Gaston Chaissac

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Gaston Chaissac

Naissance 13 août 1910
Avallon
Décès 7 novembre 1964 (à 54 ans)
La Roche-sur-Yon
Activités artiste peintre
Mouvement artistique Art brut

Gaston Chaissac, né le 13 août 1910 à Avallon (Yonne), et mort le 7 novembre 1964 à La Roche-sur-Yon (Vendée), est un peintre français.

Il est également connu pour ses nombreuses correspondances, mais aussi textes et poèmes publiés entre autres à la NRF et à la Pléiade[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Gaston Chaissac[2] naît dans l'Yonne de parents corréziens. Son père est cordonnier. Après la guerre et la séparation de ses parents, le jeune Chaissac demeure avec sa mère. Sa scolarité est, comme il le dira lui-même, « courte et chétive ». L’école ne lui convient guère.

Sa santé se révèle fragile. Souvent malade, il développe peu à peu un style de vie frileux et ascétique. On observe d’ailleurs que les personnages de ses tableaux — et même de ses « totems » — ont un corps fréquemment atrophié, et que leur visage exprime parfois un sentiment de souffrance.

À 13 ans, Chaissac quitte l’école pour entrer en apprentissage. Il touche à divers métiers sans se décider à en embrasser aucun en particulier.

En 1926, la famille Chaissac s'installe à Villapourçon (Nièvre).

En 1931, il est durement éprouvé par la mort de sa mère. Le mariage de sa sœur, qui quitte dès lors la cellule familiale, constitue également un choc pour lui. Il mettra longtemps à surmonter ce double traumatisme.

Paris et la tuberculose[modifier | modifier le code]

En 1934, il tente de s’établir à Paris, où son frère Roger, devenu brigadier de police, lui ouvre une échoppe de cordonnier rue Mouffetard et l'accueille chez lui rue Henri Barbusse. La grande ville, avec l’animation grouillante de ses rues, lui plait, mais ne réussissant pas à gagner sa vie, il quitte une première fois la capitale pour y revenir en 1937. Dans le même immeuble que les Chaissac habite le peintre abstrait Otto Freundlich. Ce dernier et sa femme, qui est aussi peintre, encouragent Chaissac à dessiner. Les premiers résultats de cette activité leur paraissent pleins d’avenir. « Un maître nous est né » aurait alors dit Freundlich. Quoi qu’il en soit, ce dernier ne cessera plus, jusqu’à sa mort en déportation (1943), d’aider et de conseiller Chaissac.

À l’automne 1937, Chaissac tombe gravement malade. Une tuberculose est diagnostiquée. Il est envoyé au sanatorium d’Arnières-sur-Iton, dans l’Eure. Le traitement ne l’empêche pas de continuer de peindre : en décembre 1938 a lieu sa première exposition personnelle à Paris. Albert Gleizes et Robert Delaunay s’intéressent vivement aux travaux qu’il y présente.

De 1939 à 1942, Chaissac achève de guérir au Sanatorium de Clairvivre en Dordogne, où il deviendra chef d'atelier de la cordonnerie. C’est là que, à Noël 1940, il rencontre sa future femme, Camille Guibert.

En 1942, à l’invitation de Gleizes, il part pour Saint-Rémy-de-Provence. Tout en travaillant chez un bourrelier, il peint dans l’atelier de Gleizes grâce auquel il fait la connaissance d’André Lhote. Il se marie à la fin de l’année et Camille accouche trois jours plus tard de leur unique enfant, Annie. En 1943, Chaissac présente sa deuxième exposition à Paris, à la Maison des Intellectuels. Raymond Queneau, amené par Jeanne Kosnick-Kloss (veuve de Freundlich), la voit et l’apprécie. La même exposition est signalée — avec enthousiasme — à Jean Paulhan.

La Vendée[modifier | modifier le code]

En 1943 la femme de Chaissac, qui est institutrice, est nommée à Boulogne en Vendée. Le couple s’y installe pour cinq ans. Chaissac, désormais débarrassé du souci de sa survie, peut enfin se consacrer entièrement à ses activités artistiques. En 1944, il participe au Salon des indépendants. En juin 1945 commence une correspondance avec Paulhan qui séduit Jean Dubuffet ; ce dernier lui écrit alors à son tour et se porte acquéreur de certaines de ses œuvres.

En 1947, nouvelle exposition personnelle à Paris, à la galerie Arc-en-ciel. La préface est signée Dubuffet, où ce dernier compare l’art de Chaissac à celui des bédouins qui, dans le Sahara, jouent de la flûte en se moquant de la civilisation.

En 1948, sa femme est nommée dans une autre commune vendéenne, Sainte-Florence-de-l’Oie. Le couple y demeurera treize ans. Années difficiles pour le peintre qui, refusant de jouer le jeu du parisianisme alors même qu’il aspire à être reconnu par ses pairs, rejeté par la majorité des habitants de sa commune qui le prend pour un sorcier ou un fou, se trouve en proie à une terrible solitude. Sa créativité s’en ressent et dans les années 1956-1958, il ne peint presque pas.

Cette solitude est pourtant rompue de loin en loin : visite d’Anatole Jakovsky en 1948 (qui publiera un livre sur Chaissac peu après) et de Dubuffet, qui invite le peintre à participer à l’exposition d'art brut de la galerie René Drouin ; visite du photographe Gilles Ehrmann en 1955 lequel, enthousiasmé, revient en compagnie du poète surréaliste Benjamin Péret. En 1956, Chaissac effectue un bref séjour dans la maison de Dubuffet à Vence. Après cette date, leurs rapports iront en s’espaçant. La dernière lettre de Dubuffet à Chaissac citée dans Prospectus et tous écrits suivants, date de 1961.

Après l’envoi d’un texte de Chaissac à la NRF en 1954, celle-ci publiera régulièrement de 1957 à 1960 ses « Chroniques de l’Oie », articles humoristiques entrecoupés de réflexions poétiques.

Ce n’est qu’en 1961, avec l’installation du couple à Vix (Vendée), que Chaissac commence à sortir de son isolement. Cette même année il reçoit la visite d’Iris Clert qui lui organise une exposition personnelle dans sa galerie, celle-là même d’Yves Klein et des nouveaux réalistes

En 1962 sort le livre de Gilles Ehrmann, Les Inspirés et leurs demeures, dans lequel Chaissac se trouve en compagnie d’autres autodidactes. Il occupe toutefois une place prépondérante dans le livre grâce aux textes d’André Breton et de Benjamin Péret. Dans les mois qui suivent, l’Allemagne, l’Italie, les États-Unis s’intéressent soudain à lui… Mais hélas, il est trop tard. Miné par l’anxiété, les difficultés matérielles, les ennuis de santé, Chaissac meurt à 54 ans d’une embolie pulmonaire à l’hôpital de La Roche-sur-Yon.

Chaissac et l’art brut[modifier | modifier le code]

Les relations entre Gaston Chaissac et Jean Dubuffet ont été pour le moins tumultueuses, mais hautement symptomatiques de l’histoire et de l’évolution de l’art brut[3].

Chaissac est très tôt intégré à la collection de Dubuffet, et exposé dès 1948 avec les autres créateurs du Foyer de l’Art brut (qui deviendra la Compagnie de l’art brut, puis la Collection de l'art brut). Mais en 1963 est créée la seconde Compagnie de l’art brut, au moment du retour de la collection d’Amérique. Dubuffet doit alors revoir les fondements idéologiques qui définissent l’art brut, ce qui aboutit à la création d’une « Collection annexe » (qui prendra le nom définitif de Neuve Invention en 1982) dans laquelle il place Chaissac :

« Le silence et le secret restent pour Jean Dubuffet les fondements inhérents à la véritable production artistique ; le créateur autodidacte œuvre pour son propre usage, sans aspirer à la communication ni à la diffusion de ses travaux. Dubuffet pousse alors sa théorie socio-esthétique à ses limites et dénonce la contradiction existant entre la production d’art et la reconnaissance sociale. »

« Vous ne pouvez pas être un créateur et être salué par le public de ce titre. […] Il faut choisir entre faire de l’art et être tenu pour un artiste. L’un exclut l’autre. »

— Lettre à Pierre Carbonel

Dubuffet retire alors quelques créateurs du groupe de l’art brut et transfère leurs productions dans les collections annexes – tel est le cas pour Gaston Chaissac, Philippe Dereux et Ignacio Carles-Tolra.

Plus que tout autre, le transfert de Chaissac a été et reste un sujet de polémique. Nombreux sont ceux qui ont accusé Dubuffet de l’avoir enrôlé dans l’art brut, de l’avoir pillé et plagié pour finalement le renier en le reléguant dans les collections annexes. Dans un premier temps, Dubuffet a vu en Chaissac l’homme du commun créateur, cette figure essentielle de sa conception philosophique et artistique. Puis il a révisé son jugement, tenant compte non seulement du bagage culturel de Chaissac mais aussi de sa connaissance et de ses liens toujours plus importants avec la vie parisienne. Chaissac est « trop informé de ce que font les artistes professionnels »[4]

Consécration[modifier | modifier le code]

Après sa mort, Gaston Chaissac sera finalement intégré dans l'histoire de l’art moderne[5].

Des institutions muséales lui ont accordé des rétrospectives :

Des artistes reconnus comme Georg Baselitz ou Robert Combas revendiquent son influence directe.

La bibliothèque-médiathèque de la ville de ses origines, Avallon, porte son nom depuis le 19 octobre 2001.

Sa fille, Annie Raison-Chaissac, devenue agricultrice en Vendée, s'est investie toute sa vie très activement pour la reconnaissance de l'œuvre de son père. Et, de nos jours, sa petite-fille, Nadia Raison, sociologue, prend la relève…

En permanence :

  • On peut voir un ensemble significatif de peintures de Gaston Chaissac au musée de l'Abbaye Sainte-Croix des Sables-d'Olonne, qui possède l'un des fonds les plus importants du peintre (dû à une donation de sa veuve, et entièrement restauré en 2004).
  • Présentation très originale et libre de la vie et de l'œuvre de Gaston Chaissac à la Boîte à sucre bleue à Sainte-Florence (Vendée), espace scénographique avec près d'une dizaine d'ateliers pédagogiques à destination du public scolaire.

Cote[modifier | modifier le code]

Une peinture datée de 1961-1962, intitulée Femme de Vix, a été vendue pour 90 000 euros à Cologne[6].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Écrits de Chaissac[modifier | modifier le code]

  • Hippobosque au Bocage, Paris, Gallimard,‎ 1951
    Réédition 1995
  • Très Amicalement Vôtre, Belgique, La Louvière,‎ 1965
    Réédition 1996
  • Le Laisser-Aller des Éliminés – Lettres à l’abbé Coutant, Bassac, Plein-Chant,‎ 1979
  • Trente et une Lettres à Pierre Boujut, Bassac, Plein-Chant,‎ 1979
  • Je cherche mon éditeur, lettres, contes, documents, Rougerie, Mortemart,‎ 1998
  • Correspondances, Les Sables d’olonne, Musée de l’Abbaye Sainte-Croix,‎ 2004

Monographies[modifier | modifier le code]

  • Dominique Allan-Michaud, Gaston Chaissac, puzzle pour un homme seul, Paris, Gallimard,‎ 1974
    Réédition en 1992
  • Henri-Claude Cousseau, Gaston Chaissac « cordonnier in partibus » ; Œuvre graphique, Paris, Jacques Damase,‎ 1981
  • (en) Barbara Nathan-Neher, Chaissac, Londres, Thames and Hudson,‎ 1987
  • Johannes Gachnang et Françoise Brütsch, Gaston Chaissac, Neuchâtel, Ides et Calendes,‎ 1988
  • Anatole Jakovsky, Gaston Chaissac, l’homme-orchestre, Paris, Les Presses Littéraires de France,‎ 1952
    Réédition à L’Echoppe, Caen, 1992
  • Collectif, Gaston Chaissac, Les Sables d’Olonne, Musée de l’Abbaye Sainte-Croix,‎ 1993
    Catalogue d’exposition
  • Collectif, Gaston Chaissac, Paris, Réunion des Musées Nationaux,‎ 1998
    Catalogue d’exposition
  • Serge Fauchereau, Gaston Chaissac : environs et apartés, Paris, Somogy,‎ 1998
  • Thomas Le Guillou, Gaston Chaissac, Neuchâtel, Ides et Calendes,‎ 2000
  • Collectif, Chaissac, Paris, Galerie Nationale du Jeu de Paume, Réunion des Musées Nationaux,‎ 2000
    Catalogue d’exposition
  • Eric Chevillard, D’Attaque, éditions Argol, collection Entre-Deux, 2005.
  • Collectif, Gaston Chaissac, homme de lettres, Paris, École nationale supérieure des beaux-arts & Musée de la Poste,‎ 2006

Articles notables, chapitres de livres[modifier | modifier le code]

  • Benjamin Péret, « Gaston Chaissac » in Les inspirés et leurs demeures, de Gilles Ehrmann, éd. Le Temps, 1962
  • Christian Delacampagne, Chaissac : un savant en sabots, Paris, Editions Mengès,‎ 1989
    in Outsiders, fous, naïfs et voyants dans la peinture moderne (1889-1960), chapitre 7, pp. 106-119
  • Dominique Allan Michaud, in L'Œuf sauvage, n° 7, Pleine Marge,‎ 1993
  • Jean-Louis Ferrier, Le peintre de la vie précaire, Paris, Terrail,‎ 1997
    in Les Primitifs du XXe siècle, pp. 44-53
  • (en) David Maclaglan, Gaston Chaissac – Raw Classics, Raw Vision n° 32,‎ 2000
  • Dominique Allan Michaud, « Gaston Chaissac du Breuil de Laterrade de Soursac, ex-peintre : L’itinéraire d’un “fils de Limousins” », in Revue des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze, tome 103, Tulle, p. 305-345
  • Christian Delacampagne, « Gaston Chaissac, dernier des anarchistes », in Revue des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze, tome 103, Tulle, p. 299-304
  • Dominique Allan Michaud, « Chaissac-Paulhan : « Un succès de librairie avec des lettres fabriquées spécialement », in Revue des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze, tome 104, Tulle, p. 379-400
  • Dominique Allan Michaud, « Chaissac : Langage fautif, langage festif ? », in Revue des Lettres, Sciences et Arts de la Corrèze, tome 105, Tulle, p. 298-340
  • Dominique Allan-Michaud, « Empreintes de Gaston Chaissac, empreintes d'une empreinte », in Yannick Beaubatie, Empreintes, Tulle, Éditions Mille Sources, 2004, p. 177-182
  • Nadia Raison, « Note futuriste à votre sanctuaire », Damvix, regards sur le passé, Geste Éditions, 2006, p. 112-117

Notes et références[modifier | modifier le code]

Autorité[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Voir par exemple sur abebooks.fr.
  2. Cf. le chapitre consacré à Chaissac par Christian Delacampagne « Chaissac : un savant en sabots » dans son livre Outsiders, fous, naïfs et voyants dans la peinture moderne, Mengès, Paris, 1989.
  3. Cf. l'ouvrage de Lucienne Peiry (actuelle conservatrice de la Collection de l'art brut), L'Art brut, Gallimard, 2006.
  4. In L'Art brut, op. cit., p. 162-164.
  5. Références tirées du catalogue d'exposition de la Galerie nationale du Jeu de Paume, Paris, 2000.
  6. Lempertz Kunsthaus, Die 900. Auktionen, Cologne, 2007.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]