Hôtel Lambert

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Hôtel Lambert
Image illustrative de l'article Hôtel Lambert
Présentation
Type Hôtel particulier
Architecte Louis Le Vau
Date de construction 1642
Protection Logo monument historique Classé MH (1862)
Géographie
Pays Drapeau de la France France
Région Île-de-France
Localité Paris (4e arrondissement)
Localisation
Coordonnées 48° 51′ 03″ N 2° 21′ 34″ E / 48.8508, 2.3594448° 51′ 03″ Nord 2° 21′ 34″ Est / 48.8508, 2.35944  

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Hôtel Lambert

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Hôtel Lambert

L’hôtel Lambert est un hôtel particulier situé dans l’île Saint-Louis, au no 2 de la rue Saint-Louis-en-l’Île dans le 4e arrondissement de Paris.

Cet hôtel, dont la façade, la rotonde et le jardin sont parmi les plus remarquables de Paris, a été bâti en 1640 par Louis Le Vau qui, âgé de moins de trente ans, y montra ses qualités d’architecte.

Les peintres Charles Le Brun et Eustache Le Sueur travaillèrent cinq ans à décorer l’intérieur. On doit à Le Brun une Galerie d’Hercule qui annonce la galerie des Glaces de Versailles.

Histoire[modifier | modifier le code]

Sous l'Ancien Régime[modifier | modifier le code]

La galerie d’Hercule de l’hôtel Lambert.
Gravure de Bernard Picart.
Plan d’ensemble de l'hôtel Lambert par Le Vau (v. 1640).
Élévations et coupe sur les ailes de l’hôtel Lambert (1655-1656), relevées par Blondel ?.

Cet hôtel avait été construit pour un financier, commis du surintendant Bullion, qui avait très jeune fait fortune - notamment dans des opérations immobilières : Jean-Baptiste Lambert. À sa mort, quatre ans après, c’est son frère Nicolas Lambert de Thorigny dit Lambert le Riche, président à la Chambre des comptes qui en devint propriétaire. Sa charge qu’il remplit pendant 46 ans lui valut une immense fortune et il possédait plus de 14 maisons dans l’île Saint-Louis. Il fut condamné à une amende d’un million de livres pour sa compromission au moment du procès de Fouquet.

En 1732, la propriété est acquise par le fermier général, Claude Dupin avec sa belle-mère, Madame de Fontaine. Madame Dupin tient à l'hôtel Lambert, comme au château de Chenonceau ou l'Hôtel de Vins rue Plâtrière[1], un salon littéraire des plus brillants et reçoit notamment Voltaire, Fontenelle, Marivaux, Montesquieu, Buffon, Marmontel, Mably, Grimm, Bernis et Rousseau[2].

Le 31 mars 1739, Claude Dupin vend l'hôtel[3] à Florent Claude, marquis du Châtelet, époux de Gabrielle Émilie de Breteuil :

« Puis c’est madame du Châtelet qui voulut acheter cette splendide demeure : la maison particulière de Paris la plus ornée de belles curiosités, avec ses plafonds, ses dessus de porte, ses murs décorés par Le Brun et Le Sueur. « Monsieur du Châtelet, écrit la marquise, sera à Paris le 26 ou le 27 (février 1739), il ira pour la maison de Dupin. Je ne sais s’il l’achètera, mais je sais bien que je la désire infiniment. » Monsieur du Châtelet l’acheta pour la revendre peu après à un nouveau financier, Marin de la Haye. Où donc ce dernier venu et dernier occupant avait-il pu réunir les six ou sept cent mille livres qu’une semblable acquisition réclamait, sans compter le grand entretien qu’elle devait lui coûter dès son entrée en possession, sans compter la dépense qu’il faisait à sa résidence de Draveil (luxueuse entre toutes les luxueuses habitations) ? »

— Henri Thirion, extrait de La Vie des financiers au XVIIIe siècle, 1895

L’hôtel passe successivement dans les mains de Salomon, Benjamin et Étienne de La Haye.

En 1781, Achille-René Davène, seigneur de Fontaine, l’achète. Confisqué en 1794, sera rendu en 1802 et revendu, en 1813, à Jean Pierre Bachasson, comte de Montalivet, ministre de l’Intérieur de Napoléon, puis il deviendra la propriété de la richissime famille princière polonaise Czartoryski.

Le Parti Polonais de l’hôtel Lambert[modifier | modifier le code]

Polonaise de Chopin : Bal à l’hôtel Lambert
Gouache de Teofil Kwiatkowski.

« Grâce au conseil de Eugène Delacroix, le prince Adam Czartoryski a pu acquérir l’un des plus beaux hôtels particuliers de la capitale, l’hôtel Lambert […] un grand nombre d’objets déplacés de Prelowy y ont été rassemblés peu à peu, et l’hôtel est devenu le siège de la collection jusqu’en 1876. »

— James Stourton, Petits musées, grandes collections, éd. Scala, 2003, p. 168 à 173

Le richissime prince Adam Jerzy Czartoryski, fils du prince Adam Kazimierz Czartoryski, chef d'une des premières familles polonaises, dut quitter la Pologne après l’insurrection de novembre 1830 au tout début de la Grande Émigration polonaise ; il mourut à Montfermeil en 1861, à l’âge de 90 ans.

Une des occupantes de l'hôtel fut Marguerite d'Orléans, fille aînée du duc de Nemours, par son mariage le 15 janvier 1872, avec le prince Wladyslawv (Ladislas) Czartoryski, veuf et propriétaire, entre autres immenses biens, du palais familial de Cracovie, devenu un des plus riches musées européens.

Le prince Adam donna à l’hôtel Lambert des fêtes somptueuses et l’hôtel devint un foyer culturel polonais où l’on y rencontrait George Sand et Frédéric Chopin, Delacroix, Zygmunt Krasiński, Alphonse de Lamartine, Honoré de Balzac, Hector Berlioz, Franz Liszt, et le poète Adam Mickiewicz.

C’est pour le grand bal annuel que Chopin composa nombre de ses polonaises et lors de celui du Carnaval de 1846 - où se pressèrent 3500 personnes, dit-elle - que George Sand amena sa fille Solange Dudevant et sa petite cousine et protégée Augustine Brault, qui furent « fort jolies et très remarquées », entre autres peut-être par son futur gendre, le sculpteur Clesinger.

Patriote polonais, le prince Czartoryski participa activement à maintenir vivante la « question polonaise » dans les chancelleries européennes. Le « Parti de l’Hôtel Lambert » rassembla ainsi la fraction libéral-aristocratique de l’émigration polonaise. Czartoryski créa de nombreuses institutions, telles que la Librairie Polonaise, la Société Historique de Pologne, un institut pour les jeunes filles polonaises et une école pour les jeunes gens polonais.

En 1862 l’hôtel est classé monument historique[4].

C'est ainsi que l’hôtel Lambert devint le plus grand centre politique, culturel et social polonais hors de Pologne. La Bibliothèque polonaise existe encore au no 6 du quai d’Orléans, dans l’île Saint-Louis.

Aux XXe et XXIe siècles[modifier | modifier le code]

Dans les années d’après-guerre, il fut habité par le milliardaire chilien Arturo Lopez-Willshaw, dit « le roi du guano » et son intime Alexis de Redé, ami de Guy et de Marie-Hélène de Rothschild, qui acquirent l'hôtel en 1975 en y maintenant ce fastueux locataire ; c'est alors que maintes pièces de la célèbre dynastie de collectionneurs d'art, dont le portrait de leur ancêtre Betty, épouse du baron James, par Ingres (1848) vinrent orner l'hôtel. Les combles furent habités notamment par la comédienne Michèle Morgan.

Après la mort de Guy de Rothschild (2007), l'hôtel fut revendu par son fils au frère de l’émir du Qatar (2007), Abdallah Bin Khalifa-Al-Thani, qui souhaitait le moderniser (ascenseurs, climatisation, garage creusé sous le jardin).

De nombreuses personnalités[5] se sont opposées à ces transformations qui mettent en danger l'édifice[6]. Trois recours — dont l’un gracieux auprès du ministre de la Culture —, en vue d’obtenir la suspension, l’annulation et le retrait de la décision du 11 juin 2009 autorisant les travaux à l’hôtel Lambert sont portés par l’association Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique, notamment en la personne de Jean-François Cabestan (architecte du patrimoine et maître de conférences à Paris I)[7] amènent le juge des référés à suspendre le permis de construire, le 15 septembre 2009, dans l’attente de jugement au fond[8]. Le 22 janvier 2010, le ministère de la Culture annonce la signature d'un accord amiable entre le propriétaire et l’association Sauvegarde et mise en valeur du Paris historique, représentée par son président Pierre Housieaux[9].

Après l'incendie du 10 juillet 2013.

Un important incendie se déclare dans la nuit du 9 au 10 juillet 2013[10], faisant de nombreux dégâts notamment dans les derniers étages et le toit, qui s'est effondré sur le cabinet des bains peint par Eustache Le Sueur[11],[12].

Description[modifier | modifier le code]

Le bâtiment se compose d'un rez-de-chaussée consacré aux communs, et de deux étages d'habitation, le tout autour d'une cour. Le premier étage comporte une suite de réceptions et le second les appartements[13].

La Galerie d'Hercule a un plafond peint par Charles Le Brun, vers 1650. Les bas-reliefs sont de Gérard Van Opstal.

Hôtel Le Vau[modifier | modifier le code]

Les deux hôtels et le quai d’Anjou vus depuis la Seine, première moitié du XXe siècle, photographie de Pierre Dubard (?).

Au no 3 du quai d’Anjou se situe l’hôtel du XVIIe siècle construit par Le Vau pour lui-même car il avait épousé la fille d’un notaire propriétaire du terrain voisin à celui de l’hôtel Lambert, dont la façade en est la continuation. Ses quatre premiers enfants naquirent ici, sa mère y mourut. Il habita cet hôtel de 1642 à 1650, alors qu’il travaillait à l’hôtel Lambert.

À la suite de sa disparition en 1670, sa maison devint la propriété de la famille de La Haye, déjà propriétaire de l’hôtel Lambert, qui réunit ainsi les deux bâtiments.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Hôtel de Vins qui porte le nom de son ancien propriétaire, le marquis de Vins d'Agoult de Montauban. Aujourd'hui Hôtel Dupin, au no 68 rue Jean-Jacques-Rousseau dans le 1er arrondissement de Paris.
  2. Jean-Jacques Rousseau se présente à Madame Dupin sur recommandation, seulement au mois de mars 1743, à son Hôtel particulier de la rue Plâtrière à Paris.
  3. Minutier central des notaires de Paris, étude LXXXVIII - liasse 856.
  4. « Notice no PA00086295 », base Mérimée, ministère français de la Culture.
  5. Liste des personnalités parmi les 7450 signataires de la pétition, site de l’association Sauvegarde et Mise en valeur du Paris historique
  6. (en) Steven Erlanger et Maïa de la Baume, « A Palace Overhaul, Treading on French Heritage », dans The New York Times, 7 octobre 2009.
  7. Jean-François Cabestan, art. « L’affaire Lambert » paru dans AMC Moniteur en février 2009, ici reproduit.
  8. L’ordonnance de référé est rendue par le tribunal administratif le 15 septembre 2009. Cf. l’extrait de l'ordonnance du tribunal administratif de Paris, sur le site Paris historique.
  9. « Hôtel Lambert : enfin un accord », sur lemoniteur.fr,‎ 22 janvier 2010 (consulté le 23 janvier 2010) : « Un protocole d'accord pour la restauration de l'hôtel Lambert à Paris a été signé vendredi 22 janvier entre son propriétaire, un prince du Qatar, et l'association Paris historique, a annoncé le ministère de la Culture dans un communiqué. ».
  10. Important incendie à l'hôtel Lambert à Paris, le Monde, 10 juillet 2013
  11. AFP, « Hôtel Lambert: dommages irréversibles », Le Figaro, mis en ligne le 10 juillet 2013, consulté le 10 juillet 2013.
  12. Didier Rykner, Nombreuses questions autour de l’incendie de l’hôtel Lambert, dans La Tribune de l'art, mis en ligne le 25 juillet 2013, consulté le 13 octobre 2013.
  13. Cojannot A, L'hôtel Lambert : un chef-d'œuvre de Louis le Vau, Dossier de l'art no 189, octobre 2011, p. 16-17