Janine Altounian

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Sauter à la navigation Sauter à la recherche
Janine Altounian
Description de cette image, également commentée ci-après
Janine Altounian
Naissance (84 ans)
Paris
Activité principale
Essayiste
Traductrice de Freud
Auteur
Langue d’écriture Français
Mouvement Psychanalyse

Œuvres principales

  • De la cure à l’écriture. L’élaboration d'un héritage traumatique (2012)
  • L'écriture de Freud (2003)

Janine Altounian est née le à Paris. Elle est essayiste et traductrice, elle a notamment été responsable de l’harmonisation dans l’équipe éditoriale des Œuvres complètes de Freud / Psychanalyse publiées aux Presses universitaires de France.

Parcours[modifier | modifier le code]

Janine Altounian est née à Paris, dans une famille d'origine arménienne. Ses parents, rescapés du génocide arménien, sont arrivés en France en 1919. Elle témoigne dans de nombreux ouvrages, articles et conférences de son rapport à son histoire personnelle et familiale, configurée par ce génocide de 1915, perpétré sous le gouvernement des Jeunes-Turcs, dans l’empire ottoman.

Elle s'est continuellement engagée dans le témoignage d’un tel héritage avec une écriture particulière d'« analysante »[cit 1]. Elle est un des membres fondateurs de l'Association internationale de recherche sur les crimes contre l'humanité et les génocides (Aircrige), en 1997.

Janine Altounian est germaniste et traductrice de Freud, dès 1970, collaborant à l'édition des œuvres complètes de Freud aux Puf, qu'a dirigée Jean Laplanche.

Survivance, traumatisme et transmission intergénérationnelle[modifier | modifier le code]

Janine Altounian a investigué, dans une perspective psychanalytique, des questions liées au traumatique dans la transmission transgénérationnelle, en lien avec son expérience de descendante d'une famille de survivants à un crime de masse. La traduction et l'édition critique du journal rédigé par son père, Vahram Altounian, en 1920-1921, pour témoigner de ce qu’il a vécu de 1915 à 1919, est à replacer dans cette perspective.

Autour de cette publication, Janine Altounian mène une réflexion sur la possibilité, pour la deuxième ou troisième génération d'héritiers de survivants d'un massacre de masse, d'en élaborer la transmission traumatique. Elle fait pour cela référence aux théorisations freudiennes.

Le récit de Vahram Altounian et sa traduction[modifier | modifier le code]

Bursa vers 1890/1905

Vahram Altounian est né le à Boursa, ville du nord-ouest de la Turquie d'Asie, à 240 kilomètres de Constantinople, capitale de l'empire ottoman. Son père, épicier, cultivait des champs de roses dont il extrayait l’huile de rose. Ses deux frères aînés vivent déjà en France au moment du génocide, lorsque Vahram, ses parents et son plus jeune frère, sont victimes des déportations et des exterminations de masse qui visaient la population arménienne de l'empire ottoman, entre 1915 et 1916. Le [2], Vahram et sa famille sont contraints à une déportation à travers le désert anatolien, jusqu'en Syrie, au cours de laquelle son père est assassiné. Alors qu'il a trouvé refuge en France, à Lyon, Vahram met par écrit ces événements, en août 1920, dans une perspective de témoignage[3]. Son récit en langue turque transcrite en alphabet arménien, est intitulé Tout ce que j'ai enduré de 1915 à 1919, et occupe 34 pages d'un cahier reproduit en fac-similé dans l'édition critique de 2009.

C'est en 1978, après la mort de son père, que Janine Altounian apprend par sa mère l'existence de ce journal, et décide de le faire traduire[4]. La traduction, réalisée par Krikor Beledian, écrivain et professeur à l'Institut national des langues et civilisations orientales de Paris, est achevée en 1980.

L'édition du journal de Vahram Alounian et autres écrits[modifier | modifier le code]

Plusieurs textes de Janine Altounian sur son héritage de survivants arméniens ont été publiés par la revue Les Temps modernes, à partir de 1975. J. Altounian a sollicité Simone de Beauvoir[5] pour que la revue publie son premier texte « Comment peut-on être Arménien ? »[6], en juin 1975. « Une Arménienne à l'école » paraît en 1977[7] et « À la recherche d'une relation au père, soixante ans après un génocide » en 1978[8].

Le Journal de Vahram est ainsi le quatrième texte publié par les Temps Modernes, en 1982, avec une postface et des notes explicatives[9]. Le regroupement de ces articles des Temps modernes a donné lieu au premier livre de Janine Altounian, «Ouvrez-moi seulement les chemins d’Arménie». Un génocide aux déserts de l’inconscient, en 1990. Cet ouvrage, préfacé par René Kaës, avec les lectures analytiques de livres qu’elle y propose, attire l’attention aussi bien des psychanalystes travaillant sur l’héritage traumatique que des comparatistes étudiant la littérature des catastrophes historiques, Régine Waintrater, Jean-François Chiantaretto, ou Catherine Coquio. En 2009 paraît l'ouvrage collectif, Mémoire du génocide arménien, « co-signé par une vivante et un mort, Janine Altounian et son père Vahram Altounian »[10].

La collaboration à l'édition des Œuvres complètes de Freud (PUF)[modifier | modifier le code]

Équipe éditoriale des Œuvres complètes, au centre, Janine Altounian

En 1970, Janine Altounian, germaniste de formation, devient traductrice de Freud, en rejoignant l’équipe éditoriale dont Jean Laplanche est le directeur scientifique[11]. À partir de 1983, le projet de traduction intégrale, aux PUF, des Œuvres complètes de Freud est engagé, le premier volume, numéroté XIII, paraît en 1989 et le vingtième et dernier volume de textes, numéroté I, est paru en septembre 2015[12], tandis qu'un volume XXI d'index paraîtra ultérieurement[13].

Équipe éditoriale, chez Jean Laplanche

Dans cette entreprise, qui a réuni André Bourguignon, Pierre Cotet, François Robert et Alain Rauzy, Janine Altounian est plus spécifiquement chargée de « l'harmonisation des traductions »[14], travail qu’en compagnie de Pierre Cotet, elle poursuit par vidéoconférence avec Jean Laplanche, à partir du moment où l’état de santé de celui-ci ne lui permettait plus de venir à Paris, et cela jusqu’à son décès en 2012[15]. Elle publie, en 2003, l'ouvrage, L'écriture de Freud, où elle étudie la langue de cet auteur et les problèmes spécifiques que pose la traduction d’une écriture qui exprime la pensée de phénomènes et processus inconscients.

Publications[modifier | modifier le code]

Une bibliographie plus complète est disponible sur le site officiel.

Ouvrages (sélection)[modifier | modifier le code]

  • « Ouvrez-moi seulement les chemins d'Arménie ». Un génocide aux déserts de l'inconscient, préface de René Kaës, coll. « Confluents psychanalytiques », Paris, Les Belles Lettres, 1990 (2e éd. 2003).
  • La survivance. Traduire le trauma collectif, préface de Pierre Fédida, postface de René Kaës, coll. « Inconscient et culture », Paris, Dunod, 2000.
  • L'écriture de Freud, coll. « Bibliothèque de psychanalyse », Paris, Puf, 2003.
  • L'Intraduisible. Deuil, mémoire, transmission, coll. « Psychismes », Paris, Dunod, 2005.
  • Mémoires du génocide arménien. Héritage traumatique et travail analytique, Vahram et Janine Altounian, avec les contributions de K. Beledian, J.F. Chiantaretto, M. Fraire, Y. Gampel, R. Kaës, R. Waintrater, Paris, Puf, 2009, 208 p. lire en ligne.
  • De la cure à l'écriture : L'élaboration d'un héritage traumatique, Paris, Puf, (présentation en ligne)
  • (it) Ricordare per Dimenticare. Il genocidio armeno nel diario di un padre e nella memoria di una figlia, Janine e Vahram Altounian, con un saggio di Manuela Fraire, Donzelli Editore, Saggine/107, 2007.
  • (tr) Geri Dönüşü Yok. Bir Babanın Güncesinde ve Kızının Belleğinde Ermeni Soykırımı (Sans retour possible. Le génocide des Arméniens dans le journal d’un père et la mémoire de sa fille), Vahram ve Janine Altounian, avec des contributions de Janine Altounian, Krikor Beledian, René Kaës et Régine Waintrater, Istanbul, éditions Aras Yayincilik, 2015.

Chapitres d'ouvrages et articles[modifier | modifier le code]

  • « Traduire Freud ? III – Singularité d’une écriture », Revue française de psychanalyse, 47, 1983/6, p. 1297-1327.
  • « Passion et oubli d'une mémoire collective mise au travail dans la cure et l'écriture. Témoignage d'une analysante, héritière du génocide arménien », Revue française de psychanalyse, 2001/1, p. 9-21, [lire en ligne].
  • « La littérature comme sauvetage de la figure du père », in J. André & C. Chabert (dir.), L'oubli du père, coll. « Petite bibliothèque de psychanalyse », Paris, Puf, 2004.
  • « Traduire d’une langue à l’autre ou d’une absence de langue à ce qui s’y entend », in K. Nassikas, E. Prak-Derrington, C. Rossi, Fabriques de la langue, coll. « Le fil rouge », Paris, Puf, 2012.
  • « Dégagement, au cours de la cure et par l’écriture, des pulsions de vie enfouies dans un héritage traumatique », p. 53-74, Le Langage malgré tout, Annuel de l’APF, Puf, 2014, (ISBN 978-2-13-062521-6)
  • « Après-propos », in J.-F. Chiantaretto (dir.) Écriture de soi, écriture des limites, p. 423-433, Paris, Hermann, 2014.

Entretiens[modifier | modifier le code]

  • Luba Jurgenson & Philippe Mesnard, « Janine Altounian », Témoigner entre Histoire et mémoire (Revue internationale de la fondation Auschwitz), no 119, 2014/3, p. 50-59.
  • Marie Rose Moro & Marion Géry, « Ce pays qui aurait pu être le mien. Entretien avec Janine Altounian », L'Autre, vol. 18, no 3,‎ , p. 369-378 (ISSN 1626-5378, lire en ligne).

Émissions et conférences[modifier | modifier le code]

  • Semaine Freud : Janine Altounian, traductrice, essayiste, « For intérieur », émission d'Olivier Germain-Thomas, France Culture, 29.01.2010, interview en ligne.
  • Freud, une langue de rêve, Janine Altounian 15.03.04, Conférences de Psychiatrie française, en ligne.
  • Œuvres complètes de Freud (Puf), traduction du volume no 5, émission de François Noudelmann (9 min), 14.11.2012, en ligne.
  • Cérémonie d’achèvement de la traduction des OCF/P, Paris, 4.11.2015, en ligne, 69 min, avec Christophe Dejours, Monique Labrune, Alain Rauzy, Pierre Cotet, Janine Altounian notamment.
  • « Ma rencontre avec Krikor Beledian, détenteur et traducteur d’une culture perdue », colloque international sur Krikor Beledian et la littérature moderne arménienne, Paris, INALCO, 17-18 septembre 2015[16].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean-François Chiantaretto, « Écriture de soi, traduction et héritage traumatique : Janine Altounian », p. 47-61, in Trouver en soi la force d'exister, Paris, Campagne Première, 2011. (ISBN 978-2-9157-8976-8)
  • Chantal Artinian, « “La survivance, traduire le trauma collectif” de Janine Altounian », p. 893-900, Revue française de psychanalyse, 2001/3, vol. 65, Article en ligne.
  • David Benhaïm, « Nathalie Zaltzman, lectrice de Janine Altounian. Trauma et traduction », Cliniques méditerranéennes, 86, 2012/2, p. 141-154.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Mon écriture ne se référait pas à l’expérience clinique d’une psychanalyste mais à celle d’une analysante cherchant à traduire ce qui du silence des survivants aux meurtres de masse se transmettait à leurs enfants. [...] convergence d’un parcours où se sont conjugués, chez moi, deux formes de pratiques langagières habituellement étrangères l’une à l’autre : l’écriture d’une analysante et la traduction de Freud depuis 1970[1]

Références[modifier | modifier le code]

  1. De la cure à l’écriture, 2012, p. 10
  2. Cette date, donnée dans le calendrier julien correspond au 23 août dans le calendrier grégorien. Cf. note p. 13, Mémoires du génocide arménien.
  3. Krikor Beledian, Traduire un témoignage écrit dans la langue des autres, in Mémoires du génocide arménien, notamment p. 99-103.
  4. Mémoires du génocide arménien, p. 120.
  5. Lettre à Simone de Beauvoir, 25 juin 1975, publiée dans l'ouvrage Mémoire d'un génocide arménien, p. 119.
  6. Comment peut-on être Arménien, Les Temps modernes, no 353, décembre 1975.
  7. « Une Arménienne à l'école », Les Temps modernes, no 373-374, août-septembre 1977
  8. « À la recherche d'une relation au père, soixante ans après un génocide », Les Temps modernes, no 389, décembre 1978
  9. J. Altounian, V. Altounian, K. Beledian, Terrorisme d'un génocide, Les Temps Modernes, no 427, février 1982.
  10. Carine Trévisan, « Vahram Altounian, Janine Altounian, Mémoires du génocide arménien. Héritage traumatique et travail analytique », Questions de communication, 16/2009, consulté le 20 décembre 2014.
  11. Natalie Levisalles, « Freud traduit en justesse », Libération, 31.01.2003, consulté en ligne le 23.02.2015
  12. Cérémonie d’achèvement de la traduction des OCF/P, Paris, 4.11.2015, en ligne, 69 min, avec Christophe Dejours, Monique Labrune, Alain Rauzy, Pierre Cotet, Janine Altounian notamment.
  13. En effet, l'édition des textes freudiens ne s'est pas faite selon un ordre chronologique.
  14. Équipe des OCF-P, sur le site des PUF, consulté en ligne le 22 décembre 2014.
  15. Frédérique Roussel, « Jean Laplanche, les mots pour le traduire », Libération, 2.01.2010 [lire en ligne].
  16. Stéphane Carmenews.com, « Colloque International sur Krikor Beledian et la Littérature Moderne Arménienne », sur armenews.com, Nouvelles d'Arménie Magazine, (consulté le 14 février 2018).