Al-Baqara

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2e sourate du Coran
La Vache
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Le Coran, livre sacré de l'islam.
Informations sur cette sourate
Titre original البقرة Al-Baqarah
Titre français La Vache
Ordre traditionnel 2e sourate
Ordre chronologique 87e sourate
Période de proclamation Période medinoise
Nombre de versets (ayat) 286
Ordre traditionnel
Ordre chronologique

La sourate Al-Baqarah (arabe : ‫البقرة‬, « la vache »), est la deuxième sourate selon l'ordre de 'Uthman (et la 87e suivant la commission de l'Azhar) et la plus longue du Coran. Elle comporte 286 ayat (versets), et le 282e verset est le plus long du Coran. Parmi tous les versets, deux sont particulièrement connus : le 255e, dit verset du Marchepied, et le 256e, qui affirme qu'il n'y a pas de contrainte en religion.

 Origine du nom[modifier | modifier le code]

Bien que le titre ne fasse pas directement partie du texte coranique[1], la tradition musulmane a donné comme nom à cette sourate La Vache, du fait d’un dialogue dans la sourate entre le prophète Moïse et le peuple juif à propos d’une vache, qu’ils devaient offrir en sacrifice (à ne pas confondre avec l’épisode du veau d’or dans la tradition musulmane)[2].

Période de proclamation[modifier | modifier le code]

Selon la tradition musulmane, cette sourate a été proclamée pendant la période médinoise, c'est-à-dire schématiquement durant la seconde partie de la vie de Mahomet, après avoir quitté La Mecque[3]. Les savants musulmans s'accordent pour dire que cette sourate occupe la 87e place dans l'ordre chronologique[4],[2]..

D'après l'exégèse scientifique cependant cette distinction en deux ensembles de sourates est peu probante puisque qu'elle fait reposer l'organisation du Coran suivant un ordre chronologique de proclamation, hypothèse hautement spéculative car elle repose sur les « convictions que le Coran n’a qu’un seul auteur, qu’il n’a aucun rédacteur, et qu’il reflète l’expérience d’une communauté ayant existé autour de Muḥammad, à la Mecque et à Médine, entre 610 et 632 »[5].Le « relatif consensus des spécialistes » admettant une élaboration du Coran « jusqu'à plus d'un demi-siècle après la mort du Prophète » principalement sur la mise en forme du texte mais pouvant aussi concerner les contenus, de ce fait la datation du Coran n'est pas formellement admise comme remontant à la fin de vie de Mahomet[6].

Le Coran est constitué de 114 sourates de longueurs inégales, présentées dans un ordre de longueur assez sensiblement décroissant, et non dans l'ordre chronologique des révélations. Dans l'ordre traditionnel, An-Nisa est la 4e sourate[3]. Les manuscrits anciens montrent des variations dans l'ordonnancement des sourates. Pour M.-A. Amir-Moezzi, « En sus de quelques variantes orthographiques et lexicographiques mineures, 22 % des 926 groupes de fragments étudiés présentent un ordre de succession de sourates complètement différent de l'ordre connu »[7]. Certains versets supprimées dans la forme canonisée du Coran ont été rajoutés au corpus des hadiths[8].

Interprétations[modifier | modifier le code]

Versets 30-39 : la prosternation des anges[modifier | modifier le code]

Les versets 30-39 illustre la polyphonie du texte coranique. Pour Azaiez, la multiplicité des locuteurs se rapprochent d'une forme scénique. ce style se retrouve dans les poèmes religieux syriaques[9].

Pour Dye, le texte coranique ne permet pas de comprendre la prosternation des anges devant l'homme. Dans le monde chrétien, cela s'explique par la création de l'Homme à l'image de Dieu et « les destinataires du message coranique étaient sans doute familiers des récits chrétiens et savaient pourquoi les anges devaient se prosterner. ». Il se pourrait sinon qu'il s'agisse d'une décision divine mettant en valeur un écart entre Dieu et Adam.[9] Pour Hilali, l'épisode de la prosternation pourrait être un test adressé aux anges.[9]

Imbert relève la présence d'un grafitto du IXe siècle mélangeant le verset 33 et un autre passage coranique. Pour l'auteur « cet usage rappelle l’extrême souplesse du texte coranique dans les deux premiers siècles de l’Hégire. »[9]

Pour Prégill, cet extrait est un exemple de réécriture du texte de la Torah pour le faire correspondre aux thématiques coraniques. L'auteur souligne les liens avec la littérature des différents monothéismes de l'antiquité tardive.[9] Reynolds associe davantage cette prosternation au christianisme, celle-ci n'étant pas une adoration sacrilège mais une préfiguration de la prosternation devant Jésus.[9]

Younes reléve une incohérence grammatical dans ce passage. « Cela suggère que les règles de la syntaxe arabe telles qu'elles se trouvaient dans le Coran étaient plus souples qu'elles ne l'ont été plus tard par les grammairiens arabes. ». Il relève aussi des différences de lecture éclairant la mise en place et le développement du système de la langue arabe[9].

Verset 178-179 : la loi du Talion[modifier | modifier le code]

Ces versets appartiennent à un ensemble de prescriptions. Ici, le Coran rappelle la réglé antérieure, celle du Talion provenant de la Torah (et dans tout le Proche-Orient) mais l’allège. Si il présente l'attitude que doit adopter le coupable, il doit être lu en parallèle avec le verset Q 5 :45 qui encourage au pardon.

Pour Zellentin, si la loi du talion peut s'appliquer vie contre vie, elle privilégie déjà dans le monde rabbinique une compensation financière. Dans le monde chrétien, le pardon est encouragé. Pour Dye, « Cela revient in fine à une combinaison d’attitudes rabbinique et chrétienne. Cette stratégie permet de se distinguer des juifs et des chrétiens et de proposer une voie susceptible de leur paraître attrayante. »[10] A la différence d'un auteur comme Ptolémée (Lettre à Flora), le Coran n'interdit pas l'application stricte de la loi du talion.[10]

Verset 255-256 : Nulle contrainte en religion[modifier | modifier le code]

Selon Azaiez, si la méthode d’analyse réthorique développée par Cuypers est appliquée au verset 255 dit du Trône, on remarque une symétrie concentrique de forme (ABCD / x / D’C’B’A’).. L'ensemble converge vers l'idée que « la connaissance de Dieu embrasse toutes choses »[11]

Le verset est un hymne de glorification de Dieu. Pour Dye, l'usage de l'expression "vivant et subsistant" « est lecalque d’une formule araméenne (qui reprend Ps 121:4) que l’on rencontre dans le livre de Daniel araméen (6:27) et dans le targum (palestinien) du Pseudo-Jonathan » El Badawi associe ce verset à l’évangile selon Mathieu dans sa version syriaque tandis que Grodzki y voit des réminiscence d'Isaïe et du psaume 121.[11]

Dye y voit un texte probablement liturgique tandis que Hilali confirme l'aspect indépendant de ce verset 255[11]. Pour Imbert, la plus ancienne version épigraphique de ce verset provient d'un palais ommeyade et date de 710. Dans un autre graffito, cette formule est suivie d'une malédiction contre celui qui l’effacerait. « La présence de ces malédictions après des citations coraniques nous rappelle que jusqu’à la fin de l’époque omeyyade, l’unanimité n’était sans doute pas encore faite autour d’une version unifiée et standardisée du texte: des amalgames ou des citations adaptées du Coran étaient encore courantes sur les pierres. Certains, semble-t-il, ne les appréciaient pas. »[11]

Le verset 256 "Nulle contrainte en religion" « a fait l’objet des interprétations les plus diverses, aussi bien dans la tradition musulmane que chez les historiens ». Pour l'auteur, « La question (politique) de la liberté religieuse ne me semble pas abordée ici. Par dīn, je comprends plutôt le jugement (autrement dit, le jugement, ou la décision, que l’on doit prendre sur la voie à suivre). Le texte explique que ce choix est naturel, pour ne pas dire évident. »[11]

Hadiths liés à cette sourate[modifier | modifier le code]

Un hadîth est une communication orale du prophète de l'Islam Mahomet. Ils sont compilés dans des recueils qui comprennent des traditions relatives aux actes et aux paroles de Mahomet et de ses compagnons. Plusieurs hadiths sont liés à cette sourate dont celles-ci :

« Le messager d’Allāh a dit : « Ne faites pas de vos maisons des cimetières. Satan, en effet, fuit la maison où on lit la sourate al-Baqara. »

— Abu Hurayra

« Le messager d’Allāh a dit : " Chaque chose a son sommet et le sommet du Coran, c’est la sourate al-Baqara. Celui qui la récite la nuit dans sa maison, le démon n’y entre pas pendant trois nuits de suite. Celui qui la récite le jour, le démon ne pénètre pas dans sa maison trois jours de suite." »

— Shal Ibn Sa‘d

« Un homme a dit : “Ô messager d’Allāh ! Enseigne-moi quelque chose qui me soit utile par la grâce de Dieu !’’ Il lui dit : ‘‘ Lis le verset du Trône (verset 255), car il te préserve toi et tes enfants et préserve ta maison et même les pièces qui sont dans les alentours.” »

— Ibn Mas‘ud

« Le messager d’Allāh a dit : « Gabriel est venu me voir et il m’a dit qu’un démon parmi les djinns ruse contre toi pour te nuire. Aussi, lorsque tu regagnes ton lit, récite le verset du Trône. »

— Al-Hassan

« Celui qui récite le verset du Trône dans un moment d’affliction sera secouru par Dieu. »

— Abu Qatada

« Le messager d’Allāh a dit : « Celui qui récite le verset du Trône à la fin de chaque prière rien ne l’empêche d’entrer au Paradis sinon la mort. »

— Abu Umama al-Bahili

« Le messager d’Allāh a dit : « Celui qui récite les deux derniers versets de la sourate al-Baqara au cours de la nuit, ils le protègent de tout. »

— Bukhari et Muslim

« J’ai entendu le messager d’Allāh dire : ‘‘À tout serviteur qui répète en subissant un malheur ce que Allah a ordonné de dire en cette circonstance : "Nous sommes à Allah et nous retournons à Lui (verset 156)", puis dit : ‘Ô Allah rétribue-moi pour mon malheur et accorde-moi ce qui en est meilleur !’, Allah lui donnera un bien meilleur que ce qu’il a perdu.’’ »

— Um Salama

Galerie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. André Chouraqui, Le Coran, traduction et commentaires, 1990, p. 15.
  2. a et b André Chouraqui, Le Coran : L'appel, France, Robert Laffont, , 625 p. (ISBN 2221069641)
  3. a et b Blachère R., Le Coran, 1966, p. 103.
  4. Organisation chronologique des sourates
  5. Gabriel Said Reynolds, « Le problème de la chronologie du Coran », Arabica, no 58,‎ , p. 477
  6. Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, Le Coran: idées reçues sur le Coran, Le Cavalier Bleu Editions, (ISBN 9782846706674, lire en ligne), p. 17
  7. Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, Le Coran: idées reçues sur le Coran, Le Cavalier Bleu Editions, (ISBN 9782846706674, lire en ligne), p. 22
  8. Michel Cuypers et Geneviève Gobillot, Le Coran: idées reçues sur le Coran, Le Cavalier Bleu Editions, (ISBN 9782846706674, lire en ligne), p. 23
  9. a, b, c, d, e, f et g Azaiez, M. (Ed.), Reynolds, G. (Ed.), Tesei, T. (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie. "QS 2 Q 2:30–39"
  10. a et b Azaiez, M. (Ed.), Reynolds, G. (Ed.), Tesei, T. (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie. "QS 3 Q 2:178–179"
  11. a, b, c, d et e Azaiez, M. (Ed.), Reynolds, G. (Ed.), Tesei, T. (Ed.), et al. (2016). The Qur'an Seminar Commentary / Le Qur'an Seminar. A Collaborative Study of 50 Qur'anic Passages / Commentaire collaboratif de 50 passages coraniques. Berlin, Boston: De Gruyter. partie. "QS 4 Q 2:255–256"

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]