Catherine II de Russie

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Catherine II
Catherine II la Grande dans les années 1780.
Catherine II la Grande dans les années 1780.
Titre
Impératrice de Russie
28 juin 176217 novembre 1796
(&&&&&&&&&&01256134 ans, 4 mois et 19 jours)
Couronnement 12 septembre 1762
Prédécesseur Pierre III
Successeur Paul Ier
Impératrice consort de Russie
5 janvier 176217 juillet 1762
(&&&&&&&&&&&&01936 mois et 12 jours)
Prédécesseur Marfa Samuilovna Skavronskaya
Successeur Maria Feodorovna
Biographie
Dynastie Maison Romanov
Nom de naissance Sophie-Frédérique-Augusta d'Anhalt-Zerbst
Date de naissance 2 mai 1729
Lieu de naissance Stettin (Prusse, Saint-Empire romain germanique)
Date de décès 17 novembre 1796 (à 67 ans)
Lieu de décès Saint-Pétersbourg (Russie)
Sépulture Cathédrale Pierre-et-Paul à Saint-Pétersbourg
Père Christian-Auguste d'Anhalt-Zerbst
Mère Jeanne-Élisabeth de Holstein-Gottorp
Conjoint Pierre III de Russie
Enfant(s) Paul Ier de Russie

Signature

Catherine II de Russie
Monarques de Russie

Catherine II (en russe : Екатерина II), née Sophie-Frédérique-Augusta d'Anhalt-Zerbst (en russe : София Фредерика Августа Цербст-Ангальтская) le 2 mai 1729 à Stettin en Poméranie et morte le 17 novembre 1796 à Saint-Pétersbourg, surnommée « Figchen », puis la « Grande Catherine », est impératrice et autocrate de toutes les Russies du 28 juin 1762 à sa mort.

Enfance et éducation[modifier | modifier le code]

La future Catherine II, née Sophie-Frédérique-Augusta d’Anhalt-Zerbst le 2 mai 1729 (21 avril dans le calendrier julien), est l’aînée des enfants de Christian-Auguste d'Anhalt-Zerbst et de son épouse Jeanne-Élisabeth de Holstein-Gottorp. Lors de sa naissance, ses parents déplorent qu’elle ne soit pas un garçon et c’est peut-être de là que découle sa volonté de prouver qu'elle vaut autant qu'un homme, dans cette époque qui considérait que le sexe déterminait la valeur.

De son éducation protestante, austère, rigide, entourée de peu d’affection, une femme demeure en la personne d'une huguenote française, Babette Cardel, qui dirige son éducation et lui enseigne avec la langue française, manières et grâces de la société dont elle est issue. Elle lui donne en même temps le goût de la littérature française de son époque. Sophie, très vite, se tourne vers des activités spirituelles, ainsi que vers la lecture et les études.

Introduite par sa mère dans les plus hautes cours d’Allemagne, elle se fait remarquer par son charisme. La mère de Sophie, suivant les affaires de Russie, voit le futur Pierre III bien disposé à succéder à sa tante Élisabeth Ire, et se met en tête la possibilité d’une union avec Sophie. Prenant soin d’envoyer des portraits de sa fille à la cour, ses manœuvres portent leurs fruits et, en janvier 1744, elle et sa fille sont conviées en Russie. Les intentions de l'impératrice sont claires, Sophie sera la future épouse de Pierre. Mais on peut se demander ce qui porte celle-ci à choisir cette petite princesse allemande. Son prestige est faible, et ce n’est ni l’or ni une alliance puissante qui la pousse à choisir Sophie. On peut penser sans trop d’erreur, qu’après les difficultés de succession créées par des revendications du trône de divers partis, Élisabeth est décidée à ne pas avoir de complications diplomatiques ou de revendications extravagantes. De plus, Sophie est jeune et inexpérimentée en politique : elle ne représente apparemment pas de danger pour le trône de Russie.

De son côté, Sophie, qui a alors 14 ans, comprend ce qui se joue. Loin d’être ignorante du prestige et du pouvoir qui s’attacheraient à son futur statut, elle balaye les hésitations naissantes de sa mère vis-à-vis de cette union. À leur arrivée en Russie, Sophie et sa mère sont accueillies par toute une grande procession jusqu’à Moscou. Elles rencontrent alors l'impératrice et son neveu Pierre. Dans ses Mémoires, Catherine parle de la grandeur d’Élisabeth, mais ne dit mot sur l’impression que lui laisse son futur époux.

L’ascension vers le statut de grande-duchesse se fait presque sans heurt (excepté une maladie qui la rapproche d’Élisabeth) lors de sa conversion en grande pompe à la religion orthodoxe le 28 juin 1744. Elle s’exprime clairement en russe devant un peuple qui l’adopte bientôt. À cette date, elle prend officiellement le nom de Catherine Alexeïvna.

Elle se fiance à Pierre le lendemain, devenant « grande-duchesse et altesse impériale ». Conseillée dans ses lectures par divers intellectuels de passage, elle demande le catalogue de l’Académie des sciences où elle commande Plutarque, Montesquieu et d’autres auteurs.

Le mariage[modifier | modifier le code]

Catherine a alors 15 ans. Son fiancé, longtemps éloigné d’elle par une pleurésie, revient décharné et d’un aspect qui effraye quasiment la jeune Catherine mais cela n’ébranle pas sa volonté de l'épouser. Le mariage des deux adolescents a lieu à Saint-Pétersbourg le 21 août 1745 ; il est célébré au cours d'une somptueuse cérémonie, suivie de dix jours de fête. Questionnée le lendemain sur sa nuit de noces, Catherine ne trouve rien à dire. Diverses hypothèses présentent Pierre III comme sexuellement immature, innocent, ou encore impuissant à cause d’un phimosis[réf. nécessaire], à l’inverse de Catherine autour de laquelle flottent des rumeurs sur sa sexualité précoce[1][réf. insuffisante].

Catherine, convertie à l'orthodoxie, n'eut pas un mariage heureux d'autant qu'elle prenait le parti de l'opposition et lisait Machiavel, Tacite, Voltaire et Montesquieu. Très à l'écoute des événements qui se déroulaient dans son nouveau pays, Catherine, qui possédait l'affection du peuple russe, réussit à faire détrôner son époux en 1762 avec la complicité d'officiers de la garde, dont son amant Grigori Orlov. Lors du coup d'État, l'empereur fut assassiné, probablement étranglé par Alexeï Orlov, « ce qui a fait dire à Germaine de Staël que la Russie était un despotisme tempéré par la strangulation »[2]. Son épouse régna alors sous le nom de Catherine II d'une manière exclusive.

Affaires extérieures[modifier | modifier le code]

Le ministre des Affaires étrangères Nikita Panine exerça une influence considérable. Il dépensa des sommes importantes pour créer l’accord du nord entre la Russie, la Prusse, la Pologne, la Suède et peut-être le Royaume-Uni pour contrer la ligue des Bourbon-Habsbourg. Quand il apparut que ce plan ne pouvait réussir, Panine fut limogé en 1781. En 1764, Catherine plaça Stanislas Auguste Poniatowski, qui fut son amant, sur le trône polonais. Ensuite, la Russie annexa de grandes parties de la Pologne dans les partitions de 1772, 1793 et 1795. En 1772, elle conclut avec la Prusse et l'Autriche un traité qui démembrait la Pologne et donnait à la Russie les gouvernements de Polotsket, de Moghilev, et le traité de Kutchuk-Kaïnardji, conclu en 1774 avec l'empire ottoman, lui assura plusieurs provinces méridionales et lui ouvrit la mer Noire.

Catherine fit de la Russie un pouvoir dominant au Moyen-Orient après la première guerre contre l'empire ottoman. Elle essaya de faire subir à ce dernier le même sort qu'à la Pologne, mais avec moins de succès : son projet visait in fine à rétablir un royaume grec ayant pour capitale Constantinople[3]. Elle enleva aux Turcs la Crimée et les forteresses d'Azov, de Taganrog, de Kinburn et d'Izmaïl. Elle annexa la Crimée, en 1783, neuf années après que celle-ci eut obtenu son indépendance. L'empire ottoman déclencha une seconde guerre en 1787 qui se termina en 1792 par le traité de Iassy.

Elle agit comme médiatrice pendant la guerre de succession bavaroise de 1778-79 entre la Prusse et l'Autriche. En 1780, elle monta un groupe afin de défendre les vaisseaux indépendants de la Grande-Bretagne pendant la guerre d'indépendance des États-Unis.

Entre 1788 et 1790, la Russie fut engagée dans la guerre contre la Suède dont le cousin de Catherine, Gustave III, tentait de reprendre les territoires perdus en 1720. Après la bataille de Svensksund (de nos jours Ruotsinsalmi en Finlande) des 9 et 10 juillet 1790, un traité de paix fut signé.

Elle avait ajouté 518 000 km2 au territoire de la Russie.

Politique intérieure[modifier | modifier le code]

En même temps qu'elle étendait ainsi les limites de son empire, Catherine imprimait une activité nouvelle à l'agriculture et à l'industrie, fondée sur la pensée des Lumières. Catherine fit établir un canevas pour réformer les lois. Une commission législative représentant toutes les classes, sauf les serfs, fut instituée mais dissoute avant d'être effective, sans doute freinée par l'insurrection de Pougatchev en 1773 - 1774. De cette commission, il ne reste que peu de traces. Cependant, Catherine avait rédigé un ouvrage intitulé « Instructions adressées par Sa Majesté l'impératrice de toutes les Russies établies pour travailler à l'exécution d'un projet d'un nouveau code de lois », plus connu sous le nom de « Nakaz », dans lequel sont réunies les lignes directrices de la codification.

5 kkopecks représentant l'aigle bicéphale et le monogramme de Catherine II (1791).

Catherine réorganisa l'administration provinciale, donnant au gouvernement plus de contrôle sur les zones rurales à cause des révoltes paysannes. En 1785, elle édicta une Charte de la noblesse (Жалованная грамота дворянам), qui permettait aux nobles de présenter des pétitions au monarque, qui les exonérait du service militaire et qui leur donnait beaucoup plus de pouvoirs et de droits. La même année, elle publia une Charte des villes (Городовая грамота) qui leur reconnaissait une certaine autonomie locale. Elle encouragea la colonisation de l'Alaska, des Allemands de la Volga et des territoires conquis.

Portrait de Catherine II, par Fiodor Rokotov, 1763.

La Russie était devenue le premier producteur mondial de fer, de fonte et de cuivre. Elle comptait plus de 200 usines, ateliers et manufactures. La production industrielle avait doublé, la valeur du commerce intérieur et extérieur, triplé. Les États occidentaux étaient désormais contraints d'accueillir la Russie dans le « concert européen ».

La volonté de modernisation de Catherine II se heurtait toutefois à une situation de sous-développement économique, politique et culturel de la Russie impériale. À l'heure où l'Angleterre vivait sa révolution industrielle et inventait le capitalisme et où les États-Unis ouvraient l'ère de la démocratie et des libertés individuelles, la Russie restait bloquée dans un système féodal, fondé sur la rente foncière et un véritable esclavage paysan particulièrement peu productif et un pouvoir politique autoritaire régulé par assassinats.

Si la Russie de Catherine II fut l'âge d'or de la noblesse, jamais en revanche dans l'histoire de la Russie les serfs ne se trouvèrent dans une plus grande misère. Soucieuse d'assouplir le servage, elle y renonça face à l'opposition de la noblesse et l'étendit même à l'Ukraine.

Catherine ne semblait pas vouloir admettre la situation réelle de son empire. Ainsi, on raconte (à tort, semble-t-il, bien que madame Vigée-Lebrun en parle et que le prince de Ligne les ait vus, ainsi qu'il l'écrit à la marquise de Coigny)[réf. nécessaire] que lors de ses déplacements, les gouverneurs faisaient construire de faux villages modèles peuplés de faux paysans le long des routes où elle passait, afin de lui prouver que la Russie était moderne. On a donné à ces villages le nom de villages Potemkine, du nom du grand stratège russe, amant de l'impératrice.

À la fin de sa vie Catherine put avoir la satisfaction d’avoir semé les graines de l’éducation sur son empire. Avec l’aide d’une commission, elle avait créé des hôpitaux pour enfants trouvés dans lesquels ils étaient éduqués selon un programme établi par l’impératrice. Le Corps de Cadets, élite militaire, fut réformé pour y inclure une éducation intellectuelle qui forma pendant longtemps des hommes politiques russes. En 1775, apparut la première école pour jeunes filles nobles, l’Institut Smolnyi, inspirée de celle de Madame de Maintenon. Elle mit en place un réseau d’écoles publiques primaires et secondaires dans la majorité des grandes villes de Russie. Elles relancèrent la construction d’écoles privées ajoutant au système d’éducation. Consciente de ne pouvoir élever tous les enfants de Russie, elle se concentra sur les familles nobles et roturières (excluant la campagne et les serfs). La création de bureaux d’assistance sociale fut l’instrument de la création d’écoles et de la prise en charge des enfants. De nombreuses écoles secondaires furent ouvertes dans la capitale et à Moscou. Le nombre d’élèves, de professeurs et d’écoles avait quasiment doublé du début à la fin de son règne, passant de 165 à 302 écoles ; de 394 à 718 professeurs ; de 10 230 à 18 128 garçons ; de 858 à 1178 filles[4].

Arts et culture[modifier | modifier le code]

Portrait de Catherine II de Russie par Dmitri Levitsky, années 1780.

Catherine est tout d’abord une amoureuse des livres. Elle avait une connaissance parfaite de la langue française apprise auprès de sa gouvernante. Enfant délaissée par ses parents, elle vécut une enfance solitaire qui la fit se plonger dans les livres. À son arrivée en Russie, toujours délaissée par Pierre, puis mise quasiment en quarantaine par Elisabeth Ire, elle se plongea dans tous les romans français qui lui tombaient sous la main. Un jour, elle lut une Histoire de l’Allemagne écrite en français. Elle s’aperçut que ce genre d’œuvre lui plaisait plus que la littérature romanesque. Après le passage de certains intellectuels en Russie qui la conseillèrent, elle se plongea dans les œuvres de Plutarque et de Tacite. Puis, ce fut le dictionnaire historique et critique de Pierre Bayle, une transition entre l’histoire et la philosophie. Son chemin la mène à lire De l’esprit des lois de Montesquieu, où il traite de la séparation des trois pouvoirs et d’un système aristocratique libéral. Ces conceptions, Catherine les remodèlera dans son gouvernement, ne pouvant les appliquer comme telles à la Russie de l’époque.

Dans l’objectif de développer la culture dans sa nation, elle invite constamment les philosophes français à la Cour. Mais la réputation du pays effraie et les refus s’enchaînent.

Elle se présenta comme un mécène pour les arts, la littérature et l'éducation se basant sur l’Encyclopédie de Diderot et d'Alembert. Elle réussit à convaincre le mathématicien Leonhard Euler de revenir de Berlin[5]. Voltaire, qui entretient une relation épistolaire avec l’impératrice, est un fervent défenseur de celle-ci en France. En raison de l’intérêt qu’elle porte aux réflexions des philosophes, il voit en elle un monarque éclairé et ouvert d’esprit comme devrait l’être celui de France. Mais, réaliste il ne vint jamais en Russie. Les autres correspondants de l'impératrice sont Grimm et Diderot. Melchior Grimm, correspondant de Catherine II avec plus de 430 lettres, fut aussi bien un correspondant philosophique qu’un grand confident pour elle. En France, il lui sert d’intermédiaire dans ses achats d’œuvres d’art, de livres, mais aussi de moyen de propagande en France. Il fut un fervent défenseur de la Russie en France et était entretenu par Catherine.

Quant à Diderot, elle lui rachète sa bibliothèque en 1765, la laissant à sa disposition à vie, et lui versa une pension substantielle en tant que bibliothécaire. Il voyagea auprès de Catherine II pendant 5 mois en 1773. Il venait tous les 3 jours s’entretenir avec elle pendant de longues heures. Bien que ses idées ne fussent pas applicables en Russie, elle le questionnait longuement sur ses conceptions. Il écrira à son intention, des textes où il répondait aux interrogations de l‘impératrice. À la fin de sa vie, après avoir émis des critiques sur la Russie, ses relations furent moins chaleureuses mais continuèrent toutefois[6] à sa cour. Elle acheta aussi la bibliothèque de Voltaire en 1778.

Par l'entremise de l'ambassadeur de France, le comte de Ségur, elle fit venir de Paris de nombreuses troupes de théâtre et d'opéra, dont celle de Floridor, qu'elle faisait jouer notamment dans son théâtre de l'Ermitage.

Quand Alexandre Radichtchev eut publié son Voyage de Saint-Pétersbourg à Moscou en 1790, présentant les conditions de vie déplorable des serfs, il fut pourtant exilé en Sibérie. C'est qu’entre-temps la révolution avait éclaté en France et qu'il n'était plus question pour l'impératrice de laisser les pernicieuses idées françaises envahir la Russie. Tous les empereurs russes seront désormais confrontés à ce dilemme : ouvrir la Russie à l'Occident sans perdre la « russité » et introduire des idées subversives qui menaceraient l'autocratie russe[5].

Catherine fut aussi écrivain. Elle composa tout d’abord le Nakaz ou Grande Instruction, qui présente ses vues sur la politique de la Russie, puis l’Antidote, œuvre où elle répond, en quelque sorte, au Voyage en Sibérie, critique virulente de la Russie écrite en 1768 par l’abbé Chappe d’Auteroche. Vinrent ensuite ses Mémoires, une suite de notes et de justifications sur sa politique et sa vie en général, une des sources principales de la connaissance de Catherine. Catherine II fut donc l’archétype du despote éclairé. C’était une femme de lettres, passionnée d’histoire et de philosophie. Le sujet qu’elle aborda le plus, durant ses longs entretiens avec les philosophes français, fut celui de l’éducation, problème majeur de la Russie, cause de sa non-intégration première à l’Europe. C’est donc poussée par les idées des Lumières qu’elle réforma l’éducation.

Vie privée[modifier | modifier le code]

Pour introduire la variolisation, elle montra l'exemple en se faisant inoculer la première[7].

Elle avait un fils, Paul, qu'elle aimait peu, lui préférant ses petits-fils. Il lui succéda sous le nom de Paul Ier de Russie. Les relations de Catherine avec son fils furent toujours froides et emplies de méfiance. Ne l‘ayant pas élevé, elle n‘a guère d‘affection pour cet enfant qui se réclame de Pierre III. Tout d’abord, Paul considère sa mère comme la grande responsable de la mort de son père Pierre, auquel il voue un véritable culte. Puis, il y a l’enjeu de la succession. Catherine sait que son fils pourrait être utilisé contre elle afin de la renverser . Enfin, il perçoit d’un mauvais œil l’attitude de sa mère envers ses favoris et les largesses qui leur sont accordées. Catherine, après avoir marié en 1776 son fils à une jeune princesse du Wurtemberg, leur enleva, à la manière d'Élisabeth, leurs enfants. Cela provoqua une profonde inimitié du couple envers Catherine.

Catherine était connue pour son appétit sexuel et ses nombreux amants ; Gabriel-François Doyen qui plut à son fils, se fit remettre deux royaumes et octroyer un blason, « d'azur au chef chargé de deux pals », auquel Louis XV autorise l'ajout d'une fleur de lys[réf. nécessaire]. Le premier amant de son règne fut Grigori Orlov, cette relation dura dix ans (1762-1772). Celui-ci joua toujours un rôle sentimental et politique. C’est lui qui, lors de la grande épidémie de peste de Moscou en 1771, calma la population et lutta contre l’extension de l’épidémie, assisté d’un médecin. De Grigori Orlov, Catherine II eut deux enfants naturels nés en secret : une fille Nathalie, née en 1758, adoptée par la famille Alexeev et qui épousa le Feld-maréchal de Buxhoeveden, et un fils, Alexeï Grigorievitch Bobrinski (1762-1816). Paul craignit que l'un d’entre eux ne devînt un obstacle à sa succession à sa mère. Mais, celle-ci, refusant toujours de se marier, elle ne remit pas en question la succession de son fils légitime. Cette relation, bien que longue, se termina en 1772 quand on rapporta à Catherine toutes les infidélités de son favori. Dans une période de transition, elle eut un amant, Vassiltchikov, un jeune noble qui n’avait comme simple attrait que sa beauté. L’impératrice s’en lassa vite. La relation qui suivit fut celle avec Grigori Potemkine, un officier de la Garde. Homme exubérant aimant les plaisirs de la table autant que ceux de la chair, il n’en était pas moins un grand intellectuel qui sut plaire à Catherine par ses folies, sa conversation, son humour et sa détermination. Ce favori est sûrement celui qui reçut le plus de Catherine. Elle le couvrit d’honneurs, médailles, récompenses, terres, richesses et pouvoirs. Mais jamais Catherine n’eut à le regretter : fervent serviteur de la Russie, il fut un conseiller et un homme politique de premier plan.

Tombeau de marbre blanc de l'impératrice Catherine II de Russie. Sur la droite, le tombeau de son époux l'empereur Pierre III de Russie.

C’est Potemkine lui-même qui s’éloigna du lit de Catherine. Mais il resta toujours présent dans le cœur de l’impératrice en tant qu’ami et dans sa politique en tant que conseiller. C’est lui qui s’occupa à l’avenir de fournir des amants à l’impératrice. Le seul mariage secret connu de Catherine II est celui avec Grigori Potemkine[8].

À Potemkine succédèrent de nombreux amants tous jeunes et beaux : Pierre Zavadoski de vingt ans son cadet, l’officier Simon Zoritch écarté par Zimski Kosakov, âgé de vingt ans et doté d’un corps d’Adonis, puis Lanskoï qui meurt quatre ans après le début de leurs relations, (d’un abus d’aphrodisiaque ?). Le dernier de cette longue liste fut Platon Zoubov qui sera à ses côtés à sa mort. L’attitude de Catherine envers ses amants fut toujours la même : chaque homme recevait pendant et après ses « services » des honneurs, des propriétés, des milliers de serfs, des cadeaux … Son attitude scandaleuse lui valut une réputation de débauchée (le mythe de la Chambre des Plaisirs est confirmé). S’ajouta à cela l’exaspération (voire la jalousie) de son fils devant la largesse de sa mère pour ses favoris, en comparaison de la faible affection et des médiocres cadeaux qu’il recevait. Dans cette vie tumultueuse, elle sut pourtant faire la part entre les hommes et le pouvoir. Jamais elle ne leur accorda une parcelle de pouvoir qui pût diminuer le sien. Grande intellectuelle, elle avait une idée bien définie de son pouvoir[1]. Catherine II ayant admis le bouddhisme parmi les religions d'État, tous les chefs d'État russes sont considérés par les bouddhistes du pays comme les réincarnations des précédents[9].

Mort[modifier | modifier le code]

Au matin du 17 novembre 1796, Catherine II s'effondre dans sa garde-robe. On l'étend sur un matelas où elle agonise pendant des heures, à même le sol. Elle s'éteint à 67 ans, après avoir régné plus de trente ans sur la Russie.

La tsarine avait prévu de déshériter son fils et de laisser directement à son petit-fils Alexandre, mais Paul fouille le bureau de sa mère, met la main sur son testament et le brûle. Devenu tsar, il décide d'ouvrir le tombeau de son père Pierre III, de couronner son squelette et d'enterrer ses parents côte à côte dans la cathédrale Pierre-et-Paul, à Saint-Pétersbourg.

La grande Catherine repose ainsi auprès de ce mari qu'elle a toujours détesté.

Publications[modifier | modifier le code]

  • On a d'elle quelques écrits, des comédies, un drame d'Oleg.
  • Correspondance avec Voltaire, Grimm, Oimin, etc.
  • Mémoires, 1859.
  • Le Nakaz, Code russe ou instructions adressées par sa majesté l'impératrice de toutes les Russies à la commission établie pour travailler à l'exécution d'un projet d'un nouveau code de lois, 3e édition, Amsterdam 1775.
  • Antidote, ou Examen du Mauvais Livre superbement imprimé intitulé : Voyage en Sibérie, fait par ordre du Roi en 1761. À Amsterdam chez Marc-Michel Rey 1771-1772. L'édition originale fut publiée en deux volumes imprimés à Saint-Pétersbourg en 1770-1771. Quelques pages peu favorables à la Russie de Jean Chappe dans son Voyage en Sibérie lui attirèrent surtout une vive critique sous la forme d'un ouvrage rédigé et publié anonymement par Catherine II de Russie et le comte Ivan Chouvalov, la jeune impératrice répondant à ce qu'elle considéra comme une attaque de son pays en reprenant chapitre par chapitre le livre de l'abbé pour le réfuter. Cette attribution fut combattue par Anguis qui « donne pour collaborateur à la comtesse Daschkof le sculpteur Falconet. »

Catherine II dans les arts et les lettres[modifier | modifier le code]

Distinctions[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. a et b Hélène Carrère d’Encausse, Catherine II, Fayard, 2002.
  2. Chantal Grell, Arnaud Ramière de Fortanier, L'éducation des jeunes filles nobles en Europe : XVIIe ‑ XVIIIe siècle, [lire en ligne], p. 157
  3. Georges Florovsky, Les Voies de la théologie russe, Paris, 1937, trad. et notes de J.C. Roberti, Paris, Desclée de Brouwer, 1991, p. 150.
  4. Jean-Paul Scot, La Russie de Pierre le Grand à nos jours, Armand Colin, Paris 2000.
  5. a et b Marie-Pierre Rey, Le dilemme russe : La Russie et l’Europe occidentale d’Ivan le Terrible à Boris Eltsine, Flammarion,‎ 2002, 354 p. (ISBN 2082100987)
  6. Isabel de Madariaga, La Russie au temps de la Grande Catherine, Fayard, Londres 1987.
  7. Voir Catriona Seth, Les Rois aussi en mouraient. Les Lumières en lutte contre la petite vérole, Paris, Desjonquères, 2008.
  8. Henri Troyat, Catherine La Grande, 1977 ; Paul Mourousi, Catherine de Russie, 1986.
  9. Nezavissimaïa Gazeta, « Medvedev le réincarné et le lama miraculé », Courrier international,‎ 27 août 2009 (ISSN 1768-3076, lire en ligne).

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

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