Poème symphonique

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Le poème symphonique est un genre musical destiné à un orchestre symphonique, sur un sujet littéraire, philosophique, pictural ou descriptif.

Définition[modifier | modifier le code]

Le poème symphonique est une composition orchestrale, généralement en un seul mouvement, de forme libre, inspirée par une idée extra-musicale poétique ou descriptive, très en vogue au XIXe siècle. C'est l'un des genres représentatifs de la musique à programme au XIXe siècle, au côté de la symphonie à programme et de l'ouverture à programme. La différence entre la musique à programme et le poème symphonique — appelé Sinfonische Dichtung ou encore Tondichtung (littéralement « poésie sonore ») dans la tradition germanique —, réside en ce que le poème symphonique, issu de l'ouverture de concert, s'organise en un mouvement alors que la symphonie à programme obéit au découpage traditionnel du genre symphonie. La Symphonie fantastique (1830) et Harold en Italie (1834) d'Hector Berlioz, la Sinfonia Domestica (1902) et Une symphonie alpestre (1911-1915) de Richard Strauss sont, par exemple, des symphonies à programme et non des poèmes symphoniques.

Principaux représentants[modifier | modifier le code]

En Allemagne, ce sont essentiellement Franz Liszt et son cercle de Weimar qui se font les ardents défenseurs de la musique à programme — héritiers en cela des conceptions berlioziennes. Franz Liszt forge le genre du poème symphonique lors de son séjour à Weimar.

Si les deux grands représentants du poème symphonique en Allemagne sont Franz Liszt (13 poèmes symphoniques, parmi lesquels Les Préludes (1845-1853), Mazeppa (1851), Prométhée (1850-1855), Hamlet (1858), etc.) et Richard Strauss (Don Juan (1888-1889), Ainsi parlait Zarathoustra (1896), Don Quichotte (1897), etc.), ce genre musical connaît un destin lié à sa nature, subissant les attaques des défenseurs de la musique pure (ou musique absolue), en tout premier lieu d'Edouard Hanslick, célèbre critique musical hostile à Wagner (et dépeint par ce dernier sous les traits de Beckmesser dans Les Maîtres Chanteurs de Nuremberg, 1861-1867). Le poème symphonique se fait souvent — notamment dans les pays de culture nordique ou slave — le vecteur d'une pensée « nationaliste » en musique (Jean Sibelius, Finlandia (1899-1900) ; Bedřich Smetana, La Moldau (1874-1879)) ou de fantasmes orientalisants (Nikolaï Rimski-Korsakov, Shéhérazade (1888)).

Mais il est aussi une forme d'expression de conceptions visionnaires du langage musical, introduites justement par une volonté descriptive, pour Sibelius toujours, qui y incorpore la voix dans Luonnotar (1913), et pour des compositeurs comme Modeste Moussorgski dans Une nuit sur le mont Chauve (1869-1886) ou encore, bien plus tard, un Georges Enesco avec sa Vox maris. Sergueï Rachmaninov porte le genre à un sommet, lorsque celui-ci commence à décliner, avec son Île des morts (1909). Le poème symphonique connaît également une existence réussie en France, en particulier grâce à Camille Saint-Saëns et ses quatre poèmes, Le Rouet d'Omphale (1869), Phaéton (1873), la Danse Macabre (1874) et La Jeunesse d’hercule (1877). Le Prélude à l'après-midi d'un faune (1894) de Claude Debussy se rattache aussi au poème symphonique, pris dans un sens très large, alors que La Mer (1905) s'apparente plutôt à une symphonie à programme.

Déclin[modifier | modifier le code]

Le poème symphonique paraît néanmoins tomber en une relative désuétude après la Première Guerre mondiale, à l'exception de quelques cas isolés. Dans l'ensemble, les compositeurs français lui préfèrent le ballet ; tandis qu'il revient à Darius Milhaud de revendiquer la fusion des deux genres avec son « poème plastique » L'Homme et son désir. Simultanément, l'esthétique de la Nouvelle Objectivité conquiert l'Allemagne. On peut dire que le poème symphonique décline en raison du désintérêt pour le grand orchestre post-wagnérien et d'une volonté générale de libérer la musique instrumentale de l'élément littéraire.

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Michel Chion, Le poème symphonique et la musique à programme, Paris, Fayard, collection « Les chemins de la musique », 1993, 349 p. (ISBN 2-213-02995-4)
  • Damien Ehrhardt, Les relations franco-allemandes et la musique à programme : 1830-1914, Lyon, Symétrie, collection « Perpetuum mobile «, 2009, 163 p. (ISBN 978-2-914373-43-2)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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