Chambre de la musique du Reich

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La Chambre de la musique du Reich (Reichsmusikkammer) était une corporation de droit public du Reich allemand sous le régime nazi chargée du contrôle de la vie musicale allemande. C’était l’un des sept organes spécialisés de la Chambre de la culture du Reich (Reichskulturkammer), créée le 22 septembre 1933 et placée sous la tutelle du ministère du Reich à l'Éducation du peuple et à la Propagande.

L’adhésion à la Chambre était obligatoire pour exercer une activité professionnelle ou se produire publiquement, ce qui permettait au régime d’écarter les artistes qu’il considérait comme « dégénérés » ou « non allemands », notamment les Juifs.

Son rôle[modifier | modifier le code]

Note de l'Institut, signée par Peter Raabe (en) en 1935, pour imposer au musicien berlinois Werner Liebenthal la cessation de son activité professionnelle.

L’un des principaux objectifs de l’Institut - célébrer et promouvoir la « bonne musique allemande », en particulier celle de Beethoven, Wagner, Bach, Mozart, Haydn, Brahms, Bruckner, etc. - était de légitimer sur le plan culturel la prétendue suprématie mondiale de l’Allemagne. Ces compositeurs et leur musique étaient réinterprétés idéologiquement pour exalter les vertus allemandes et l’identité culturelle de l’Allemagne.

La musique et les compositeurs qui n’entraient pas dans la définition de la « bonne musique allemande » selon le RMK furent dénigrés avant d’être bannis. L’Institut proscrivit plusieurs grands compositeurs du passé, notamment ceux qui étaient juifs de naissance comme Mahler, Mendelssohn et Schoenberg, ainsi que Debussy, qui avait épousé une Juive. Interdite également la musique de compositeurs politiquement dissidents, comme Alban Berg. Furent également dénoncés comme dégénérés et furent interdits les compositeurs dont la musique avait été considérée comme sexuellement suggestive ou sauvage, c’était le cas d’Hindemith, de Stravinsky et d’autres.

Considérés comme dégénérés, le jazz et la musique swing furent proscrits. Le jazz fut qualifié de Negermusik (en) (« musique nègre ») et la musique swing fut associée à divers chefs de groupe et compositeurs juifs comme Artie Shaw et Benny Goodman. Proscrits également les compositeurs juifs de Tin Pan Alley comme Irving Berlin et George Gershwin.

Le Reichsmusikkammer fonctionnait également comme une guilde de musiciens, avec des compositeurs, des interprètes, des chefs d’orchestre, des professeurs et des fabricants d’instruments, obligés de se joindre à eux s’ils voulaient poursuivre une carrière dans la musique. L’adhésion pouvait être refusée pour des raisons raciales ou politiques. C’est par dizaines que des compositeurs, des auteurs-compositeurs, des paroliers et des musiciens se virent ruinés ou contraints à l’exil parce que, pour une raison ou une autre (souvent politique ou raciale), ils n’entraient pas dans les normes du RMK ou ne s’y conformaient pas. C’est ainsi que la carrière du célèbre compositeur d’opérettes Leon Jessel fut détruite quand l’Institut appela au boycott de sa musique avant de l’interdire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Elise Petit, Bruno Giner, Entartete Musik. Musiques interdites sous le IIIe Reich, Bleu Nuit, Paris, 2015, 176 p. (ISBN 2358840475)
  • (fr) Amaury du Closel, Entartete Musik. Les voix étouffées du IIIe Reich, Actes Sud, Arles, 2005, 574 p. (ISBN 2742752641)
  • (de) Hanns-Werner Heister et Hans-Günter Klein, Musik und Musikpolitik im faschistischen Deutschland, Fischer-Taschenbuch-Verlag, Francfort-sur-le-Main, 1984, 320 p. (ISBN 3-596-26902-4)
  • (en) Michael H. Kater, The Twisted Muse: Musicians and Their Music in the Third Reich, Oxford University Press, New York, 1999 (1re éd. 1997), 344 p. (ISBN 0195132424) [présentation en ligne]
  • (de) Fred K. Prieberg, Musik im NS-Staat, Fischer-Taschenbuch-Verlag, coll. « Fischer-Taschenbücher » nº 10 954, Francfort-sur-le-Main, 1991 (1re éd. 1982), 313 p. (ISBN 3-596-10954-X)

Articles connexes[modifier | modifier le code]