Montagne d'or (mine)

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Montagne d’Or
French Guiana tropical soil.jpg

Coupe dans le sol de Guyane, sur la route de Cacao.

Ressources
Exploitant
Compagnie Montagne d'Or (Columbus Gold / Nordgold)
Ouverture
2022 (prévisionnel)
Pays
Région
Subdivision administrative
Coordonnées
Localisation sur la carte de Guyane
voir sur la carte de Guyane
Mining symbol.svg

La Montagne d’Or (ou mine de la Montagne d’Or) est un projet d’exploitation minière d’une concession aurifère de l’Ouest de la Guyane française porté par la Compagnie Minière Montagne d’Or, une coentreprise de la société junior canadienne Columbus Gold, chargée de l’exploration et de la société russe Nord Gold, chargée de l’extraction.

Le projet est contesté par des citoyens, des élus et des associations, en particulier les organisations amérindiennes et le collectif Or de Question.

Situation générale[modifier | modifier le code]

Situation géographique[modifier | modifier le code]

Les concessions minières liées à l'exploitation de la « Montagne d'Or » se situent sur la commune de Saint-Laurent-du-Maroni, dans le département d'outre-mer français de Guyane. Elles se trouvent au sud de la ville de Saint-Laurent-du-Maroni à laquelle elles sont reliées par une route forestière de 120 km, passant par la Croisée d’Apatou. Elles sont situées à 180 km à l’ouest de Cayenne à vol d'oiseau[1]. Elles se trouvent en partie au sein d'une réserve biologique dirigée, entre les deux parties de la réserve biologique intégrale de Lucifer Dékou Dékou, avec au sud le massif de Dékou-Dékou, et au nord celui de Lucifer, zones où l’activité minière est interdite[2].

Situation géologique[modifier | modifier le code]

carte complète de la Guyane en vert et avec un carré en bas à droite représentant un zoom en beige et les secteurs concernés en vert pâle.
Carte de la Guyane avec la localisation du projet de mine « Montagne d'Or » entre les deux réserves biologiques intégrales.

Les concessions minières se trouvent dans la province géologique de ManaIracoubo, dans le bassin du fleuve Mana qui a son embouchure près de l'estuaire du Maroni, entre les villages d'Awala-Yalimapo et de Mana.

Le secteur de la « Montagne d'or » se trouve dans la région des « Terres Hautes » guyanaises, au Nord du « Plateau Central » à dominante granitique[3], dans une région composée de roches du Paléoprotérozoïque, et plus précisément du Rhyacien. Il s'agit de roches volcaniques (basaltes et rhyolites) qui appartiennent à la ceinture de roches vertes du Paramaca. Ces roches correspondent aux parties érodées d'une séquence d'arc volcanique, formé entre 2,18 et 2,13 milliards d'années. Au cours de la formation de la chaîne de montagnes transamazonienne, ces roches ont été plissées pour former des synclinaux séparés par un ensemble de granites de composition sodique, le complexe central de TTG (Tonalite, Trondhjémite, Granodiorite), daté entre 2,15 et 2,12 milliards d'années.

Sur ce secteur, les roches volcaniques sont composées de laves en coussins, témoignant d'éruptions sous-marines et de roches felsiques, témoignant d'éruptions volcaniques explosives. L'ensemble est recoupée par des intrusions de roches granitiques et des dykes de diabase tardif. Elles ont été fortement déformées selon une direction Est-Ouest. Une forte schistosité témoigne de l’aplatissement des roches dans une zone de déformation. Le métamorphisme régional varie du niveau des schistes verts supérieurs à celui des amphibolites inférieurs. La minéralisation forme deux zones principales, et deux zones secondaires. Elles sont disposées sous forme disséminée ou sous forme de veinules. L'or est associé à de la pyrite, de la pyrrhotite et de la chalcopyrite, dans une zone riche en chlorite et séricite.

La zone est dans une dépression topographique, entre deux reliefs importants que sont les massifs de roches vertes du plateau Lucifer et du massif Dékou-Dékou[3]. Côté nord les pentes sont progressives tandis que le versant sud du massif Dékou-Dékou est très abrupt[3]. Il comporte plusieurs secteurs de forte instabilité (déclarée ou potentielle), due à des altérations plus fortes au niveau des formations schisteuses, ayant provoqué des coulées de boue accumulées au pied du versant nord[3].

Le sol est composé essentiellement de roches altérées (saprolite et latérite) pouvant atteindre 50 mètres d’épaisseur. Sur ces sols latéritiques acides, la couche de terre végétale est très mince sur les zones lessivées et plus épaisse sur les zones protégées par un couvert végétal[4].

Historique du projet[modifier | modifier le code]

L'exploitation de l'or en Guyane existe depuis le milieu du xixe siècle et sur le site Paul Isnard depuis la fin du xixe siècle. Aujourd'hui, l'or est extrait soit de manière légale, soit de manière illégale et clandestine, directement dans la roche mère ou bien dans le lit des rivières.

Plusieurs gisements potentiels, plus importants et plus profonds ont été pressentis en Guyane [5] depuis les années 2000, dont celui de la Montagne d'Or confirmé par plus d’une cinquantaine de forages au diamant principalement réalisés par Guyanor et Golden Star Resources de 1996 à 1998[6],[7].

Avant 2008 Exploitation de l'or alluvionnaire et premières explorations[modifier | modifier le code]

Schéma représentant les propriétaires du secteur Paul Isnard, sous forme de cercles contenant leurs logos à 6 périodes entre 1994 et 2017.
Historique des entreprises propriétaires du secteur Paul Isnard entre 1994 et 2017.

Le site aurifère « Paul Isnard », du chercheur d'or du même nom, comprend des concessions minières exploitées depuis le XIXe siècle. La découverte d'or alluvionnaire dans la région daterait de 1873[8].

Plusieurs concessions sont instituées sur la zone entre le début et le milieu du xxe siècle et seront gérées entre autres par la Société d'études et d'exploitations minières de l'Inini (SEEMI)[9] et jusqu'en 1987 par la Compagnie Minière des Placers de l'Inini (COTMIG) sur les sites de Citron et Paul Isnard.

En 1975 le botaniste français Jean-Jacques de Granville cite pour la première fois la zone de Paul-Isnard comme étant d'un grand intérêt pour son patrimoine naturel[10].

Entre 1975 et 1995 le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) réalise un inventaire minier de la Guyane pour le compte du Ministère de l’Industrie[8]. En 1976, il repère pour la première fois des traces d'or dans le sol du secteur[8]. Au début des années 1980 Il se recentre sur la recherche de minéralisations en or et fait état de traces discrètes d' « hydrothermalisme précoce transposé par les tectoniques ultérieures […] soupçonnées dans [les secteurs de] la Montagne d'or dans la région de Paul-Isnard »[5] où des « disséminations sulfurées » et des « minéralisations discordantes polymorphes »[5] peuvent évoquer la présence de filons d'or. Ces gisements primaires nécessitent néanmoins pour leur mise en exploitation « une forte capacité industrielle » [5].

De 1986 et 1997, la Société de travaux publics et de mines aurifères en Guyane (SOTRAPMAG) continue à exploiter l’or alluvionnaire et installe une base vie dans le village de Citron, qui compte alors 150 personnes, avec une école et une infirmerie[8]. La société Guyanor est créée en 1993[11] et rachète en 1994 la SOTRAPMAG, propriétaire d'un total de 8 concessions minérales sur le site de Paul-Isnard valables jusqu'au 31 décembre 2018. Elle y exploite l'or alluvionnaire jusqu'en 1997, enregistrant chaque année des pertes d'exploitation[12].

En 1995 un arrêté du ministre de l'Agriculture définit la réserve biologique domaniale de Lucifer Dékou-Dékou pour une superficie de 110,818 ha[10].

Entre 1996 et 1998, puis en 2001, 2007 et 2008[8], la société Golden Star Resources et sa filiale Guyanor[7] continuent l'exploration, notamment au moyen de forages au diamant[6], et identifient un gisement aurifère potentiel important sur le site Montagne d′Or[13],[8]. Pendant ce temps, entre 2000 à 2008, la COTMIG continue l'exploitation de l'or alluvionnaire en payant une redevance à la SOTRAPMAG[13].

En 2004 une restructuration entre Golden Star Resources et Guyanor se met en place, afin d'éponger les dettes de cette dernière[14], et en 2005 Guyanor devient EURO Ressources[15]. En 2008, elle rachète ses parts et se dissocie de Golden Star.

2008-2010 Renouvellement du permis exclusif de recherche et transferts de la concession[modifier | modifier le code]

En 2008, le groupe EURO Ressources, au travers de la SOTRAPMAG, demande le renouvellement du Permis Exclusif de Recherches (PER) pour le site Paul Isnard et les 8 concessions de minerai d'une superficie de 140 km2[13]. Ils s'engagent dans le même temps à investir 600 000 supplémentaires en dépense d′exploration[13].

En novembre 2009, EURO/SOTRAPMAG conclut un accord à l'amiable avec Golden Star Resources concernant un litige sur la propriété du site Paul Isnard. Cet accord comprend le transfert de la SOTRAPMAG, demandeuse du Permis Exclusif de Recherches (PER), à Golden Star Resources en échange d'une redevance sur la production en or du site de Paul Isnard. Cette redevance est égale 10 % de la production (jusqu'à 2 millions d' onces) et 5 % de la production (entre 2 et 5 millions d'onces) multiplié par la différence entre le prix du marché de l'or et 400 $[16]. En décembre 2009, Golden Star Resources notifie EURO que le PER sera transféré à un tiers-parti : la SA Auplata, présidée par Jean-François Fourt, également président de de la société minière Luxembourgeoise OSEAD[17] active en Afrique. La transaction est estimée à 1 500 000 $ (750 000 $ pour le permis et 750 000 $ pour les concessions)[16].

2010-2014 Exploration par Columbus Gold[modifier | modifier le code]

Dès 2010, SOTRAPMAG entreprend un programme d'exploration par carottage du gisement[18]. Entre décembre 2010 et l'été, Auplata signe une joint-venture avec la société d'exploration et de développement aurifère canadienne Columbus Gold qui se transforme en rachat complet des concessions Paul Isnard par cette dernière[19],[20]. La SOTRAPMAG devient donc une filiale à 100 % de Columbus Gold[18].

Entre 2011 et 2013, Columbus Gold mène des travaux d’exploration minière plus poussés sur le filon de la Montagne d'or[8].

Durant l'été 2012, un arrêté ministériel crée la réserve biologique intégrale de Lucifer Dékou Dékou[10].

Fin 2012, Columbus Gold termine la 1re partie d’une série de sondages de prospection supplémentaires (15 824 m de carottage répartis en 45 sondages[21]) et conclut que le potentiel du site avait été sous-estimé (de 184 % selon l’entreprise[22]).

En 2013, Auplata détient encore près de 30 % des parts de Columbus Gold[23] et ne se départira de la totalité que début 2016[24]. En septembre 2013, Columbus Gold signe un accord avec Nordgold qui permettra à Nordgold de devenir actionnaire majoritaire (en acquérant 50,01 % des parts du projet « Montagne d'Or » et de certains autres titres miniers du projet Paul Isnard) en échange d’un apport d’au moins 27 millions de dollars sur 3 ans[25], et moyennant un paiement à Columbus Gold de 4,2 millions de dollars en espèces au plus tard le 21 mai 2014. Ces 4,2 millions de dollars constituent une contrepartie de l'achat par Columbus Gold d'une redevance sur le projet aurifère de Paul Isnard.

En novembre 2013, la société EURO Ressources transfert à Columbus Gold ses droits sur la redevance due par Auplata (selon l'accord signé avec Golden Star Resources) en échange de liquidités, revenu net de fonderie et des parts dans la société Columbus Gold. Fin 2016, EURO détenait approximativement 13,4 % des parts de Columbus Gold[26].

2014-2017 Études par Columbus Gold[modifier | modifier le code]

En 2015, sur la base des résultats d’une campagne de sondages par forage (« maille de forage aux 50 mètres sur toute l'étendue latérale du gisement et jusqu'à une profondeur verticale de 200 mètres, et inclut des forages aux 25 mètres sur certains secteurs prioritaires. » [27]), Columbus Gold finalise l'évaluation économique préliminaire du gisement [8]. Ce projet est présenté par ses promoteurs comme pouvant devenir la plus grande mine d’or de Guyane [27].

Fin 2015, la compagnie Iamgold lance une OPA et devient propriétaire à près de 90 % de la société EURO Ressources[28],[29]. Début 2016 la société Auplata reçoit la gestion de 7 des 8 concessions de la Montagne d'Or par amodiation de la SOTRAPMAG[30],[31],[32]. En juillet 2016, la SOTRAPMAG, qui exploite et explore le site depuis des décennies pour plusieurs entreprises-mère, et filiale de Columbus Gold depuis 2010, prend le nom de « Compagnie Minière Montagne d’Or »[8].

En juillet 2016, la « Compagnie Minière Montagne d'Or » se voit attribuer deux nouveaux permis exclusifs de recherche ( dit « Permis Bernard » - 29 km2 et « Permis Cigaline » 24,4 km2) sur les zones adjacentes à concession entourant le camp « Bœuf Mort » pour une durée de 5 ans. L'objectif pour la compagnie est d'étudier si le filon aurifère s'étend vers l'Est ou l'Ouest. Sur cette période, la société s'est engagée à investir respectivement 675 000 euros et 930 000 euros sur les permis « Bernard » et « Cigaline » [33].

En 2017 est publiée une étude de faisabilité qui démontre la possibilité de développement d'une exploitation minière à ciel ouvert susceptible de produire 237 000 onces d'or d'or par an (environ 7,3 tonnes d'or) pendant les 10 premières années à une teneur moyenne de 1,73 g/t[34].

2017-2018 Demandes d'autorisation et débats publics[modifier | modifier le code]

À l'automne 2017, la compagnie Nord Gold devient actionnaire majoritaire avec 55,01% des parts de la compagnie Montagne d'Or et nomme à sa présidence Pierre Paris[35].

Or alluvionnaire[modifier | modifier le code]

Le 29 juin 2017 est ouverte une enquête publique relative à la demande d’autorisation d’ouverture de travaux miniers (AOTM) concernant l’exploitation d’or alluvionnaire par la Compagnie Minière Montagne d’Or sur la concession no 215-C02/46, pour une durée d'un mois[36]. Le , elle est prolongée de 4 semaines, jusqu'au inclus[37]. Cette demande d'autorisation fait l'objet de beaucoup de contestations, parfois houleuses, de la part d'associations de protection de l'environnement et de représentants amérindiens[38],[39].

Mine industrielle à ciel ouvert[modifier | modifier le code]

Fin juin 2017, la compagnie Montagne d'Or saisit la Commission nationale du débat public pour l'organisation d'un débat sur le projet de mine industrielle, ce que cette dernière juge irrecevable début juillet[40]. Un mois après ce refus, la compagnie Montagne d'Or promet également un débat public au quatrième trimestre 2017 [41] après que l'association France Nature Environnement ait elle-même saisi la CNDP[40]. Début septembre 2017 la compagnie saisit à nouveau la commission pour demander la désignation d'un garant : sa demande est à nouveau jugée irrecevable tandis que la demande de France Nature Environnement est acceptée[40].

À la fin de l'été 2017, les actions menées contre le projet par le collectif « Or de Question » augmentent, avec notamment l'organisation d'un meeting intitulé « La vérité sur la Montagne d'Or » sur la place place des Palmistes devant 300 personnes[42].

Le dossier de demande d'autorisation pour la mine industrielle devrait être déposé par la Compagnie Montagne d'Or au quatrième trimestre 2017[43]. L'instruction des dossiers est prévue par la compagnie entre fin 2017 et début 2019[44]

Exploitation[modifier | modifier le code]

Le début de l'extraction par la Compagnie Minière Montagne d'Or est prévu en 2022[45].

Caractéristiques du site d'exploitation[modifier | modifier le code]

Ensemble de concessions « Paul Isnard »[modifier | modifier le code]

Carte en couleur et relief comprenant une zone centrale marron découpée en rectangles (bords bleus, mauves et rouges), et deux zones en vert (en haut et en bas) représentant deux massifs montagneux.
Carte détaillée des 10 concessions et des 2 PER.

Dix concessions minières entourent le projet « Montagne d'Or », dont 8 appartiennent au binôme Columbus Gold/Nord Gold (7 étant gérées par la société Auplata), et deux appartiennent à la société Tanon[46]. La superficie additionnée de ces concessions, toutes valables jusqu'au , mesure environ 150 km2[46]. La concession visée essentiellement pour l'exploitation industrielle du filon est la plus au Sud (no 215 - C02/46), qui comprend le camp de « Bœuf mort »[47]. La compagnie de la Montagne d'Or a par ailleurs deux permis exclusifs de recherches sur les zones dites « Bernard » et « Cigaline »[33]. L'ensemble se situe dans une zone de type 2 du Schéma Départemental d’Orientation Minière de 2011[48], définie suite à des discussions avec les sociétés titulaires des permis miniers de l'époque[10], une zone « de prospection et d’exploitation minières sous contraintes » compte tenu de la sensibilité des milieux. Les concessions (PER 75/9 et concession C02/46) dépassent au sud sur le massif de Dekou Dekou, dans la Réserve biologique intégrale de Lucifer Dékou Dékou, constituant une exception au type 0 (le reste de la réserve étant en type 0, interdite à l'exploitation minière)[48].

Le Code Minier stipule que les concessions minières instituées pour une durée illimitée (comme c'est le cas de la concession C02/46) expirent au [49],[9]. Il précise qu'une prolongation de 25 ans sera accordée sur simple demande auprès du Ministre en Charge des Mines et de la DEAL Guyane à condition que la personne qui la possède soit en mesure de justifier d'une production aurifère légale à cette date[9]. Dans le cas contraire, une nouvelle demande de concession devra être soumise au ministre chargé des mines et elle sera mise en concurrence[9].

Propriétaire En gestion[30] Numéro de concession Date d'octroi[46] Date de validité[46] Superficie approximative[30],[46] Acte institutif[30]
Compagnie Montagne d'Or amodiation au profit d'Auplata no 692 - C01/19 10/10/1919 31/12/2018 1,2 à 1,32 km2 Décision du 10 octobre 1919 du Gouverneur de la Guyane française instituant le permis d'exploitation de placer no 692
Compagnie Montagne d'Or amodiation au profit d'Auplata no 25 - C02/24 27/11/1924 31/12/2018 4,53 à 5 km2 Décision du 27 novembre 1924 du Gouverneur de la Guyane française, instituant la concession de mines de 3e catégorie no 25
Compagnie Montagne d'Or amodiation au profit d'Auplata no 214 (225?) - C01/46 21/05/1946 31/12/2018 17,41 à 18,47 km2 Arrêtés du 21 mai 1946 du Gouverneur des Colonies, Gouverneur de la Guyane française et du Territoire de l'Inini, instituant les concessions de mines d'or no 214, 215 et 216.
Compagnie Montagne d'Or - no 215 (226) - C02/46 21/05/1946 31/12/2018 16,07 km2 Arrêtés du 21 mai 1946 du Gouverneur des Colonies, Gouverneur de la Guyane française et du Territoire de l'Inini, instituant les concessions de mines d'or no 214, 215 et 216.
Compagnie Montagne d'Or amodiation au profit d'Auplata no 216 - C03/46 21/05/1946 31/12/2018 22,65 à 23,92 km2 Arrêtés du 21 mai 1946 du Gouverneur des Colonies, Gouverneur de la Guyane française et du Territoire de l'Inini, instituant les concessions de mines d'or no 214, 215 et 216.
Compagnie Montagne d'Or amodiation au profit d'Auplata no 217 - C01/48 14/06/1948 31/12/2018 24,5 à 25 km2 Arrêtés du 14 juin 1948 du préfet de la Guyane française instituant les concessions de mines d'or no 217, 218 et 219
Compagnie Montagne d'Or amodiation au profit d'Auplata no 218 - C02/48 14/06/1948 31/12/2018 25,73 km2 Arrêtés du 14 juin 1948 du préfet de la Guyane française instituant les concessions de mines d'or no 217, 218 et 219
Compagnie Montagne d'Or amodiation au profit d'Auplata no 219 - C03/48 14/06/1948 31/12/2018 24,82 à 25 km2 Arrêtés du 14 juin 1948 du préfet de la Guyane française instituant les concessions de mines d'or no 217, 218 et 219
Tanon - no 102 C01/32 28/12/1932 31/12/2018 5 km2
Tanon - no 145 C01/33 20/11/1933 31/12/2018 6,23 km2
Compagnie Montagne d'Or - PER Cigaline 6/07/2016 6/07/2021 24,4 km2 Arrêté du 6 juillet 2016 accordant un permis exclusif de recherches de mines d’or et de substances connexes (cuivre, zinc, plomb, argent et molybdène) dit « Permis Cigaline » (Guyane)[50]
Compagnie Montagne d'Or - PER Bernard 6/07/2016 6/07/2021 29 km2 Arrêté du 6 juillet 2016 accordant un permis exclusif de recherches de mines d’or et de substances connexes (cuivre, zinc, plomb, argent et molybdène) dit « Permis Bernard » (Guyane)[51]

Concession C02/46[modifier | modifier le code]

La concession visée se situe au bout d'une piste de 125 kilomètres depuis Saint-Laurent-du-Maroni et est aussi accessible par avion (1h de trajet depuis Cayenne) avec une piste d’atterrissage située à Camp Citron [8].

Gisement d'or[modifier | modifier le code]

Carte de la zone d'exploitation sur laquelle figure le projet de fosse d'exploitation en gris contenant le filon d'or en rouge, ainsi que la réserve biologique en vert en bas de la carte
Filon (3 g d'or/tonne) et projet d'excavation sur le site « Montagne d'Or ».

Le Bureau de recherches géologiques et minières mentionne le nom de « Montagne d'or » pour l'un de ses prospects dès les années 1950[52] et ce nom est gardé par la société Columbus Gold qui veut exploiter ce gisement.

Le gisement de la Montagne d'Or est un amas sulfuré (formé en association avec des volcans sous-marins), formant un gisement rare et souvent complexe (au contraire d'un filon d'or, faille remplie de dépôts minéraux, plus simples, plus petits et plus riches en or)[53]. L'exploitation du gisement primaire nécessite d'extraire la roche, de la broyer et de séparer l'or des autres minéraux [53].

L'évaluation de la quantité que pourrait produire la mine, ainsi que la qualité de l'or, a évolué au cours du temps :

  • selon un rapport de l'ONF datant de la fin des années 2000, la quantité d'or estimée à l'époque est relativement faible et la conjecture économique à ce moment n'était pas favorable à la mise en exploitation du gisement par une grande entreprise[54].
  • en 2013, une estimation publiée par Columbus Gold évoquait un potentiel de 5,37 tonnes d'or[27] ;
  • en 2015, Guyane 1re annonce une évaluation à 150 t, précisant qu'il s'agit de l'équivalent de la production totale officielle de toutes les mines de Guyane de 1985 à 2015[1] ;
  • en 2015 le porteur du projet annonce « 83,2 millions de tonnes de minerai titrant 1,45 gramme d'or par tonne (3,9 millions onces) selon une teneur de coupure de 0,4 gramme par tonne (0,4 g/t Au), et les ressources Inférées représentent 22,4 millions de tonnes de minerai titrant 1,55 gramme d'or par tonne (1,1 millions onces) selon une teneur de coupure de 0,4 gramme par tonne », soit un potentiel identifiées (selon l’évaluation faite à partir des sondages) de 155 tonnes d’or métal (=5 millions d’onces), et peut-être (selon lui) «  deux fois plus »[22] ;
  • en mai 2017, selon Columbus Gold, les ressources mesurées et indiquées sont estimées à 3,85 millions d'onces d'or, soit 85,1 millions de tonnes de minerai à 1,401 g/t, et les ressources inferrées sont estimées à 960 000 onces, soit 20,2 millions de tonnes à 1,484 g/t[34],[53].

Habitats naturels[modifier | modifier le code]

photo d'un arbre Pterocarpus officinalis dans une zone marécageuse de Guadeloupe
Moutouchi marécage dans une zone de forêt marécageuse.

Plusieurs types d'habitats sont présents sur la concession, selon le dossier de demande d'autorisation d'ouverture de travaux miniers déposé dans le cadre d'une exploitation secondaire[9],[55] :

Ce même rapport indique que la partie est du massif de Dékou-Dékou, en pente faible entre deux falaises, est un corridor biologique pour de nombreuses espèces[9].

Le rapport de présentation en vue de la création de la réserve biologique intégrale de Lucifer Dékou-Dékou signale que « la préservation de l'étage sub-montagnard du massif pourrait être compromise par l'ouverture d'une mine en bas de pente »[54].

Espèces[modifier | modifier le code]

L'étude menée par le bureau d'étude Biotope dans le cadre de l'étude d'impact de l'exploitation de l'or secondaire recense plusieurs espèces d'intérêts sur la zone[55].

Plusieurs espèces de plantes rares ou endémiques sont inventoriées : Cleome latifolia (rare en Guyane), Virola kwatae (endémique de Guyane), Diospyros ropourea (endémique de Guyane et du Surinam), Markea longiflora (espèce présente dans tout le bassin Amazonien par taches isolées), Ruellia schnellii (unique localité contemporaine connue), Leandra cremersii (endémique du massif Dekou-Dekou), Qualea rosea (courante, mais recherchée pour son bois)[55].

15 espèces de poissons ont été inventoriées dans les torrents (peu perturbés), les criques anciennement perturbées, et les plans d'eaux issus de l'activité aurifère, dont 5 espèces ZNIEFF : Rivulus holmiae, Crenicichla albopunctata, Harttiella lucifer (très rare, endémique de la région et très sensible à la dégradation de son habitat), Lithoxus planquettei, Ituglanis nebulosus[55]. Une nouvelle espèce du genre Ituglanis a également été découverte dans cette zone[55].

photo de la tête et du haut du corps d'un singe Atèle noir Ateles paniscus
Atèle noir, endémique du Plateau des Guyanes et très sensible aux perturbations anthropiques.

3 espèces d'amphibiens ZNIEFF, peu communes à rares, ont été identifiées : l'atélope de Guyane (Atelopus barbotini), l'allobate à flancs noirs (Allobates granti) et l'anomaloglosse des rives (Anomaloglossus degranvillei), toutes liées aux habitats de type torrents et forêts drainées sur pente[55].

Sur les 130 espèces d’oiseaux recensées, 35 sont protégées et sont des espèces déterminantes ZNIEFF. L'étude d'impact précise que, pour la majorité d'entre elles, ces espèces sont liées aux forêts primaires mais que 15 des espèces protégées se retrouvent dans les forêts secondaires lianescentes, très dégradées, soulignant que ces espèces trouvent là un substitut aux habitats naturellement présents aux bords des fleuves et des criques détruits par l'orpaillage[55]. Elle indique également qu'aucune espèce inventoriée n'est considérée comme rare, même si à l'échelle mondiale la forêt primaire qui leur sert d'habitat est en déclin[55].

11 espèces de mammifères non volants ont été inventoriées, dont l'Atèle noir (Ateles paniscus) et le Margay (Leopardus wiedii), particulièrement vulnérables, mais aussi le Singe hurleur roux (Alouatta macconnelli), l'Ocelot (Leopardus pardalis) et le Jaguar (Panthera onca)[55]. En plus, 36 espèces de chauves-souris ont été recensées, aucune espèce de chauves-souris ne faisant l'objet d'une protection en Guyane. L'étude note la deuxième mention de Molossops neglectus en Guyane, espèce très rare à échelle de l'Amérique du Sud et dont la biologie est totalement inconnue[55].

Projet de la compagnie Montagne d'Or[modifier | modifier le code]

Projet d'exploitation de l'or secondaire[modifier | modifier le code]

Description du projet[modifier | modifier le code]

Carte de la zone d'exploitation de l'or secondaire sur le site de la montagne d'or figurant 3 zones prévisionnelles sous forme de polygones violets et 8 polygones verts représentant les zones prospectées. Figure également en orange un cadre représentant la zone visée et un polygone qui y est inscrit représentant la zone déjà impactée, ainsi que les principaux cours d'eaux et pistes attenant au projet
Carte de l'exploitation d'or secondaire prévue sur 3 zones, ainsi que les sites prospectés par l'étude d'impact, au Nord du projet d'excavation de la mine à ciel ouvert.

Un projet d'exploitation de l'or secondaire (alluvionnaire) devrait s'étendre sur un kilomètre carré, réparti en 3 zones sur la concession no 215 - C02/46, au nord du projet d'excavation, pour une surface totale de 19 ha[9].

L'exploitation de l'or alluvionnaire devrait être gérée par l'entreprise locale Atenor[56] qui précise qu'« il n’y a aucune corrélation entre l’AOTM Bœuf-Mort et le Projet Montagne d’or », mais que les titres miniers se terminant en fin 2018 « il faut prouver qu’il y ait une ressource minière (…) pour justifier une petite présence d’or afin de poursuivre leur projet »[56]. Le Collectif « Or de question » dit « s’interroger sur les réelles motivations de cette demande (…) réservée aux artisans, mais sollicitée par une multinationale » [38].

L’exploitation prévue devrait se faire par lavage des matériaux à l'eau en circuit fermé, grâce à des lances haute pression et une grille de criblage[9]. L'utilisation de mercure n'est pas prévue pour cette exploitation, et les amalgames issus des anciennes exploitations seront raffinés à Cayenne[9]. L'exploitation de la zone visée est prévue pour durer 24 mois[9]. Sur ces zones, il est prévu de procéder à la déforestation de 7 ha de forêt primaire (le reste des surfaces forestières étant déjà considéré comme dégradé par les passages antérieurs, légaux et illégaux)[9]. Les trous d'exploitation doivent être rebouchés en fin d'exploitation en respectant l'ordre naturel (argile, gravier, déchets verts)[9].

Étude d'impact et enquête publique[modifier | modifier le code]

photo aérienne d'une exploitation d'or alluvionnaire en Guyane, représentant la zone excavée à gauche et les bassins de décantation à droite
Exploitation d'or en surface en Guyane.

La DEAL Guyane, pour le compte de l'autorité environnementale, a émis le un avis sur le projet d'exploitation de l'or secondaire[36]. Elle souligne la présence d'enjeux forts à très forts vis-à-vis de la faune et la flore (espèces endémiques, rares, protégées…), des milieux naturels (présence de forêt primaire malgré une partie dégradée), d'un risque naturel lié à l'instabilité des versants du massif Dekou-Dekou, d'un couloir écologique entre les deux réserves intégrales situées au nord et au sud, et de la qualité des eaux superficielles (notant que la plupart des criques sont déjà dégradées par l'activité aurifère précédente)[57].

Durant l'été 2017, une enquête publique relative à la demande d’autorisation d’ouverture de travaux miniers (AOTM) concernant l’exploitation d’or secondaire par la Compagnie Minière Montagne d’Or sur la concession no 215-C02/46 a été publiée[36],[37]. La période choisie pour cette enquête publique est contestée par les associations environnementales et des populations autochtones [38]. Le commissaire enquêteur organise par ailleurs une réunion publique en présence d'un représentant de la compagnie minière le [58], qui a « a viré à la cacophonie », les personnes présentes faisant part de critiques concernant essentiellement le projet de mine industrielle et non l'exploitation de l'or alluvionnaire[59].

Les principaux impacts, relevé par l'autorité environnementale à partir du dossier d'étude d'impact sont : « la destruction d'habitat et l'appauvrissement de la faune aquatique, le déboisement de 7 hectares de forêt primaire, le dérangement de l'avifaune et des mammifères, la modification du cortège d'espèces, l'érosion suite aux défrichement, l'augmentation des matières en suspension dans l'eau, la remobilisation de mercure, le risque de pollution, la dérivation des cours d'eau »[57]. Les mesures proposées par la Compagnie Montagne d'Or pour supprimer, réduire et si possible compenser ces impacts, et relevés par l'autorité environnementale sont : « l'évitement des zones les plus préservées, la limitation du défrichement, l'interdiction de la chasse, la conservation de la terre végétale et le stockage des andains, le comblement des fosses et la replantation (pour les zones non destinées à être réutilisées), la réhabilitation au fur et à mesure de l'exploitation, le nettoyage du site et la suppression de toutes les structures en fin d'exploitation, l'évitement de la partie amont préservée d'un des cours d'eau, [l'utilisation de] circuit fermé, [l'utilisation de] dérivation évitant les sections rectilignes supérieures à 50 m et les berges verticales, [l'utilisation de] bassins de décantation »[57]. L'autorité environnementale recommande par ailleurs la création d'une pépinière pour accompagner la revégétalisation des zones déboisées (indiquant que cet impact est sous évaluée par la compagnie) ainsi que d'effectuer la déforestation hors zone de nidification[57].

L'autorité environnementale souligne le manque occasionnel de lisibilité de l'étude d'impact et l'absence d'une appréciation des impacts de l'ensemble du programme de travaux dans le cadre du projet d'exploitation minière (mine à ciel ouvert) du secteur[57]. La compagnie Montagne d'or explique que cette demande est indépendante du projet d'exploitation de l'or primaire[60]. L'autorité environnementale conclut que ce projet n'entrainera pas d'impact supplémentaire important mais contribuera à augmenter l'état de dégradation du site (destruction d'habitats et dérangement d'espèces)[57].

De son côté, le collectif « Or de Question » a mis en place une plateforme électronique pour centraliser les avis des personnes opposées au projet. Celle-ci a récolté 7 613 avis, envoyés auprès du commissaire enquêteur, dont 87 % d'avis venant de France métropolitaine[39]. 86 % des personnes ayant répondu s'inquiètent des retombées du projet sur l'environnement et 55 % pensent qu'il ne produira aucun résultat positif du point de vue social et économique[39].

Projet de mine industrielle[modifier | modifier le code]

Description du projet[modifier | modifier le code]

Vue aérienne d'une mine d'or à ciel ouvert en Tanzanie où figure la forêt équatoriale en bas et le trou de la zone d'excavation proprement dit en haut à gauche
Mine d'or à ciel ouvert en Tanzanie.

Considérée comme un gisement à faible teneur en or, il est prévu de l'exploiter au moyen d'une mine à ciel ouvert[61]. Les infrastructures minières prévues par Columbus Gold devraient couvrir une surface de 8 km2[45]. La fosse prévue devrait être de 2,5 kilomètres sur 500 mètres ou 400 mètres[62] pour une profondeur de 400 mètres[63]. Elle sera exploitée selon des paliers de 10 à 15 mètres de hauteur[61].

La méthode d'exploitation passe par le déboisement et le décapage de la zone, le creusement de la partie superficielle (la saprolite - jusqu'à 50 mètres de profondeur) à la pelle mécanique, et le creusement de la roche dure à l'explosif[61]. Le sol de surface est mis de côté et stocké pour servir à la réhabilitation ultérieure du site. Les roches sont broyées, stockées sur le site[64], puis chargées sur des camions et transportées jusqu’à l’usine de traitement[61].

Le traitement du minerai devrait se faire à proximité du site d'excavation[62], par cyanuration et gravimétrie, et permettre de récupérer jusqu'à 95 % du minerai d'or [64]. La roche, réduite à l'état d'une poudre fine (inférieure à 100 microns), devrait être traitée par gravimétrie pour en extraire les particules les plus grosses, puis par cyanuration en cuve fermée[64]. La compagnie Montagne d'Or avance que les réactifs, dont le cyanure, seront recyclés, l'eau traitée et les roches entreposées dans un parc à résidu[64]. Les deux zones d'accumulation prévues seront isolées du sol par des géomembranes synthétiques étanches[62]. Ces deux zones d'accumulation devraient produire deux dômes de déchets de plus de 100 mètres de haut et un dôme supplémentaire de 70 mètres de haut contenant 54 millions de tonnes de boues traitées[65].

La compagnie Nord Gold espère extraire 6,7 tonnes d’or par an pendant douze ans (entre 2022 et 2034), soit une valeur estimée à plus de 3 milliards d’euros[65].

Étude d'impact et débat public[modifier | modifier le code]

Fin , la Compagnie Montagne d'Or adresse une lettre à la Commission nationale du débat public (CNDP) pour demander la désignation d'un garant dans le cadre de la concertation qu'elle souhaite organiser[66]. Les travaux, initialement estimés dans un courrier de à 266 millions d'euros, sont réévalués en juillet de la même année, devant la CNDP, à 80 millions d'euros[66]. Considérant ces changements de montants, ainsi que « l'importance des enjeux (...) de ce projet » et le fait « que le maitre d'ouvrage a décidé de ne pas saisir la CNDP au titre de l'article L121-8 », mais de demander uniquement la mise à disposition d'un garant, la commission la considère comme irrecevable[66]. France Nature Environnement voit dans le changement de montant une manœuvre pour passer sous le seuil réglementaire demandant un débat public (150 millions d'euros)[63],[67],[68]. La compagnie défend le fait que c'est la CDNP qui a jugé la demande qu'elle avait fait « de façon volontaire », comme irrecevable[69].

Début août de la même année, l'association France Nature Environnement saisit à son tour la commission [68],[40] afin qu'elle puisse éventuellement « organiser des réunions avec les habitants, nommer des commissions d’experts et commander des études complémentaires »[70]. À la suite de cette demande, la Compagnie Montagne d'Or publie un communiqué annonçant qu'elle organisera elle-même un débat public au quatrième trimestre afin de « de fournir une information claire et précise sur le projet »[70], ce à quoi l'association France Nature Environnement répond que toute consultation doit être organisée par une autorité indépendante [71].

Le , la Compagnie Montagne d'Or adresse à nouveau un courrier à la CNDP pour demander la désignation d'un garant dans le cadre de la concertation préalable qu'elle envisage d'organiser, précisant cette fois un montant total des travaux (bâtiments et infrastructures) dépassant 150 millions d'euros[72].

La CNDP délibère sur ces deux demandes le [40]. Elle considère une nouvelle fois irrecevable la demande de la compagnie, le projet relevant désormais de l'article L121-8 du code de l'environnement au vu des nouveaux montants précisés[72]. À partir de cette conclusion, la CNDP considère la demande de l'association France Nature Environnement comme recevable et ajoute qu'un débat approfondi n'est pas compatible avec le dépôt de la demande d'autorisation avant la fin de l'année 2017[73]. Elle décide donc que le projet fera l'objet d'un débat public qu'elle organisera elle-même sur le territoire de Guyane[73],[74] et désigne en octobre 2017 une commission particulière pour l'animer (présidée par M. Roland Peylet, président de la mission interministérielle pour la qualité des constructions publiques [75] et composée de Mme Claude Brévan et Messieurs Victor Bantifo, Eric Hermann, Jean-Claude Mariema et Yunaluman Thérèse)[40]

Travaux[modifier | modifier le code]

Sous réserve d'obtenir les autorisations, les travaux devraient commencer entre 2019 et 2021 et la mine pourrait être opérationnelle vers 2022 pour une durée de 12 ans[76].

Enjeux économiques et sociaux[modifier | modifier le code]

Le développement de ce projet minier s'insère dans le cadre économique de la Guyane, et en particulier de l'Ouest du territoire, où le taux de chômage atteint 22,3 %[77] en Guyane et 34,1 % à Saint-Laurent-du-Maroni (2016). En 2017, l’étude de faisabilité économique a été finalisée. Les demandes relatives à l’exploitation du minerai primaire n'ont pas été déposées (). Les retombées économiques pour l’État français ou la Guyane sont en cours d'évaluation : impôts indirects importants, rentrées fiscales directes plus limitées (car « actuellement (2015), la fiscalité sur l’or est très faible. »), contribution à l'émergence de filières industrielles dans l'Ouest de la Guyane. Le droit minier et la fiscalité minière sont en cours de réforme en France [78].

Rentabilité économique du projet[modifier | modifier le code]

Une analyse économique réalisée par WWF France en 2017, à partir des documents produits par la compagnie, montre une valeur actuelle nette du projet dans la moyenne des opérations minières de ce type (370 M$ après impôts avec un taux d’actualisation de 5 %), mais un taux de rentabilité interne dans la moyenne basse des projets miniers industriels (18,7 % avec un cours de l’or à 1 250 $/once)[79]. Selon cette analyse, les hypothèses retenues pour le calcul de ces valeurs sont fragiles (volatilité du cours de l'or, taux de change euro-USD et taux d’actualisation utilisé pour le calcul de la valeur actuelle nette)[79].

Selon le WWF, citant l'analyse réalisée par SRK Consulting pour Columbus Gold, toute fluctuation du cours de l'or de 1 $ par once entraînerait une variation de la valeur actuelle nette après impôts de 1,24 M$[79]. Selon cette même analyse, une évolution de 100 points de base du taux de change euro-USD (soit une variation d’un cent pour 1 euro) engendrerait une modification de 12 à 13 M$ de la valeur actuelle nette après impôts[79]. De la même manière, le WWF pointe aussi l'influence du taux d'actualisation du projet, prévu à 5 % contre 8 % préconisé par SRK Consulting[79]. Le WWF souligne que dans le cas très précis où les évolutions défavorables de ces variables seraient conjuguées, le projet serait déficitaire (malgré des subventions)[79], mais qu'en tenant simplement compte du taux de change calculé fin , « le projet ne correspondrait plus aux objectifs de rentabilité affichés par Nordgold »[79].

Le WWF indique dans son analyse que si la rentabilité économique du projet venait à baisser, les investisseurs pourraient tenter de réduire les coûts, ce qui pourrait avoir pour effet une « dégradation des conditions sociales pour les salariés, une plus forte pression sur les fournisseurs ainsi qu’une réduction des moyens dédiés à la préservation de l’environnement »[79].

La Compagnie Montagne d'Or défend la rentabilité du projet, mais reconnait que celle-ci sera plutôt basse[80]. Selon la compagnie, la méthode d'évaluation du cours de l'or sur trois ans est la plus utilisée alors que l'analyse du WWF repose sur une évaluation à 12 ans[80]. Elle indique également que le taux d'actualisation à 5 % est celui utilisé « dans les pays industrialisés, sans risque politique » et que, concernant le taux de change, « l'éventail s'est réduit, on est passé à 5 % d'écart » entre l'euro et l'USD[80]. Le directeur du développement de la compagnie précise que si la rentabilité est plus faible, c'est en raison du coût de la main d'œuvre et des exigences européennes[80].

Revenus publics/subventions publiques[modifier | modifier le code]

Plusieurs estimations des rentrées fiscales ont été avancées entre 2015 et 2017 :

  • d’après le journal les Échos « selon certaines hypothèses du projet  », l’entreprise pourrait verser annuellement plus de 5 millions d'euros de redevance aux collectivités locales (en incluant les cotisations sociales), 16 millions d'euros d’impôt sur les sociétés, et 30 millions d'euros de taxes sur les biens et services et de cotisations sociales[22] ;
  • selon la Compagnie Montagne d'Or en , les retombées peuvent comprendre 348 millions d'euros de cotisations sociales et 345 millions d'euros de retombées fiscales[81].
  • selon une note interministérielle obtenue par l'AFP fin de l'été 2017, les taxes associées à la production minière représenteraient 80,6 millions d'euros et celles à l’importation 325,5 millions d'euros, ce qui ferait de cette mine un projet « hors normes par ses aspects économiques » selon la même note[65] ;
  • selon une analyse économique menée par le WWF France en , les rentrées fiscales attendues par les promoteurs du projet s'élèveraient à 308 millions d'euros sur 12 ans (241 M€ en impôts sur les sociétés et 67 M€ en taxes locales sur l'or), bien que l'association s'interroge sur la réalité des montants[79]. La compagnie confirme peu après une estimation des impôts de 345 millions d'euros[80].

Le WWF France souligne que la fragilité du modèle économique pourrait avoir des répercussions sur les revenus publics, une baisse des résultats économiques du projet entrainant une baisse de l'impôt sur les sociétés payé par l'entreprise[79].

A contrario, le projet aurait un coût en termes de subventions publiques, sous forme de remboursement de dépenses ou de diminution de coûts payés par l'entreprise[79]. Le projet pourrait bénéficier d'une défiscalisation (valable en Guyane et dans tous les DOM) de ses investissements, estimée à 227 millions d'euros par le cabinet SRK Consulting[79]. Si le projet devait être raccordé au réseau électrique, il bénéficierait de tarifs avantageux via le mécanisme de contribution au service public de l'électricité, ce qui aurait un certain coût pour les pouvoirs publics sous forme de réduction des coûts d'électricité aux exploitants de la mine (voir infra)[79]. Les pouvoirs publics pourraient aussi avoir à investir partiellement dans une ligne à haute tension, et dans la piste reliant Saint-Laurent-du-Maroni et le site d'excavation[79]. Le WWF estime l'ensemble des subventions et financements prévus à 420 millions d'euros, payés par les contribuables[79]. Le directeur du développement de la compagnie estime que les avantages cumulés du crédit d’impôts et de la contribution au service public de l’électricité ne constitue qu'un montant de 129 millions d'euros[80].

Emploi et formations[modifier | modifier le code]

La Compagnie Minière Montagne d'Or a annoncé en que son projet pourrait créer 750 emplois directs et induire 3 000 emplois pour la Guyane[82],[45]. Ces affirmations vont au-delà de ce qui était annoncé en 2015 et 2016[22],[83]. Selon la Compagnie Montagne d'Or, 57 métiers (pour la production, l’usine de traitement, le suivi environnemental, les services administratifs et la gestion de la base-vie[84]) sont concernés par les 750 emplois directs[45]. Ceux-ci devraient être recrutés en priorité en Guyane[84]. Pour Carole Ostorero, de la Fédération des Opérateurs Miniers de Guyane, cette notion d'emplois indirects pourrait aussi recouvrir des « start-ups qui répondent au besoin de la mine » (utilisation du bois issu de la déforestation, ingénierie écologique et énergétique…)[83]. Sur les 750 emplois directs prévus par la compagnie, celle-ci annonce que 2/3 concernent des emplois nécessitant une formation spécifique, dont 350 conducteurs d'engins et 150 des techniciens, ingénieurs et informaticiens[85].

Les opposants au projet soutiennent le fait qu'une mine n'existe que durant une période donnée et les emplois également. L'écologiste surinamais Erlan Sleur, interrogé par le collectif "Or de question", ajoute que dans ce pays limitrophe, les personnes recrutées localement lors de l'implantation d'Iamgold ont été licenciées deux ans après au profit de guyaniens considérés comme plus qualifiés[86].

Au titre de la responsabilité sociale et environnementale, la Compagnie Minière Montagne d'Or inclut dans son projet un volet de compensation en termes de responsabilité sociale. Dans ce cadre, la compagnie souhaite mettre en place un plan de formation comprenant des volets pour les ouvriers et ouvriers qualifiés, un volet au niveau licence professionnelle pour les techniciens et un volet pour la formation de cadres[38]. Elle souhaite former une centaine de personnes par an[87]. L'Université de Guyane lance de son côté à la rentrée 2017 une licence professionnelle « Valorisation des ressources du sous-sol »)[88],[87] et a reçu de la part de la compagnie un « kit contenant du matériel d’exploration » (échantillons de roches, marteaux, boussoles, loupes)[87]. La formation des conducteurs d'engins « devrait démarrer en 2019 pour un début de mine en 2022 », à partir des filières existant en Guyane, tandis que les métiers de techniciens s'appuieront sur une formation lancée à l'automne 2017 à l'Université de Guyane[85]. La formation des ingénieurs est encore en phase de réflexion[85].

La compagnie Montagne d'Or estime que les emplois pourraient se pérenniser, notamment au travers de projets qu'ils ont sur trois autres gisements miniers potentiels[80].

Acceptation sociale[modifier | modifier le code]

Selon la Compagnie Montagne d'Or, on ne retrouve aucune population permanente autour du site minier, ni le long de la route d'accès (dès le kilomètre 20, à part un établissement touristique aux chutes Voltaire [8]. Outre les campements d'orpailleurs, les communautés locales les plus proches sont situées à Apatou, sur le fleuve Maroni, et à Saint-Laurent-du-Maroni. Des formations végétales basses et monospécifiques (essentiellement des bambous) sur les flancs du massif Dékou-Dékou ont cependant été remarquées par l'Office national des forêts fin des années 2010, et pourraient signaler la présence d'anciens villages amérindiens[54].

Deux séries de consultation ont été réalisées en 2014 et 2016 à Cayenne et Saint-Laurent-du-Maroni, et une troisième est prévue à l'automne 2017[45]. Le WWF souhaite que le projet fasse l'objet de davantage de concertation, précisant qu'il « faut associer la population et les ONG à ce débat afin de pouvoir mesurer l’acceptabilité locale et sociale »[89].

Selon Michel Jebrak, géologue consultant de Columbus Gold, l'acceptation sociale de la mine est inversement proportionnelle à la distance entre celle-ci et la personne concernée[83].

Le club cycliste de Matoury signe début août 2017 un contrat de sponsoring avec la Compagnie Montagne d'Or concernant le Tour de Guyane[90],[91],[92]. Rock Lefrançois, président de la Compagnie Montagne d'Or, a déclaré « nous souhaitons renforcer notre ancrage en Guyane », précisant qu'il allait mettre en place d’autres programmes de sponsoring et de contribution au développement économique, principalement dans l'Ouest guyanais[92].

Enjeux environnementaux[modifier | modifier le code]

La Compagnie Montagne d'Or met en avant une volonté de mettre en place une mine conçue « une approche socio-économique et environnementale responsable »[45]. Pour appuyer leur approche, Columbus Gold participe au groupe de travail mis en place par Emmanuel Macron pour définir « la mine du xxie siècle »[22], qui a donné lieu à un rapport publié en 2017[93].

Une étude d'impact environnemental doit préciser les impacts attendus et les mesures pour les éviter, réduire et compenser conformément au droit de l'environnement français et européen. Les autorités et les ONG étudieront avec attention ce document notamment en raison de la proximité d’une réserve biologique intégrale, comme le souligne le journal Les Échos[22].

Site Seveso[modifier | modifier le code]

Le projet tout entier est classé site Seveso en raison de la présence de cyanure destiné au traitement du minerai[94]. Selon la compagnie, les résidus issus du traitement par cyanuration seront traités, le cyanure recyclé, l'eau traitée et les roches entreposées dans deux zones d'accumulation isolées du sol par des géomembranes synthétiques étanches[62]. Elle prévoit que les digues retenant ces déchets résistent à des crues centennales[94](donc ayant chaque année, une probabilité de se produire de ) et assure qu'elle surveillera en continu les eaux souterraines pendant les cinq ans de réhabilitation grâce à différents points de forage[94].

Réhabilitation du site[modifier | modifier le code]

La Compagnie Montagne d'Or affiche son engagement de réhabiliter le site dès les premières années de production et assurera un suivi sur 30 ans[95].

Les forages permettant de suivre la qualité des eaux souterraines devraient rester sur site pendant 5 ans selon la Compagnie Montagne d'Or[65]. Cependant, selon l’association Ingénieurs sans frontières, les drainages miniers acides peuvent durer des centaines d'années et sont très difficiles à maîtriser[65].

Enjeux énergétiques[modifier | modifier le code]

L'énergie nécessaire à l'extraction, le transport et le broyage du minerai (constitué de roche dure, contrairement aux exploitations aurifères en Guyane jusqu'à présent) est estimée à 20 mégawatts par jour pour 2022, soit 20 % (selon l'association France Nature Environnement[96]) ou 8 % (selon la Compagnie Montagne d'Or [97]) de la production guyanaise de 2016, ou l'équivalent de la consommation journalière de Cayenne [98]. La Fédération des Opérateurs Miniers de Guyane demande que des investissements importants soient fait en matière d'installations énergétiques, et que la réécriture du Plan Pluriannuel de l’Énergie soit « favorable à l’implantation d’usines de production d’énergie »[83]. Elle soutient le fait que ces développements peuvent être structurants pour la région[83]. Le barrage hydroélectrique de Petit-Saut n'est pas capable de produire une énergie continue toute l’année, la saison sèche diminuant son rendement[99]. La construction d'un second barrage est une option envisagée[99], de même que la construction d'une centrale biomasse[98]. Selon le collectif « Or de question », « des demandes de rétrocession de 200 000 hectares de forêts primaires ont déjà été effectuées » pour alimenter une telle centrale [98].

Au Suriname voisin, les compagnies minières alimentent leurs mines par des sources renouvelables d'énergie construite pour l'occasion : le barrage de Brokopondo (retenue de 1 600 km2 produisant 180 mégawatts) pour Suralco et une ferme solaire pour Iamgold (5 mégawatts) [86]. Le collectif « Or de question » souligne le fait que ces barrages hydroélectriques produisent de grandes quantités de méthane à cause de la matière organique enfouie sous l'eau [86].

Le réseau électrique guyanais le plus proche est situé à plus de 120 kilomètres. Selon les sources, la construction d'une ligne électrique reliant le site de la mine au réseau régional serait prise en charge par la Compagnie Montagne d'Or[76],[97] ou par la collectivité[98]. Une analyse plus fine par le WWF des documents préparatoires au projet indique que les promoteurs envisagent de payer 40 millions d'euros sur les 70 que coûteraient les travaux (le reste étant pris en charge par les pouvoirs publics ou EDF)[79]. Il s'agirait d'une ligne 90 kV, similaire à celle reliant Saint-Laurent-du-Maroni et Cayenne.

En outre, en Guyane, les consommateurs d'électricité bénéficient d'un mécanisme de solidarité nationale (contribution au service public de l'électricité ou CSPE) qui leur permet d'accéder au tarif métropolitain (environ 0,1 €/kWh pour ce type de consommation industrielle). En 2014, la CSPE finançait 100 millions d'euros des 170 millions d'euros de dépenses d'EDF[100]. Selon le WWF France, le projet minier bénéficierait d'un prix d'achat de l'électricité de 0,113 euro/kWh soit, pour une consommation envisagée de 1 674 220 000 kWh, un gain pour l'entreprise de 129 millions d'euros par rapport à une énergie produite uniquement via une centrale thermique autonome au fuel[79].

Positionnements politiques et citoyens[modifier | modifier le code]

Positionnement politique[modifier | modifier le code]

Au niveau national[modifier | modifier le code]

En 2015, Emmanuel Macron, alors ministre de l'économie, visite le projet de site minier et soutient le développement d'une « mine responsable » sur le filon de la Montagne d'Or[101]. Il annonce à cette occasion que le gouvernement « va tout faire pour qu'un projet de cette envergure puisse voir le jour »[102]. Sa collègue ministre de l'environnement, Ségolène Royal, précise quelques jours plus tard que ces propos n'engagent que lui et qu'il faudra vérifier les promesses de la compagnie minière concernant les 3 000 emplois directs et indirects produits par l'exploitation[103].

Nicolas Hulot, ministre de l'environnement, prévoit une réforme du code minier à l'automne 2017[78]. En septembre 2017, selon des sources du magazine économique Challenges, le ministre serait opposé au projet mais « c'est l’Élysée qui va trancher »[104]. Il confirme cette opposition publiquement en novembre 2017 (quelques semaines après le soutien au projet réitéré par Emmanuel Macron), précisant que pour lui les impacts environnementaux ne peuvent être contrebalancés par un bénéfice économique « assez réduit »[105].

La ministre des Outre-mer, Annick Girardin, soutient la position des élus locaux d'organiser un débat sur le sujet en Guyane[106]

Au niveau local[modifier | modifier le code]

Le journal local Le Kotidien pose fin 2016 la question de l'implication des élus territoriaux, peu présents jusqu'à cette date aux conférences d'échanges sur le développement des mines en Guyane[89].

Début 2017, Hélène Sirder, première vice-présidente de la collectivité de Guyane déléguée au Développement Durable, aux Mines et à l'Énergie, défend le fait que « ce projet minier, c’est le développement de la Guyane »[107]. Suite à l'élection présidentielle française de 2017, le président de la collectivité de Guyane Rodolphe Alexandre, ayant rencontré le Président de la République, indique que le projet de mine « fera l'objet d'un débat très sensible »[78]. Il soutient le projet de mine industrielle, précisant qu'il « faut un vrai débat démocratique pour que les Guyanais puissent se réapproprier leurs potentialités »[108].

Léon Bertrand, maire de la commune de Saint-Laurent-du-Maroni sur laquelle se trouve le projet de mine, se déclare favorable au projet de mine industrielle, préférant « un projet d'exploitation légal encadré par la loi » à « un orpaillage illégal dont nous connaissons les ravages »[109]. Il précise qu’indépendamment de sa conviction personnelle, les Guyanais doivent être correctement informés et se prononcer eux-mêmes sur l'acceptabilité du projet[110]. Il justifie sa position par le fait qu'il aurait aimé « comme tout le monde que la biodiversité, que les métiers verts dont on nous rabâche la création depuis des années puissent exister » et que « au lieu d'avoir une catastrophe environnementale, nous risquons d'avoir une catastrophe humaine »[71].

L'association des maires de Guyane adresse fin une lettre au premier ministre demandant que la Commission Nationale du Débat Public « nomme un ou deux garants pour la tenue d’un débat organisé par les Guyanais, pour la Guyane », insistant sur le fait que ce débat doit être local et « co-construit entre les élus, les services de l’État, les socio-professionnels, les représentants de la société civile et la Compagnie Minière Montagne d’Or »[111].

Richard Joigny, pour le Parti progressiste guyanais, s'est dit opposé au projet[112].

Line Létard du parti politique guyanais Walwari se positionne contre ce projet minier, mais pas contre l'exploitation minière, soutenant que cette filière doit être développée « en partenariat étroit avec les politiques de ce pays »[113]. Elle se dit favorable à « une exploitation raisonnable et raisonnée de l'or guyanais par une compagnie minière de Guyane »[42].

Soutien[modifier | modifier le code]

Outre les positions politiques, le projet est soutenu par le Medef et la Chambre de commerce et d'industrie[114].

Opposition[modifier | modifier le code]

L'opposition au projet minier est organisée autour du collectif « Or de question » composé d'une centaine d'organisations[115],[116]. En , la Ligue des droits de l'Homme rejoint le collectif, jugeant que le projet risque d'avoir des impacts irréversibles sur l'environnement et sur les habitants. Elle demande un débat global et national sur le projet[115].

Le projet fait l'objet d'une forte opposition des populations autochtones de Guyane. Le Conseil Consultatif des Populations Amérindiennes et Bushinengué, ainsi que l'Organisation des Nations Autochtones de Guyane, ont annoncé fin 2016 être opposés au projet de mine industrielle sur le site de la Montagne d'Or[117]. La Fédération des Autochtones de Guyane (FOAG), membre du collectif[116], refuse « catégoriquement la naissance de ce projet qui entrainera une destruction massive de l’exceptionnelle biodiversité de la Guyane », soulignant les risques illustrés par des accidents qui se sont déroulés dans d'autres pays d'Amérique du Sud durant les années précédentes[38]. À l'occasion de la 7e édition des Journées des Peuples autochtones, 13 chefs coutumiers amérindiens sur les 15 présents se sont positionnés contre le projet de mine industrielle[118],[119]. La Jeunesse Autochtone de Guyane (JAG) a montré à plusieurs reprises son opposition au projet[118].

Une pétition lancée en par le collectif a récolté plus de 180 000 signatures à la fin , lors de la clôture pour la consultation publique de l'exploitation de l'or secondaire sur le site[120].

Les critiques des opposants au projet portent sur :

  • le manque de transparence et débat sur le projet ;
  • les atteintes directes à l'environnement[121],[118],[115],[39] (destruction de la biodiversité et des habitats naturels), à proximité de la réserve biologique de Lucifer Dékou-Dékou [65] ;
  • la crainte du risque de pollution par les déchets produits (notamment issu du procédé de cyanuration[122], mais aussi issu du drainage minier acide). Elle est notamment liée à une catastrophe survenue au Brésil voisin en 2015, lors de laquelle la rupture d'un barrage a libéré des millions de tonnes de boues cyanurées[65],[71],[70] ;
  • des doutes sur les retombées économiques (surtout à long terme) et envers les promesses d'emplois envisagés [121],[39] ;
  • l'atteinte aux droits coutumiers[115],[114] : le Conseil Consultatif des Populations Amérindiennes et Bushinengué critique le fait que les institutions et collectivités coutumières n'aient pas pu donner leur consentement préalable[121] ;
  • la rhétorique de la sécurisation du territoire face à l'orpaillage illégal par l'installation d'une industrie légale[123]. Le journal CQFD précise que les interactions entre le légal et l’illégal « ne sont pourtant un secret pour personne »[123]. L'auteur Yves Géry considère même qu'autoriser le projet de mine industrielle revient à donner informellement le droit de pratiquer l'orpaillage sauvage[122] ;
  • la crainte que ce projet incite d'autres compagnies minières dans la même voie [70].

Le collectif « Or de question » a publié une liste de 20 arguments d'ordre économique, écologique et social à l'encontre du projet de mine industrielle[124]. Il demande l'arrêt total du projet minier [80]. La Fondation Danielle-Mitterrand - France Libertés a annoncé à la fin de l'été 2017 soutenir le collectif[80] et lui a attribué le prix Danielle Mitterrand 2017[125].

En 2015, Laurent Kelle du WWF Guyane souhaite examiner des propositions concrètes sur les questions socio-environnementales, notamment de Nord Gold, car selon lui « les mines du xxie siècle, soit elles sont vraiment responsables, soit elles ont peu de chances de se mettre en place »[22]. En 2017, le WWF France a publié une analyse basée sur deux documents produits par la Compagnie Montagne d'Or : une évaluation économique préliminaire datant de juillet 2015, et une étude de faisabilité bancaire publiée en avril 2017[79]. Selon cette analyse, le projet Montagne d'Or est fragile économiquement, et bénéficierait de subventions massives sans lesquelles il serait dépourvu de rentabilité économique, amenant l'association à demander que des fonds publics ne soient pas mobilisés pour un tel projet « à faible durée et à très fort impact environnemental »[79].

Autres positions[modifier | modifier le code]

Gilles Kleitz, directeur du Parc amazonien de Guyane, souhaite qu'avant de délivrer un permis, des enquêtes soient menées pour « s’assurer que les investisseurs n’aient pas un lourd passif environnemental »[89].

Le secrétaire général aux affaires régionales, placé sous l'autorité du préfet de région, demande à ce qu'il y ait « une industrie minière qui soit la plus encadrée, la plus responsable, et la plus durable possible »[89].

La Commission nationale consultative des droits de l'Homme, organisme public indépendant, recommande la mise en place d'un moratoire sur le projet, suggère d'entamer une réforme du code minier, et demande le renforcement des moyens mis en œuvre pour lutter contre l'orpaillage illégal et la mise en place d'une étude de l'impact des exploitations d'or sur la faune et la flore[126].

Références[modifier | modifier le code]

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Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

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