Carlo Zinelli

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

Carlo Zinelli, dit Carlo, né le 2 juillet 1916 à San Giovanni Lupatoto, décédé le 27 janvier 1974 à Vérone, est un artiste-peintre italien.

Il élabora son œuvre, riche de quelque 2 000 peintures, les 15 dernières années de sa vie, interné en hôpital psychiatrique pour schizophrénie. Il est ainsi reconnu comme une figure importante de l’Art Brut.

Biographie[1][modifier | modifier le code]

L’Enfance[modifier | modifier le code]

Carlo Zinelli est né le 2 juillet 1916 à San Giovanni Lupatoto (province de Vérone). Son père est menuisier. Sa mère meurt deux ans seulement après la naissance de Carlo, sixième enfant d’une fratrie de sept.

Dès l’âge de neuf ans, il quitte son village pour aller travailler dans les champs aux services d’une famille apparentée à la sienne.

La jeunesse et la guerre[modifier | modifier le code]

En 1934, il s’installe à Vérone, où il travaille à l’abattoir municipal, et se passionne pour la musique.

Après son service militaire, Carlo est enrôlé dans un bataillon de chasseurs alpins en 1938 puis part à la guerre d’Espagne l’année suivante. Il en revient seulement deux mois plus tard, probablement très marqué : il reste deux ans en convalescence avant d’être réformé fin 1941.

L’internement et la peinture[modifier | modifier le code]

De 1941 à 1947, Carlo alterne des périodes de travail et de lucidité avec des crises d’agressivité et d’angoisse qui le mènent périodiquement en hôpital psychiatrique, où il subit des électrochocs et des traitements à l’insuline. Mais, à partir du 9 avril 1947, il est définitivement interné pour schizophrénie paranoïde. Carlo va alors s’enfoncer dans un isolement où son langage même deviendra incompréhensible pour l’extérieur.

Pendant des années, sa créativité se borne à des dessins sur le sol et des graffitis sur les murs, bien qu’une « école de peinture » existe au sein de l’hôpital, mais dispensant des cours d’apprentissage classique de l’art. Ce n’est qu’en 1957 que l’occasion lui est réellement donnée de s’exprimer et de développer son talent, à travers l’ouverture dans l’hôpital d’un atelier d’expression libre initié par le sculpteur Michael Noble et le professeur Mario Marini.

Le peintre[modifier | modifier le code]

À partir de là, avec une vingtaine d’autres patients, Carlo passera près de huit heures tous les jours à peindre. Il trouve ainsi une voie de sociabilité qu’il avait perdue, au sein de l’hôpital tout d’abord, sa violence et son agressivité disparaissant, mais aussi vers l’extérieur puisque, chaque mois, Noble propose aux patients des séjours dans sa villa où ils peuvent peindre et sculpter, mais également faire des excursions…

Très vite aussi, des expositions des œuvres faites à l’atelier sont organisées, dès 1957 dans une galerie de Vérone, puis à Milan et Rome. Carlo sera même le seul peintre italien présent à l’exposition Insania pigens à la Kunsthalle de Berne (1963). Peu de temps après, Jean Dubuffet découvre ses œuvres et en acquiert un nombre important, qu’il inclut dans sa collection (alors Compagnie de l’Art brut, aujourd’hui Collection de l'art brut).

En 1966, Vittorio Andreoli reprend la direction de l’atelier (en fait, il connaît Carlo depuis 1959), et ne cessera dès lors d’œuvrer à la présentation et à la reconnaissance du travail de Carlo.

À partir de 1969, la production de Carlo ralentit, suite à son transfert au nouveau siège de l’hôpital, mais il peint jusqu’en 1973, avant de mourir d’une pneumonie le 27 janvier 1974 à l’hôpital de Chievo, à Vérone.

En 1992, la première rétrospective de Carlo Zinelli eut lieu au Museo di Castelvecchio de Vérone. En France, c’est en 2003-2004 que fut organisée une rétrospective (qui a donné lieu à un catalogue) au Musée de l’Abbaye Sainte-Croix (Les Sables-d'Olonne), au Musée des arts modestes (Sète) et au Musée d'Art moderne Lille Métropole.

L’œuvre[2][modifier | modifier le code]

Les peintures de Carlo Zinelli sont immédiatement reconnaissables, avec leurs silhouettes humaines ou animales percées de trous ou d’étoiles se détachant sur un fond uni.

Elles font inévitablement penser aux dessins d’enfants par leur apparente naïveté, les perspectives et les détails. Les spécialistes en psychiatrie ne manquent pas d’y relever nombre d’éléments qu’ils estiment propres à la schizophrènie. Il existe un lien de parenté des peintures de Carlo avec les dessins rupestres préhistoriques (et au-delà avec les représentations chamaniques de peuples traditionnels). Elles peuvent même aller parfois jusqu’à l’abstraction ; et on peut aussi les voir comme une tentative audacieuse de retranscrire un langage « musical » sur le plan pictural.

On note dans certaines peintures la présence d’inscriptions, plus proches d’onomatopées ou de cris, mais qui peuvent aller jusqu’à remplir en grande partie l’espace de la feuille. Carlo a aussi intégré parfois des collages divers. Les figures occupent une place primordiale. Souvent désordonnées, elles sont parfois organisées en alignements et répétitions, avec une ou des figures centrales de grande taille entourées d’autres plus petites.

Les sujets de prédilection de Carlo tournent autour de la nature (avec un bestiaire très important où les figures de l’oiseau et du cheval ressortent, et un monde végétal à la présence plus réduite). Les figures humaines sont omniprésentes, la plupart du temps représentées de profil. On trouve beaucoup d’allusions sexuelles, que ce soit de manière explicite ou sous forme de symboles, qui en arrivent même à se mêler à des thèmes religieux. Des accessoires très divers apparaissent ici et là : armes, objets usuels ronds ou pointus, vêtements, instruments de musique, véhicules, etc. (avec une préférence toute particulière pour la barque).

Sources[modifier | modifier le code]

  1. Tirée du catalogue d’exposition Carlo Zinelli, Somogy, Paris, 2003.
  2. Inspiré de La Publication de la Compagnie de l’Art brut no 6, Lausanne, 1966 et de Carlo Zinelli, op. cité.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Lieux d’exposition permanents[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Catalogue raisonné[modifier | modifier le code]

  • (it) Andreoli V. et Marinelli S., Carlo Zinelli. Catalogo generale, Marsilio, Venise, 2002.

Monographies[modifier | modifier le code]

  • Collectif, Carlo Zinelli, Somogy Editions d’art, Paris, 2003.
  • (it) Collectif, Carlo : Tempere, Collages, Sculpture, 1957-1974, Museo di Castelvecchio, Vérone, 1992.

Chapitres entiers consacrés à Carlo[modifier | modifier le code]

Article[modifier | modifier le code]

Ouvrages où est cité Carlo (sélection)[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]