Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci

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Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci
Auteur Sigmund Freud
Genre Psychanalyse
Version originale
Langue Allemand
Titre Eine Kindheitserinnerung des Leonardo da Vinci
Éditeur Franz Deuticke[1]
Lieu de parution Vienne
Pays d'origine Drapeau de l'Autriche Autriche
Date de parution 1910
Version française
Traducteur Marie Bonaparte (première traduction)
Date de parution 1927
Lieu de parution Paris

Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci est un ouvrage de Sigmund Freud dont le titre original est Eine Kindheitserinnerung des Leonardo da Vinci.

Il paraît pour la première fois en 1910 à Leipzig et Vienne au Deuticke Verlag (de) dans le 7e Cahier des « Écrits de psychologie appliquée » édités par Franz Deuticke.

Le livre de Freud[modifier | modifier le code]

Freud, dans cet essai, s'efforce d'explorer l'inconscient de Léonard de Vinci, en mettant en relation son destin pulsionnel, sa créativité d'artiste et les empêchements de l'expression de celle-ci, notamment du point de vue de l'inachèvement des œuvres d'art dont il était coutumier, et sa vie amoureuse.

Histoire du livre[modifier | modifier le code]

Freud commence de s'intéresser à Léonard de Vinci dès 1898 (Lettre à Fliess du 9 octobre 1898). Dix ans plus tard, à son retour d'Amérique, il fera part à Carl Gustav Jung de sa « découverte » sur la problématique de « ce génie de la Renaissance » (Lettre à C. G. Jung du 17 octobre 1909), et se mettra à la rédaction de son livre sans plus attendre[2]. Il est plus particulièrement influencé par la lecture du roman historique sur Léonard de Dimitri Merejkovski dont la traduction en allemand est parue en 1903[3].

Freud fonde son analyse sur le tableau de la Sainte Anne en tierce du Louvre, La Vierge, l'Enfant Jésus et sainte Anne, non sans faire certains ajouts importants ultérieurement à son livre, dont en 1919, la discussion sur l'interprétation de Oskar Pfister du « vautour » en « image-devinette inconsciente »[4], et celui en 1923 de la comparaison avec le fameux « Carton de Londres », La Vierge, l'Enfant Jésus avec sainte Anne et saint Jean-Baptiste de la National Gallery[5].

Traductions en français[modifier | modifier le code]

La 1re traduction en français est de Marie Bonaparte en 1927 aux éditions Gallimard. Une traduction par J. Altounian, O. et A. Bourguignon, P. Cotet et A. Rauzy suivra chez Gallimard en 1987, reprise en 1991 en édition bilingue Folio, puis, avec les mêmes traducteurs, dans les Œuvres complètes de Freud-Psychanalyse, volume X, aux P.U.F. en 1993.

Plan du livre (chez Gallimard) et description des chapitres[modifier | modifier le code]

  1. L'attrait des oiseaux, préface par Jean-Bertrand Pontalis
  2. Note liminaire
  3. Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci
    1. Chapitre I: Freud y traite de l'opposition pulsionnelle chez Léonard entre la recherche scientifique et l'œuvre créée du peintre par rapport aux « trois destins de l'investigation sexuelle infantile: inhibition, obsessionnalisation, sublimation »[6]
    2. Chapitre II: C'est dans ce chapitre que se trouve l'interprétation freudienne fantasmatique du « vautour » reliée à la mythologie avec l'erreur de traduction contenue (un « vautour » au lieu d'un « milan »).
    3. Chapitre III: Selon Freud, le fantasme de fellation qu'exprime le souvenir d'enfance de Léonard correspond à « un type particulier d'homosexualité où le sujet s'identifie à sa mère pour s'aimer lui-même dans les jeunes gens, objet de son choix homosexuel »[7].
    4. Chapitre IV: Freud relie son analyse du « souvenir relatif à la mère »[8] à celle du sourire de La Joconde.
    5. Chapitre V: Freud voit dans « l'opposition de Léonard à son père [...] l'origine de son courage d'investigation, contre l'autorité religieuse notamment »[8].
    6. Chapitre VI: La conclusion porte sur « le travail créateur » et sur « le rôle du hasard »[8].
  4. Appendice : deux notices par Jean-Pierre Maïdani-Gérard
    I. Sur le thème iconographique de Santa Anna Metterza
    II. Le contexte du « souvenir d'enfance » d'après les manuscrits originaux
  5. Bibliographie
  6. Index

La « fantaisie du vautour » de Léonard[modifier | modifier le code]

Freud trouve l'élément qu'il cherchait dans les Carnets de Léonard de Vinci où celui-ci manifeste son intérêt pour le vol des oiseaux qu'il associe à un premier souvenir d'enfance[9] :

« Il semble qu'il m'était déjà assigné auparavant de m'intéresser aussi fondamentalement au vautour, car il me vient à l'esprit comme tout premier souvenir qu'étant encore au berceau, un vautour est descendu jusqu'à moi, m'a ouvert la bouche de sa queue et, à plusieurs reprises, a heurté mes lèvres de cette même queue. »

Freud « décide alors de soumettre cette "fantaisie du vautour chez Léonard" à une écoute psychanalytique »[10].

Vautour ou milan?[modifier | modifier le code]

Il est possible que Freud ait été victime d'une erreur de traduction, que signale un spécialiste de la Renaissance italienne au Burlington Magazine for Connoisseurs[11] dès 1923: l'oiseau dont Léonard de Vinci parlait n'était pas un vautour mais un milan (nibbio en italien).

Roudinesco et Plon rapportent l'observation de Jean-Bertrand Pontalis dans sa préface : « Il aura fallu surtout que le grand historien de l'art Meyer Schapiro publie son étude "Leonardo and Freud"[12] pour que la communauté psychanalytique s'émeuve »[13].

L'interprétation freudienne[modifier | modifier le code]

Or Freud, fait un long développement sur la figure maternelle associée au vautour comme dans le mythe égyptien de Mout (proche de Mutter, « mère » en allemand). D'après Roudinesco et Plon, l'interprétation de Freud est la suivante : « Vinci était devenu sexuellement inactif ou homosexuel après avoir converti sa sexualité inachevée (infantile) en une pulsion de savoir »[14].

Lectures et analyses critiques[modifier | modifier le code]

Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci de Freud n'a pas fini de susciter critiques et interprétations d'autres auteurs commentant l'interprétation freudienne ou cherchant à en poursuivre l'analyse.

Quelques exemples (années 1980 sq):

  • En se recommandant de « la relecture de Freud en France » par « fragments romanesques à déconstruire pour le plaisir d'une exégèse imitant le processus freudien », l'universitaire américain Tom Conley (philologist) (en) « glisse » sur le thème de fellatio et coda en associant par allitération ou assonance le Geier (vautour) freudien à « l'analogue presque spéculaire, Glied » (en allemand) pour le « membre » viril[15].
  • Par son ouvrage très documenté, Jean-Pierre Maïdani Gérard prend en considération quant à lui « le fantasmatique » de l'interprétation psychanalytique freudienne du « vautour » pour le « milan » (nibbio) en l'étayant « sur le respect de l'historique »[16].
  • Dans la perspective de sa revue Terres de femmes, Angèle Paoli relie l'interprétation d'un Freud qui, au travers de son étude sur l'homosexualité de Léonard, retrouve ses « propres perspectives théoriques », à l'importance qu'elle souligne des figures féminines dans le tableau du Louvre de la Sainte Anne en tierce [17].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Document utilisé pour la rédaction de l’article : document utilisé comme source pour la rédaction de cet article.

  • OCF.P, X, Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (1910), Paris, PUF, 1993, p. 79-164 (ISBN 2 13 045767 3)
  • Élisabeth Roudinesco et Michel Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Entrée « Souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (Un) », Le livre de poche/La pochothèque, 2011, Fayard, p. 1471-1477 (ISBN 978-2-253-08854-7)
  • Dictionnaire international de la psychanalyse (Nouvelle édition mise à jour), sous la direction de Alain de Mijolla, tome II, Entrée « Souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (Un) » (auteur: Sophie de Mijolla-Mellor), Paris, Fayard/Pluriel, 2013, p. 1701-1702 (ISBN 978-2-818-50339-3)

Traductions françaises[modifier | modifier le code]

Études sur le Léonard de Freud[modifier | modifier le code]

  • Guy Rosolato, « Léonard et la psychanalyse », in Critique, 201, février 1964, p. 139-163. (cité dans la bibliographie de J.-P. Maïdani-Gérard 3 / sur Léonard et la psychanalyse « appliquée » )
  • S. Viderman, La construction de l'espace analytique, Paris, Denoël, 1970, p. 144-164 et Le céleste et le sublunaire, Paris, PUF, 1977, p. 153-169 (cité dans la bibliographie de J.-P. Maïdani-Gérard 3 / sur Léonard et la psychanalyse « appliquée » )
  • Maurice Dayan (cité dans la bibliographie de J.-P. Maïdani-Gérard 3 / sur Léonard et la psychanalyse « appliquée » ):
    • « Le fantasme et l'événement », in Psychanalyse à l'université, t. IV, no 13, Paris, PUF, décembre 1978, p. 5-58 (Critique de Viderman)
    • Dans: Inconscient et réalité, Paris, PUF, 1985.
  • André Green, Révélations de l'inachèvement, Léonard de Vinci. À propos du carton de Londres de Léonard de Vinci, Paris, Flammarion, 1992.
  • Jean-Pierre Maïdani-Gérard, Léonard de Vinci : mythologie ou théologie?, Paris, PUF, 1994 (ISBN 2-13-045529-8)
  • Roseline Bonnellier, « Traduction et psychanalyse: attention en libre/égal suspens ou la métaphore de l'Oiseau, sur le « vautour » du Léonard de Freud », Cliniques méditerranéennes, 85-2012 sur « La pensée magique », Toulouse, Érès, 2012, p. 147-162 (ISSN 0762-7491)
  • René Pommier, Freud et Léonard de Vinci. Quand un déjanté décrypte un géant, Kimé, 2014

Références[modifier | modifier le code]

  1. OCF.P X, 1993, p. 80.
  2. É. Roudinesco et M. Plon, Dictionnaire de la psychanalyse, Le livre de poche/La pochothèque, 2011, Entrée « Souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (Un) », p. 1471.
  3. OCF.P, X, p. 80 et p. 97; Roudinesco et Plon, p. 1472.
  4. Voir Vautour). (p. 213)
  5. OCF.P, X, p. 141-142, en note. À titre documentaire, la reproduction des deux œuvres comparées, le tableau et le « Carton », est insérée en planches II et III entre les p. 138-139 de OCF.P, X.
  6. Sophie de Mijolla-Mellor, entrée « Souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (Un) » dans le Dictionnaire international de la psychanalyse (Nouvelle édition mise à jour), sous la direction de Alain de Mijolla, Paris, Fayard/Pluriel, 2013, p. 1701-1702 (ISBN 978-2-818-50339-3).
  7. S. de Mijolla-Mellor dans Dictionnaire international de la psychanalyse, p. 1702
  8. a, b et c S. de Mijolla-Mellor, Dictionnaire international de la psychanalyse, p. 1702.
  9. Cité par Roudinesco et Plon, à « Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci », p. 1472.
  10. Roudinesco et Plon, p. 1472.
  11. Eric Mac Lagan, dans le Burlington Magazine for Connoisseurs, no 42, 1923, p. 54-57
  12. Meyer Schapiro, « Leonardo and Freud : an art-historical study » (Journal of the History of Ideas, no 17, 1956, p. 147-178)
  13. Roudinesco et Plon, p. 1474.
  14. Roudinesco et Plon, « Souvenir d'enfance de Léonard de Vinci (Un) », p. 1471.
  15. Conley Tom, « Les abords d'une lettre : lecture d'Un souvenir d'enfance de Leonardo da Vinci », Littérature, no 43 « Fantasmes, fiction »,‎ , p. 3 - 16 (DOI 10.3406/litt.1981.1345, lire en ligne)
  16. J.-P. Maïdani-Gérard, Léonard de Vinci — Mythologie ou théologie? , p. 10.
  17. Angèle Paoli, « 10 juin 1910, Un souvenir d'enfance de Léonard de Vinci », dans Terres de femmes (revue), Sur le livre de Freud

Lien externe[modifier | modifier le code]