Hanns Eisler

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Eisler.
Timbre en son hommage pour le 70e anniversaire de sa naissance (RDA 1968)

Hanns Eisler, né le 6 juillet 1898 à Leipzig, mort le 6 septembre 1962 à Berlin (Est), est un compositeur et théoricien de la musique autrichien, élève d'Arnold Schönberg. Il est notamment connu pour avoir collaboré avec Bertolt Brecht sur plusieurs de ses pièces et mis en musique un grand nombre de ses poèmes. Il a en outre composé la mélodie de l'hymne national de l'ancienne République démocratique allemande, Auferstanden aus Ruinen, sur des vers du poète Johannes R. Becher.

Années de jeunesse et formation musicale[modifier | modifier le code]

Hanns Eisler est le troisième enfant de Rudolf Eisler (1873-1926) philosophe athée et Privatgelehrter (professeur à titre privé) d'origine juive, et d'Ida Maria, née Fischer (1876-1929), de confession luthérienne. Son frère Gerhart (1897-1968) sera un homme politique communiste. Sa sœur Elfriede, plus connue sous le pseudonyme de Ruth Fischer (1895-1961) participera à la fondation du Parti communiste d'Autriche (KPÖ), avant de rejoindre le Parti communiste d'Allemagne (KPD) dont elle sera l'une des dirigeantes. Son opposition, dès 1925, à l'évolution stalinienne du parti lui vaudra d'être exclue de l'Internationale communiste.

En 1901, la famille Eisler quitte Leipzig pour Vienne. Hanns grandit dans un environnement petit-bourgeois, où la musique et la littérature jouent un rôle central. Il fait ses études secondaires au Staatsgymnasium (lycée d'État) n° 2 de la capitale de l'Empire austro-hongrois. C'est dès cette époque sans doute qu'il s'initie au marxisme.
En 1916, il est enrôlé dans l'armée impériale. Son frère Gerhard ayant publié en 1914 des articles pacifistes, la famille était surveillée par la police secrète. Hanns sert d'abord dans un régiment d'infanterie hongrois, puis, jusqu'en 1918, dans une école d'officiers de réserve près de Prague, où il est mis par deux fois aux arrêts pour indiscipline, sans doute pour agitation politique.

De cette période datent plusieurs compositions musicales, dont l'oratorio Gegen den Krieg (Contre la guerre)[1].

Le jeune homme accueille avec joie la Révolution d'Octobre, qui, outre la victoire du communisme en Russie, signifie aussi la fin de la guerre, car l'ennemi russe étant de ce fait devenu neutre, les soldats pensaient qu'un seul front désormais assurerait la victoire aux Empires centraux et pour Eisler leur basculement vers la révolution.
Revenu à Vienne après la défaite, il étudie de 1919 à 1923 avec Arnold Schönberg en cours privés, tout en dirigeant des chorales ouvrières. Eisler fut un des premiers élèves de Schönberg à adopter la technique des douze sons (musique dodécaphonique). Il dédie à Schönberg sa Sonate pour piano op.1. En 1920, il épouse la chanteuse communiste Lotte Demant.

Berlin. Art engagé[modifier | modifier le code]

Hanns Eisler est attiré depuis l'enfance par les idéaux communistes (en partie sous l'influence de sa sœur et son frère) et cet élan marque sa création musicale.

C'est à partir de son installation à Berlin en 1925 que cette tendance vers une musique résolument politique se confirme. Berlin traverse alors un âge d'or pour les arts et les lettres et devient un creuset d'expérimentation dans tous les domaines artistiques et politiques, tandis que les années 1925-1929 marquent aussi le retour à la prospérité et à une stabilité relative en Allemagne. Eisler s'éloigne de la vision musicale sacralisée d'Arnold Schönberg et du post-romantisme qu'il juge « embourgeoisés ». Il s'oriente vers des formes musicales plus populaires, influencées par le jazz et le cabaret.

Il se rapproche du Parti communiste d'Allemagne, mais n'en sera jamais formellement membre. Son adhésion au communisme provoque sa rupture avec Schönberg. Il écrit à partir de 1927 des articles politiques dans le journal Die Rote Fahne (Le Drapeau rouge) et enseigne dans des écoles du soir du Parti communiste. C'est dans ce contexte qu'en 1929 il fait la connaissance de Bertolt Brecht, lui-même marxiste et « compagnon de route » du parti communiste, et entame avec lui une collaboration qui durera jusqu'à la mort du poète, en 1956.

Il compose ainsi la musique de plusieurs pièces de Brecht : Die Massnahme (La Décision, 1930), Die heilige Johanna der Schlachthöfe (Sainte Jeanne des Abattoirs, 1930), Die Mutter (La Mère, d'après un roman de Maxime Gorki, 1931), Die Rundköpfe und die Spitzköpfe (Têtes rondes et têtes pointues, 1933), Furcht und Elend des Dritten Reiches (Grand peur et misère du Troisième Reich, 1938), Leben des Galilei (La Vie de Galilée, 1938), Schweyk im zweiten Weltkrieg (Schweyk dans la Seconde Guerre mondiale, 1943).

Eisler et Brecht ont aussi composé ensemble des chants politiques qui ont joué leur rôle dans les années de la République de Weimar (1918-1933), comme le Solidaritätslied (le Chant de la Solidarité, 1932) du premier film parlant « prolétarien » Kuhle Wampe (Ventres glacés). Eisler dirigea aussi le cercle prolétarien intitulé « Matérialisme dialectique en musique ».

En 1933, il s'exile à Paris, où il rencontre les comédiens du groupe Octobre, et met en musique deux poèmes de Jacques Prévert : Histoire du cheval et Vie de famille. Eisler fait aussi un voyage à Moscou à cette époque.

Exil aux États-Unis, 1933-1948[modifier | modifier le code]

La musique d'Eisler, qui était communiste et demi-juif, et la poésie de Brecht, qui était communiste, furent bannies par le parti nazi en 1933, et les deux amis sont contraints à l'exil. Eisler voyage en 1935 en Tchécoslovaquie, à Paris, à Londres, et au Danemark, où il retrouve Brecht. Il donne une série de concerts aux États-Unis entre février et mai 1935, puis se rend à Londres. Le 7 décembre 1937, il épouse à Prague sa seconde femme Louise Anna Gosztony, dite Lou. Au tournant des années 1937 et 1938, ils se rendent à Madrid pour soutenir les républicains espagnols en lutte contre le fascisme franquiste. Dans le courant de l'année 1938, ils s'installent aux États-Unis.

Eisler y enseigne à la New School University de New York et compose de la musique de chambre expérimentale. Peu avant le début de la Seconde Guerre mondiale, il déménage à Hollywood, où il compose la musique de nombreux films (Hangmen Also Die (Les Bourreaux meurent aussi) de Fritz Lang, None but the Lonely Heart (Rien qu'un cœur solitaire, 1944) de Clifford Odets, The Woman of the Beach (La Femme sur la plage, 1946) de Jean Renoir.

En 1947 il publie Composing for the Films (Musique de cinéma) écrit en collaboration avec le philosophe Theodor Adorno. Eisler reprend la technique dodécaphonique (un exemple en est son quintette Vierzehn arten, den regen zu beschreiben (Quatorze manières de décrire la pluie), composé en l'honneur du 70e anniversaire d'Arnold Schönberg).

Ses œuvres essentielles de ces années sont la monumentale Deutsche Sinfonie (symphonie chorale en 11 mouvements reposant sur des textes de Brecht et d'Ignazio Silone, commencée en 1935, et qui ne sera terminée qu'en 1958) et un cycle de mélodies Hollywooder Liederbuch (1942-43), ainsi que d'importantes pièces de musique de chambre : 14 manières de décrire la pluie (1941), Nonett n° 1 (1939), Nonett n° 2 (1941), Septett n° 1 (1941), Septett n° 2 (1947), Symphonie de chambre (1940).

Berlin Est (1950-1962)[modifier | modifier le code]

Tombe d'Hanns Eisler au cimetière de Dorotheenstadt de Berlin, décorée de fleurs lors du cinquantenaire de sa mort, le 6 septembre 2012. Sa tombe est une Ehrengrab (« tombe d'honneur ») du land de Berlin.

Après 1945, la dégradation des rapports entre les États-Unis et l'URSS, puis le début de la guerre froide, vinrent compromettre le séjour américain de Hanns Eisler. Au contexte politique vint s'ajouter un conflit familial : Hanns Eisler et son frère Gerhart, qui résidait lui aussi aux États-Unis à l'époque, furent publiquement dénoncés par leur sœur Ruth Fischer comme des espions à la solde de l'URSS. Ruth Fischer était en effet convaincue que ses deux frères avaient une responsabilité dans la mort de son amant Arkadi Maslow, dont elle pensait qu'il avait été assassiné par le NKVD[2].

Hanns Eisler fut entendu par la commission de la Chambre de Représentants sur les activités anti-américaines, de même que Gerhart, que J. Edgar Hoover, chef du FBI, considérait comme une figure centrale de l'espionnage soviétique. Ruth Fischer témoigna à charge contre ses deux frères. Après deux auditions, Hanns Eisler fut accusé d'être « le Karl Marx de la musique » et un agent soviétique à Hollywood, et il fut donc inscrit sur la liste noire du cinéma. Il fut, comme de nombreux artistes compagnons de route, tel Brecht, contraint de quitter les États-Unis en 1948.

Il s'installa alors à Vienne, puis à Berlin Est. Il épousa sa troisième femme, Stephanie Peschl, en 1958. Il continua à composer, à enseigner au conservatoire Hochschule für Musik Hanns Eisler. Il composa en 1955 la musique du film Nuit et brouillard d'Alain Resnais (sorti en 1956) et, en 1959, celle de La Rabouilleuse de Louis Daquin d'après le roman de Balzac. Son projet le plus ambitieux, un opéra moderne sur le thème de Faust, fut attaqué par la censure communiste. Sa loyauté politique vis-à-vis du communisme fut mise en cause lors d'une série d'auditions. Ce climat politique et la mort de Brecht en 1956 assombrirent ses dernières années. En 1959 est créée sa Symphonie allemande. Il achève son œuvre ultime Ernste Gesänge (Chants graves), pour baryton et orchestre à cordes avant de mourir en 1962.

Œuvres principales[modifier | modifier le code]

  • Palmström (1924)
  • Divertimento pour quintette à vents op. 4 (1923)
  • Duo für Violine und Violoncello op. 7 (1924)
  • Zeitungsausschnitte op. 11 (1926)
  • Tempo der Zeit op. 16 (1929)
  • Kleine Sinfonie (Petite Symphonie) opus 29 (1931/32)
  • Sonatensatz für Flöte, Oboe und Harfe op. 49 (1935)
  • Quatuor à cordes op. 75 (1938)
  • Sonate für Violine und Klavier („Reisesonate“) (1937-38)
  • Gegen den Krieg (1936)
  • Cantates de chambre (1937)
  • Woodbury-Liederbüchlein (1941)
  • Deutsche Symphonie (1935-58)
  • Fünf Orchesterstücke (1938-40)
  • Symphonie de chambre opus 69 (1940)
  • Quintette Quatorze manières de décrire la pluie op. 70 (1941)
  • Premier septuor (1941)
  • Deuxième Septuor (1947)
  • Nonett Nr. 1 (1939)
  • Nonett Nr. 2 (1941)
  • Hollywooder Liederbuch (1942–1947)
  • Première sonate pour piano op. 1 (1923)
  • Deuxième sonate pour piano op. 6 (1924/25)
  • Klavierstücke op. 8 (1925)
  • Klavierstücke für Kinder op. 31
  • Sieben Klavierstücke op. 32
  • Sonatine (Gradus ad parnassum) op. 44
  • Variationen für Klavier (1941)
  • Troisième sonate pour piano (1943)
  • Huit pièces pour piano
  • Suites pour orchestre n° 1 opus 23, n° 2 op. 24, n° 3 op. 26, n° 4 op. 30, n° 5 op. 34, n° 6 op.40
  • Die Maßnahme opus 20 (1930-31)
  • Die Mutter (Brecht)
  • Musique de scène pour "Die Rundköpfe und die Spitzköpfe" ("Têtes rondes et têtes pointues") (Brecht)
  • Musique de scène pour "Schweyk im zweiten Weltkrieg" (Brecht)
  • Musique de scène pour "Galieo" (Brecht)
  • Musique de "Nuit et Brouillard" (1955)
  • Die Teppichweber von Kujan-Bulak (1957)
  • Ernste Gesänge (Chants graves), pour baryton et orchestre à cordes (1962)

Arrangement[modifier | modifier le code]

Avec Karl Rankl et Rudolf Kolisch, Hanns Eisler a réalisé un arrangement pour orchestre de chambre de la symphonie n° 7 d'Anton Bruckner dans le cadre des activités de l'Association pour les exécutions musicales privées fondée par Arnold Schoenberg en 1919.

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Ce qui signifie contre la guerre. Cette œuvre s'est perdue
  2. Michael Haas, Forbidden Music - Jewish Composers Banned by the Nazis, Yale University Press, 2013, pages 132-133

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Hanns Eisler, Johann Faustus, éditions Théâtrales, 2003 (traduction: I. Bonnaud, J. Stickan).
  • Hanns Eisler Gesamtausgabe (HEGA), Breitkopf & Härtel, Wiesbaden.
  • (en) Gerard Friedlandler, Vienna, Berlin, Paris, London. Growing up in Interesting Times, manuscrit, 1995.
  • (de) J. Schebera: Eisler. Eine Biographie in Texten, Bildern und Dokumenten. Schott. Mainz 1998.
  • (de) Ruth Fischer - Arkadij Maslow : Abtrünnig wider Willen. Aus Reden und Manuskripten des Exils. Hg. von Pete Lübbe. Vorw. Hermann Weber. München 1990. (Nachlassausgabe des Exilschaffens, mit Einleitung)
  • Friederike Wißmann, Hanns Eisler – Komponist, Weltbürger, Revolutionär, Édition Elke Heidenreich bei C. Bertelsmann, München 2012.
  • Horst Weber, "I am not a Hero, I am a Composer" Hanns Eisler in Hollywood, Olms Verlag, Hildesheim 2012.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Article connexe[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]