rapprocher du mot sarcophage, cuve destinée à recevoir un cadavre, dont l'étymologie grecque Σαρκοφάγος (sarcos désignant la chair et phagein l'action de manger, dévorer) se traduit littéralement par « mangeur de chairs »[9].

Formation[modifier | modifier le code]

En France, par le décret no 95-653 du 9 mai 1995, tous les dirigeants et employés des pompes funèbres, doivent suivre une formation spécifique. Dans ce but, l'Institut Français de Formation des Professions Funéraires, l'IFFPF, a été créé en 1995[10]. Depuis janvier 2013, un diplôme est indispensable[11]

Dans la littérature[modifier | modifier le code]

Joseph Stevens (1819-1892): Croquemort huile sans date (Singe déguisé en croque-mort)

La littérature exprime généralement une aversion spontanée contre le croque-mort, métier dont on peut avoir honte, comme décrit Émile Zola dans le petit récit Un Croquemort[12]. Et si ce même Zola décrit dans Nana un jockey d'une gaieté de croque-mort, le lecteur comprend que c'est un trait d'humour noir et qu'il s'agit de quelqu'un sans gaieté, d'un personnage sombre. voire un porte-malheur. Ainsi dans la nouvelle Le Bonnet de maître Ulrik (1832), Eugène Sue décrit comment pendant une tempête Maître Ulrik, surnommé croque-mort, porteur de malheur, est mis à la mer par l'équipage superstitieux[13]. Quelques exemples de textes sur les croque-mort :

  • La Bouquetière et le Croque-Mort, poème de Béranger, 1807[14].
  • Pétrus Borel, Le croque-mort, dans : Les Français peints par eux-mêmes: encyclopédie morale du dix-neuvième siècle, Volume 2, 1840[15],[16].
  • Charles Virmaître et Henry Buguet, Paris Croque-Mort, illustré par Alfred Choubrac, 1889[17].
  • Edouard Brisebarre, Eugène Nyon, Histoire d'une rose et d'un croquemort: drame en cinq actes, 1851[18].
  • Charles Rabou Les Regrets, dans: Contes bruns, 1832[19].
  • Walter Thornbury, La fosse commune, dans: The Savage-club papers for 1868[20].
  • Léon Gozlan, Les Nuits du Père Lachaise, 1845 [21]
  • Léo Malet, Un croque-mort nommé Nestor, 1969.
  • Bruno Schulz, Le sanatorium au croque-mort, 1974.
  • Raffy Shart, La revanche de Peter le croque-mort, livre pour enfants, 2000[22].
  • Thibault Gardereau, Le livre d'un croque-mort : roman, 2003[23].
  • Thomas Paris, Pissenlits et petits oignons roman, 2005[24].
  • Julien Bernard, Croquemort: Une anthropologie des émotions, 2009[25].
  • Salvatore Adamo, Fais-toi Croque-mort, chanson[26].

Le mot croque-mort est aussi utilisé dans un sens figuratif[27], par exemple dans le titre d'un journal Le Croque-mort de la presse : nécrologie politique, littéraire, typographique et bibliographique de tous les journaux[28], ou dans ce texte de Charles Baudelaire sur l'habit noir (Salon de 1859):

« Remarquez bien que l’habit noir et la redingote ont non seulement leur beauté politique, qui est l’expression de l’égalité universelle, mais encore leur beauté poétique, qui est l’expression de l’âme publique ; une immense défilade de croque-morts, croque-morts politiques, croque-morts amoureux, croque-morts bourgeois. Nous célébrons tous quelque enterrement. »

Le thème peut aussi servir de prétexte à de l'humour noir : selon Léon-Paul Fargue « Le métier de croque-mort n'a aucun avenir. Les clients ne sont pas fidèles. »

Dans les beaux-arts[modifier | modifier le code]

En peinture, en dehors du sujet Croquemort, de Joseph Stevens, portraiturant un singe déguisé en croque-mort, il est à signaler une toile intitulée Les croque-morts, ou une Réunion d'amis, de M. Lambron, représentant, dans une guinguette parisienne, une tablée de cochers de corbillard et de croque-morts venus se reposer de leur labeur en buvant le verre de l'amitié, et qui eut beaucoup de succès au salon de 1861, tant par son réalisme que par son étrangeté[29].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. le métier de croquemort dans www.condoleances.com
  2. H. de Chavannes de la Giraudière, 1889. Les petits naturalistes. Alfred Mane et fils, Tours, p. 54 fragment en ligne
  3. Nathalie Franc, Croquemort, un récepteur hemocytaire qui participe à la phagocytose de cellules apoptotiques chez drosophila melanogaster résumé en ligne
  4. Nathalie C. Franc, Drosophila hemocytes, phagocytosis, and croquemort, a macrophage receptor, dans: Phagocytosis: The Host, Elevier 1999 en ligne
  5. Charles Virmaître, Paris oublié, E. Dentu, Paris, 1886 Lire en ligne
  6. Dictionnaire historique de la langue française - Le Robert, T1, 1998 p. 961 (ISBN 2-85036-563-7)
  7. Louis-Sébastien Mercier, Tableau de Paris, vol 7-8, 1788 p. 316 Lire en ligne
  8. http://www.cnrtl.fr/definition/croquemort
  9. Louis-Vincent Thomas, Les Chairs de la mort, Les empêcheurs de penser en rond, 2000 p. 374 (ISBN 978-2843241208)
  10. site iffpf
  11. site www.20minutes.fr
  12. Emile Zola, Dans Paris - Un croque-mort
  13. Eugène Sue Le Bonnet de maître Ulrik dans Coucaracha, 1845, en ligne
  14. texte sur wikisource
  15. en ligne
  16. Jean-Luc Steinmetz, Pétrus Borel: Un auteur provisoire Presses Univ. Septentrion, 1986 en ligne
  17. en ligne
  18. en ligne
  19. en ligne
  20. (en) en ligne
  21. en ligne
  22. résumé en ligne
  23. en ligne
  24. résumé en ligne
  25. résumé en ligne
  26. www.paroles-musique.com
  27. Définition de croquemort, site cnrtl
  28. Catalogue BNF
  29. « Croque-mort », dans Pierre Larousse, Grand dictionnaire universel du XIXe siècle, 15 vol., 1863-1890 [détail de l’édition]., vol. 5, p. 585-586 (Lire en ligne).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Guillaume Bailly, Mes sincères condoléances, les mémoires incroyables d'un croque-mort, Les éditions de l'opportun, 2014
  • Jean-Claude Marchand , Chroniques d'un croque-mort à l'humour noir. Quel manque de savoir-vivre !, Favre, 2012

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]