Mal-logement

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Rassemblement public sur la Place de la République à Paris (21 février 2008)
Interview d'Augustin Legrand pendant le rassemblement populaire place de la République à Paris, le 21 février 2008

Le mal-logement, néologisme adopté par la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés, désigne la situation d'insalubrité ou de grande précarité d'une partie des usagers (habitant dans au maximum 9 m2) ou aspirant au logement (habitant à plusieurs dans des chambres des foyers). Il désigne des conditions de vie difficiles (privation de confort ou surpeuplement), ou même précaires (logement insalubre, caravanes…) de personnes de tout âge.

Chiffres en France[modifier | modifier le code]

Selon le rapport 2013 de la Fondation Abbé-Pierre pour le logement des défavorisés, près de 3,8 millions de personnes sont « mal logées », plus de 5 millions de personnes sont fragilisées par la crise du logement et 10 millions de personnes sont aujourd'hui touchées, de près ou de loin par la crise du logement[1],[2].

Selon cette fondation, le nombre de sans-abris a augmenté de 50 % depuis 2011 pour atteindre le chiffre de 141 500 personnes, dont 30 000 enfants début 2012[3].

Dans son 21e rapport sur l'état du mal-logement en France, sorti en janvier 2016, la Fondation Abbé-Pierre estime désormais à 3,8millions de personnes le nombre de mal-logés et à 12,1 millions le nombre de personnes fragilisées par rapport au logement[4].

Manifestations du mal logement[modifier | modifier le code]

Le mal logement englobe des manifestations diverses allant de l’absence de logement à la privation de confort. On distingue :

- Les personnes sans domicile : Catégorie de personnes sans abri ou en établissement social de court séjour et autres dispositifs d'urgence. Cette situation d’hébergement a, cependant, une durée limitée, conduisant souvent à des remises à la rue ou à de cas de grande difficulté. D’autres établissements sociaux accueillent pour des durées longues les personnes rencontrant des difficultés pour se loger. Ils hébergent 30 % des jeunes de moins de 18 ans et 40 % de femmes. Cette situation peut être directement articulée aux situations de monoparentalité ou de séparation. Enfin, on retrouve des personnes accueillies dans un hébergement ou des chambres financés par l’aide au logement temporaire, qui concerne les ménages ne pouvant pas bénéficier des aides personnelles au logement en raison de la trop courte durée de séjour dans leur hébergement.

- Autres situations sans logement personnel : Outre les personnes sans domicile, d’autres ne possède pas de logement personnel et sont obligées de mener des stratégies pour se loger, surtout dans les zones où le marché immobilier est tendu. De nombreuses personnes résident à l’hôtel, certaines à leurs frais et d’autres relevant de la catégorie précédente. D’autres sont hébergées par un parent ou un ami, puisqu'elles n’ont pas les moyens financiers d’avoir un logement indépendant. Une part important de ces habitants est composée des jeunes et des actifs, surtout des ouvriers et employés. Les personnes âgées sont aussi concernées par des situations de logement contraint, mais contrairement aux cas précédents il s’agit surtout des femmes qui vivent dans des communes rurales.

- Logement privé de confort : Certains logements représentent un danger pour la santé et la sécurité des habitants, manquant du confort et des équipements élémentaires. Le manque de confort concerne aussi les habitations de fortune, dont les trois quarts étaient des constructions provisoires ou des mobile homes. D’autres logements sont surpeuplés, surtout dans les zones tendues comme en Île-de-France, où les loyers sont hauts et les logements de petite taille. Les catégories les plus touchées sont les mêmes : les locataires du parc privé, les ménages à bas revenus et les familles monoparentales[5].

Causes du mal logement[modifier | modifier le code]

À la fois reflet et cause d'inégalité, le logement est un enjeu social majeur. Le mal logement résulte certes, d’un déficit d’entretien et de problèmes techniques, mais aussi de critères extérieurs à l’habitat lui-même. Se dégagent de fait plusieurs motifs[6] :

- Les conditions du marché : La crise du logement, qui découle tout d’abord d’un décalage entre l’offre et la demande, rend de plus en plus difficile l’accès des ménages à bas revenus à l’habitat, surtout dans les zones les plus tendues. Le logement insalubre apparaît donc comme une alternative aux ménages qui trouvent des difficultés financières pour se loger. L’augmentation du coût du logement, liée en partie à amélioration du confort, de leur qualité et à l’augmentation de la part de la dépense des ménages avec le logement contribue à diminuer la part disponible des revenus des ménages. Par ailleurs, la pénurie de logements conduit les ménages à adopter des stratégies afin de pouvoir se loger, tels que la suroccupation et la pratique de la sous-location. Dans les marchés tendus, les propriétaires, en position de force, développent des stratégies de rentabilité de sorte à louer leur bien indépendamment de ses conditions.

- Les conditions socio-économiques : Les nouvelles structures socio-économiques et certaines politiques sociales accentuent la part de ménages soumis à l’habitat insalubre. Cela, ajouté à la dégradation économique, expose davantage de familles au mal logement par la diminution des ressources disponibles et de revenus. Le rapport à l’emploi est l’un des éléments révélateurs pour expliquer le mal logement. Au-delà de la croissance du chômage et de la faiblesse de revenus d’une grande part des ménages occupant un logement dégradé, certains métiers aux horaires décalés conduisent les individus à se loger en centre-ville, où les loyers sont plus chers. N’ayant pas toujours les moyens de se loger dans des zones tendues, ces actifs ont que l’option de s’installer dans un logement en mauvaises conditions.

- La gestion politique de l’immigration : Les immigrés sans-papier, qui se retrouvent dans une situation d’illégalité, ne peuvent pas se loger dans le marché immobilier légal, ni faire des demandes de logement social. Ainsi, ils ont recours à l’habitat dégradé comme une alternative compatible avec leurs budgets. Une relation de tension entre locataires et propriétaires dans le segment spécifique de l’habitat insalubre, accentue la dégradation de l’habitat. Les travaux dans le logement ne sont pas réalisés puisque les locataires, qui se trouvent dans une situation de dépendance, n’osent pas se mobiliser et d’imposer aux propriétaires l’entretien de leur bien. Le propriétaire assume en même temps un caractère de sauveur et d’exploiteur. Les réponses apportées par les dispositifs d’hébergement sont à l’heure actuelle insuffisantes et inadaptées, conduisant à la remise de milliers d’individus à la rue. Cette situation s’explique aussi par l’insuffisance de la construction depuis plus de 25 ans, par l’inadaptation des flux récents de construction de logements sociaux qui, par l’envolée des prix de l’immobilier, bloque la sortie d’un nombre croissant de ménages vers le secteur privé, empêchant l’accès au parc social d’autres populations, notamment celles logées en structures d’urgence et en attente d’une solution plus durable.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. LES CHIFFRES DU MAL-LOGEMENT EN 2012 Fondation Abbé-Pierre
  2. LA SYNTHÈSE DU RAPPORT 2012 SUR L’ÉTAT DU MAL-LOGEMENT EN FRANCE Fondation Abbé-Pierre
  3. Soixante ans après l'appel de l'abbé Pierre, le mal-logement perdure, Le Monde, 30 janvier 2014
  4. « L'état du mal-logement en France, 21ème rapport annuel », sur fondation-abbe-pierre.fr, (consulté le 14 février 2017)
  5. Pascale Dietrich-Ragon, « Le logement insalubre », Esprit, vol. Janvier, no 1,‎ , p. 66–77 (ISSN 0014-0759, DOI 10.3917/espri.1201.0066, lire en ligne)
  6. Anne-Claire Davy, « La lutte contre l'habitat indigne et dégradé en Île-de-France », sur Institut d'aménagement et d'urbanisme de la région île de France (consulté le 12 décembre 2017)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]