Estampe

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Le mot « estampe » déjà utilisé en ancien français sous les formes « estampe, estanpe, stampe »[1] vient de l'italien stampa (impression, tirage, presse, estampe) dont l'étymologie d'origine germanique dérive de stampjan ou de stampôn (« écraser, frapper ») qui a donné stampfen en allemand (frapper du pied)[2].

Nicolas Poussin, en 1647, utilise déjà le mot au sens actuel d'image imprimée au moyen d'une planche gravée[3].

Définitions[modifier | modifier le code]

L'estampe désigne, au sens stricte, le résultat de l'impression d'une gravure[4] ; la gravure étant l'ensemble des techniques qui utilisent le creux ou l’incision pour produire une série[5] d'images ou de textes. Le principe consiste à inciser ou à creuser, à l'aide d'un outil ou d'un mordant, une matrice, généralement en bois ou en métal, qui après encrage, est imprimée sur du papier ou sur un autre support.

Aujourd'hui, on appelle aussi estampe (cf: la Fédération Nationale de l'Estampe), le tirage obtenu par des techniques de reproduction artistique plus récentes, comme la lithographie ou la sérigraphie, qui utilisent des principes différents[6].

L’estampe originale est une œuvre de création obtenue par impression d'une matrice (ou de plusieurs matrices dans le cas d'une impression polychrome) réalisée par l’artiste lui-même, ou sous son contrôle direct.

Elle se distingue de :

  • la copie (fig.1 et 2), exécutée d'après une autre gravure ;
  • l'adaptation, ou reproduction (fig. 3 et 4), exécutée d'après une œuvre d'art déjà existante[7] ;
  • l'interprétation (fig. 5), exécutée par un graveur d'après documentation (croquis, esquisse ou dessin), sur commande d'un artiste qui ne participe pas directement à l'exécution de l'estampe.


Les principaux procédés[modifier | modifier le code]

On distingue habituellement deux grandes familles d'estampes : les impressions en taille d'épargne et les impressions en taille-douce. Les outils et produits employés varient sensiblement d'une technique à l'autre[10]. L'examen attentif d'une estampe permet donc en principe de reconnaitre le procédé utilisé.

1. L'impression en relief ou taille d'épargne[modifier | modifier le code]

Elle est obtenue à partir de matrices en relief pour lesquelles les parties non imprimantes sont éliminées mécaniquement ou chimiquement. C'est la partie saillante de la planche gravée qui est encrée. Le contact avec une forte pression sur du papier, ou un autre support, produit l'estampe. Les principale techniques utilisées sont la xylographie et la linographie.

La xylographie[modifier | modifier le code]

Estampe obtenue par le procédé de la gravure sur bois. C'est la technique la plus ancienne ; elle était pratiquée dès le VIIe siècle en Chine. En Europe, l'estampe datée la plus ancienne est conservée à la John Rylands Library de Manchester. Il s'agit d'une xylographie anonyme colorée à la main datée de 1423 représentant saint Christophe (fig. 6).

  • Sur bois de fil

La gravure sur bois de fil est réalisée sur une planche de bois découpée dans un tronc d'arbre pris dans le sens longitudinal, celui des fibres.

  • Sur bois debout

La gravure sur bois debout est réalisée sur une planche de bois découpée dans un tronc d'arbre pris dans le sens transversal, perpendiculairement aux fibres. La technique provient d'Angleterre et Elisha Kirkall (1682-1742) fut le premier à graver au burin sur bois debout[11]. Thomas Bewick[12] (1753-1828) popularisa cette technique (fig. 7).

La linogravure[modifier | modifier le code]

Dérivé de la xylographie, la linogravure, est une estampe obtenue par gravure du linoléum (fig. 8). Apparu en 1863 en Angleterre, ce matériau est d'abord utilisé pour couvrir les sols ; il est employé pour la gravure en taille d'épargne au début du XXe siècle. Matisse et Picasso ont contribué à donner à cette technique ses lettres de noblesse.

2. L'impression en creux ou taille-douce[modifier | modifier le code]

Elle est obtenue à partir de matrices entaillées mécaniquement à l'aide d'outils, ou chimiquement à l'acide. Après encrage, la matrice est essuyée afin de permettre à l'encre de se déposer dans les creux. La matrice doit ensuite être soumise à une très forte pression pour permettre à l'encre de se déposer sur le papier lors de l'impression.

La chalcographie[modifier | modifier le code]

Estampe obtenue par le procédé de la gravure sur cuivre. Les principales techniques utilisées sont la burin, la pointe-sèche, l'eau-forte et la manière noire.

  • Le burin

Le burin est la technique de gravure linéaire la plus ancienne (fig. 9). Le déplacement du burin sur la plaque métallique provoque une entaille avec soulèvement d'un copeau spiralé. Le modelé est obtenu par une série de tailles parallèles.

  • La pointe sèche

La pointe sèche (fig. 10) est un procédé de gravure linéaire ; l'outil utilisé est une aiguille d'acier très dure. Le trait obtenu à l'impression est plus fin qu'au burin.

  • L'eau-forte

L’eau-forte (fig. 11) est un procédé de taille indirecte par morsure du métal par un acide. Le vernis qui recouvre la plaque métallique est dégagé afin de permettre à l'acide d'agir. On compte de nombreux procédés dérivés comme le vernis mou (fig. 12), l'aquatinte (fig. 13) et la manière de crayon (fig. 14).

  • La manière noire

La manière noire (fig. 15) est un procédé d'impression qui permet d'obtenir des valeurs de gris sans recourir aux hachures ou aux pointillés. La plaque grainée uniformément est grattée ou polie de façon à éclaircir progressivement les zones que l'on souhaite voir émerger du fond noir.

Marques et inscriptions[modifier | modifier le code]

En terme de métier, la légende, qui peut figurer dans une estampe, portent le nom de « lettre »[21]. Celle-ci peut indiquer, le nom ou le monogramme du graveur (fig. 16), le nom de l'éditeur, le titre de l'œuvre, la date de sa réalisation, etc..

C'est vers le milieu du XVe siècle en Europe que l'on commence à utiliser des abréviations latines pour préciser sur la matrice à l'origine de l'estampe la fonction des intervenants :

Monogrammes de Corneille Metsys.png
16. Monogrammes de Corneille Metsys,
tirés de l'ouvrage de Le Blanc 1856, p. 625.
  • pinx. pour pinxit : peignit ;
  • del., delin. pour delineavit : dessina ;
  • comp. pour composuit : composa ;
  • inv., invent. pour invenit : inventa ;
  • sc., sculps. pour sculpsit : tailla ;
  • f., fe., fec. pour fecit : fabriqua.

Le nom de l'imprimeur est parfois indiqué avant la mention imp. pour impressit : imprima ; tandis que l'éditeur est parfois signalé par les abréviations e., ex., excude. pour excudebat, excudit.

Ainsi, en bas de l'estampe intitulée Patience (fig. 5) figure à gauche la mention « H. Cock excude. 1557 » (Hieronymus Cock édita 1557), à droite le monogramme du graveur Pieter van der Heyden suivi de la notation « Brueghel invent. » (Brueghel inventa).

Depuis la fin du XIXe siècle, ces indications gravées ont généralement été remplacées par des mentions manuscrites au crayon dans la marge inférieure de l'estampe, au bord de la cuvette[22]. À droite, on trouve habituellement la signature de l'artiste et la date d'impression. À gauche peut figurer une fraction qui indique le numéro d'ordre du tirage sur le nombre total d'exemplaires. On trouve parfois aussi la mention « E.A. » réservée aux tirages préliminaires appelés épreuves d'artiste. Le titre de l'œuvre peut par ailleurs apparaitre au centre, entre la fraction et la signature.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Jean E. Bersier, La gravure : Les procédés, l'histoire, Paris, Berger-Levrault,‎ , 436 p. (ISBN 2-7013-0013-4).
  • Remi Blachon, La gravure sur bois au XIXe siècle : L'âge du bois debout, Paris, Les Éditions de l'Amateur,‎ , 288 p. (ISBN 2-85917-332-3).
  • Aleš Krejča, Les techniques de la gravure : Guide des techniques et de l'histoire de la gravure d'art originale, Paris, Gründ,‎ , 200 p. (ISBN 2-7000-2125-8).
  • Charles Le Blanc, Manuel de l'amateur d'estampes, t. 2, Paris, P. Jannet,‎ , p. 625
  • Michel Melot, L'œuvre gravé de Boudin, Corot, Daubigny, Dupré, Jongkind, Millet, Théodore Rousseau, Paris, Art et Métiers du Livre Éditions,‎ , 296 p. (ISBN 2-7004-0032-1).
  • Jean-Pierre Néraudau, Dictionnaire d'histoire de l'art, Paris, PUF,‎ , 524 p. (ISBN 2-13-038584-2).
  • (ang) Walter L. Strauss (ed.), The complete engravings, etchings & drypoints of Albrecht Dürer, New York, Dover Publications,‎ , 236 p. (ISBN 0-486-22851-7).

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Cf. Frédéric Godefroy, Jean Bonnard et Amédée Salmon, Lexique de l'ancien français : publié par les soins de MM. J. Bonnard Am. Salmon, Paris et Leipzig, H. Welter,‎ , 556 p. (lire en ligne)
  2. Cf. DMF : Dictionnaire du Moyen Français, version 2012. ATILF CNRS - Université de Lorraine. Site internet : http://www.atilf.fr/dmf
  3. Cf. Émile Littré, Dictionnaire de la langue française, t. 2, Paris, Hachette,‎ 1883, p. 1502.
  4. C'est la définition classique de la gravure, donnée dans de nombreux ouvrages de référence comme le Littré. Cf. également Bersier 1963, p. 19 et Néraudau 1985, p. 201-202.
  5. L'estampe est par excellence l'art du multiple. Le monotype sort du domaine de la gravure pour rentrer dans celui des procédés picturaux. Cf. Krejča 1980, p. 192.
  6. On regroupe parfois sous le terme ambigu de « gravure à plat » les techniques, comme la lithographie, la sérigraphie, le monotype, etc., qui n'utilisent pas le relief ou les creux d'une matrice comme principe d'impression. Voir par exemple Krejča 1980, p. 139.
  7. Cf. Krejča 1980, p. 11.
  8. Estampe, 190 x 285 mm, collection particulière.
  9. Estampe, 222 × 351 mm. Exemplaire au Brooklyn Museum, New York, inv. 41.604.
  10. Pour une description des outils et des produits employés dans chaque technique, voir l'article gravure de Wikipédia.
  11. Cf. Blachon 2001, p. 13.
  12. Cf. Blachon 2001, p. 22-27.
  13. Tirée de l'ouvrage : (ang) Thomas Bewick, History of British Birds : Vol. 1 containing the history and description of land birds, Newcastel,‎ , p. 61.
  14. Cf. Strauss 1973, p. 150-151.
  15. Cf. Melot 1978, p. 120-121.
  16. Cf. Melot 1978, p. 285.
  17. Cf. Melot 1978, p. 276.
  18. Estampe n° 10 de la série des Proverbes. Cf. Krejča 1980, p. 113.
  19. Estampe d'après François Boucher, 270 x 370 mm, Université de Liège, inv. 8759.
  20. Portrait de Harriet, Lady Cunliffe, en Sophia Western dans le Tom Jones de Henry Fielding. Estampe de reproduction d'après un portrait à l'huile de Lady Cunliffe par John Hoppner, 255 x 214 mm, The British Museum, Londres, inv. 1888,0716.358.
  21. Cf. Bersier 1963, p. 72.
  22. Terme de métier désignant le léger creux laissé sur l'estampe par la presse.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Voir également :

Liens externes[modifier | modifier le code]