Estoniens

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Cet article concerne le peuple estonien. Pour la langue estonienne, voir Estonien.
Estoniens
Eestlased
Description de cette image, également commentée ci-après

Costumes nationaux estoniens

Populations significatives par région
Drapeau de l'Estonie Estonie 905 805 (2016)[1]
Drapeau de la Finlande Finlande 50 367 (2015)[2]
Drapeau des États-Unis États-Unis 27 113 (2013)[3]
Drapeau de la Suède Suède 25 509[4]
Drapeau du Canada Canada 24 000[5]
Drapeau de la Russie Russie 17 875 (2010)[6]
Drapeau de l'Australie Australie 7 543 (2001)[7]
Drapeau de l'Allemagne Allemagne 6 286 (2015)[8]
Population totale Environ 1,1 million
Autres
Langues Estonien, võro, setu
Religions Majoritairement areligieux[9]
Historiquement protestants (luthéranisme)
Minorités orthodoxes (en) et catholiques.
Ethnies liées Setus, Võros

Les Estoniens (estonien : eestlased) sont un peuple d'origine finno-ougrienne proche des Finnois, établis en Estonie (à qui ils ont donné le nom), où ils représentent 69 % de la population en 2000.

Ils parlent l'estonien ou des langues sud-estoniennes. Ces langues font partie des langues fenniques, proche du finnois.

Jusqu'au XVIIIe – XIXe siècle, les Estoniens s'appelaient les Maarahvas.

Le pourcentage d'Estoniens en Estonie a baissé pendant la seconde moitié du XXe siècle (94 % en 1945 ; 61 % en 1989) à cause des déportations d'après-guerre (qui ont également touché la Lettonie et la Lituanie ; au total 200 000 Baltes ont été déportés), de l'exil d'une partie de la population, et de l'afflux d'immigrants provenant des autres Républiques de l'Union soviétique (notamment de Russie, Biélorussie et Ukraine).

La proportion d'Estoniens augmente en raison d'une émigration plus importante des russophones (vers la Russie notamment) depuis l'indépendance en 1991, mais leur nombre relatif continue de baisser en raison d'un solde migratoire négatif, et d'un taux de fécondité inférieur à 2,1 enfants/femme.

Histoire[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Histoire de l'Estonie.

Racines préhistoriques[modifier | modifier le code]

Les premiers peuplements de l'Estonie se sont faits il y a environ 10 000 ans, juste après que le lac de glace baltique (en) se soit retiré d'Estonie. On ne sait pas quelles langues étaient parlées par les premiers peuplements, mais une théorie commune est que des locuteurs de langues ouraliennes liées à l'estonien moderne se sont installés il y a environ 5 000 ans[10], ce qui fait des Estoniens un des plus anciens peuples d'Europe[11]. Cependant, des estimations linguistiques récentes suggèrent que les langues finno-ougriennes sont apparues autour de la mer baltique considérablement plus tard, sans doute durant l'Âge du bronze, soit vers 1800 av. J.-C.[12],[13].

Le plus ancien endonyme connu des Estoniens est Maarahvas[14],[15]. L'endonyme moderne Eesti est considéré comme dérivé du mot Aesti (en), nom donné par les anciens peuples germaniques aux Baltes vivant au Nord-Est de la Vistule. L'historien romain Tacite mentionne dans La Germanie en 98 av. J.-C. les Aesti, et les Scandinaves appelaient déjà à cette époque les terres au Sud du Golfe de Finlande Eistland (mot qui sert encore de nos jours en islandais à désigner l'Estonie), et ses habitants Eistr. Tacite mentionne un culte de la mère des dieux parmi les Aesti vivant le long de la côte baltique orientale, ce qui s'applique aux anciennes religions païennes des anciens Estoniens et Baltes[16]. Il parle également des Fenni (en) qui vivaient à proximité des Aesti et seraient les ancêtres des Finnois ou des Samis, proches des Estoniens. Finalement, le mot Aesti utilisé par Tacite pourrait aussi bien s'appliquer à un peuple spécifique qu'à un groupe d'ethnies différentes habitant une même région[16]. Le terme Aesti s'est ensuite transformé en Este[17].

Les proto-Estoniens, de même que d'autres locuteurs des langues fenniques, étaient aussi appelés Tchoudes dans les chroniques en vieux russe[18].

L'estonien appartient à la branche fennique des langues ouraliennes. Le plus ancien livre connu en estonien a été imprimé en 1525, et les plus anciens manuscrits remontent au XIIIe siècle. Les Estoniens sont génétiquement proches des Russes de l'Oblast de Tver et des Lettons, mais ils demeurent les plus proches parents des Finnois[19].

Conscience nationale[modifier | modifier le code]

Portrait de Friedrich Reinhold Kreutzwald, précurseur de la littérature estonienne.

Même si la conscience nationale des Estoniens prit corps au XIXe siècle pendant l'Ärkamisaeg (en) (mouvement d'éveil national estonien)[20], certains éléments de conscience ethnique peuvent être perçus avant cette période[21]. Au cours du XVIIIe siècle, l'auto-dénomination eestlane se répandit parmi les Estoniens au côté de l'appellation maarahvas[14],[15]. La traduction de la Bible en estonien (en) par Anton thor Helle (en) parut en 1739, et le nombre de livres et brochures en estonien passa de 18 en 1750 à 54 en 1790. À la fin du siècle, plus de la moitié des paysans adultes étaient alphabétisés. Les premiers intellectuels et universitaires s'identifiant en tant qu'Estoniens émergèrent vers 1820 : Friedrich Robert Faehlmann, Kristjan Jaak Peterson, Friedrich Reinhold Kreutzwald... Depuis le XIIIe siècle, l'élite dirigeante était restée germano-balte dans sa culture et son langage. Garlieb Merkel, un Germano-Balte estophile (en), a été le premier auteur à traiter les Estonien comme une nation égale aux autres ; il devint une source d'inspiration pour le mouvement national estonien, qui se calquait sur le modèle culturel germano-balte avant les années 1850. À partir du milieu du XIXe siècle, le mouvement fennomane des Finnois et le mouvement voisin des Jeunes Lettons inspirèrent les Estoniens : à la fin des années 1960, ils commencèrent à refuser la culture et l'hégémonie germaniques ; d'autre part, leur opinion de l'Empire russe resta positive jusqu'aus tentatives de russification des années 1880[21].

Les Estoniens ont des liens très forts avec les pays nordiques, dus à d'importantes affinités culturelles et religieuses apparues au cours des siècles sous la tutelle de la Scandinavie et de l'Allemagne[22]. En fait, les Estoniens se considèrent plutôt Nordiques que Baltes[23],[24], en particulier à cause de ces affinités culturelles et linguistiques avec les Finnois.

Déplacements de population[modifier | modifier le code]

Les Estoniens ont subi des déplacements de population massifs en Russie (Oblast de Léningrad) pendant la première moitié du XVIIIe siècle après l'annexion des pays baltes par l'Empire russe pendant la grande guerre du Nord, notamment en raison du besoin d'exploiter les territoires d'Ingrie. Au XIXe siècle, toujours dans le but d'exploiter les terres de nouveaux territoires, de nombreux Estoniens furent déplacés en Sibérie, dans le Caucase, en Crimée et dans l'Extrême-Orient russe ; les paysans estoniens ont également été recrutés dans des fabriques de Riga et Saint-Pétersbourg[25]. En 1860, la présence d'une importante communauté d'Estoniens à Saint-Pétersbourg mena à la construction de l'église luthérienne Saint-Jean.

Après la reconnaissance de l'indépendance de l'Estonie par la Russie par le Traité de Tartu, qui mit un terme à la guerre d'indépendance de l'Estonie en 1920, les Estoniens résidant en Russie eurent le choix d'obtenir la citoyenneté estonienne et de retourner dans leur patrie. Environ 230 000 Estoniens vivaient en Russie à ce moment-là. Entre 1920 et 1923, seulement 40 000 d'entre eux obtinrent l'autorisation de quitter l'URSS pour retourner en Estonie[26]. Dans le cadre de la politique de Korenizatsiya (en) de l'URSS, les Estoniens purent s'organiser en selsovets dans l'Oblast de Léningrad et en Sibérie[27], mais ces selsovets furent abolis en 1936-1937, et beaucoup d'Estoniens subirent des répressions politiques[27].

Au début de la Grande Guerre patriotique, plusieurs milliers d'Estoniens furent évacués dans les régions orientales de l'URSS. Pendant la Seconde Guerre mondiale en 1944, quand l'Armée soviétique envahit l'Estonie (voir Occupation des pays baltes par l'URSS (1944) (en)), beaucoup d'Estoniens fuirent à bord d'embarcations par la mer Baltique. Nombre de ces réfugiés atterrirent en Suède ou en Allemagne, d'où ils gagnèrent le Canada, le Royaume-Uni, les États-Unis ou l'Australie[28], et des descendants de ces réfugiés ont pu revenir s'installer en Estonie après l'indépendance de l'URSS en 1991. Après 1944, les soviétiques déplacèrent des milliers d'Estoniens de leur patrie à la République socialiste soviétique autonome des Komis, à l'Oblast de Kirov et au Kazakhstan.

L'année 1955 voit le début de la réhabilitation des Estoniens et de leur rapatriement petit à petit[29] en République socialiste soviétique d'Estonie. Après la chute de l'URSS, beaucoup d'Estoniens choisirent de retourner vivre en Estonie.

De nos jours, un nombre croissant d'Estoniens choisit de travailler à l'étranger, ce qui fait de l'Estonie le pays d'Europe au plus haut taux d'émigration[30]. Le pays tente d'enrayer ce phénomène en lançant des politiques de natalité et d'incitation au rapatriement, notamment la campagne Talendid koju! (Ramenez vos talents à la maison!)[31].

Diaspora[modifier | modifier le code]

Comme pour leurs voisins baltes, il existe une importante diaspora estonienne, notamment depuis la fin de la Seconde Guerre mondiale.

Sur les 1 100 000 Estoniens dans le monde, environ 930 000 vivent en Estonie soit 85 % ; les 15 % restants habitent pour l'essentiel au Brésil, en Russie, aux États-Unis (25 000), au Canada, en Suède et en Finlande (plus de 10 000).

Culture[modifier | modifier le code]

Costume nationaux estoniens.
Article détaillé : Culture de l'Estonie.

Littérature[modifier | modifier le code]

La littérature estonienne commence à émerger au XIXe siècle, Friedrich Reinhold Kreutzwald en étant le pionnier. Parmi les auteurs estoniens les plus emblématiques, on peut citer Gustav Suits, Friedebert Tuglas, Anton Hansen Tammsaare, Oskar Luts et Jaan Kross[32].

Musique et danse[modifier | modifier le code]

Les Estoniens ont une forte tradition de musique et de danse ; les chants et danses baltes sont inscrits au Patrimoine culturel immatériel de l'UNESCO[32].

Arvo Pärt, compositeur contemporain estonien, est à l'origine du style tintinnabuli[32].

Références[modifier | modifier le code]

  1. (et) Statistiques Estonie, « Population par nationalité ethnique » (consulté le 2 mars 2017).
  2. (en) Statistics Finland, « Population » (consulté le 2 mars 2017).
  3. (en) Bureau du recensement des États-Unis, « Total ancestry categories tallied for people with one or more ancestry categories reported 2013 American Community Survey 1-Year Estimates » (consulté le 2 mars 2017).
  4. (sv) « Eestlased Rootsis ».
  5. (en) « Canada-Estonia relations », sur Gouvernement du Canada (consulté le 2 mars 2017).
  6. (ru) « НАЦИОНАЛЬНЫЙ СОСТАВ НАСЕЛЕНИЯ РОССИЙСКОЙ ФЕДЕРАЦИИ » [« Données du recensement de population de 2010 de la Fédération de Russie »] [[xls]] (consulté le 2 mars 2017).
  7. (en) Australian Bureau of Statistics, « Australians' Ancestries »,‎ (consulté le 2 mars 2017).
  8. (de) « Ausländische Bevölkerung », sur Statistisches Bundesamt (consulté le 2 mars 2017), p. 65.
  9. (ru) Sergeï Soubbotine, « L'Estonie est le pays le plus athée du monde », RIA,‎ (lire en ligne).
  10. (en) V. Laitinen, P. Lahermo, P. Sistonen et M.-L. Savontaus, « Y-Chromosomal Diversity Suggests that Baltic Males Share Common Finno-Ugric-Speaking Forefathers », Human Heredity, vol. 53, no 2,‎ (lire en ligne).
  11. (en) Mary Kate Simmons, Unrepresented Nations and Peoples Organization: yearbook 1995, La Hague, Londres, Boston, Kluwer Law International, , 547 p. (ISBN 90-411-0223-X, ISSN 1385-3546, lire en ligne), p. 141.
  12. (fi) Petri Kallio, Suomalais-ugrilaisen kantakielen absoluuttisesta kronologiasta, Virittäjä, .
  13. (fi) Jaakko HÄKKINEN, Kantauralin ajoitus ja paikannus: perustelut puntarissa, Helsinki, (lire en ligne), p. 92.
  14. a et b (et) Paul Ariste, Maakeel ja eesti keel, vol. 5, Eesti NSV Teaduste Akadeemia Toimetised, , p. 117-124.
  15. a et b (et) Jürgen Beyer, « Ist maarahvas (‚Landvolk‘), die alte Selbstbezeichnung der Esten, eine Lehnübersetzung? Eine Studie zur Begriffsgeschichte des Ostseeraums. », Zeitschrift für Ostmitteleuropa-Forschung, no 56,‎ , p. 566-593.
  16. a et b (en) Valter Lang, The Bronze And Early Iron Ages In Estonia, Estonian Archaeology 3, Tartu, University of Tartu Press, (lire en ligne [[PDF]]), p. 245.
  17. Georges Castellan, « Champonnois Suzanne, de Labriolle François, l'Estonie : des Estes aux Estoniens », Revue des études slaves, t. 69, no 4,‎ , p. 679-681 (lire en ligne).
  18. Georges Castellan, « Les pays Baltes, une terre disputée » (consulté le 5 mars 2017).
  19. (en) Mari Nelis et al., « Genetic Structure of Europeans: A View from the North–East », PLOS ONE, vol. 3, no 5,‎ .
  20. (en) Ernest Gellner, « Do nations have navels? », Nations and Nationalism (journal) (en), vol. 2, no 2,‎ , p. 365-370.
  21. a et b (en) Toivo U. Raun, « Nineteenth- and early twentieth-century Estonian nationalism revisited », Nations and Nationalism (journal) (en), vol. 9, no 1,‎ , p. 129-147 (DOI 10.1111/1469-8219.00078, lire en ligne).
  22. (en) Helmut Piirimäe, « Historical heritage: the relations between Estonia and her Nordic neighbors », dans M. Lauristin et al., Return to the Western world: Cultural and political perspectives on the Estonian post-communist transition, Tartu University Press, .
  23. (en) Leonid Bershidsky, « Why the Baltics Want to Move to Another Part of Europe », BloombergView,‎ (lire en ligne).
  24. « Nordic Estonia ».
  25. (en) Toivo U. Raun, Estonia and the Estonians, Hoover Press, , 2e éd., p. 72.
  26. (en) « Estonians in the Soviet Union in the 1920s and 1930s », sur estonica (consulté le 6 mars 2017).
  27. a et b (ru) P. M. Yanson, Minorités nationales de l'Oblast de Léningrad, Léningrad, Орготдел Ленинградского Облисполкома,‎ , 104 p. (lire en ligne), p. 22-24.
  28. (en) Evald Past (trad. Hillar Kalmar), By land and by sea, Torus Press, , 230 p. (ISBN 978-0-9867510-0-4, lire en ligne).
  29. (ru) « Composition ethnique de la population de Russie selon les données des recensements (en milliers de personnes) », Demoscop weekly,‎ (lire en ligne).
  30. (en) « The World Factbook », sur CIA (consulté le 6 mars 2017).
  31. (et) « Talendid koju! » (consulté le 6 mars 2017).
  32. a, b et c « Culture et arts Estonie », sur routard.com (consulté le 6 mars 2017).

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]