Musique allemande

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher

La musique allemande semble tout entière vouée à la musique classique, tant du point de vue vocal qu'instrumental, bien plus que ses voisines, les musiques suisse ou autrichienne qui ont su conserver un folklore très riche. Si les peuples germaniques ont une tradition musicale remontant très loin dans le temps, elle semble s'être affirmée davantage ici au sein de la rigueur et de la joie allemandes. On constate ainsi la quasi-absence de musique traditionnelle au profit d'une musique populaire plus « crue » (à danser) ou d'une forme plus savante (à méditer).

Au moins jusqu'à l'unité Allemande (vers 1860 / 1870) il n'y a pas véritablement de différence entre musiques autrichienne et allemande: La notion d'Allemagne est floue et recouvre surtout une réalité linguistique et culturelle. Pour la période antérieure, on se reportera donc également avec profit à l'article Musique autrichienne.

Musique classique[modifier | modifier le code]

L'Allemagne a été profuse non seulement pour les compositeurs, mais aussi pour les chanteurs (Dietrich Fischer-Dieskau, Fritz Wunderlich, Waltraud Meier, Elisabeth Schwarzkopf), les instrumentistes (Clara Schumann, Artur Schnabel, Wilhelm Kempff) ou les chefs d'orchestre (Hans von Bülow, Wilhelm Furtwängler, Eugen Jochum, Otto Klemperer, Bruno Walter).

Forte de sa richesse poétique, l'Allemagne est la terre d'élection du lied et de l'opéra dont le Festival de Bayreuth reste le témoin annuel. Parallèlement, la symphonie et le poème symphonique y ont trouvé leurs lettres de noblesse.

Musique médiévale[modifier | modifier le code]

La cour des seigneurs est le lieu où se développe la musique au Moyen Âge. Les Minnesänger, les ménestrels en allemand, puisent leur inspiration dans la poésie lyrique française ou allemande et interprètent leurs compositions de cour en cour. Les Meistersinger, littéralement les maîtres chanteurs, s'illustrent entre les XIVe et XVIe siècles. Ils s'organisent en corporation et introduisent la polyphonie ; Heinrich von Meissen et Hans Sachs en sont les représentants les plus connus. Il convient aussi de citer Hildegarde von Bingen, qui a composé de nombreux chants d'inspiration mystique, et Walther von der Vogelweide, qui a inspiré les Minnesänger et les Meistersinger.

Musique de la Renaissance[modifier | modifier le code]

Sous l'influence de l'école franco-flamande, la polyphonie allemande se développe dans la seconde moitié du XVe siècle à travers les compositeurs Heinrich Finck et Thomas Stoltzer.
Au XVIe siècle, les chorals sont créés par Martin Luther pour le culte protestant et composés avec Johann Walther en allemand. Les chœurs liturgiques, à l'origine du lied et du singspiel, connaissent aussi des développements instrumentaux importants à travers la musique d'orgue, sous l'impulsion d'Arnolt Schlick, puis de Elias Nicolaus Ammerbach et de la famille Praetorius. Ce mouvement de la Renaissance musicale allemande donnera naissance un peu plus tard aux écoles allemandes d'orgue, qui auront notamment pour chefs de file Dietrich Buxtehude et Johann Pachelbel[1].
Au début du XVIIe siècle, Heinrich Schütz faisant le lien entre la Renaissance musicale et la musique baroque compose le premier opéra allemand, Dafne, œuvre malheureusement perdue.

Bach

Musique baroque[modifier | modifier le code]

Tandis que la musique s'émancipe de l'Église, le contrepoint sous les formes des toccatas et fugues prend un essor remarquable en Allemagne sous la plume des compositeurs. Johann Sebastian Bach, né en 1685 à Eisenach en Thuringe, est le maître de la forme pure. Compositeur prolifique de musique religieuse, sa musique n'a aucun rapport avec les mélodies populaires. Elle se caractérise par une forme pure et intériorisée[2]. Le deuxième fils de Bach, Carl Philipp Emanuel Bach, sans doute le plus doué de ses enfants, donne son essor à la forme sonate. Son petit frère Jean Chrétien Bach contribue à la sortie de la musique de sa période baroque et aura une influence certaine sur le jeune Mozart.
La musique baroque doit aussi beaucoup à Georg Friedrich Haendel, né à Halle en 1685, mais dont la majeure partie de la carrière se déroula à Londres. On lui doit des œuvres aussi connues que Le Messie ou la Water Music. Georg Philipp Telemann, ami de Haendel, est influencé par les musiciens français et italiens. Il compose des œuvres de musique de chambre, des œuvres religieuses et des opéras.
Au milieu du XVIIIe siècle, l'École de Mannheim, sous l'impulsion du compositeur germano-tchèque Johann Stamitz, contribue à mettre au point la forme moderne de la symphonie. Influencé par cette école, Christoph Willibald Gluck écrit des opéras épurés. Il déchaîne à la fois l'enthousiasme et la fureur des partisans de l'opéra italien. On peut aussi citer les compositeurs Johann Adolph Hasse et Johann Joachim Quantz.

Musique classique[modifier | modifier le code]

Beethoven

L'expansion de la musique symphonique se fait tant dans l'orchestration que dans l'écriture de plus en plus complexe, et non plus mathématique mais, dramatique à la suite de l'influence du Sturm und Drang. Le piano vient incarner cette évolution. C'est l'époque où apparaissent des lieds et des opéras en allemand. À la fin du XVIIIe siècle, le classicisme viennois s'avère décisif pour fixer les différentes formes de la musique classique[3]. Ludwig van Beethoven est le seul compositeur né en Allemagne des trois classiques de Vienne (Haydn, Mozart et Beethoven). Né en 1770 à Bonn, il invente un langage d'une grande expressivité qui contribue à dissoudre la rigueur formelle au profit du sentiment et de l'expression. En utilisant les dissonances notamment dans ses derniers quatuors, il manifeste son opposition aux normes classiques. Ses œuvres pour piano, ses symphonies, son unique opéra Fidelio restent des sommets de la musique classique. On peut aussi citer Johann Nepomuk Hummel, Ludwig Spohr.

Musique romantique[modifier | modifier le code]

Continuité du mouvement précédent, le romantisme porte à la gloire la musique allemande qui devient « universelle » ou un « pléonasme ». Du concerto au lied, de la symphonie à l'opéra, la musique se nationalise et se développe encore de manière qualitative et quantitative. Prestige et rivalité y sont autant personnel que national. La première partie du XIXe siècle, voit s'épanouir la musique romantique. Carl Maria von Weber écrit le premier opéra romantique allemand, le Freischütz. Felix Mendelssohn est un musicien classique par la clarté de son écriture mais un romantique par l'inquiétude de son inspiration. Robert Schumann, célèbre pour ses œuvres pour piano et ses lieder, est nourri de tradition germanique. Johannes Brahms, proche des Schumann incarne le romantisme allemand introverti.

Wagner

Richard Wagner renouvelle le genre de l'opéra. La musique est au service du drame. Elle doit créer un climat, d'où l'importance de l'orchestration. Le sommet de son œuvre est la Tétralogie, un cycle de quatre opéras fruit de 22 ans de travail[4].

On peut aussi citer Max Bruch, Carl Reinecke, Engelbert Humperdinck. À cheval sur deux siècles, Richard Strauss excelle dans le poème symphonique et dans l'opéra.

Musique moderne[modifier | modifier le code]

Période critique de l'histoire où nombre de musiciens et compositeurs ont à faire face au nazisme, qui mettra un frein à l'inventivité, au profit de la tradition. Le patrimoine musical souffre d'une récupération par le pouvoir nazi (voir l'admiration d'Adolf Hitler pour Richard Wagner et Anton Bruckner) et des compromissions avec le pouvoir nazi de personnalités comme Richard Strauss ou Carl Orff. Werner Egk, disciple d'Orff, laisse entrevoir l'influence d'Igor Stravinski dans son œuvre. Kurt Weill, d'abord attiré par la composition atonale, est ensuite influencé par le jazz mais revient vers la musique tonale[5] ; il collabore avec le dramaturge Bertolt Brecht. On peut aussi citer Hanns Eisler, Paul Hindemith et Karl Amadeus Hartmann, qui influencent Wolfgang Fortner. Ils sont en quête d'une « musique pure », bannissant tout pathos et toute expression personnelle et développent la musique sérielle. Leur musique n'a cependant jamais acquis une réelle popularité.

Musique contemporaine[modifier | modifier le code]

Cette période voit l'arrivée des instruments électroniques et l'abandon de toutes formes établies jusque-là. L'inventivité est déterminante et se rapproche par son matériel (mais non sa forme) de la musique populaire.

Guggenmusik

Musique traditionnelle[modifier | modifier le code]

La musique folklorique a évolué avec l'introduction de la Réforme protestante de Martin Luther et la naissance du choral, genre musical proprement luthérien, qui finit par influencer toute la musique populaire et qui marque aussi la naissance d'une musique spécifiquement germanique, libérée des influences françaises et italiennes.

Les cantiques et les chants de Noël (Weihnachtslieder) sont toujours très en vogue.

Musique de carnaval[modifier | modifier le code]

Il existe une très ancienne tradition de carnaval en Allemagne (Cologne, Mayence) qui a toujours été l'occasion d'un déferlement sonore cacophonique, mais qui s'est organisée peu à peu en petite formation du genre Guggenmusik (ensemble de fifres et de percussions) ou Trachtenkapelle (orchestre d'harmonie où les cuivres remplacent les fifres). On peut encore rapprocher ces ensembles du brass band (ensemble de cuivres et de percussions, dans les pays anglo-saxons).

Musique bavaroise[modifier | modifier le code]

Cette région montagneuse a su conserver des traditions musicales pastorales communes aux autres pays alpins. Dans les milieux urbains est née une musique orchestrale conviviale autour des Biergarten (litt. « jardin de bière », ou brasserie découverte) ; chaque brasseur a son ensemble attitré qui assure l'ambiance.

  • Volkstümliche Musik, appellation générique de la musique traditionnelle, par différenciation de Volksmusik qui est la musique populaire
  • Anklopfelweise, un chant de quête de l'Avent
  • Boarische, une danse locale
  • Gstanzl : un court chant satirique réservé aux hommes et parfois dansé sur un ländler (ou laendler)
  • Ländler, une danse traditionnelle des pays germaniques, à l'origine de la valse à la fin du XVIIIe et au début du XIXe siècles
  • Oompah ou blossmusik, une musique de fanfare avec des cuivres essentiellement
  • Schuhplattler, une danse locale, avec un jeu de mains aux pieds
  • Stubenmusik, une musique d'ambiance avec cuivres, accordéon, cordes et chant
  • Yodel (Jodel, en allemand), un chant typique des régions alpines

Instruments de musique[modifier | modifier le code]

Zither

Vents :

Zistern waldzither

Cordes :

Glockenspiel

Percussions :

Musique du IIIe Reich[modifier | modifier le code]

La propagande nazie s'est fortement impliquée dans le domaine musical sous forme de purge ou d'interdit de certains styles ou artistes, au profit d'une culture officielle, marquée du sceau du Reichsmusikkammer (« Chambre de musique de l'Empire »). L'expression Entartete Musik (« musique dégénérée ») a été appliquée aussi bien à des styles musicaux (atonalisme, jazz...) qu'à des musiciens en raison de leur style, de leurs origines ou de leurs opinions politiques. Tandis qu'étaient proscrits voire contraints à l'exil certains compositeurs comme Arnold Schoenberg, Hanns Eisler ou Paul Hindemith, d'autres ont été encouragés ou ont apporté leur soutien au régime nazi comme Richard Strauss, Carl Orff ou Hans Pfitzner.

Musique populaire[modifier | modifier le code]

La musique populaire est très variée et très prisée par les Allemands, qui aiment bien festoyer. Sans vouloir entrer dans un conflit de culture, ils ont su développer une musique « germanique » moderne ou actuelle qui sait s'adresser à toutes les couches de la société.

Cabaret[modifier | modifier le code]

Hérité de la France, pendant l'entre-deux-guerres, dans les milieux urbains, le cabaret s'est fortement développé sous l'influence de Bertolt Brecht avec des artistes tels Marlene Dietrich ou Karl Valentin. Il fut « éradiqué » par les nazis.

Schlager[modifier | modifier le code]

Mélange de variété et de folklore, c'est la musique populaire par excellence, retransmise quotidiennement sur les chaînes de TV allemandes (Hit-parade) et dansée aux quatre coins du pays.

Article détaillé : Schlager.

Rock allemand[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Rock allemand.

Le rock allemand a su éclipser les Anglo-Saxons en Allemagne. Appelé aussi Kosmische Musik (« musique cosmique »), il s'inscrit dans la lignée progressive (Can, Amon Düül, Popol Vuh, Tangerine Dream, Ash Ra Tempel) et fut un élément moteur de la musique électronique (Kraftwerk) avant-gardiste des années 1970. En 1972 est fondé le groupe Scorpions qui fera de l'Allemagne une nation importante pour le heavy metal et le hard rock. Plus tard, des groupes comme Accept et Helloween amplifièrent le succès des métalleux allemands lors des nombreux festivals de heavy metal comme par exemple le Wacken Open Air, plus grand festival du genre au monde. Parallèlement, des chanteuses au style prononcé parviennent à tracer un chemin particulier (Nico, Nina Hagen).

À la fin des années 1960, le premier tube international natif de la RFA, ‘The Witch’, interprété par les Rattles parvient à la seconde place du top anglais. Le style est baba, le son proche des Rolling Stones, les textes sont écrits en anglais. Seule originalité : le titre est bercé par les rires hystériques d’une sorcière.

Hamburger Schule :

Krautrock :

Neue Deutsche Härte :

Neue Deutsche Welle :

Electro/Techno[modifier | modifier le code]

Les plus grands noms de la scène electro sont en partie des allemands :

Bibliographie et liens[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Sous la direction de David Brabis, Allemagne, Michelin, 2004, p 88
  2. Le Grand Guide de l'Allemagne, Gallimard, 1997, p 34
  3. Sous la direction de David Brabis, p 89
  4. Sous la direction de David Brabis, p 90
  5. Sous la direction de David Brabis, p 91