Adam Jerzy Czartoryski

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Adam Jerzy Czartoryski
Blason Pogoń Litewska dit des Jagellons

Adam Jerzy Czartoryski[1], né le 14 janvier 1770 à Varsovie, mort le 15 juillet 1861 à Montfermeil près de Meaux, est un homme d'État, diplomate et écrivain polonais, d'orientation d'abord russophile : proche du tsar Alexandre I il est ministre des Affaires étrangères et président du Conseil des ministres de Russie de 1804 à 1806, sénateur palatin du royaume de Pologne (1815-1830), puis patriote : président du gouvernement national polonais durant l'insurrection de 1830-1831, il s'exile en France après la victoire russe, dirigeant à Paris (depuis l'hôtel Lambert, à partir de 1843) l'aile conservatrice de l'émigration polonaise.

Contexte historique[modifier | modifier le code]

Au moment de la naissance d'Adam Czartoryski, la Pologne, officiellement appelée « République des Deux Nations » est composée de deux parties unies depuis 1569 : le royaume de Pologne (Varsovie, Gdansk, Poznan, Cracovie, Lvov, Jitomir, Kamenets-Podolski) et le Grand-duché de Lituanie (Vilnius, Minsk) ; c'est une monarchie élective dans laquelle la noblesse joue un rôle considérable et qui à cette époque est en position de faiblesse par rapport à ses trois voisins : la Prusse, l'Autriche et la Russie.

Durant le règne de Stanislas Auguste Poniatowski (1762-1795), le pays subit une série d'amputations du fait des partages de la Pologne de en 1772 et 1793 ; le troisième partage en 1795 met fin à son existence politique, son territoire étant totalement réparti entre la Russie (qui contrôle Vilnius), la Prusse (Varsovie) et l'Autriche (Cracovie). La période 1773-1791 a cependant été marquée par une action réformatrice remarquable dans plusieurs domaines : économie, culture et instruction publique (création en 1773 de la Commission de l'éducation nationale), politique avec la Constitution du 3 mai 1791.

La situation change fin 1806, à la suite de la défaite prussienne d'Iéna : la Pologne prussienne est occupée par l'armée de Napoléon ; lors du traité de Tilsit (juillet 1807), les provinces polonaises acquises par la Prusse en 1793 et 1795 deviennent le duché de Varsovie ; en 1809, y sont jointes les provinces acquises par l'Autriche en 1795. Après la retraite de Russie (1812), le duché de Varsovie est occupé par les troupes russes.

Lors du Congrès de Vienne en 1815, le tsar Alexandre Ier accepte de rétablir un nouveau « royaume de Pologne » (aussi appelé royaume du Congrès), dont il sera le roi et qu'il dote d'une constitution relativement libérale.

Les relations entre ce roi russe et ses sujets polonais, d'abord assez bonnes, évoluent ensuite défavorablement, notamment après l'avènement de Nicolas Ier en 1825 ; en novembre 1830 éclate une insurrection dont l'échec entraîne l'émigration d'un grand nombre de Polonais, parmi lesquels Adam Czartoryski. Celui-ci meurt alors que s'esquisse la deuxième grande insurrection polonaise du XIXe siècle.

Famille[modifier | modifier le code]

Origines[modifier | modifier le code]

Issu d'une des familles les plus anciennes de Pologne, précisément du Grand-duché de Lituanie, apparentée aux rois de la dynastie des Jagellons, qui au début du XVIe siècle régnait sur la Lituanie, la Pologne, la Hongrie et la Bohême.

Il est le fils du prince Adam Kazimierz Czartoryski (1734-1823) et d'Izabela Fleming, princesse Czartoryska. En dehors de Varsovie, la famille possède d'immense domaines, en particulier celui de Puławy, domaines qui au moment des partages se retrouvent en territoire soit russe, soit autrichien.

À l'époque, il y a eu une rumeur selon laquelle que le prince est le fruit d'une liaison entre Nicolaï Vassilievitch Repnine, ambassadeur de Russie en Pologne et la princesse[2].

Mariage et descendance[modifier | modifier le code]

Le prince Czartoryski et ses fils

Le 25 septembre 1817, Adam Jerzy Czartoryski épouse la princesse Zofia Anna Sapieha[3] (1799-1864) ; quatre enfants naitront de cette union :

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et jeunesse[modifier | modifier le code]

Formation

Adam Jerzy Czartoryski est éduqué à domicile par d'éminents pédagogues, français pour la plupart. Cependant, il n'est pas influencé par les idées des Lumières à la française ni plus tard par celles de la Révolution française, mais plutôt par une certaine logique à la française.

Il considérait aussi la Russie, comme un pays arriéré, et ressentait du mépris pour le peuple russe[4].

Voyages en Europe

En 1786, Adam Jerzy Czartoryski part en voyage à Cracovie, puis en Bohême et en Allemagne. À Gotha, le prince entend Goethe faire la lecture de son Iphigénie en Tauride et fait la connaissance de Johann Gottfried Herder et du poète Christoph Martin Wieland (1733-1813).

En 1789, il visite l'Angleterre avec sa mère. Au cours de ce voyage, il assiste au procès du gouverneur-général des Indes britanniques, Lord Hastings (1732-1818). Au cours de sa seconde visite en 1793, il se lie avec un grand nombre d'aristocrates britanniques et étudie la Constitution anglaise.

Combats pour la Pologne

Le prince Czartoryski combat pour son pays pendant la guerre de 1792, dont l'échec entraîne le deuxième partage de la Pologne en 1793).

En 1795, la Pologne subit un troisième partage qui met fin à son existence en tant qu'État. Les domaines des Czartoryski sont confisqués[réf. nécessaire] (mai 1795).

Au service de la Russie (1796-1816)[modifier | modifier le code]

L'amitié avec Alexandre de Russie[modifier | modifier le code]

Le prince et son jeune frère Constantin sont appelés à la cour de Saint-Pétersbourg et contraints de se mettre au service de la Russie. Adam Jerzy devint officier de cavalerie et Constantin sert dans la Garde à Pied. L'impératrice Catherine II est favorablement impressionnée par les deux jeunes Polonais, et elle leur rend une partie de leurs biens en 1796.

Au cours d'un bal donné par la princesse Galitzine, Adam Czartoryski fait la connaissance du petit-fils de Catherine, le grand-duc Alexandre, futur empereur Alexandre Ier, et une grande « amitié intellectuelle » naît entre les deux jeunes gens.

Après l'accession au trône de Paul Ier en 1796, le prince Czartoryski est nommé aide de camp d'Alexandre Pavlovitch, maintenant tsarévitch, et est autorisé à se rendre dans ses domaines polonais pour une durée de trois mois.

Ambassadeur auprès du roi de Sardaigne (1798-1801)[modifier | modifier le code]

Le prince Czartoryski est en faveur auprès de Paul Ier pendant tout son règne. En décembre 1798, il est nommé ambassadeur de Russie à la Cour de Charles Emmanuel IV de Sardaigne . En arrivant en Italie, il constate que ce monarque est un roi sans royaume, de sorte que sa première mission diplomatique se résume à un agréable voyage à travers l'Italie : il apprend l'italien et visite avec minutie les vestiges de Rome.

Conservateur de l'Académie de Vilna (1801)[modifier | modifier le code]

Au printemps 1801, Alexandre, devenu tsar, rappelle son ami à Saint-Pétersbourg. Il le nomme conservateur de l'Académie de Vilna (actuelle Vilnius) le 13 avril 1803, c'est-à-dire responsable de l'éducation pour les territoires de l'ancien Grand-duché de Lituanie, qui incluait non seulement les régions lituaniennes, mais aussi des régions biélorusses et ukrainiennes.

Ministre des Affaires étrangères (1804-1806)[modifier | modifier le code]

Le prince fut nommé ministre des Affaires étrangères en 1804 et dirigea ainsi toute la diplomatie russe. Sa première action fut de protester énergiquement contre l'exécution du duc d'Enghien (20 mars 1804). Il était de plus favorable à une rupture immédiate avec le gouvernement révolutionnaire français et le Premier Consul Napoléon Bonaparte.

Le ministre français, le comte d'Hédouville quitta donc Saint-Pétersbourg le 7 juin 1804 et le 11 du même mois une note dictée par le prince Czartoryski à Alexandre Ier fut envoyée à l'ambassadeur de Russie à Londres. Il demandait la formation d'une coalition anti-française. Il fut également l'auteur de la Convention du 6 novembre 1804 par laquelle la Russie mettait 115 000 hommes et l'Autriche 235 000 hommes afin de combattre Napoléaon.

En avril 1805, le prince signa une alliance offensive et défensive avec le Royaume-Uni.

Cependant, l'acte ministériel le plus célèbre du prince fut rédigé en 1805 ; celui-ci visait à transformer l'ensemble de la carte de l'Europe. La Prusse et l'Autriche se partageraient l'Allemagne, quant à la Russie, elle voulait s'octroyer les Dardanelles, les bords de la Mer de Marmara, le Bosphore avec Constantinople et Corfou; l'Autriche recevrait la Bosnie, la Valachie et Raguse, le Monténégro élargi de Mostar et des Îles Ioniennes afin de former un État séparé. Le Royaume-Uni et la Russie se donnaient pour mission de maintenir l'équilibre en Europe. En contrepartie de leurs acquisitions en Allemagne, l'Autriche et la Prusse consentaient à la fondation de la ville libre de Dantzig, peuplée d'Allemands, aux bouches de la Vistule sous la protection de la Russie. Ce projet présentait à l'époque la meilleure garantie pour l'existence d'une Pologne indépendante, mais dans l'intervalle l'Autriche négocia avec l'Angleterre et une guerre s'ensuivit.

Le prince Czartoryski accompagna l'empereur Alexandre en 1805 en voyage à Berlin et Olmütz. Le prince considéra cette visite à Berlin comme une erreur fondamentale, car il se méfiait de la Prusse, mais le tsar ignora les conseils de son ami et le prince perdit la faveur impériale deux ans après.

Plus tard, au Congrès de Paris, alors qu'il était au sommet de sa carrière politique, il fut extrêmement frappé par la nouvelle de son renvoi. Il avait cru qu'Alexandre mettait en pratique ses propres idées, mais il découvrit alors qu'il avait été utilisé pour son expérience et son érudition[5]. Il fut remplacé par Budberg. En fait, le prince travaillait, pendant la durée de son portefeuille aux Affaires étrangères, à la restauration de la Pologne, ce que n'ignorait pas le tsar.

Carrière post-ministérielle[modifier | modifier le code]

Malgré tout, Czartoryski continua à jouir de la confiance qu'Alexandre lui accordait en privé. Ce dernier confessa au prince en 1810 que la politique qu'il avait suivie en 1805 était erronée, qu'il n'avait pas fait bon usage de ses possibilités.

Cette même année, Czartoryski quitta Saint-Pétersbourg pour toujours, mais les relations entre le tsar et le prince demeurèrent excellentes. Peu de temps avant la signature de l'alliance russo-prussienne du 20 février 1813, après la retraite de Russie de Napoléon, les deux amis furent de nouveau réunis à Kalisz (Grande-Pologne). Le prince fit partie de la suite de l'empereur de Russie, lors de son entrée à la tête de ses troupes à Paris en 1814, à Paris.

Adam Czartoryski fut d'une aide efficace pour l'empereur de Russie pendant le congrès de Vienne.

L'époque du nouveau Royaume de Pologne (1815-1830)[modifier | modifier le code]

Il était communément admis que le prince Czartoryski, plus que tout autre, avait préparé la voie du Congrès de Pologne et avait également permis l'élaboration de la Constitution du royaume de Pologne, et tout le monde pensait donc qu'il serait nommé vice-roi (namiestnik) du royaume de Pologne, mais il n'en fut rien. C'est Józef Zajączek qui obtint cette fonction.

Adam Czartoryski continua à garder son titre de sénateur palatin de Pologne et à diriger une partie de l'administration polonaise. Il se retira des affaires, quand il se reconnut impuissant à protéger ses compatriotes.

Le 25 septembre 1817, le prince épousa Izabela Sapieżanka. Avant son union avec la princesse, un duel l'opposa à son ami le comte Louis Michel Pac[6].

Au décès de son père survenu en 1823, le prince Czartoryski se retira dans le château ancestral de Puławy.

L'insurrection de novembre 1830 le contraignit à revenir à la vie politique. Devenu Président du gouvernement provisoire de Pologne, poste auquel il fut nommé le 18 décembre 1830, il fut élu chef du Conseil suprême du gouvernement national polonais par 121 voix sur 138 en janvier 1831.

Czartoryski désapprouva les excès révolutionnaires du peuple de Varsovie et manifesta cette désapprobation le 6 septembre 1831, en démissionnant du gouvernement, alors qu'il avait sacrifié la moitié de sa fortune à la cause nationale. Pendant toute la durée des émeutes il ne fut pas à la hauteur de sa réputation. Sexagénaire, il fit pourtant preuve d'une grande énergie. Le 23 août 1831, il rejoignit l'armée du général italien Gerolamo Ramorino (1792-1849) qui, avec un corps de volontaires, s'était mis au service de la cause polonaise. Par la suite, il fonda une confédération de trois provinces méridionales : Kalisz, Sandomir et Cracovie. À la fin de la guerre, lorsque le soulèvement polonais fut écrasé par l'armée russe, il fut condamné à mort[7] mais sa peine fut commuée en condamnation à l'exil.

L'exil (1831-1861)[modifier | modifier le code]

Le prince Czartoryski fonda l'Association littéraire des Amis de la Pologne en Angleterre, le 25 février 1832, puis se réfugia définitivment en France en 1833, où demeurait la plupart des Polonais de l'émigration acquis à la cause nationale.

Il acheta grâce à sa fortune considérable, le magnifique hôtel Lambert sur l'île Saint-Louis à Paris, qui resta dans la famille Czartoryski jusqu'au milieu du XXe siècle; il aida aussi à la fondation en Turquie en 1842 d'un village polonais du nom d'Adampol (« ville d'Adam », aujourd'hui Polonesköy).

L'hôtel Lambert devint un véritable foyer de la cause polonaise en Europe, de tendance conservatrice et aristocratique. Le prince y installa une bibliothèque et diverses sociétés littéraires ou d'entraide et y donnait souvent de magnifiques réceptions où se côtoyaient l'aristocratie française et européenne de l'époque et de grandes figures comme George Sand qui y amena à un bal de 3500 personnes, lors du Carnaval de 1846, sa fille Solange Dudevant et sa petite cousine et protégée, ou Frédéric Chopin, Adam Mickiewicz ou Lamartine, Delacroix ou Balzac, Berlioz ou Liszt, etc.

Le prince Czartoryski mourut en France dans sa résidence de Montfermeil, le 15 juillet 1861.

Hommages[modifier | modifier le code]

Le prince Czartoryski fait une brève apparition dans le tome III du roman de Léon Tolstoï Guerre et paix, où il apparait lors d'une conférence qui se déroula à Olmütz le 18 novembre 1805, peu avant la bataille d'Austerlitz.

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Essai sur la diplomatie, Paris et Marseille, 1830
  • La correspondance d'Alexandre Ier de Czartoryski et des conversations 1801-1823, Paris, 1863)
  • Mémoires et correspondances avec Alexandre Ier, Paris, 1887)
  • Mémoires de Czartoryski
  • Documents relatifs à ses négociations avec Pitt et les conversations avec Palmerston en 1832, Londres, 1888)
En polonais
  • Zywot J. U. Niemcewicza [Vie de Julian Niemcewicz], Berlin, B. Behr, 1860

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Cet article comprend des extraits du Dictionnaire Bouillet. Il est possible de supprimer cette indication, si le texte reflète le savoir actuel sur ce thème, si les sources sont citées, s'il satisfait aux exigences linguistiques actuelles et s'il ne contient pas de propos qui vont à l'encontre des règles de neutralité de Wikipédia.
  • Julian Niemcewicz, Biographie du prince Adam-Georges Czartoryski, ex-président du gouvernement national de Pologne, Paris, Joseph Straszewicz, 1835
  • Alexandre Arkanguelski, Alexandre Ier Le Feu follet
  • Le Prince Adam Jerzy Czartoryski La Pologne La France L'Europe, Paris, Société historique et littéraire polonaise, 2011 (livret de l'exposition qui a eu lieu du 29 juin au 16 décembre 2011) [référence : SHLP] Document utilisé pour la rédaction de l’article

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Prononciation : « Tchartoréski »
  2. Cf. John P. Ledonne, La grande stratégie de l'Empire Russe, Oxford University Press, 2003, ISBN 978-0-19-516100-7, p. 210 : Although it is also rumoured that in reality he was the son of Russian ambassador Nicholas Repnin [Quoiqu'il soit également dit qu'en réalité il était le fils de l'ambassadeur russe Nicolas Répnine]
  3. SHLP (cf. "Bibliographie"), p. 9.
  4. Cf. Alexandre Arkahanguelsi, Alexandre Ier Le Feu follet, page 58
  5. Le prince était un cartographe réputé.
  6. Louis Léonard de Loménie, Galerie des contemporains illustres, Volume 6.
  7. (en) Jerzy Jan Lerski, Piotr Wróbel, Richard J. Kozicki Historical dictionary of Poland, 966-1945