Minette lorraine

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La minette est un minerai de fer lorrain formé d'oolithes de limonite liées par un ciment, le plus souvent carbonaté ; les débris et empreintes de fossiles marins sont très fréquents.

Le gisement[modifier | modifier le code]

Le gisement s'étend sur une quarantaine de kilomètres de large, le long d'une bande d'environ cent kilomètres allant du nord de Longwy au sud de Nancy[1].

Il s'est formé à l'Aalénien, début du Jurassique moyen[2].

Un des avantages du gisement lorrain consiste en la proximité de minerai acide (à gangue siliceuse) ou basique (à gangue calcaire). Les minerais basiques sont intéressants car« la plupart des principaux gisements du monde ont des gangue essentiellement siliceuses et il faut ajouter du calcaire (pour les minerais des Grands Lacs eux États-Unis, on a 50 % de fer, 10 % de silice et il faut ajouter 25 % de castine). En Lorraine on se contente de mélanger 4 tonnes de minerai à gangue calcaire avec une 1 tonne de minerai à gangue siliceuse ; on obtient ainsi une « basicité[5] » moyenne du minerai de 1,33, ce qui est très satisfaisant. Actuellement, [en 1962,] on extrait donc 80 % de minerai calcaire surtout en Moselle, à Briey et à Audun-le-Roman, et 20 % de siliceux à Longwy et Nancy. Mais les réserves, évaluées à 6 milliards de tonnes se partagent à peu près également entre les deux types[…]. On dispose en outre d'environ 1 milliard de tonnes de minerai pauvre de teneur 22 à 24 %[…] ». [6]

Exploitation[modifier | modifier le code]

Wagonnet, mine du val de fer à Neuves-Maisons

Avant le XIXe siècle, la métallurgie lorraine exploitait principalement des gisements alluvionnaires à fer fort (hématite) comme celui qu'on trouvait à Saint-Pancré[7]. Mais on a découvert en 1984, près de Nancy, un important site d'exploitation de la minette remontant aux VIIIeXe siècles[8].

Ce minerai est couramment appelé minette, diminutif du mot mine, à cause de sa teneur faible en fer (de 28 à 34 %) et de la haute teneur en phosphore (0,5 à 1 %), sous forme de phosphate de calcium (apatite). C'est à cause de la présence du phosphore que la minette lorraine n'a pu être exploitée massivement qu'au milieu du XIXe siècle, après la mise au point du procédé Thomas, permettant une déphosphoration efficace.

Le gisement lorrain fut alors classé parmi les plus vastes du monde et ses réserves furent estimées à six milliards de tonnes de minerai, susceptibles de contenir 1950 millions de tonnes de fer. En 1913, la production du bassin ferrifère lorrain dépasse les 41 millions de tonnes, dont 21 pour la Moselle et 20 pour la Meurthe-et-Moselle. La Lorraine était la deuxième région productrice au monde, derrière les États-Unis.

Après une durée d'exploitation d’environ un siècle et demi, la masse de minerai arrachée au sous-sol lorrain serait de trois milliards de tonnes. Cependant, la trop faible teneur en fer de ce minerai, sa teneur en phosphore et en arsenic encouragea les sidérurgistes à le remplacer peu à peu par des minerais d’outre-mer plus riches (teneurs moyennes de l'ordre de 60 %). En effet, une faible teneur en fer impose une plus grande consommation de combustible pour fondre la gangue stérile. La différence est sensible : en 1922, chaque unité de fer en moins dans le minerai amenait une dépense supplémentaire de coke de 30 à 40 kilos. La minette de Moselle, inférieure en teneur de 4 à 6 unités aux minerais de Meurthe-et-Moselle, conduisait à consommer 1 500 kilos de coke à la tonne de fonte, alors qu'en 1913, en Meurthe-et-Moselle, on considérait comme normale une dépense de 1 000 kilos[9].

Peu compétitive face aux minerais importés qui limitent la consommation de coke à 500 kilos à la tonne de fonte[10], les mines de fer de Lorraine ont peu à peu cessé d’être exploitées. La dernière à avoir fermé, en 1997, est celle des Terres Rouges à Audun-le-Tiche (Moselle).

Patrimoine[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

André Lauff, Le Sous-sol lorrain, Rétrospective 1950-2006, Éditions Fensch-Vallée, coll. « Mineurs au quotidien », (ISBN 2916782052)

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

Références[modifier | modifier le code]

  1. Charles Barthel, Terres rouges. Le Bassin minier du Grand-Duché de Luxembourg, 2004.
  2. http://www3.ac-nancy-metz.fr/base-geol/glossaire.php?idterme=28
  3. (en) Julius H. Strassburger, Dwight C. Brown, Terence E. Dancy et Robert L. Stephenson, Blast furnace - Theory and practice, vol. 1, New-York, Gordon and Breach Science Publishers, , 275 p. (ISBN 0-677-13720-6, lire en ligne), p. 221-239
  4. Jacques Corbion (préf. Yvon Lamy), Le savoir… fer — Glossaire du haut-fourneau : Le langage… (savoureux, parfois) des hommes du fer et de la zone fonte, du mineur au… cokier d'hier et d'aujourd'hui, 5, [détail des éditions] (lire en ligne), Tome 1, p. 421
  5. L'indice de basicité ic est calculé par le rapport suivant des concentrations massiques[3] :
    .
    On simplifie souvent en se contentant de calculer un indice de basicité simplié i, égal au rapport CaO / SiO2[4].
  6. J. Beaujeu-Garnier, « La sidérurgie française », L'information géographique, vol. 26, no 3,‎ , p. 99 (lire en ligne)
  7. http://www3.ac-nancy-metz.fr/base-geol/fiche.php?dossier=023&p=3descrip
  8. Marc Leroy, Cécile Le Carlier, Paul Merluzzo, « Entre bas et haut fourneau. L’utilisation de la minette de Lorraine au Moyen Age : une parfaite adéquation avec la technique du bas fourneau », Laboratoire de Métallurgies et Cultures, IRAMAT – UMR 5060 2007.
  9. J. Levainville, L'Industrie du Fer en France, Paris, Armand Colin, coll. « Armand Colin » (no 19), , 210 p. (lire en ligne), p. 167
  10. (en) C.P. Manning et R.J. Fruehan, « Emerging Technologies for Iron and Steelmaking », JOM, no 53,‎ , p. 20-23 (lire en ligne)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]