Tartu

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.

Tartu
Blason de Tartu
Héraldique
Drapeau de Tartu
Drapeau
Tartu
Le centre-ville commercial (haut), le centre-ville historique (milieu) et le siège de l'Université de Tartu (bas)
Administration
Pays Drapeau de l'Estonie Estonie
Comté Tartu (Préfecture)
Statut Municipalité urbaine
Maire
Mandat
Urmas Klaas (ER)
2014-
Démographie
Gentilé Tartlane (singulier), Tartlased (pluriel)
Français : Tarbatois(es)
Population 95 430 hab. (2021[1])
Densité 2 460 hab./km2
Ethnies Estoniens : 80,3 %
Russes : 15,6 %
Autres nationalités : 4,9 %
Géographie
Coordonnées 58° 22′ 44″ nord, 26° 43′ 12″ est
Altitude Min. 57,2 m
Max. 79 m
Superficie 3 880 ha = 38,8 km2
Localisation
Géolocalisation sur la carte : Estonie
Voir sur la carte administrative d'Estonie
City locator 14.svg
Tartu
Géolocalisation sur la carte : Estonie
Voir sur la carte topographique d'Estonie
City locator 14.svg
Tartu
Liens
Site web http://tartu.ee/
Fontaine des Amoureux.

Tartu (prononcer /taʁ.tu/) (anciennement connue sous les noms de Tarbatu, Youriev, Dorpat et Derpt) est une ville d'Estonie. Avec presque 100 000 habitants, Tartu est la deuxième ville d'Estonie et la principale ville de l'Estonie du Sud.

À la fois rivale et complémentaire de la capitale Tallinn, Tartu est considérée comme la capitale culturelle et intellectuelle de l'Estonie, voire des Pays baltes, abritant l’université de Tartu (créée en 1632), la plus renommée du pays.

Implantée sur les bords de la rivière Emajõgi, centre d'échange majeurs au Moyen Âge et important à l'époque des Chevaliers Porte-Glaive et de la Ligue hanséatique, la ville comporte de nombreux monuments dont l'hôtel de Ville de Tartu, les restes d'une cathédrale du XIIIe siècle ainsi que la plus importante église sculptée d'Europe du Nord : l'église Saint-Jean[2].

Principale ville de l'arrière-pays estonien occupé par des puissances étrangères à de nombreuses reprises, Tartu fut, en réponse, l'un des principaux lieux de revendications culturelles estoniennes. Depuis le XIXe siècle, son rôle dans la création de la République (drapeau Estonien issu de la Société des étudiants de l'Université de Tartu, siège du premier festival national de chant, du premier théâtre de langue estonienne, Traité de Tartu de 1920, siège du Musée national estonien, du ministère de l’Éducation et de la Cour suprême d'Estonie) lui vaut d’être considéré comme le berceau intellectuel et culturel de l'Estonie contemporaine.

Au XXIe siècle, l'attractivité économique de l'Estonie et de sa capitale Tallinn, rendue possible par le commerce maritime et l'essor des entreprises des technologies de l'information et de la communication, encourage la ville de Tartu à se distinguer par son domaine de spécialité : la science et la recherche, ainsi que les activités culturelles et touristiques.

Membre du Réseau des villes créatives UNESCO en tant que ville littéraire, elle est notamment reconnue pour sa variété et forte densité de musées (20 pour presque 100 0000 habitants, dont 12 dans le centre-ville). La vitalité de sa vie culturelle et étudiante est à l'origine de l'expression populaire Tartu vaim (en Estonien: "l'esprit de Tartu").

Ayant pour objectif de sensibiliser sa population aux enjeux du climat, de sa place en Europe et de la démocratisation de l’artisanat, Tartu est choisie pour être capitale européenne de la culture pour l’année 2024 avec le programme artistique Ellujäämise Kunstid (littéralement « les Arts de la Survie »).

Géographie[modifier | modifier le code]

Tartu se trouve à 185 km au sud-est de Tallinn, elle est la préfecture du comté de Tartu et le centre de l’Estonie du Sud. D'une superficie de 38,8 km2, la ville est traversée par la rivière Emajõgi, qui relie les deux plus grands lacs de l’Estonie et coule sur 10 km à l’intérieur des limites de la ville.

Communes limitrophes de Tartu
Tartu vald Tartu vald Tartu vald
Elva Tartu Luunja
Elva Nõo, Kambja Kastre

Noms au fil de l'histoire[modifier | modifier le code]

Au fil des siècles et des dominations, la ville a connu différents noms : du nom original Tarbatu, on la dénomma « Dorpat » sous dominations allemande de 1224 au XVIe siècle et suédoise de 1629 à 1721. Sous domination russe à partir de 1721, elle portait le nom de Юрьев (Youriev ou Jurieff), d'après Iaroslav le Sage et Дерпт (Derpt), une variante de Dorpat.

Depuis 1917 c'est le nom estonien de Tartu qui est utilisé.

Sa devise est « Heade mõtete linn », ce qui signifie en français, « La ville des bonnes idées ».

La ville porte le nom de Tērbata en letton.

On trouve aussi la variante Tartou[3].

Histoire[modifier | modifier le code]

Préhistoire et antiquité[modifier | modifier le code]

Des fouilles archéologiques ont montré l'existence d'un premier établissement permanent sur le site du Tartu actuel dès le Ve siècle de notre ère. Au VIIe siècle, les habitants avaient construit une fortification en bois sur le côté est de la colline de Toome (Toomemägi).

A cette période, l'emplacement actuel de Tartu (nommé Tarbatu) fait partie du Comté d'Ungannie (Estonien : Ugandi), l'une des provinces de l'ancienne Estonie, et est habité par des peuples autochtones de Langues fenniques. L'emplacement du fort est situé au bord de la rivière Emajõgi qui relie les deux grands lacs du Sud-Estonie : Võrstjärv et Peipsi. Il revêt une importance stratégique car la rivière est empruntée comme route commerciale. L'autre principal lieu de peuplement (depuis le VIe siècle) de l'Ungannie est alors Otepää, localité située à 40 kilomètres au Sud de l'actuelle Tartu.

A l'Est, le pays voisin de la région de Tartu, la Principauté de Kiev, fondée par des seigneurs d’d’origine scandinave est composée de divers territoires slaves fédérés, notamment les villes de Pskov (à 110 kilomètres de Tartu) et Novgorod (à 270 kilomètres).

1030-1185 : Première mention de la ville et affrontement avec les peuples de l’Est[modifier | modifier le code]

Après la mort du Prince Vladimir Ier "le grand" en 1015, une lutte fratricide s'opère entre ses fils pour la conquête du pouvoir sur l'ensemble de la Principauté de Kiev. Le Prince de Novgorod Iaroslav 1er "le sage" en sort vainqueur et devient Prince de Kiev en 1019.

En 1030, la Principauté de Kiev connait son apogée et son armée opère de nombreux raids sur les zones de peuplement à l'Ouest de leur territoire. Avec son armée, Iaroslav le Sage s'empare de l'emplacement de la future Tartu et y construit sa propre forteresse, baptisée Youriev (à partir de "Youri", saint-patron de "Iaroslav"). Les études archéologiques confirment la présence d'artefacts caractéristiques de la culture de Russie occidentale de cette période[4].

L'invasion de l'an 1030, rapporté par les chroniqueurs de la principauté de Kiev et compilé par le moine russe Nestor au sein de la Chronique des temps passés vers 1111, est la première mention de l'existence de la ville et la première mention d'une invasion du site par des peuples non-Estoniens.

31 ans plus tard, en 1061, l'emplacement est reconquis par les peuples estoniens, les chroniques mentionnent alors l'incendie de la forteresse de Youriev par une tribu Estonienne désignée sous le nom de sosols[5],[6].

Reconstruit par les autochtones, le fort, appelé sous son nom originel de Tarbatu, est toujours convoité au cours du 12e siècle par les Slaves Kiéviens (également venant de Pskov), qui tentent à plusieurs reprises de récupérer la ville, notamment en 1134. Des raids et pillages ont de nouveaux lieux à l'hiver 1191-1192.

1186-1207 : Arrivée des croisés allemands par la Lettonie[modifier | modifier le code]

Depuis plusieurs années, les chrétiens d'Europe occidentale tentent de convertir à petite échelle les peuples païens, dont font partie les peuples fenniques (Estoniens et Lives) et Baltes de Lettonie (entre autres Sémigaliens et Latgaliens). Vers 1180, le moine Meinhard de la région du Holstein (Nord de l'actuelle Allemagne, à l'époque Saint-Empire romain germanique) remonte l'embouchure de la rivière (Daugava) et fait construire une chapelle dans une localité appelée Üxküll (l'actuelle Ikšķile en Lettonie)[Note 1] située en plein territoire Live[Note 2],[7].

Le territoire est baptisé en conséquence Livonie (Livland en allemand pays des Lives) par les nouveaux venus, bien que cette population n'en occupe qu'une faible partie. En 1186, Meinhard est nommé premier évêque de Livonie par l'Archevêque de Brême (Principauté voisine du Holstein en Allemagne). L'entreprise de conversion des indigènes, après un succès initial, se heurte bientôt à des résistances. Il est rejoint dans la région par le missionaire Theoderich von Treyden en 1191. Après la mort de Meinhard en 1196, son successeur Berthold Schulte reçoit une bulle de croisade (ordre) du pape Célestin III, mais est tué par les Lives peu après son arrivée dans la région le 24 juillet 1198.

Le pape suivant Innocent III soutien la campagne d'évangélisation qui se transforme en véritable croisade militaire: l'Archevêque de Brême nomme son neveu Albert de Buxhövden pour succéder à Berthold. Albert débarque sur la côte livonienne avec 1500 soldats croisés répartis dans 23 bateaux. En 1201, ces croisés fondent la ville de Riga à l'embouchure de la rivière Daugava. Riga remplace Üxküll comme centre religieux majeur de la région et devient un relais pour des marchands allemands sur la route commerciale qui relie les ports des villes de la Ligue hanséatique au principautés russes (notamment Novgorod). En outre, Riga devient le point de départ de la croisade vers le nord de la Livonie. En 1202, un ordre de moines-soldats, les chevaliers Porte-Glaive est fondé par Albert et Theodorich von Treyden dans son monastère de Dünamünde (aujourd'hui Daugavgrīva en Lettonie) et le pape accorde au nouvel ordre le statut de Templiers.[8].

En 1207, bien que la conquête ne soit pas encore terminée, la région entière de Livonie est intégrée comme état du Saint-Empire romain germanique sous le nom de Terra Mariana.

1208-1222 : la conquête du Sud de l'Estonie[modifier | modifier le code]

En 1208, les croisés, qui ont pris le dessus sur le territoire correspondant aujourd'hui à la Lettonie, se sont alliés avec plusieurs tribus locales, et partent désormais dans les territoires voisins du nord occupés par les peuples fenniques qu'ils baptisent Estes en reprenant une appellation utilisée par l'auteur latin Tacite[Note 3],[7]. L'histoire de la conquête de ces territoires est connue grâce à une chronique tenue par un prêtre de l'ordre des Porte-Glaive, Henri le Letton, qui a participé activement à la croisade.

Les premières rencontres entres les missionnaires allemands et les Estoniens du Sud (des régions de l'Ungannie et de Sakala) se passent très mal. En 1208, Alebrand, prêtre de Turaida, est envoyé en Ungannie avec une délégation allemande pour récupérer des marchandises volées par les habitants aux marchants allemands qui passaient sur la route de Pskov. Face aux refus des autochtones, le prêtre repart sans récupérer les biens volés.

Sur le chemin du retour, Alebrand persuade les Latgaliens de se convertir à la religion catholique.

Les chefs lettons Latgaliens Russin, Waridote et Talibald, devenus alliés des allemands, avaient indiqués le chemin de Pskov et Novgorod à ces derniers, et tentent une nouvelle fois de négocier avec les Estoniens/Unganniens, mais les deux parties quittent la rencontre en se menaçant avec leurs lances. En 1209, Alebrand tente une nouvelle fois de récupérer les biens, il n'y parvient pas mais reçoit cette fois une proposition de paix de la part des Estoniens d'Ungannie.

Finalement, la nécessité de sécuriser les convois de marchants allant vers le Nord-Est devient un bon prétexte pour l'ordre des Chevaliers porte-glaive, qui, déçu de la faible portion de territoires accordés par l'évêque en Lettonie, décide de poursuivre la conquête vers le Nord.

Otepää tombe à l'automne, mais les croisés aidés par des forces auxiliaires composées de Lives et de Latgaliens convertis au christianisme sont défaits à l'été 1210 par un malev (une force indigène) sur la rivière Ûmera. Les forces en présence sont de faible importance puisque les chevaliers Porte-Glaive allemands ne sont que 20. En mars 1211, les croisés avancent de nouveau et obtiennent la reddition de Viljandi. Une épidémie qui ravage la région arrête temporairement les combats.

En 1215, le statut politique de ce territoire en cours de conquête change: la Terra Mariana n'est plus considérée comme une région du Saint-Empire, mais est directement gouvernée sous l'autorité du pape. Les combats pour la conquête du territoire reprennent la même année dans un contexte confus où les indigènes tour à tour se rallient ou prennent les armes contre les croisés avec l'appui des principautés russes : l'Ungannie à l'Est et la région de Sakala à l'Ouest sont conquis. Le vanem (chef) de Sakala, Lembitu est fait prisonnier puis rallié. Les indigènes finissent par s'organiser en un front uni qui parvient à rassembler une force estimée à 20 000 hommes par Henri le Letton (chiffre sans doute exagéré) qui assiège Otepää et obtient sa reddition. Lembitu, qui a rompu ses liens avec les croisés, prend la tête de la résistance. Le 21 septembre 1217, 6 000 indigènes sont défaits par les 3 000 hommes rassemblés par les croisés, au cours de la bataille de la saint Matthieu près de l'agglomération de Lehola. Lembitu est tué. Les régions de l'Estonie centrale sont désormais aux mains des croisés[9].

En 1919, les Danois rejoignent les allemands dans la croisade, ils sont suivis par les Suédois dans la partie Nord. A l'hiver 1220, l'Estlande (nord de l'Estonie actuelle), la Livonie (sud de l'Estonie et nord de la Lettonie actuelles), incluant Tartu, sont déclarées territoires chrétiens.

En 1222, Alebrand est mobilisé pour convertir les paiens du nord de l'Estonie.

1223-1224 : Le soulèvement des indigènes et les ambitions slaves sur la ville[modifier | modifier le code]

la vie sous domination allemande[modifier | modifier le code]

À l'époque des Croisades baltes, au début du XIIIe siècle, le fort de Tarbatu (ou Tharbata, ou Tartu) fut à maintes reprises pris et repris par les Chevaliers Porte-Glaive et les Estoniens. En 1224, après que des renforts conduits par le prince Vyachko de Kukenois eurent été installés dans la forteresse, elle fut assiégée et conquise une dernière fois par les croisés allemands. Par la suite, connue sous le nom de Dorpat (Tarbatum), Tartu devint pendant la fin du Moyen Âge un centre commercial d'une importance considérable et la capitale de l'évêché semi-indépendant de Dorpat.

En 1262, l'armée du prince Dmitri de Pereslavl, le fils d'Alexandre Nevski lança une attaque sur Dorpat, qu'il prit et détruisit, mais ses troupes n'arrivèrent pas à s'emparer de la forteresse de l'évêque sur la colline de Toome. L'événement a été consigné aussi bien dans les chroniques allemandes que dans les chroniques en vieux slavon oriental, qui nous donnent également la première attestation de l'installation de marchands et d'artisans allemands à l'ombre de la forteresse épiscopale.

Au cours des années 1280, Dorpat rejoignit la Ligue hanséatique. À l'époque médiévale, Tartu était une ville commerciale importante. Comme dans toute l'Estonie et la Lettonie, une grande partie de la noblesse parlait allemand mais, plus encore, à Tartu/Dorpat (comme à Tallinn), la bourgeoisie germano-balte constituait la partie cultivée de la population et a dominé la vie culturelle et religieuse, l'architecture, l'éducation et la politique jusqu'à la fin du XIXe siècle. Par exemple, c'est un architecte de Rostock, dans le Mecklembourg, qui a conçu la mairie de Dorpat, et les bâtiments universitaires de leur côté l'ont été par Johann Wilhelm Krause, allemand lui aussi. Beaucoup, si ce n'est la plupart, des étudiants et plus de 90 % des enseignants avaient une ascendance allemande et on peut voir encore dans la ville aujourd'hui de nombreuses statues de savants remarquables et qui portent des noms allemands. La plupart des Allemands ont dû partir pendant la première moitié du XXe siècle.

Domination polono-lituanienne puis suédoise[modifier | modifier le code]

Pendant la guerre de Livonie, au XVIe siècle, les parties sud de la Confédération livonienne, ainsi que Tartu, tombèrent aux mains du Grand-duché de Lituanie, puis de la République des Deux Nations et firent partie de la voïvodie de Dorpat, dans le duché de Livonie. Un lycée jésuite fut fondé en 1583. En outre, un séminaire pour traducteurs fut créé à Tartu et la ville reçut du roi polonais Étienne Bathory son drapeau blanc et rouge.

Les activités, tant du lycée que du séminaire, furent arrêtées par la guerre polono-suédoise (1601). En 1629, Tartu devint suédoise, ce qui entraîna en 1632 la fondation de l'université par le roi Gustave II Adolphe de Suède.

Empire russe[modifier | modifier le code]

Le traité de Nystad en 1721 donna la ville à l'Empire russe et elle fut connue dès lors en russe sous le nom de Derpt, mais toujours en français sous le nom (allemand) de Dorpat. Elle fait alors partie du gouvernement (province) de Livonie. En raison des incendies qui détruisirent une grande partie de l'architecture médiévale au XVIIIe siècle dont le plus important fut le grand incendie de Tartu de 1775, la ville fut reconstruite dans l'esprit du baroque tardif et du néoclassicisme. Ne subsistent que quelques bâtiments de l'époque antérieure, dont la maison d'Upsal.

Au cours de la seconde moitié du XIXe siècle, Tartu fut le centre culturel des Estoniens à l'époque du nationalisme romantique. La ville accueillit le premier festival de chants en Estonie en 1869, ainsi que le Vanemuine, le premier théâtre national, en 1870. Elle vit aussi la fondation de la Société des écrivains estoniens en 1872.

En 1893, la ville reprit officiellement son ancien nom russe de Iouriev. L'université fut ensuite russifiée à partir de 1895 avec l'introduction du russe comme langue obligatoire dans l'enseignement. L'université impériale russe fut transférée à Voronej en 1918, mais l'université estonienne de Tartu ouvrit ses portes dès 1919.

Avec l'indépendance estonienne qui suivit la Première Guerre mondiale, la ville fut désormais officiellement connue sous le nom estonien de Tartu.

Sous le régime soviétique[modifier | modifier le code]

Les traités de Tartu Ce lien renvoie vers une page d'homonymie (1920), entre la Russie soviétique et les républiques nouvellement indépendantes d'Estonie et de Finlande qui faisaient auparavant partie de la Russie impériale, ont été signés dans la ville.

À la fin de la guerre d'indépendance de l’Estonie qui a suivi la Première Guerre mondiale, un traité de paix entre les Bolcheviks et l'Estonie fut signé à Tartu le . Il stipulait que la Russie bolchévique renonçait « à jamais » à toute revendication territoriale sur l'Estonie. Cela n’empêcha pas qu’à la suite du Pacte germano-soviétique de 1939, l'Union soviétique occupât l'Estonie et Tartu en 1940.

Au cours de la Seconde Guerre mondiale, une grande partie de la ville ainsi que le Kivisild (pont de pierre historique construit par Catherine II de Russie en 1776-1778 au-dessus de l’Emajõgi) furent détruits par l'Armée rouge au cours de ses combats, en partie en 1941 et presque complètement en 1944. En 1941 avant l'arrivée des Allemands, les Soviétiques s'empressèrent de fusiller 192 prisonniers politiques et jetèrent leurs corps dans un puits.

Après la guerre, Tartu fut déclarée « ville interdite » aux étrangers, car c’était désormais une base aérienne où l’on construisait des bombardiers sur l'aérodrome de Raadi, dans la banlieue nord-est de la ville. La piste d’envol et d’atterrissage abrite aujourd'hui un grand marché de voitures d'occasion, et on l’utilise quelquefois pour des courses automobiles.

Pendant l'époque soviétique, la population de Tartu a presque doublé, passant de 57 000 à 100 000 personnes, en grande partie en raison d’une immigration massive en provenance d'autres régions de l'Union soviétique.

1988-1990 : Lutte pour la restauration de l'indépendance[modifier | modifier le code]

Après la déclaration de souveraineté estonienne, survenue au cours de la Révolution chantante en novembre 1988, la ville de Tartu organise de nouvelles élections municipales. L'avocate et ancienne cavalière Aino-Eevi Lukas est chargée de présider le nouveau Conseil municipal. Elle entame la reprise des jumelages et des partenariats internationaux, et assure la continuité des institutions locales en vue de l'autonomie, puis de la restauration de l'indépendance du pays.

1991-2003 : la réhabilitation[modifier | modifier le code]

Centre d'affaires de l'Emajõgi

L'Estonie récupère son indépendance en 1991 et la ville de Tartu voit le départ de 10 000 de ses citoyens en l'espace de 3 ans. Ces habitants pour la plupart originaires de Russie et ayant émigrés pendant la période soviétique, retournent dans leur pays d'origine.

L'Eglise Saint-Jean, en ruine depuis les bombardements de la seconde guerre mondiale, fait l'objet d'une rénovation avancée, tout comme une grande partie du centre-ville.

L'Université de Tartu ne récupère son indépendance académique pleine et entière qu'à partir de 1992. L'Université bâti une nouvelle organisation en s'inspirant des modèles anglo-saxons et scandinaves.

1998 voit la construction du Centre d'affaires de l'Emajõgi (Emajõe ärikeskus), un bâtiment dédiée à l'hébergement d'entreprises situées dans la partie commerciale du centre-ville. Le bâtiment entièrement vitré d'une hauteur de 52 mètres, dessiné par l'architecte Kalle Rõõmus, devient l'un des nouveaux symboles de Tartu.[10]

En 1999, Tartu est choisi pour devenir le siège du Collège de défense balte, une école militaire internationale dirigée conjointement par les forces armées d'Estonie, de Lettonie et Lituanie.

La population municipale se stabilise au début des années 2000.

2004-2013 : Tartu dans l'Estonie européenne[modifier | modifier le code]

En 2004, l'Estonie adhère à l'Union Européenne et à l'OTAN. Le collège de défense balte accueille des instructeurs venus d'Europe de l'Ouest ainsi que des Etats-Unis.

En 2006 est créé le Festival du film d'amour de Tartu (Tartu Armastus Filmide Festival ou TartuFF). La même année, l'entreprise ABC Kinnisvarateenuste OÜ rachète une usine désaffectée pour en faire un tier-lieu. A partir de 2014, différents restaurants, boutiques, espaces de co-working, bibliothèques, salle des conférences et d'expositions sont intégrés dans ce complexe appelée Aparaaditehas.

2014-2025 : l'ère Urmas Klaas : Tartu capitale européenne de la culture[modifier | modifier le code]

Grâce à son adhésion à l'Union européenne, la ville de Tartu est intégrée au réseau SmartENCity, qui vise à améliorer l'efficacité énergétique des habitations et réduire les émissions de CO2. Avec les crédits accordés par le réseau, le conseil municipal lance un vaste programme de rénovation et de réaménagement des habitations collectives de type Khrouchtchevka. La construction de ces immeubles lancées à l'époque soviétique, rendait la consommation de chauffage particulièrement coûteuse[11],[12]. Lorsque le programme de rénovation se termine en 2020, les immeubles surnommés Smartchevka ("Khrouchtchevka intelligentes") font partie des bâtiments les plus économes en énergies et les mieux isolés de la ville.

En 2017, un département spécial est créé au sein du service culturelle de la municipalité en vue d'une candidature en tant que Capitale européenne de la culture.

En juin 2019, Tartu est préférée à Narva et sélectionnée par un jury international pour être Capitale européenne de la culture pour l'année 2024. L'équipe chargée de l'organisation devient une Fondation à part entière en décembre de la même année.

Touchée comme dans le reste de l'Europe, par la pandémie de Covid-19 en 2020, la ville est contrainte de fermer temporairement nombre de ses établissements culturels et de nombreuses Fêtes en lien avec l'Université sont annulées ou réduites à leur plus simple expression. En 2020, pour pallier l'annulation des festivals et concerts d'été, l'architecte-urbaniste en chef de la ville Tõnis Arjus imagine "l'avenue sans voiture" (Autovabaduse puiestee), une série d'évènements culturels (concerts, jeux, théâtres...) sur des installations temporaires situées sur l'Avenue de la liberté (Vabaduse puiestee), alors fermée à la circulation.

A l'hiver 2021, tandis que la municipalité de Tallinn est contrainte de restreindre l'activité des bars et commerces, la ville de Tartu diminue les horaires d'ouverture de ces derniers. L'harmonisation des restrictions sur l'ensemble du territoire par le gouvernement contraint les musées et établissement culturels à la fermeture temporaire en mars et avril 2021.

En 2021, les premières esquisses d'un plan sont divulguées en vue de la construction d'un Centre culturel de cœur de ville (Südalinna Kultuurikeskus), située sur une partie de l'actuelle Parc central. Sa construction, supposée empiéter sur un ancien espace vert, fait polémique et rencontre de nombreuses oppositions locales.

Climat[modifier | modifier le code]

Tartu se situe dans la zone tempérée humide du climat continental. Le climat est plutôt doux si l’on considère sa haute latitude ; c’est dû en grande partie à la proximité de la mer Baltique et aux apports d’air chaud venant de l'Atlantique. L'influence continentale peut néanmoins se faire sentir pendant les jours de chaleur en été et les périodes de froid en hiver, quand la température peut parfois (mais c’est rare) tomber au-dessous de −30 °C. En général, les étés vont du frais au chaud et les hivers sont froids, même s’ils ont été très doux et pluvieux ces dernières années.

Administration[modifier | modifier le code]

L'hôtel de ville de Tartu en hiver. Décembre 2016.

Le conseil municipal compte 49 membres, élus tous les quatre ans par les habitants selon le principe de la représentation proportionnelle[13]. Il est dirigé par un maire et cinq adjoints[14]. Le maire actuel est Urmas Klaas. Andrus Ansip, Premier ministre d'Estonie de 2005 à 2014, a été maire de Tartu pendant de longues années. Ansip et Klaas appartiennent tous les deux au Parti de la Réforme, majoritaire à Tartu actuellement.

Le président du conseil municipal est Lemmit Kaplinski, fils de l'écrivain Jaan Kaplinski.

Quartiers[modifier | modifier le code]

Tartu est officiellement divisé en 17 quartiers qui n'ont pas de fonction administrative.

Quartier Superficie
(ha)
Habitants
2001
Habitants
2006
Habitants
2012
Annelinn 541 30000 28200 27480
Ihaste 424 1000 1800 2322
Jaamamõisa 149 3000 3000 3202
Karlova 230 9500 9000 9073
Kesklinn 180 7500 6700 6575
Maarjamõisa 113 800 500 377
Raadi-Kruusamäe 283 5000 4800 4626
Ropka 146 5500 5300 5120
Ropka ZI 354 2700 2700 2511
Ränilinn 122 2500 1800 1732
Supilinn 48 2100 1800 1790
Tammelinn 311 8000 8100 8195
Tähtvere 250 4500 3500 3023
Vaksali 75 2900 3100 3206
Variku 77 2000 1900 1840
Veeriku 281 5500 5300 5561
Ülejõe 302 8200 7700 7876

Démographie[modifier | modifier le code]

D'après les données de "Statistics Estonia", la population de Tartu se répartirait historiquement et nationalement comme tel [15],[16]:

Nationalité Effectif Pourcentage
Total 102 414 100 %
Estoniens 82 268 80,3 %
Russes 15 998 15,6 %
Ukrainiens 1 214 1,2 %
Finnois 1 084 1,1 %
Biélorusses 491 0,5 %
Juifs 141 0,1 %
Polonais 140 0,1 %
Allemands 124 0,1 %
Lettons 109 0,1 %
Lituaniens 91 0,1 %
Tatars 81 0,1 %
Autres 673 0,7 %
Année Population
1881 29 974
1897 42 308
1922 50 342
1934 58 876
1959 74 263
1970 90 459
1979 104 381
1989 113 320
1995 104 874
2000 101 241
2005 101 483
2006 101 740
2007 101 965
La population de Tartu entre 1990 et 2009.

Relations internationales[modifier | modifier le code]

Villes jumelles[modifier | modifier le code]

Tartu est jumelée avec[17] :

Galerie[modifier | modifier le code]

Dans Kõrgem Kunstikool Pallas (et) à Tartu. Octobre 2016.

Personnalités[modifier | modifier le code]

Il existe une catégorie consacrée à ce sujet : Naissance à Tartu.

18e siècle[modifier | modifier le code]

19e siècle[modifier | modifier le code]

20e siècle[modifier | modifier le code]

21e siècle[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Üxküll signifie dans la langue des Lives comme en estonien « village numéro un » de üks:un et küla:village.
  2. Les Lives, qui occupaient une grande partie de la Lettonie, sont tout comme les estoniens des finno-ougriens. Ils ont été progressivement repoussés et assimilés par les protobaltes et ne sont plus aujourd'hui que quelques centaines ; les locuteurs ont pratiquement disparu en 2010.
  3. Tacite dans son ouvrage La Germanie parle des Aestii qui récoltent l'ambre, ce qui désigne plutôt les habitants de la région de Kaliningrad.

Références[modifier | modifier le code]

  1. https://www.stat.ee/en/find-statistics/statistics-region/tartu-county/tartu-city
  2. « Tartu »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?), sur pays-baltes.com (consulté le 12 décembre 2018)
  3. Histoire des pédologues et de la science des sols - Jean Boulaine, Geneviève Signeux - Google Livres, (1989), pages 132 et 160
  4. https://www.etis.ee/File/DownloadPublic/715a08d3-3b8c-47d2-a12f-ab1db35af878?name=Fail_estonian%20archaeology%204.pdf&type=application%2Fpdf
  5. « Юрьев уездный город Лифляндской губернии - это... Что такое Юрьев уездный город Лифляндской губернии? », sur Словари и энциклопедии на Академике (Dictionnaire académique russe)
  6. « Tartu orduajal »
  7. a et b J.P. Minaudier, op. cit., p.29
  8. J.P. Minaudier, op. cit., p.58-59
  9. J.P. Minaudier, op. cit., p.59-61
  10. https://www.estiko.ee/ettevotted/emajoe-arikeskus
  11. https://smartencity.eu/
  12. http://tarktartu.ee/
  13. Voir la liste « ici »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  14. Qu’on peut voir « ici »(ArchiveWikiwixArchive.isGoogleQue faire ?)
  15. "Statistics Estonia", Population par genre et par nationalité.
  16. Statistics Estonia Données globales pour les recensements de 1881, 1897, 1922, 1934, 1959, 1970, 1979, 1989.
  17. (et) « Tartu sõpruslinnad », Tartu (consulté le 18 octobre 2016)
  18. construite en 1899 et détruite en 1944
  19. (ee) Leo Gens, « Eesti sünagoogid. », Estonian Jewish Museum
  20. un restaurant de Tartu qui prétend être le pub ayant le plus haut plafond du monde entier. Octobre 2015.

Liens externes[modifier | modifier le code]