Grand hiver de 1709

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Le lagon gelé en 1709, par Gabriele Bella, une partie de la lagune gela en 1709 à Venise

L'hiver de 1709, appelé Grand hiver de 1709 a marqué les esprits car une famine s'est développée à la suite de cet épisode météorologique. Le jour de l'Épiphanie 1709, une brutale vague de froid frappa l'Europe entière[1].

En France cet hiver fut particulièrement cruel. À Paris, les températures avaient été très basses bien que Paris eût connu des températures plus basses ultérieurement comme en décembre 1879. Les régions du sud et de l'ouest de la France avaient été sévèrement touchées avec la destruction quasi complète des oliveraies et de très gros dégâts dans les vergers. De plus, les vagues de froid étaient entrecoupées de redoux significatifs. Ainsi, en février, il y eut un redoux de deux semaines suivi d'un froid assez vif qui tua les blés et provoqua une crise de subsistance.

Certaines chroniques sont sujettes à caution, car il est parfois affirmé que le gel fut continu pendant plus d'un mois, ce qui est en fait incorrect car il s'est produit des dégels prononcés ainsi que des pluies importantes. Les observations précises de Louis Morin de Saint-Victor confirment que le froid n'avait pas été continu[2]. La crise fut aggravée du fait que le Royaume de France était impliqué dans la guerre de succession d'Espagne et l'économie du royaume en était fragilisée. En outre, les transports étant paralysés à cause des intempéries, il était difficile d'amener de la nourriture dans les régions qui étaient dans le besoin.

Conditions météorologiques[modifier | modifier le code]

Le tableau de Pieter Brueghel l'Ancien intitulé Chasseurs dans la neige (1565) représente une vague de froid intense où toute la nature est gelée.

Conditions générales en Europe[modifier | modifier le code]

L'hiver 1708-1709 fut extrêmement irrégulier. Des périodes de froid intense et de douceur se sont succédé. Décembre a été doux et pluvieux. En janvier, il eut une période de froid intense du 6 au 22 janvier, puis il y a eu un redoux brutal. Début février, la température retomba brièvement suivi d'un redoux, puis la température rechuta brutalement à la fin du mois.

Les conditions météorologiques en Europe de l'Ouest furent aussi inhabituelles car de nombreuses tempêtes de vents d'ouest et de vent du sud[1] se produisirent ; nonobstant la présence de temps à autre d'un temps glacial. Normalement, les tempêtes apportent un temps doux et donc il se produisit un phénomène inexpliqué[1]. Des éruptions volcaniques se produisirent en 1707 et 1708 (Mont Fuji et le Vésuve)[1] qui produisirent un voile de cendres dans la stratosphère. Cela a généralement pour conséquence de rendre les étés plus frais et normalement, les hivers plus cléments. Cependant, il est aussi possible que les hivers deviennent plus rigoureux. Il semblerait donc qu'en 1709 un phénomène d'hiver volcanique se fût produit. Les températures moyennes en Europe avaient été inférieures de 7 K par rapport aux moyennes du XXe siècle[1].

Relevés de Louis Morin à Paris en 1709.

Conditions météorologiques dans le sud de la France[modifier | modifier le code]

Grande douceur suivie d'un froid vif[modifier | modifier le code]

Dans la période précédant le grand froid de janvier 1709, les conditions avaient été extrêmement clémentes avec de très nombreuses pluies[3],[4]. Dans le sud de la France, la végétation eut commencé à redémarrer et donc la sève avait commencé à monter[5]. Il existe un dicton qui dit qu'«Il vaut mieux voir un voleur dans son grenier; Qu'un laboureur en chemise en janvier »[6]. Comme les températures avaient été très douces début janvier, ce dicton fut vérifié car la douceur de début janvier fut suivie d'une grosse vague de froid.

Il semblerait qu'un front froid de retour eût balayé le Royaume de France, se manifestant ensuite par la présence de stratocumulus accompagnés de faibles chutes de neige. Un tel type de phénomène est ensuite suivi par un blocage d'air froid. Cela est expliqué dans la référence[7]. Ce front froid balaya le Royaume de France très rapidement le jour de l'Épiphanie (en moins d'un jour) et les températures chutèrent de manière dramatique.

Ainsi, nonobstant la douceur précédente, le Rhône commença à geler dans la nuit suivante aux environs d'Avignon[8]. À Marseille, le 8 janvier, la température aurait chuté de +8,5 °C à −11,2 °C[9]. En outre, le Vieux port fut pris par les glaces[9],[Note 1]. À Montpellier et à Marseille, les minima furent remarquables. Le 11 janvier, il fit −16,1 °C[11] à Montpellier et −17,5 °C à Marseille. Les 13 et 14 janvier, il fit à nouveau −17,5 °C à Marseille[12]. François Arago avait noté que le pic de froid eut lieu 2 jours plus tôt à Montpellier qu'à Paris[11]. En outre il remarqua que tous les fleuves du Midi furent gelés alors que la Seine ne gela jamais complètement[11].

Il est mentionné que la plupart des oliviers dans la région de Grasse eurent été complètement gelés, et furent coupés au pied. Les oliviers, réputés être des arbres solides, recommencèrent à pousser à partir du pied en donnant des rejetons. Lorsque la repousse fut suffisamment avancée, il fallut élaguer les rejetons et attendre que les arbres produisent à nouveau des olives[13]. Bien entendu, les orangers de la région de Grasse[Note 2] furent aussi gelés[14]. On remarquera qu'en limite de la zone de culture de l'olivier à Mas-Cabardès dans la Montagne Noire, tous les oliviers furent détruits puis remplacés[15].

Comme les températures en valeur absolue de janvier 1709 n'ont pas été extrêmement basses, comparables semble-t-il aux minima de l'hiver 1985. Or, dans la région de Grasse, les dégâts aux oliviers furent très limités en 1985 et extrêmes en 1709, s'étendant mêmes aux arbres fruitiers ordinaires[16]. Ceci mène à deux hypothèses : ou l'évaluation des températures à l'époque fut fantaisiste, ou plutôt la montée de sève suivie du gel fut le facteur déclenchant la catastrophe.

Compte-rendus d'époque [Note 3][modifier | modifier le code]

Le jour de l'Épiphanie 1709 fut marqué par une chute très brutale de la température dans le sud de la France. Le matin était ensoleillé et agréable puis subitement dans l'après midi le temps se couvrit et un froid mordant prit place. Ainsi Pierre Billion en Avignon affirma que :

« Le dimanche 6e janvier 1709, le temps parut beau et beau soleil jusques environ les trois heures après midy qu'il se couvrit par une bize froide qui augmenta si fort que dans la nuit, touts les bords du Rhosne et de la Sorgues qui traverse notre ville, furent glacés ; lequel froid violent et sec le fut tellement que le dit Rhosne et Sorgues furent glacés jusques au jeudy 17e dudit mois[8]... »

Le livre de raison de la famille Paris d'Arles affirme que[8] :

« Le sixième janvier 1709, ce jour-là estoit fort beau, et dans la nuit, fit une sy grande froid que le Rosne fut pris avant qu'il feut le lendemain à midy et augmenta si fort d'un jour à autre pendant quinse jours, que homme vivant n'avoit pas veu un hiver si rude. On passoit sur la glace du Rosne avec des calèches et charrettes, et nous cousta bien cher car tous les bleds, tant de nostre terroir que des autres pays, feurent tous morts aussy bien que les olliviers, orangers, figuiers et les ortolailles des jardins. On escrivoit de par tout que ce froid avoit été généralle". »

Le 9 décembre lors de la vague de froid de décembre 1879, Le Petit Marseillais rappela les affres de l'hiver 1709. Il écrivit[5],[Note 4] :

« Le Constitutionnel rappelle les rigueurs exceptionnelles de l'hiver 1709. C'est tout ce qu'il y a de plus en situation [...] : L'hiver avait été tiède comme le printemps : les arbres étaient en sève, la plupart portaient des bourgeons et quelques-uns même des fleurs, lorsque la veille de a fête des Rois, 5 janvier, la neige tomba en abondance. Le froid eut une durée de 15 jours ; [...] »

De même, le Père Giraud à Marseille affirma que :

« Le 7e jour du mois de janvier 1709, il neigea un peu, le vent fondit d'abord la neige, mais le temps fut incontinent vif et si froid qu'il seroit difficile de pouvoir l'exprimer : je tenterai cependant de vous en donner quelque idée. [...] Le froid s'augmenta chaque jour de plus en plus[8]. »

Ainsi, le Rhône gela dans la nuit du 6 au 7 janvier. À Mâcon, un phénomène similaire se produisit. Ainsi, Bénet écrivit que[18] :

« Mais, le jour des Rois de la présente année. sur les trois à quatre heures du soir, il s'y éleva une bise si forte, qui causa un froid si cuisant, que la terre, trempée par des pluies presque continuelles, fut gelée dans vingt-quatre heures de trois pieds de profondeur. Les blés, qui commençoient à peine à paroître, furent surpris de cette gelée sans être couverts de neige, qui ne tomba en petite quantité que trois ou quatre jours après. Tout céda à la violence de ce froid, qui dura dix-sept jours avec la même âpreté; la rivière fut glacée presque de toute sa profondeur; les chênes se fendirent du haut en bas; [...] »

Conditions météorologiques en Aquitaine[modifier | modifier le code]

Synopsis[modifier | modifier le code]

L'hiver 1709 fut rigoureux. La vague de froid dura du 6 au 23 janvier suivie d'un redoux temporaire le 23 janvier. Il neigea abondamment les nuits du 8 au 9 janvier et du 9 au 10 janvier. Ensuite, Bordeaux aurait eu chaque matin des températures inférieures à −18,5 °C jusqu'au 22 janvier. Les minima absolus eurent été de −23,2 °C le 11 janvier et −22,8 °C le 20 janvier. Un redoux se produisit le 23 janvier où la température ne fut plus que −2 °C[19]. Février fut relativement doux; cependant, un bref retour du froid se produisit le 25 février avec un minima de « seulement » −12,7 °C.

La Garonne fut complètement prise à Bordeaux et il était possible de la traverser à cheval. À Lectoure, l'eau gelait à l'intérieur des maisons près des cheminées où des grands feux étaient allumés. Le vin gela aussi dans les barriques. Même l'urine (tiède) gelait immédiatement après miction. Des forêts entières furent dévastées, les chênes se fendirent dans toute la longueur, les châtaigneraies du Périgord furent dévastées ainsi que les vergers de pruniers dans l'Agenais[19],[20].

En Charente, l'hiver 1709 fut aussi remarquable. Il neigea abondamment sans interruption du 9 au 12 janvier. L'accès aux maisons était bloqué. Des congères ayant la hauteur des maisons s'étaient formées[20]. Tout gela, y compris l'urine dans les pots de chambre[Note 5], le vin dans les barriques [Note 6] et même la vapeur dégagée par la respiration. On ne pouvait plus couper le pain gelé[20]. Donc dans les maisons, la température était inférieure à −2 °C et dans les caves la température était probablement inférieure à −5 °C.

Compte-rendu d'époque[modifier | modifier le code]

Léonard Blanchier qui était maître-chirurgien à Bouex décrivit les conditions météorologiques en janvier 1709. Il affirma[20] :

« Ce grand froit commansa le 6e de janvier autl. an 1709. La foire le landemain se tient à Marthon. On fut obligé de se retirer ce jour-là tant le froid estoit vif. Le 9e dud. mois la neige commansa à tomber et continua pandant 4 jours a plusieurs reprises quy la randit sy épaisse qu'on ne pouvoit sortir hors de chez soy. Elle étoit aussy haute en plusieurs endroits que les maisons. »

Il expliqua aussi que les arbres éclataient bruyamment et écrivit[20] :

« Sans cette neige il ne se seroit pas conservé d'aucune chose sur la terre, sa n'empescha pas que tous nos nouyers, chastaigners et presque tous autres arbres en sont morts par la grande gellée qu'il fesoit. On entendoit lesdits harbres se fandre par moitié quy faisoit du bruit comme un cout de mousquet. »

Conditions météorologiques au nord du Royaume de France[modifier | modifier le code]

Relevés à Paris[25][modifier | modifier le code]

Durant le mois de janvier 1709, la température moyenne à Paris fut de −3,7 °C inférieure de 6,1 K à la température moyenne de nos jours qui est de 2,4 °C[26]. Des relevés de température journaliers furent effectués par Louis Morin de Saint-Victor qui fut académicien et par Philippe de La Hire à l'Observatoire de Paris. Les mesures brutes de température étaient discutables car les thermomètres étaient accrochés le long des façades. Ainsi, il fallut recalibrer les mesures effectuées à l'époque. Le gel dura du 6 janvier au 24 janvier lorsqu'un front chaud atteignit la région et la température redevint positive le 25 janvier où il fit 7,5 °C. Le jour de l'Épiphanie, le froid s'installa et du 10 au 20 janvier, les minima étaient toujours inférieurs à −15 °C sauf le 17 janvier où le minima ne fut que de −7,5 °C. Des pointes de froid inférieures à −18 °C eurent lieu les 13, 14 et 19 janvier. Le vent dominant était de sud sud est. Il neigea les 8, 11, 12, 14, 15, et 16 janvier, ce qui protégea les semences. Le 25 janvier, il se mit à pleuvoir et le redoux perdura jusqu'à début février. Un froid modéré se réinstalla entre le 4 et 8 février avec des minima de l'ordre de −5 °C. Un très net redoux reprit avec des maxima de l'ordre de 12,5 °C. Un froid assez vif se réinstalla entre le 21 février et le 3 mars avec des minima à −13,5 °C[27]. Cela eut pour conséquence d'endommager la végétation qui avait commencé à redémarrer[Note 7]. En fait, en extrapolant la température mesurée le 13 janvier à l'Observatoire de Paris à la température qui aurait été mesurée au Parc de Montsouris, eût été de −21 °C. Il dut faire encore plus froid dans les campagnes vu l'effet d'îlot de chaleur urbain qui consiste à avoir des centres-ville plus chauds que la campagne environnante.

D'après François Arago qui reprit les mesures de La Hire, la matinée du 4 janvier fut froide avec −7,5 °C, celle du 6 janvier connut un minimum de seulement −1,4 °C puis un net refroidissement se produisit le 7 janvier au matin avec −7,6 °C. Le 10 janvier, la température s'effondra à −18,0 °C puis les 13 et 14 janvier il fit respectivement −23,1 °C et −21,3 °C[11]. Curieusement, la Seine ne gela jamais complètement[11].

Conditions en Normandie[modifier | modifier le code]

Le curé de Feings écrivit dans le registre de sa paroisse ce qui suit[30] :

« Le lundi 7° janvier commença une gelée qui fut ce jour-là, la plus rude journée et la plus difficile à souffrir; elle dura jusqu'au 3 ou 4 février. Pendant ce temps-là, il vint de la neige d'environ demi-pied de haut : cette neige était fort fine; elle se fondoit difficilement. Quelques jours après qu'elle fut tombée, il fit un vent fort froid entre biſe et galerne qui la ramassa dans les lieux bas ; il découvrit les blés, qui gelèrent presque tous; peu de personnes connurent qu'ils étoient morts au premier dégel. »

La chute de neige a été limitée (15 centimètres) et il semblerait qu'elle eût été engendrée par des stratocumulus car elle était « fort fine ». Il est clair qu'il n'y a pas eu de grosses chutes de neige contrairement à ce qui s'est passé à Dieppe.

À Dieppe où les chutes de neige sont rares, cependant il tomba dans la nuit du 2 au 3 février d'incroyables quantités de neige. Dans les rues, la neige atteignait près de 3 mètres de hauteur et en ouvrant les portes des maisons, on se retrouvait avec un mur de neige. Ainsi, il fut rapporté que :

« La nuit du 2 au 3 de Fèvrier, les rues de Dieppe s'en trouvèrent comblées juſqu'à la hauteur de neuf pieds. Les bourgeois à leur réveil, furent effrayés en ouvrant leurs maiſons, de s'y voir bloqués par une eſpèce de mur en neige[31]. »

L'orage de neige fut confirmé par Legrelle[32] qui affirma que « Pendant la nuit du 3 au 4 du même mois [février], la neige était tombée en si grande abondance, qu'elle atteignit la hauteur des fenêtres du premier étage. » D'après ces deux sources, la hauteur de la neige était de l'ordre de 3 mètres voire plus. En outre, Legrelle affirma que[32] : «A [sic] Dieppe, le mardi gras 12 février, il fut possible, à la mer basse, de traverser le port sur l'eau douce congelée ». L'auteur affirma que durant toute la période : « La température se maintint à quinze degrés Réaumur au dessous de zéro. » Sachant qu'un degré Réaumur vaut degrés Celsius, l'auteur affirme que la température s'était maintenue aux environs de −20 °C. Ceci correspondrait à des conditions nettement plus froides que celles décrites par Louis Morin.

Conditions ailleurs en Europe[modifier | modifier le code]

Déficit de température durant l'hiver 1708/1709

La figure ci-contre[33] montre le déficit de température en Europe durant l'hiver 1709. On note tout d'abord que l'Islande avait connu une douceur anormale et que par contre, l'Europe centrale et orientale connut un hiver extrêmement rigoureux avec un déficit de 8 K dans l'ouest de l'Empire russe. En comparaison, l'Irlande et l'Écosse furent relativement peu touchées avec un déficit de seulement 2 K. Il en est de même pour le sud de la France, la péninsule ibérique et l'Afrique du nord où les déficits thermiques ne furent que de 2 à 3 kelvins. Cela semble contredire ce qui a été énoncé supra qui dit qu'il y eut eu des jours abominables dans le sud. Cette apparente contradiction s'explique facilement car la figure montre des moyennes et non des extrêmes. En effet, le mois de décembre dans le Midi de la France fut printanier. Les conditions ont beaucoup de ressemblance avec le vague de froid de février 1956.

Le Royaume Uni fut frappé par de grosses chutes de neige qui resta au sol plusieurs semaines[34]. Le plus grand froid observé à Londres fut −17,2 °C au collège de Gresham le 14 janvier[35]. L'Irlande et l'Écosse furent quelque peu épargnées. Le sud de la Mer du Nord était impraticable et il était possible de traverser à pied entre le Danemark et la Suède[34].

À Berlin, François Arago rapporte indirectement que la température enregistré la plus basse fut −16,6 °C les 9 et 10 janvier (d'après van Swinden)[35]. En fait, il semblerait que le thermomètre fût descendu jusqu'à −29,1 °C le 10 janvier[36]. Le 8 mars, il fit encore −20,0 °C à Berlin[36].

Été 1709[modifier | modifier le code]

Certains sites affirment que durant tous les mois il y eut une gelée[12]. Wikipédia en allemand affirme sans source qu'il gela à Trèves le 7 juillet. Les relevés de Paris ne corroborent pas cette affirmation[37]. En effet, le minimum à Paris ce jour là fut 14 °C ce qui indique une nuit assez chaude. Le maximum fut 23,7 °C ce qui indique une journée assez plaisante à Paris. Cependant, le minimum à Paris le 12 juillet 1709 fut 6,9 °C (Parc de Montsouris) ce qui rend possible une température de 4 °C dans la campagne et il est alors fort plausible qu'il y eût une gelée blanche aux environs de Trèves sachant qu'en général le sol peut geler lorsque la température sous abri à 1,5 m du sol est inférieure à +3 °C[Note 8].

Comparaison avec d'autres hivers rigoureux[modifier | modifier le code]

Le mois de décembre 1879 à Paris eut des minima inférieurs à ceux de 1709 sans pour autant avoir d'effets aussi dramatiques. En effet, la température moyenne de décembre 1879 fut de... −7,4 °C soit 3,4 K inférieur à celle de janvier 1709. La température la plus basse mesurée au Parc de Montsouris fut de −23,9 °C le 10 décembre 1879[27]. Pour des raisons pas toujours très bien comprises, l'impact de cette vague de froid n'est en rien comparable à celle de janvier 1709.

La vague de froid de février 1956 fut aussi exceptionnelle de par sa durée et son intensité. Il a de nombreuses similarités avec le mois de janvier 1709. Le mois de janvier 1956 fut très doux et la végétation redémarra. Le froid vif qui s'en suivi fit de lourds dégâts. Les troncs des oliviers éclatèrent et durent être coupés au pied pour qu'ils pussent repousser.

L'hiver 1985 est atypique car les minima mesurés dans le sud-ouest battirent des records. Par exemple, il fit −21,7 °C à Aire-sur-l'Adour le 8 janvier surpassant les records de février 1956[40]. Cependant, les dégâts sur les oliviers furent très limités. Cela est probablement dû au fait que le temps était sec et très frais avant les grosses gelées. En effet, un anticyclone s'était installée sur l'océan Atlantique du 1 au 5 janvier engendrant un vent de nord-ouest à nord (d'après la loi de Buys-Ballot) et produisait des perturbations faibles engendrant un peu de neige[40]. Les arbres n'étaient donc pas gorgés d'humidité lorsque les froids vifs arrivèrent.

Crise de subsistance[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Grande famine de 1709.

Entre 600 000 et 1 000 000 de personnes moururent en France à la suite de ces intempéries. La mortalité fut aggravée par la situation économique précaire engendrée par la guerre de succession d'Espagne.

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. L'eau de mer gèle à −1,9 °C[10].
  2. Si l'on en croit la référence [8] (famille Paris d'Arles) il semblerait que les orangers fussent aussi cultivés en Basse Provence (uniquement sur la côte ?); ceci serait pratiquement impensable de nos jours car les coups de froid peuvent être assez vifs de nos jours. Ceci indiquerait donc que le climat fût doux auparavant.
  3. L'orthographe et la typographie de l'époque (y compris les fautes) sont reproduites intégralement.
  4. On notera que le compte-rendu du Petit Marseillais contient des erreurs factuelles. Il écrivit que «Le thermomètre se maintint du 25 janvier au 13 mars entre 18 et 22 degrés au-dessous du zéro de notre actuel thermomètre centigrade[5]. » Ceci est totalement incorrect car la vague de froid de janvier 1709 n'a duré que moins de 2 semaines et il y eut par la suite des redoux spectaculaires suivis de refroidissements tout autant spectaculaires. En effet, une grande douceur régna entre le 26 janvier et le 20 février dans le sud[17]. Cela corrobore les relevés effectués par Louis Morin et La Hire.
  5. L'urine gèle à approximativement −1,5 °C[21].
  6. Le vin gèle à approximativement −5 °C. Le point de congélation du vin est approximativement égal à son degré en alcool divisé par 2. Une mauvaise piquette à 8 degrés d'alcool gèlera à approximativement −4 °C tandis qu'un bon vin de Bordeaux titrant à 14 degrés gèlera à −7 °C[22],[23],[24]. On notera que le point de congélation du vin dépend des esters le contenant[22].
  7. Le Père Cotte affirma en 1774 que les gelées tardives étaient néfastes aux blés[28] : « Juſqu'ici je n'ai parlé que des gelées d'hiver, & nous avons vu qu‘en général, elles n'étoient pas à redouter pour les blés. Il n'en n'eſt pas de même lors des gelées de printemps, qui leur ſont toujours funestes à moins qu'elles n'aient été précédées par une longue ſéchereſſe. ». Il reprit la même idée en 1776[29] : « Le froid de ce mois (janvier 1776) ſut précédé comme en 1709 d'une grande abondance de neige qui mettoit les blés à l'abri de ſes rigueurs. Ils n'auroient pas ſouffert en 1709, ſi après le dégel, il ne fût pas survenu, la nuit du 23 au 24 février une ſeconde gelée qui fit les plus grands ravages. » Par conséquent, le redoux de la mi-février suivi du froid vif de la fin février tua les blés et créa une crise de subsistance.
  8. La différence entre la température sous abri et la température au sol peut varier entre 0 °F et 20 °F (0 K et 10 K)[38]. En moyenne, le déficit de température est de 4 °F soit 2 K. Cependant Gagnon affirme que[39] : « L'intensité du rayonnement terrestre est fonction de la nature du sol. En général, plus la couleur du sol est foncée plus fort est le rayonnement terrestre. » Ceci est contre-intuitif et contraire à l'expérience car la neige est plus claire que la roche sombre et émet dans des longueurs d'onde plus petites que l'infrarouge et donc les photons sont plus énergétiques d'après la loi de Planck E = h ν. Cependant, lorsque le sol est enneigé, les nuits sont glaciales en comparaison à l'absence de neige[7]. D'après les données de Gagnon[38], on remarque que par nuit hyper claire sans vent, une gelée blanche pourrait se former avec une température sous abri de 10 °C !

Références[modifier | modifier le code]

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  2. Académie des sciences, p. 274
  3. Glaces du Rhône, p. 79
  4. Hiver 1709 à Grasse, p. 41
  5. a, b et c « L'hiver de 1709 », Le Petit Marseillais,‎ , p. 80 (lire en ligne)
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  31. Jean-Antoine-Samson Desmarquets, Mémoires chronologiques pour servir à l'histoire de Dieppe, et à celle de la navigation françoise, Volume 1, (lire en ligne), p. 458
  32. a et b A. Legrelle, La Normandie sous la monarchie absolue, Rouen, Librairie de la Société de l'histoire de la Normandie, , 396 p., PDF (lire en ligne), p. 209
  33. Jürg Luterbacher, Daniel Dietrich, Elena Xoplaki, Martin Grosjean et Heinz Wanner1, « European Seasonal and Annual Temperature Variability, Trends, and Extremes Since 1500 », Science, vol. 303,‎ (DOI 10.1126/science.1093877, lire en ligne)
  34. a et b (en) Brian Fagan, The little ice age, 246 p. (ISBN 9-780465-022717), p. 137
  35. a et b Œuvres d'arago, p. 284
  36. a et b (de) Walter Lenke, « Untersuchung der ältesten Temperaturmessungen mit Hilfe des strengen Winters l708—l709 », Berichte des Deutschen Wetterdienstes, vol. 13, no 92,‎ (lire en ligne)
  37. Solenn Nadal, « Relevés de température à Paris-Montsouris en juillet 1709 » (consulté le 1er juillet 2017)
  38. a et b Gelée blanche, p. 71
  39. Gelée blanche, p. 69
  40. a et b Froid 1985, p. 6

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • [Œuvres d'Arago] François Arago, Œuvres complètes de François Arago Tome 8, Paris, Gide, , 658 p. (lire en ligne), p. 282-285
  • [Glaces du Rhône] Geoges Pichard et Emeline Roucaute, Glaces du Rhône, de la Durance, des étangs de la Méditerranée, 341 p. (lire en ligne)
  • [Hiver 1709 à Grasse] Karine Deharbe, Le grand hiver de 1709 en Provence orientale: l'exemple de Grasse, Conseil général des Alpes-Maritimes, (ISSN 0996-3634, lire en ligne)
  • [Académie des sciences] Jean-Pierre Legrand et Maxime Le Goff, « Louis Morin et les observations météorologiques sous Louis XIV », La vie des sciences, Académie des sciences, vol. 4, no 3,‎ (lire en ligne)
  • [Froid 1985] Avila Fernand et Avila Maryvonne, « Le froid de janvier 1985 et les grands hivers passés dans le sud-ouest de la France », Revue géographique des Pyrénées et du Sud-Ouest, vol. 58, no 1,‎ (DOI 10.3406/rgpso.1987.4968, lire en ligne)
  • [Gelée blanche] Raymond-M. Gagnon, « Température minimale au niveau du sol », Cahiers de géographie du Québec, Département de géographie de l’Université Laval, vol. 12, no 25,‎ (ISSN 1708-8968, DOI 10.7202/020787ar, lire en ligne)

Liens externes[modifier | modifier le code]