Collection de l'art brut

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Art brut (homonymie).
Collection de l'art brut
La Tête aux larges oreilles de Pascal-Désir Maisonneuve
La Tête aux larges oreilles de Pascal-Désir Maisonneuve
Informations géographiques
Pays Drapeau de la Suisse Suisse
Ville Lausanne
Adresse Av. des Bergières 11
1004 Lausanne
Coordonnées 46° 31′ 39″ N 6° 37′ 29″ E / 46.527485, 6.624743 ()46° 31′ 39″ Nord 6° 37′ 29″ Est / 46.527485, 6.624743 ()  
Informations générales
Date d’inauguration 1976
Collections Art brut
Informations visiteurs
Site web www.artbrut.ch

Géolocalisation sur la carte : Lausanne

(Voir situation sur carte : Lausanne)
Collection de l'art brut

Géolocalisation sur la carte : canton de Vaud

(Voir situation sur carte : canton de Vaud)
Collection de l'art brut

Géolocalisation sur la carte : Suisse

(Voir situation sur carte : Suisse)
Collection de l'art brut

La Collection de l'art brut est un musée consacré à l'art brut, situé dans la ville vaudoise de Lausanne, en Suisse.

Elle est constituée en grande partie d'artistes « hors-normes » mais, selon Jean Dubuffet, « définir un caractère commun de ces productions — certains ont cherché à le faire — est dénué de sens car elles répondent à des positions d'esprit et à des clefs de transcription en nombre infini, chacune ayant son statut propre inventé par l'auteur, et leur seul caractère commun est le don d'emprunter d'autres voies que celles de l'art homologué[1]. »

Dans la même préface, Dubuffet met en garde contre l'idée fausse qu'on se fait de la folie, contre le fait que l'inclination à s'écarter des normes, culturelles ou autres, soit, au regard d'une morale sociale, justifiable de l'internement, chose qui ne concerne que le psychiatre[2].

La Collection de l'art brut a été initiée par Jean Dubuffet à partir de 1945, année où il a commencé à acheter des œuvres. Mais son attention avait déjà été attirée dans les années 1920-1930 lorsqu'il a découvert l'ouvrage de Hans Prinzhorn sur les œuvres des « fous ». Cette collection, devenue musée après que Dubuffet en ait fait don, a été dirigée par Michel Thévoz de 1976 à 2001, puis par Lucienne Peiry. Actuellement, Sarah Lombardi en est la directrice.

Historique[modifier | modifier le code]

L'art des fous[modifier | modifier le code]

C'est ainsi que l'on nommait dès le XIXe siècle, en Angleterre, en Suède et en France les ouvrages des malades mentaux. Notamment en France, le docteur Philippe Pinel (1745-1826) aliéniste à l'hôpital Bicêtre souhaitait abolir les méthodes de traitement brutales. Sous son impulsion, les activités artistiques ont été encouragées dans les institutions psychiatriques[3]. En 1812, au États-Unis, le docteur Benjamin Rush publie à Philadelphie un ouvrage : Medical inquiries and observations upon the diseases of the mind dans lequel il fait référence aux dessins des malades mentaux qui présentent un certain talent : des marines et cartes géographiques fantastiques sont toujours conservées à la Historical Society of Pennsylvania[3]. Vers 1847 apparaissent les premières manifestations de l'Art médiumnique qui soulèvent de nos jours des doutes et font l'objet de débats, l'art médiumnique étant considéré comme un alibi pour les « pauvres »[4]. La mode en est lancée par Victor Hugo, mais Michel Thévoz considère que :

« Lesage[note 1] a eu l’astuce inconsciente de faire passer sa vocation picturale par le biais de la médiumnité spirite et de trouver ainsi une brèche dans le barrage socio-culturel. Fallait-il que la confiscation de l’art par la bourgeoisie fût rédhibitoire pour que la prétention d’un ouvrier de communiquer avec Léonard de Vinci apparaisse moins insensée que celle de devenir peintre ! […] de même qu’il travaille dans la mine sous la direction de Ferfay-Cauchy, de même il peint sous la direction des esprits […] et lorsqu’il vend ses tableaux, il les facture au prix exact des factures et d’un salaire horaire équivalant à celui du houilleur[5]. »

En 1875, le docteur Jean-Martin Charcot collectionne les expressions plastiques des hystériques qu'il soigne à l'hôpital de la Salpêtrière. Peu après, Apollinaire, Robert et Sonia Delaunay, Max Jacob, Alfred Jarry, Pablo Picasso et Félix Valloton reconnaissent Le Douanier Rousseau comme un artiste naïf, tout comme Ferdinand Cheval, les peintures de l'un et l'architecture de l'autre ouvrent la voie à la reconnaissance de l'art non culturel[3]. Ce qui explique l'engouement des surréalistes pour « l'art des fous », notamment d'André Breton qui achète en 1926 des œuvres d'Augustin Lesage exposées à la galerie Vavin-Raspail par Waldemar George avec les œuvres d'aliénés de la collection du docteur Marie, médecin-chef de l'hôpital Saint-Anne[6].

La collection de Jean Dubuffet[modifier | modifier le code]

En 1922, Jean Dubuffet s'intéresse déjà aux travaux du docteur Hans Prinzhorn qui a rassemblé les œuvres de ses malades mentaux, constituant un Musée d'art pathologique à Heidelberg. Il découvre aussi l'exposition du docteur Walter Morgenthaler, médecin chef de la clinique de la Waldau près de Berne[7]. Dès 1923, Dubuffet, alors au service météorologique de la tour Eiffel pendant son service militaire, a connaissance des cahiers illustrés de Clémentine R. (Clémentine Ripoche), visionnaire démente qui dessine et interprète la configuration des nuages. Cette même année à Liège est créée la Fédération spirite internationale[6]. Dubuffet s'intéresse également à certaines œuvres du fonds Heidelberg qui ont été exposées à la Kunsthalle de Mannheim. 1923 est aussi l'année de l'internement de Louis Soutter dont Dubuffet ne découvrira l'œuvre qu'en 1945[8].

C'est le 28 août 1945 que Dubuffet baptise « art brut » un art qu'il collectionne depuis plusieurs années, art qui comprend à la fois l'art des « fous » et celui de marginaux de toutes sortes : prisonniers, reclus, mystiques, anarchistes ou révoltés[9]. Grâce à ses amis Jean Paulhan et Raymond Queneau, il découvre les créations d'adultes autodidactes ou psychotiques. Et c'est Paul Budry, qui a passé son enfance à Vevey, qui le met en contact avec le cercle médical suisse. Dubuffet entreprend alors avec Paulhan son premier voyage de prospection pendant trois semaines dans les hôpitaux psychiatriques suisses. En septembre de la même année, il rend visite à Antonin Artaud, alors interné à Rodez. Le docteur Ferdière lui conseille de visiter l'asile de Saint-Alban-sur-LimagnoleAuguste Forestier est interné. Il visite encore d'autres hôpitaux psychiatriques et des prisons, rencontre des écrivains, artistes, éditeurs ainsi que des conservateurs de musée et des médecins[10].

Le premier Fascicule de l'art brut intitulé Les Barbus Müller, et autres pièces de la statuaire provinciale, entièrement écrit par Jean Dubuffet, est imprimé par la libraire Gallimard, mais ne sera pas publié. Il sera réimprimé et publié à Genève en 1979 par le musée Barbier-Mueller[10].

la Compagnie de l'art brut[modifier | modifier le code]

Dubuffet organise plusieurs expositions des œuvres de sa collection entre 1947 et 1951. D'abord dans les sous-sol de la galerie Drouin qui devient le Foyer de l'art brut. Puis, en 1948, le foyer est transféré dans un pavillon de la Nouvelle Revue française, 17 rue de l'Université [11]. Le Foyer devient ensuite la Compagnie de l'art brut dont les membres fondateurs sont Jean Dubuffet, André Breton, Jean Paulhan, Charles Ratton, Henri-Pierre Roché, Michel Tapié et Edmond Bomsel. Le peintre Slavko Kopač assure le rôle de conservateur de la Collection[12].

L'intitulé « Art brut » est donné pour la première fois en 1949 à une exposition présentant les artistes réunis par Dubuffet à la galerie Drouin[13]. A cette occasion, Dubuffet rédige le catalogue de l'exposition qui comprend 200 œuvres d'artistes inconnus qui font partie de sa collection et il publie un traité : L'art brut préféré aux arts culturels qui fait scandale[13].

« Le vrai art, il est toujours là où on ne l'attend pas. Là où personne ne pense à lui ni ne prononce son nom. L'art, il déteste d'être reconnu et salué par son nom. Il se sauve aussitôt. L'art est un personnage passionnément épris d'incognito. Sitôt qu'on le décèle (...), il se sauve en laissant à sa place un figurant lauré qui porte sur son dos une grande pancarte où c'est marqué Art, que tout le monde asperge aussitôt de champagne et que les conférenciers promènent de ville en ville avec un anneau dans le nez[13]. »

En 1951, la compagnie est transférée aux États-Unis à East Hampton (New York) dans le comté de Suffolk, sur l'île de Long Island, chez Alfonso Ossorio[11]

Rapatriée en France où Dubuffet recherche un lieu pour l'exposer, sa collection est d'abord installée en 1962 dans l'immeuble du 137 rue de Sèvres qui est le siège de la Fondation Dubuffet. L'artiste souhaitait vivement que sa collection reste à Paris. On lui avait fait plusieurs promesses dont aucune n'a été tenue. « Devant les atermoiements de l'administration française, Dubuffet a finalement accepté l'offre de la ville de Lausanne qui proposait des conditions idéales de conservation de ce trésor auquel, il ne l'a jamais caché, son art doit beaucoup. Le 28 février 1976, en présence des autorités municipales, l'installation est inaugurée à Lausanne au château de Beaulieu[14]. »

La fondation Dubuffet[modifier | modifier le code]

La Compagnie de l'art brut a néanmoins poursuivi ses activités après le transfert des collections de Jean Dubuffet à Lausanne. Après sept ans pendant lesquels les recherches ont été interrompues, les pièces, réexpédiées d'Amérique à Paris en 1962, ont pris place dans les locaux de la compagnie. Devenue Fondation Jean Dubuffet en 1974[15], elle est située à Paris au 137 rue de Sèvres. Elle rassemble plus de 5 000 pièces et une énorme documentation, dont la bibliothèque de Jean Dubuffet, dans un immeuble de quatre étages qui était devenu le siège de la compagnie de l'art brut[16].

En 1964, Dubuffet a entrepris les premières publications des Fascicules de l'art brut . Vingt-quatre numéros ont été édités depuis lors, le dernier fascicule a été publié en mai 2013 par la nouvelle directrice de la collection, Sarah Lombardi[17] qui a succédé à Lucienne Peiry[18],[19]

Lausanne : la Collection de l'art brut[modifier | modifier le code]

Installée dans le château de Beaulieu[14], maison de maître du XVIIIe siècle et inaugurée en 1976, la Collection de l'art brut s'est depuis enrichie d'un grand nombre d'œuvres[14].

Le catalogue des collections, préalablement édité, recensait à cette époque 4 100 œuvres de 135 auteurs. Une série d'œuvres supplémentaires, considérées comme plus éloignées de l'art brut, est placée dans la Collection annexe rebaptisée en 1982 « Neuve Invention » . La Neuve Invention comprend des artistes qui cherchent à contourner « les systèmes de diffusion et de valorisation marchande (musées, galeries, expositions) qu’ils ressentent comme asphyxiants. « Neuve Invention » devient dès lors pour eux une nouvelle voie de diffusion de leur travail, correspondant à leur état d’esprit, leurs valeurs, leurs audaces et leur désinvolture. « Neuve Invention » est perçue comme un espace de liberté et d’inventivité dans lequel ils se reconnaissent. D’autre part, les artistes revendiquent volontiers leur position entre l’Art Brut et l’art culturel, et désirent profiter du mouvement d’ouverture de la Collection de l’Art Brut, à Lausanne. Ils sollicitent son conservateur, Michel Thévoz, qui, assisté de Geneviève Roulin, dirige l’institution de 1976 à 2001, comme si, enfin, un lieu correspondait à leur démarche. Michel Thévoz voit dans les positions de ces auteurs une contestation culturelle et institutionnelle, et une alternative possible à la commercialisation et à la vedettarisation artistiques. Dès lors, cette collection prend son essor et se développe par des achats et des dons d’œuvres[20]. »

Michel Thévoz, docteur en histoire de l'art, en sera le conservateur durant 26 ans, jusqu'en 2001, où Lucienne Peiry prendra sa relève.

Le musée, tout comme le château qui l'abrite, est inscrit comme bien culturel suisse d'importance nationale.

Artistes de la Collection de l'art brut[modifier | modifier le code]

Cette liste est issue de l'ouvrage L'Art brut de Lucienne Peiry (actuelle conservatrice de la Collection), Gallimard, réédition de 2006.

Bibliographie sur l'art brut[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Mineur pauvre du Pas-deCalais.

Références[modifier | modifier le code]

Voir également[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]