Jan Zamoyski

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Jan Zamoyski
Jan Zamoyski.PNG
Fonctions
Grand hetman de la Couronne (d)
à partir de
Chancelier de Pologne
-
Piotr Dunin-Wolski (d)
Mathieu Pstrokonski (d)
Secrétaire royal
à partir de
Gouverneur général (d)
Biographie
Naissance
Décès
Voir et modifier les données sur Wikidata (à 63 ans)
ZamośćVoir et modifier les données sur Wikidata
Formation
Activité
Famille
Père
Conjoint
Anna Ossolińska (d)Voir et modifier les données sur Wikidata
Enfant
Autres informations
Conflits
Siège de Pskov, siège de Wolmar (en), siège de Fellin (en), guerre polono-suédoise (1600-1611), bataille de Byczyna, Battle of Bucov (en), Siege of Weissenstein (en)Voir et modifier les données sur Wikidata
Jelita herb.svg

blason

signature de Jan Zamoyski

signature

Jean Sarius Zamoyski ( à Skokówka- (à 63 ans) à Zamość), magnat polonais, 1er ordynat de Zamość, secrétaire royal (1566), chancelier (1576), grand chancelier (1578), grand-hetman de la Couronne (1581), gouverneur général de Cracovie, gouverneur de Bełz, Międzyrzecz, Krzeszów, Knyszyn et Tartu.

Il fut un des ambassadeurs qui portèrent au duc d'Anjou (le futur Henri III), l'acte de son élection au trône de Pologne en 1573. Après le départ du duc d'Anjou, il fit élire Étienne Báthory. Il commanda les armées, battit les Russes et leur reprit diverses provinces.

Il fut un conseiller des plus proches des rois Sigismond II de Pologne et Étienne Báthory. Il fut également l'un des diplomates les plus qualifiés, l'un des politiciens et des hommes d'État les plus importants de son temps. Il refusa la couronne pour lui-même en 1587 et la fit donner à Sigismond III de Pologne avec qui il s'opposa très rapidement jusqu'à la fin de sa vie.

Il fonda la ville de Zamość en 1588.

Jeunesse[modifier | modifier le code]

Il est le fils de Stanisław Zamoyski, castellan de Chełmno, hetman de la Couronne, staroste de Beł et de Anna Herburt[1].

Il fréquente d'abord l'école à Krasnystaw, mais quand il a treize ans, il est envoyé étudier à l'étranger. De 1555 à 1559 il est page à la cour de France[2]. Déjà à ce jeune âge, il assiste à des conférences à la Sorbonne et au Collège de France[2]. En 1559, il visite brièvement la Pologne, puis étudie à l'Université de Strasbourg. Après quelques mois, il se rend à l'Université de Padoue, où en 1561, il étudie le droit. En 1563 il est élu recteur[3] du département des lois. Il reçoit un doctorat en 1564[1]. Au cours de ces années à l'étranger, il se convertit du calvinisme au catholicisme romain[1].

Au cours de ses études, il montre son intérêt pour la politique. À cette époque, il écrit De senatu Romano[4], une livre sur le gouvernement de la Rome antique.

Début de carrière[modifier | modifier le code]

Après son retour en Pologne en 1565, il est nommé à la chancellerie royale, et devient rapidement un des secrétaires favoris du roi Sigismond II[1]. En 1567, il commande un groupe de travail chargé de récupérer les terres dont se sont emparrés illégalement les membres de la noble famille des Starzechowscy[1]. Il procède également à la réorganisation des archives de la chancellerie[5],[6].

Après l'extinction de la dynastie des Jagellon en 1572 au cours de la Sejm électorale (session extraordinaire du Parlement de la République) il utilise son influence pour faire instituer la viritim election, ce qui signifie les nobles voteront pour désigner le nouveau roi[7].

Chancelier et hetman[modifier | modifier le code]

L'hetman Jan Zamoyski, par Jan Styka

Dans cette élection royale de 1573, il supporte la candidature d'Henri II de Valois (futur, Henri III de France)[8],[9]. Il fait ensuite partie de la mission diplomatique qui est envoyée en France pour signifier au nouveau roi son élection[9]. Il publie également une brochure vantant les mérites du nouveau roi, ce qui lui portera préjudice quand Henri abandonnera la Pologne pour rentre en France[8]. Au cours de l'élection de 1575, il sera le porte-parole de l'opposition au candidat des Habsbourg et défend la candidature de Étienne Báthory prince de Transylvanie, qui pour légitimer son élection épousera Anna Jagellon.

Le 16 mai 1576, Báthory remercie Zamoyski en lui accordant la charge de vice-chancelier[10]. Celui-ci participe aux côtés du roi à étouffer la rébellion de Danzig en 1576-1577.

En 1578, Zamoyski reçoit la charge de grand chancelier de la Couronne. Il participe à la préparation d'une guerre contre la Moscovie, de 1579 à 1581 où il finance un groupe de 400[1] ou 600[11]) mercenaires. Bien qu'il n'ait aucune expérience de l'art de la guerre, il apprend vite[1]. Avec le soutien de Báthory, il remplace le grand hetman de la Couronne Mikołaj Mielecki lorsque celui-ci se retire[1].

Zamoyski (en rouge) à la gauche d'Étienne Báthory à Pskov

En août de la même année, il s'empare de la ville de Velizh. En septembre, il participe au siège de Velikié Louki, et prend Zavoloc[1]. Le , il reçoit le titre de grand-hetman de la Couronne. Cette nomination est à l'époque sujet de controverse et semble illégale ou incompatible avec ses autres fonctions[1]. Il participe ensuite au Siège de Pskov, qui prend fin avec la Paix de Jam Zapolski, très favorable à la Pologne.

En , les soldats de Zamoyski capturent Samuel Zborowski, un noble condamné à mort pour assassinat et trahison, dont la sentence était en suspens depuis une dizaine d'années. Avec le consentement du roi, Zborowski est exécuté peu après[12]. Cette éxécution, bien que parfaitement légitime est vue par beaucoup des membres de la szlachta, notamment parmi les protestants, comme un acte de vengeance ou d'abus de pouvoir du monarque et rebondie sur Zamoyski, considéré comme l'instrument de cette vengeance.

Ce conflit politique entre Báthory, Zamoyski et la famille Zborowski, tourne à l'affrontement entre le monarque et la noblesse, et devient le prétexte d'une controverse majeure et récurrente dans la politique interne polonaise pendant de nombreuses années, allant jusqu'à perturber les séances de la Sejm.

Mort de Báthory[modifier | modifier le code]

Zamoyski à la bataille de Byczyna, par Jan Matejko

Après la mort de Báthory en 1586, deux camps s'affrontent pour sa succession. Le camp des partisans de Maximilien III de Habsbourg, soutenu par la famille Zborowski, et celui des partisans de Sigismond III Vasa qui se rallient autour de Zamoyski. L'élection royale de 1587 tourne en une brève guerre de succession.

Zamoyski organise alors la défense de Cracovie assiégée et vainc les forces de Maximilien III dans la bataille de Byczyna en 1588[13]. Maximilien est fait prisonnier et par le traité de Bytom et Będzin, renonce à toute prétention à la couronne polonaise.

Un peu plus tard dans cette même année, Zamoyski propose une réforme des élections royales, mais celle-ci n'obtient pas les faveurs de la Sejm.

En 1589 Zamoyski, dans son rôle d'hetman, tente d'empêcher les incursions tatares le long de la frontière sud-est, mais il n'obtient que peu de succès. Il élabore un plan pour faire de la Moldavie une zone tampon entre la République et l'Empire ottoman.

Le règne de Sigismond III[modifier | modifier le code]

Jan Zamoyski, huile sur toile de Bacciarelli, entre 1781 et 1786, musée national de Varsovie

Autrefois fervent partisan de Sigismond III, Zamoyski commence à prendre ses distance vis-à-vis du nouveau roi et de sa politique de rapprochement avec les Habsbourg. Zamoyski soupçonne le roi d'utiliser la Pologne comme un tremplin pour regagner la couronne suédoise, et de vouloir céder la couronne polonaise aux Habsbourg en échange de leur soutien en Suède. Sigismond craint le chancelier qui est protégé par les lois de la République. Impuissant pour le démettre de ses fonctions, il lui offre une prestigieuse charge de voïvode de Cracovie. Mais Zamoyski refuse pour ne pas avoir à démissionner de son poste de chancelier comme la loi l'y obligerait.

En 1590-1591 Zamoyski est considéré comme l'un des plus ardents adversaires du roi. Une querelle éclate publiquement entre le roi et le chancelier au cours de la Sejm de 1591[14], culminant dans un vif échange de mots et le départ du roi qui quitte l'assemblée. En dépit de leurs relations tendues, ni le roi ni le chancelier ne veulent une guerre civile et Zamoyski présente des excuses publiques au roi.

En 1594 Zamoyski ne parvient pas à arrêter une nouvelle incursion Tatare. L'année suivante lui est beaucoup plus favorable. En Moldavie, il est victorieux à la bataille de Cecora et aide l'Hospodar Ieremia Movilă à gagner le trône de Moldavie. En 1600, il lutte contre Michel Ier le Brave, hospodar de Valachie et nouveau prince de Transylvanie, qui a conquis la Moldavie quelques mois auparavant. Zamoyski est victorieux à Bukova et restaure Ieremia sur son trône. Il aide également son frère, Simion Ier Movilă à devenir le souverain de Valachie, répandant ainsi l'influence de la République dans la région.

En 1600, tout en s'opposant sur le plan politique à la guerre suèdo-polonaise (1600-1611), Zamoyski y prend part et commande les forces de la République en Livonie. Il capture plusieurs bastions suédois et s'empare de Valmiera le , Fellin le et Bialy Kamien le . Les rigueurs de la campagne, cependant, mettent sa santé à rude épreuve et il quitte le commandement de l'armée.

À la Sejm 1603, Zamoyski conduit l'opposition aux réformes de gouvernance proposées par Sigismond, qu'il soupçonne de vouloir transformer la République en monarchie absolue. Plus tard, il a s'oppose également aux plans de Sigismond pour intervenir dans la guerre civile qui sévit sur la Moscovie (Temps des Troubles et les Dymitriads). Il affronte Sigismond une dernière fois au cours de la Sejm de .

Zamoyski décède subitement le , victime d'un accident vasculaire cérébral. Il est inhumé dans la crypte familiale de la cathédrale de Zamość (en). Son fils unique, Tomasz Zamoyski hérite de sa fortune.

Mariages et descendance[modifier | modifier le code]

En 1571, il épouse Anna Ossolińska, mais sa femme et leur jeune fils meurent peu après, en 1572[5].

En 1577, il se marie avec Krystyna Radziwiłł (pl), fille du magnat Nicolas Christophe Radziwiłł. Ce membre d'une des plus puissante famille du Grand-Duché de Lituanie deviendra un proche allié[15]. Krystina décède en couche, en 1580[15].

En , Zamoyski se marie pour une troisième fois avec Gryzelda Báthory (en), fille de Christophe Báthory et donc nièce du roi Étienne Báthory.

En 1592, Zamoyski épouse en quatrième noce, Barbara Tarnowska (en) qui lui donne son unique enfant survivant:

Ascendance[modifier | modifier le code]

Postérité[modifier | modifier le code]

Le sermon de Skarga, huile sur toile de Jan Matejko (Zamoyski en haut à gauche)

Zamoyski a fait l'objet de plusieurs peintures et dessins. Plus particulièrement, il est l'un des personnages de deux tableaux magistraux de Jan Matejko : Kazanie Skargi (en) (en français : le sermon de Skarga) et Báthory pod Pskowem (en français : Báthory à Pskov).

Un homme politique et un chef militaire[modifier | modifier le code]

Cumulant les charges de chancelier (équivalant à la charge de 1er ministre) et de grand hetman de la Couronne (chef des armées), combinées pour la première fois dans les mains d'une seule personne, Zamoyski fut l'un des personnages les plus puissants du pays et un des hommes d'État les plus importants de l'histoire de la Pologne.

Même si sa carrière militaire a commencé par accident, pour pallier une situation d'urgence, Zamoyski est aussi connu comme l'un des commandants militaires polonais les plus accomplis. Dans ses choix stratégiques, il a favorisé les sièges, la préservation de ses troupes et le nouvel art occidental de la fortification et de l'artillerie.

La richesse et le mécénat culturel[modifier | modifier le code]

Au début du XVIIe siècle, Zamoyski se parvenu à réunir une fortune considérable. Ses terres qui couvraient 64 445 kilomètres carrés, comprenaient onze villes et plus de 200 villages, généraient un chiffre d'affaires de plus de 200 000 zlotys. Il était en outre le gardien royal d'une autre douzaine de villes et plus de 600 villages.

En 1580, selon les plans de l'architecte italien Bernardo Morando (en), Zamoyski fonde la ville de Zamość, qu'il conçoit et construit, comme une cité idéale. Il finance également la fondation de quatre autres villes : Szarogród, Skinderpol, Busza (en) et Jasnogród.

En 1589, Zamoyski crée l'Ordynacja Zamojska (en), domaine de la famille Zamoyski, de facto équivalent à un duché. Zamość en devient la capitale. Il soutient le développement économique de ses terres, en investissant dans l'industrie, en créant des scieries, des brasseries, quatre usines sidérurgiques, quatre verroteries.

En 1594, Il fonde l'université de Zamość (en), la troisième dans l'histoire de Pologne. Il rassemble une importante bibliothèque[16] et est le mécène de nombreux artistes, comme les poètes Jan Kochanowski, Szymon Szymonowic (en) et l'écrivain et historien Joachim Bielski (pl).

Personnalité[modifier | modifier le code]

Zamoyski n'est pas une personne profondément religieuse et sa conversion du protestantisme au catholicisme est essentiellement pragmatique. Tout en se montrant impitoyable pour les plus faibles que lui, Zamoyski est respecté par ses adversaires qui reconnaissent en lui le personnage intelligent, fin stratège et tacticien dans les affaires politiques et militaires, tout en étant un leader politique populaire. Il a administré le pays comme il a administré ses biens personnels, les faisant évoluer parallèlement. Après une guerre civile victorieuse, il aurait très bien pu renverser Sigismond III. Il a préféré agir dans les limites de la loi et éviter un affrontement qui aurait dévasté le pays et finalement ruiné ses propres ambitions.

Références[modifier | modifier le code]

Buste de Zamoyski au palais royal de Varsovie
  1. a, b, c, d, e, f, g, h, i et j (en) Mirosław Nagielski, JAN ZAMOYSKI herbu Jelita (1542–1605) hetman wielki, Wydawn. Bellona, (ISBN 9788311082755), pp.114 à 119
  2. a et b (pl) Sławomir Leśniewski, Jan Zamoyski - hetman i polityk, Bellona, , pp.9 à 15
  3. Biographie universelle, page 365
  4. Jan Zamoyski, De senatu Romano, (lire en ligne)
  5. a et b (pl) Sławomir Leśniewski, Jan Zamoyski - hetman i polityk, Bellona, , pp.20-26
  6. Par Jan Zamoyski, Jan Karol Sienkiewicz, La deffaicte des tartares et turcs..., J. Techener, , p. 6
  7. Par Jan Zamoyski, Jan Karol Sienkiewicz, La deffaicte des tartares et turcs..., J. Techener, , p. 7
  8. a et b (pl) Sławomir Leśniewski, Jan Zamoyski - hetman i polityk, Bellona, , pp.30 à 35
  9. a et b Par Jan Zamoyski, Jan Karol Sienkiewicz, La deffaicte des tartares et turcs..., J. Techener, , p. 8
  10. (pl) Sławomir Leśniewski, Jan Zamoyski - hetman i polityk, Bellona, , p.41
  11. (pl) Sławomir Leśniewski, Jan Zamoyski - hetman i polityk, Bellona, , p.54
  12. Par Jan Zamoyski, Jan Karol Sienkiewicz, La deffaicte des tartares et turcs..., J. Techener, , p. 15
  13. Par Jan Zamoyski, Jan Karol Sienkiewicz, La deffaicte des tartares et turcs..., J. Techener, , p. 12
  14. Jacques Auguste de Thou, Histoire universelle de Jacques Auguste de Thou, depuis 1543 jusqu'en 1607, (lire en ligne), p.592
  15. a et b (pl) Sławomir Leśniewski, Jan Zamoyski - hetman i polityk, Bellona, , pp.50-51
  16. Biographie universelle, page 371

Sources[modifier | modifier le code]

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