Les Dreyfusards sous l'Occupation

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Les Dreyfusards sous l'Occupation est un ouvrage du chercheur Simon Epstein, universitaire dont les travaux portent sur l'histoire d'Israël et l'histoire de France et spécialiste de l'antisémitisme.

Cet ouvrage publié en 2001 a pour objet l'étude du parcours des dreyfusards en France pendant la Seconde Guerre mondiale.

Il établit qu'un grand nombre des défenseurs du capitaine Dreyfus, militants antiracistes parfois membres de la LICA et pacifistes de gauche, furent d'actifs partisans de la collaboration avec l'Allemagne nationale-socialiste, sans nécessairement être devenus antisémites.

L'ouvrage est essentiellement prosopographique et descriptif : neuf chapitres sont consacrés à l'étude des parcours des dreyfusards, répartis par tendance. Le dernier chapitre, intitulé « Un phénomène occulté » est plus interprétatif : Simon Epstein y conteste notamment la validité de la thèse de l'existence permanente et de l'affrontement de deux France, celle des collaborateurs qui seraient les héritiers des antidreyfusards, et celle des résistants qui seraient les héritiers des dreyfusards.

Méthode[modifier | modifier le code]

Dans un avant-propos, Simon Epstein base sa méthode sur l'examen du parcours des dreyfusards qu'il souhaite le plus exhaustif possible[réf. insuffisante][1]. Simon Epstein affirme la nécessité de recourir à la prosopographie comme méthode historique.

Il n'examine pas le parcours des dirigeants du mouvement dreyfusard (Zola, Péguy, Clemenceau) car ces derniers sont morts au moment de la Seconde Guerre mondiale mais se dirigent vers les cadres et militants les plus actifs de la cause : ceux qui soutiennent Zola dans la presse, ceux qui marchent avec Péguy au quartier latin, ceux qui agissent avec Clemenceau[réf. insuffisante][2].

Il examine le parcours des dreyfusards non-juifs car les dreyfusards juifs n'avaient guère la possibilité de choisir leur camp pendant la Seconde Guerre mondiale et critique la volonté de proscrire toute référence à un comportement politique juif[réf. insuffisante][3].

Étude prosopographique[modifier | modifier le code]

Simon Epstein étudie en détail le parcours d'un très grand nombre de personnalités qu'il répartit en différentes catégories.

Les hommes politiques[modifier | modifier le code]

  • Félicien Challaye (1875-1967), sorti en 1894 de l'École normale supérieure, de la même promotion que Charles Péguy, est militant dreyfusard, anticolonialiste, socialiste et pacifiste. Tout en écrivant contre l'antisémitisme[4], il refusa toute guerre avec l'Allemagne et écrivit dans des revues de la gauche ouvrière pro-allemande comme L'Atelier ou Germinal[5]. Après la guerre, il imputa à des « juifs influents » un rôle dans le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale[6], tout en prétendant condamner l'antisémitisme « stupide et cruel ».
  • Hubert Bourgin (1875-1955), est comme Péguy une recrue de Lucien Herr qui l'a conduit du socialisme au dreyfusisme. Frère de Georges Bourgin, l'archiviste de la Commune, il fréquente le plus illustre et mythique des hauts lieux dreyfusards : avec Léon Blum et Lucien Herr, il est membre du conseil qui régit la librairie de Péguy[7]. Bourgin deviendra progressivement antisémite[8], sans s'en défendre comme Félicien Challaye.
  • Henry Lémery (1874-1972), avocat et homme politique martiniquais, fut un défenseur actif de la cause dreyfusarde. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il fut très proche du maréchal Pétain tout en restant hostile aux Allemands. Après la guerre, il maintint son admiration pour le maréchal et sa dénonciation de l'action du général de Gaulle[9],[10].
  • Anatole de Monzie (1876-1947) fut un militant dreyfusard et socialiste, qui défendit également le sionisme. Il fut membre du comité d'honneur de la LICA[11]. Par pacifisme, il critique les Juifs qu'il rend responsable de la montée en puissance d'un climat de guerre et se montre partisan d'une conciliation avec l'Allemagne. Pendant la guerre, il publia des articles dans la presse collaborationniste de gauche[12],[13].
  • Jacques Bardoux (1874-1959), militant dreyfusard, initia le projet de l’Université populaire de Belleville créée dans le but de rapprocher ouvriers et intellectuels. Sénateur, il devint membre du conseil national de Vichy mais se détacha à temps du vichysme[14].

Les syndicalistes révolutionnaires[modifier | modifier le code]

  • Robert Louzon (1882-1976) fut un syndicaliste révolutionnaire très actif dans la lutte contre les nationalistes ; en 1899, il adhéra aux Étudiants collectivistes, l'un des groupes dreyfusards les plus actifs. Dès 1906, tout en maintenant des options de gauche radicale, il s'en prit au "sémitisme" qu'il assimilait au "cléricalisme", l'un et l'autre étant selon lui des « émanations du pouvoir de la bourgeoisie ». Au début des années 1920, Louzon fut membre du parti communiste et finança un journal Révolution prolétarienne positionné à l'ultra-gauche anticolonialiste et pacifiste. Pendant la Seconde Guerre mondiale, il refuse toute guerre contre l'Allemagne ; après celle-ci son journal Révolution prolétarienne s'en prendra au sionisme avec virulence[15].
  • Hubert Lagardelle (1874-1958), militant dreyfusard et fondateur de la revue Le mouvement socialiste, se sentit proche de Benito Mussolini entre les deux guerres mondiales ; le chef du fascisme affirma d'ailleurs avoir été inspiré par ses théories[16],[17]. Il apporta son soutien au Maréchal Pétain. En revanche, Lagardelle resta hostile au national-socialisme.
  • Georges Yvetot (1868-1942), syndicaliste dreyfusard présida le COSI favorable à l'Allemagne nationale-socialiste et fut un des fleurons du collaborationnisme de gauche[18].
  • René de Marmande (1875-1949), journaliste pacifiste proche de la CGT, prôna la collaboration pendant la guerre[19].
  • Francis Delaisi (1873-1947) fut membre avec Victor Basch du Comité de vigilance des intellectuels antifascistes entre les deux guerres[20] ; par pacifisme et volonté d'intégration européenne, il se rallia au parti de gauche collaborationniste RNP de Marcel Déat et écrivit dans le journal La France socialiste.
  • Alexandre Zévaès (1873-1953), député socialiste et dreyfusard, qui fut orateur d'un banquet de célébration de la Révolution française organisé en juin 1939 par l'Association des immigrés juifs de gauche et l'Union des sociétés juives de France[21], prôna pendant la guerre la collaboration avec l'Allemagne au nom d'un idéal socialiste et européen. Après la guerre, il publia un livre glorifiant Émile Zola[22],[23].

Gens de lettres et intellectuels[modifier | modifier le code]

  • Daniel Halévy (1872-1962), de lointaine ascendance juive, se spécialisa dans l'organisation de pétitions dreyfusardes[24]. Cet historien réputé sera pendant la guerre un partisan du maréchal Pétain[25],[26].
  • Jérôme Tharaud (1874-1953) et son frère Jean (1877-1952) dont Jules Isaac confirmera la force de leur engagement dreyfusard oscilleront entre condamnation de l'antisémitisme et compréhension à l'égard de celui-ci dans leurs différents ouvrages entre les deux guerres mondiales[27].
  • Camille Mauclair (182-1945) poète, romancier, historien d'art signa en 1898 un texte de solidarité avec Émile Zola. Il deviendra sous l’Occupation le rédacteur du journal antijuif le plus virulent de la période, Le pilori[28],[29].
  • Paul Léautaud (1872-1956), fut dreyfusard au point de renier son admiration pour Maurice Barrès. Proche des idées socialistes, il écrira dans son Journal littéraire des réflexions peu favorables aux Juifs[30],[31].
  • Pierre Hamp (1876-1962), écrivain de l’école dite prolétarienne fut proche de Blum et Jaurès pendant l’affaire Dreyfus. Pendant le second conflit mondial, il écrira dans la presse collaboratrice de gauche : Le Rouge et le Bleu, La France socialiste, Germinal. Il ne fut pas antisémite mais nettement favorable à la collaboration[32].
  • Albert Rivaud (1876-1956), militant dreyfusard animateur de l’Université populaire de Belleville[33], fut professeur de philosophie. Il fut ministre du Maréchal Pétain mais fut renvoyé à la demande des Allemands pour cause de germanophobie[14].
  • Jean Ajalbert (1863-1947) fut un dreyfusard de la première heure et un des plus actifs. Membre de l’Académie Goncourt, il se ralliera au parti pro-allemand de l’ancien communiste Jacques Doriot[34].
  • Georges Lecomte (1867-1960), qui fut secrétaire perpétuel de l’Académie française fut un homme de lettres dreyfusard déterminé. Il fut pétainiste pendant la guerre[34].
  • Hermann-Paul (1864-1940), fut un des caricaturistes du camp dreyfusard. Cet anarchiste publia ses dernières caricatures dans le journal Je suis partout où il concentrait ses attaques contre les Juifs[35].
  • Abel Hermant (1862-1950) publia en 1887 un roman antimilitariste. Ce dreyfusard admirateur de Zola devint membre du comité d’honneur du Groupe Collaboration et fut membre du comité de patronage de la LVF[36],[37].
  • Victor Margueritte (1866-1942) fut un militant antimilitariste et dreyfusard ; son désir de paix et d’intégration européenne le poussa à glorifier la collaboration et à critiquer la présence dans l’entourage du Maréchal Pétain d’anglophiles[38].
  • Armand Charpentier (1864-1949) fut membre du parti radical puis rejoignit les socialistes. En 1937, il inaugure une rue Dreyfus et une rue Zola à Crosne et quelques années plus tard, après avoir dénoncé la responsabilité des Juifs bellicistes dans la guerre il écrit dans les journaux de la collaboration ouvrière comme L’Atelier et Germinal.110
  • Georges Pioch (1873-1953), qui fut membre de la SFIO, du parti communiste, de la Ligue des droits de l'homme sera un proche de Marcel Déat et du RNP pendant la Seconde Guerre mondiale.
  • José Germain (1884-1964), dreyfusard militant écrivait en 1934 dans le journal de la LICA qu'il ne nourrissait qu'une haine, la "haine de la haine" ; pendant la guerre, il milita au Groupe Collaboration et glorifia Laval qu'il soutint après son éviction en décembre 1940[39].
  • Jacques Chardonne (1884-1968), écrivait à son père en 1898 qu'il était fier d'être le parent du président-fondateur de la Ligue des droits de l'homme, Ludovic Trarieux. Pendant la guerre, il prôna la collaboration avec l'Allemagne où il se rendra deux fois avec d'autres écrivains français[40].
  • François Piétri (1882-1966), député et plusieurs fois ministre, fut un philosémite ardent et devint président d'honneur du Comité français pour la protection des intellectuels juifs persécutés. Ministre puis ambassadeur du Maréchal Pétain, il prétendait resté philosémite tout en servant officiellement un État pratiquant officiellement l'antisémitisme[41],[42].
  • André Salmon (1881-1969), dreyfusard comblé d'avoir rencontré le capitaine Dreyfus en janvier 1915, il écrivit pendant la guerre dans de nombreux journaux collaborationnistes[43],[44].

Les enragés de l'antisémitisme[modifier | modifier le code]

Simon Epstein regroupe dans un chapitre particulier les dreyfusards dont l'antisémitisme fut radical.

  • Urbain Gohier (1862-1951) est un des pamphlétaires les plus passionnés et les plus intransigeants du camp dreyfusard. Ses outrances antimilitaristes le fâchent avec nombre de dreyfusards qui considèrent qu'il exagère[45],[46]. Cependant, si Gohier défend Dreyfus et célèbre Zola, il est déjà antisémite. Simon Epstein affirme à son propos[45] : « Peu représentatif de l'actualité dreyfusarde des 1898 et 1899, Gohier est pleinement précurseur de la fatalité dreyfusarde des années 1940 ». Gohier condamne cependant les violences antisémites commises en Algérie. Pour lui, « la tribu de Lévi », c'est-à-dire les Juifs, et « l'armée de Condé », c'est-à-dire la droite réactionnaire, sont des alliées[47],[48]. Pendant la guerre, il critiquera la modération de Darquier de Pellepoix, commissaire aux questions juives[49].
  • Henri Labroue (1880-1964) fut titulaire d'une chaire d'histoire du judaïsme à la Sorbonne à partir de 1942. L'homme qui en 1943 travailla à diffuser l'antisémitisme dans le monde universitaire avait signé de son nom les pétitions soutenant Dreyfus quarante-cinq ans auparavant. Au début de sa carrière universitaire, Labroue exalta la figure du juif, notamment dans son discours de remise des prix au lycée de Bordeaux en juillet 1909. Produit de la Sorbonne dreyfusarde et positiviste du début du XXe siècle, sa thèse de doctorat fut préfacée par Gabriel Monod, archétype de l'intellectuel dreyfusard[50]. Franc-maçon, membre du parti radical de la loge de Droits de l'homme, il est un admirateur de Voltaire. Mais précisément, sa conversion à l'antisémitisme lui fait insister sur l'antijudaïsme de ce dernier[51].
  • Georges Montandon (1879-1944), fut dreyfusard[52],[53] avant d'écrire dans la Revue des intellectuels communistes et dans L'Humanité. Trois anciens dreyfusards, dont deux Juifs, à savoir Paul Rivet, Lucien Lévy-Bruhl et Marcel Mauss, présentèrent sa candidature à l'Institut français d'anthropologie. Georges Montandon bascula radicalement dans l'antisémitisme à la fin des années 1930. Sous l'occupation, Montandon anima l'Institut d'études des questions juives et ethno-raciales.

Les dreyfusards hitlériens[modifier | modifier le code]

Distinct du groupe précédent, car l'antisémitisme ne tiendra pas de place décisive dans leur prise de position, trois anciens dreyfusards sont qualifiés de dreyfusards hitlériens par Simon Epstein.

  • Edouard Dujardin (1861-1949), symboliste et secrétaire adjoint de la Société des Universités populaires, lesquelles prennent leur essor lors de l'affaire Dreyfus, se voulut à la fois germanophile et philosémite. Ce dreyfusard rédigea sous l'Occupation plusieurs textes apologétiques du national-socialisme et de son chef[54],[55].
  • Louis Bertrand (1866-1941), normalien lié à Lucien Herr, affirmera au temps de l'affaire Dreyfus qu'être antijuif c'est être antifrançais. Dans les années 1930, il glorifiera l'œuvre d'Hitler et prônera la collaboration avec l'Allemagne[56].
  • Alphonse de Châteaubriant (1877-1951) est selon Simon Epstein le « paragon de cette singulière équipe qui passe d'un dreyfusisme de jeunesse à une hitléromanie du troisième âge ». Ami de Romain Rolland et prix Goncourt en 1911, Châteaubriant célébrera en Hitler un « édificateur d'esprits, un constructeurs de volontés »[57],[58] et pendant la guerre il créera le Groupe Collaboration. S'il n'écrit jamais contre les Juifs, il donne dans son journal La Gerbe la parole à des antisémites radicaux[59].

Les hauts dirigeants de Vichy et l'affaire Dreyfus[modifier | modifier le code]

Simon Epstein étudie le positionnement des trois principaux dirigeants politiques de l'État de Vichy quant à l'affaire Dreyfus : François Darlan, Pierre Laval, Philippe Pétain.

  • Pierre Laval (1883-1945), vient lui de l'extrême-gauche révolutionnaire. Jeune dreyfusard, il s'engagea en 1911 dans l'affaire Rousset, un duplicata miniaturisé de l'affaire Dreyfus. Le comité de défense d'Emile Rousset est composé d'ancien dreyfusards : Alfred Dreyfus et Anatole France en sont notamment membres. Membre de la SFIO, signataires d'appels antimiltaristes, Pierre Laval est internationaliste et pacifiste[63]. Il signe en 1935 un pacte entre la France et l'Union soviétique. Pierre Laval est avant-guerre nettement philosémite : un grand nombre de ses clients, de ses collaborateurs les plus fidèles, et de ses amis sont juifs[64].
  • Simon Epstein explique qu'avant guerre Philippe Pétain (1856-1951), était un militaire républicain, hostile à la judéophobie, apprécié de la gauche et vraisemblabment dreyfusard.
    • Le général Laure, qui fut proche de Philippe Pétain et son secrétaire général entre 1940 et 1942, affirme dans un ouvrage consacré au maréchal que celui-ci était en parfaite entente avec le général Zurlinden, gouverneur militaire de Paris mais aussi avec son successeur, le général Henri-Joseph Brugère[65]. Or Brugère fut nommé à ce poste pour réduire dans l'armée l'influence des antidreyfusards. Il n'eût pas toléré si proche de lui un subordonné qui fut un antidreyfusard convaincu.
    • Pendant l'Affaire et dans les années qui suivirent, Pétain est bien vu du gouvernement républicain, il décline même une offre d'avancement (la direction de l'Ecole de tir de Châlons) du général Percin qui fut directement impliqué dans l' affaire des fiches[66],[Note 1].
    • La maréchal Pétain, lui-même confia avoir été dreyfusard à son chef de cabinet civil Henry du Moulin de Labarthète[67],[68] : « J'ai toujours cru pour ma part, à l'innocence de Dreyfus ».
    • Avant guerre, Pétain n'était pas maurrassien et, selon Jacques Madaule, il félicita François Mauriac d'avoir fait campagne conte l'élection de Charles Maurras à l'Académie française[69].
    • Philippe Pétain semble avoir été imperméable à l'antisémitisme avant d'accéder au pouvoir. Ainsi, il critiqua fermement Louis Bertrand qui avait protesté contre l'élection d'André Maurois à l'Académie française et celui-ci lui en fut reconnaissant ; le Maréchal fut représenté à l'enterrement d'Edmond de Rotschild en 1934, il fut témoin au mariage de l'économiste israélite Jacques Rueff en 1937 et fut le parrain de sa fille en 1938[70].
    • Sa réputation est celle d'un maréchal républicain et qui a su épargner le sang de ses soldats. Le fait de vouloir faire appel en cas de péril au Maréchal Pétain n'est pas une spécificité de la droite et Simon Epstein note que le radical-socialiste Pierre Cot déclara en 1934[71] : « Monsieur le Maréchal, en cas de péril national, la France compte sur vour. » Dans Le Populaire du 3 mars 1939, Léon Blum décrit Philippe Pétain comme « le plus noble et du plus humain de nos chefs militaires ». Socialistes et communistes parlent de Pétain en des termes dont ils n'auraient pas fait usage si Pétain avait été un homme d'extrême droite[72]. Par ailleurs, certains des discours les plus célèbres du maréchal Pétain seront écrits par un homme de gauche juif, pacifiste et munichois Emmanuel Berl[73].
    • Louis-Dominique Girard qui fut l'un des proches collaborateurs du Maréchal Pétain affirma que celui-ci était tourmenté à l'idée que Saussier et Casimir-Perier aient condamné Dreyfus en le sachant innocent[74]. Il souligna l'amitié qui liait Pétain et Maurice Paléologue qui intervint en faveur de Dreyfus au procès de Rennes. Girard révéla également que deux ministres et intellectuels pétainistes, Henri Moysset (1875-1949) et Lucien Romier (1885-1944) lui avaient dit combien Pétain avait été scandalisé par le comportement de Saussier et Casimir-Perier[Note 2].

Dans son autre ouvrage, Un paradoxe français, Simon Epstein note que les gouvernements successifs de Vichy n’auront compté qu’un seul antidreyfusard, le général Maxime Weygand. Encore faut-il préciser qu’il fera échouer les protocoles de Paris qui prévoyait une coopération militaire entre la France vichiste et l’Allemagne et qu’il finira interné par les Allemands[75]. Les ministres dreyfusards ne manquent pas : François Piétri, Henry Lémery, Hubert Lagardelle, Lucien Romier, Jérôme Carcopino et ils ne manquent pas non plus au conseil national de Vichy[76].

Région grise et positions médianes[modifier | modifier le code]

Simon Epstein remarque que de nombreux dreyfusards furent pendant la Seconde Guerre mondiale indifférents, indécis, ambigus voire neutres. Il inclut dans cette catégorie[77] :

  • L'historien Charles Seignobos (1854-1942) ;
  • L'historien Lucien Febvre (1878-1956) (qui demanda à Marc Bloch de quitter la revue des Annales pour éviter son aryanisation forcée) ;
  • Le politologue André Siegfried (1875-1959) (qui fut néanmoins sensible aux théories anthropo-raciales et décrivit dans ses cours les travaux de Georges Montandon) ;
  • L'économiste Charles Rist (1874-1955) (qui accepta néanmoins la proposition du Maréchal Pétain de devenir son ambassadeur aux États-Unis) ;
  • L'historien d'art Louis Gillet (1876-1943) (qui chrétien hostile au racisme affirmera néanmoins un certain maréchalisme) ;
  • Le poète Paul Fort (1872-1970), qui participa à un livre d'hommage à Émile Zola en 1898 et fut un collaborateur modéré ;
  • Le poète Léon-Paul Fargue (1876-1947) ;
  • L'auteur dramatique Henri Ghéon (1875-1944), qui après avoir été dreyfusard puis maurrassien sympathisa discrètement avec la Résistance ;
  • Le philosophe Émile Chartier dit Alain (1868-1951) qui néanmoins adhéra à la Ligue de la pensée française, structure collaboratrice de gauche créée en 1942 par son disciple René Château. Mais Jean-François Sirinelli[78] estime que l'appartenance d'Alain à cette Ligue n'est pas établie. Il rappelle par ailleurs que cette Ligue fut une tentative pour recréer les deux ligues laïques abolies, des droits de l'homme et de l'enseignement, et dut subir les attaques de la presse collaborationniste.
  • L'écrivain André Gide (1869-1951) qui signa les pétitions dreyfusardes (qui néanmoins écrivit des lignes favorables à Pétain dans son journal) ;
  • L'écrivain Roger Martin du Gard (1881-1958) (qui néanmoins se laissa aller à une certaine indulgence pour l'Allemagne nationale-socialiste et affirma croire au désir de paix d'Hitler) ;
  • Le pacifiste révolutionnaire Alfred Rosmer (1877-1964) qui adopta pendant la Seconde Guerre mondiale une attitude de non engagement qui sera celle d'importantes fractions de l'extrême gauche non communiste trotskiste notamment[79] ;
  • Le sénateur Joseph Caillaux (1863-1944) qui était favorable à l'alliance avec l'Italie fasciste pour contrer l'Allemagne nationale-socialiste et vota les pleins pouvoirs au maréchal Pétain ;
  • Le député, sénateur et chef du gouvernement Albert Sarraut (1872-1962), dreyfusard qui fut blessé lors d'un duel relatif à l'Affaire et vota les pleins-pouvoirs au Maréchal Pétain ;
  • Le journaliste Maurice Sarraut (1869-1943), frère du précédent, qui dirigea un journal maréchaliste non extrémiste et fut d'ailleurs assassiné sur instigation de la milice, autant détesté des résistants que des collaborateurs.
  • Le président de la République René Coty qui commença sa vie politique en luttant pour Dreyfus et vota les pleins-pouvoirs au maréchal Pétain.

Les dreyfusards et le vote du 10 juillet 1940[modifier | modifier le code]

Simon Epstein s'intéresse également au parcours des députés et sénateurs ayant voté les pleins pouvoirs au maréchal Pétain[80]. Plusieurs hommes politiques dreyfusards ne s'opposèrent pas au vote du 10 juillet 1940 confiant les pleins pouvoirs au maréchal Pétain.

Simon Epstein affirme que concernant les participants au vote du 10 juillet 1940, une étude complète reste à faire et que leur position quant à l'Affaire n'est pas connue[81],[Note 3].

Les dreyfusards résistants[modifier | modifier le code]

Des intellectuels dreyfusards seront résistants pendant la Seconde Guerre mondiale. Simon Epstein note que parmi ceux qui seront frouchement hostiles au national-socialisme, certains se seront orientés pendant l'entre-deux-guerres vers la droite l'Action française ou le fascisme.

  • Jacques Maritain (1882-1973), issu d'une famille protestante, est passionnément dreyfusard dans ses jeunes années. Il se convertit au catholicisme ainsi que sa femme, une juive originaire de Russie. Très proche de l'Action française, il publie un texte antisémite en 1921. Il stipule qu'un peuple essentiellement messianique comme le peuple juif, dès l'instant qu'il refuse le vrai messie, jouera fatalement un « rôle de subversion ». Il prône en conséquence une lutte de salut public contre les sociétés secrètes judéo-maçonens et contre la finance cosmopolite. Ayant rompu avec Maurras, il devient l'un des principaux théoriciens du philosémitisme chrétien dans les années 1930. Il réfutera les thèses antisémites dans ses livres puis dénoncera pendant la guerre les persécutions contre les Juifs[82].
  • Georges Valois (1878-1945) est anarchiste et dreyfusard en début d'itinéraire. Comme Maritain, pour des raisons différentes, il rallie l'Action française et verse dans un antisémitisme véhément. En 1925, Georges Valois se sépare de l'Action française, crée un journal Le Nouveau Siècle et un mouvement le Faisceau qui est une des premières manifestations organisationnelles d'un fascisme français. L'Union sacrée de la Grande guerre favorable aux Juifs et le non antisémitisme du fascisme italien[83] le font évoluer sur la question juive. Le Faisceau compte des Juifs parmi ses adhérents. Georges Valois sous l'occupation sera résistant et il périra à Bergen Belsen en février 1945.
  • Aimé Pallière (1868-1949), chrétien philosémite et hébraïsant fut dreyfusard. Sa sympathie pour le sionisme et son rejet de l'antisémitisme font de lui une figure qui compte dans la vie juive des années 1920. Dans les années 1930, il manifeste certaines critiques à l'égard des Juifs[84]. Néanmoins pendant la guerre, il n'abandonne pas les Juifs persécutés.
  • Émile Buré (1876-1952), membre des étudiants collectivistes, reçut un coup de canne d'Édouard Drumont en personne[85]. Il se veut un dreyfusard ni antisémite, ni philosémite. Journaliste et membre de cabinets ministériels, il est collaborateur d'Aristide Briand et Georges Clemenceau. Les années 1920 et 1930 le retrouvent nationaliste et homme de droite. Il ne croit pas en la réconciliation franco-allemande et s'en prend à Blum qu'il qualifie de "nomade". Quand Hitler prend le pouvoir, il se félicite d'avoir eu raison contre les pacifistes de gauche et se moque des radicaux "droits-de-l'hommards" et des "pacifistes imbéciles" qui avaient confiance en le peuple allemand. Il prône une attitude ferme face à l'Allemagne et passe la guerre aux États-Unis déployant une activité journalistique hostile à Vichy et au national-socialisme. Il finit sa carrière comme compagnon de route des communistes juifs qui forment l'assise militante du MRAP en dénonçant la renaissance de l'armée allemande[86].
  • Paul Langevin (1872-1946), ancien de l'École normale supérieure est très vite connu dans le monde de la physique atomique est un ami des Juifs. Langevin sera pacifiste mais restera hostile au national-socialisme et adhérera au communisme après la guerre[87].
  • Henri Wallon (1879-1962), spécialiste d'éducation et psychologie infantile, fut sympathisant communiste. Actif dans la résistance universitaire sous l'occupation[87].
  • Léon Jouhaux (1879-1954), secrétaire de la confédération générale du travail sera interné puis déporté avec d'autres dirigeants français en Allemagne[88].
  • Jean Schlumberger (1877-1968), écrivain protestant et fondateur de la NRF, refusera de collaborer à la NRF reprise par Drieu La Rochelle. Il adhérera au Conseil national des écrivains tout en se désolidarisant des listes noires visant les écrivains compromis dans la collaboration. Selon Simon Epstein, Schlumberger aide à saisir la dispersion des chemin dreyfusards. En effet, il avait trois amis qui à Belleville montèrent une université populaire : quarante plus tard, le premier sera plutôt neutre (André Siegfried), le second sera conseiller national de Vichy (Jacques Bardoux), le troisième soutiendra la Révolution nationale (Albert Rivaud). Quant à Pierre Hamp, qui fut leur meilleur étudiant, il s'orientera vers la collaboration de gauche[89].
  • Le mathématicien Émile Borel (1871-1956) recevra la médaille de la résistance.

On retrouve aussi des résistants parmi les dreyfusards littéraires comme Pierre Jouguet (1869-1849), Hubert Pernot (1870-1952), Ferdinand Lot (1866-1952), Mario Roques (1875-1961), Raoul Blanchard (1877-1965), Edmond Vermeil (1878-1964), Paul Rivet (1876-1958), Maurice Violette (1870-1960), Albert Bayet (1880-1961). Simon Epstein note que ces trois derniers qui furent des résistants dreyfusards seront des défenseurs de l'Algérie française et très hostiles à l'anti-occidentalisme d'une partie de la gauche.

Déport massif vers la collaboration : constat et explication du phénomène[modifier | modifier le code]

Dreyfusards collaborateurs, Antidreyfusards résistants[modifier | modifier le code]

Le pétainisme, le collaborationnisme, l'antisémitisme, le national-socialisme se retrouvent à l'aboutissement de très nombreux itinéraires dreyfusards : Simon Epstein y perçoit une donnée structurelle chargée d'une signification qu'il souhaite définir[90].

Simon Epstein affirme qu'il convient de pousser encore plus loin les investigations de façon rigoureuse et exhaustive. Il est ainsi difficile faute d'informations disponibles de savoir ce qu'on fait ou pensé nombre de dreyfusards moins connus pendant la Seconde Guerre mondiale. De même, il n'est pas possible pour un grand nombre d'acteurs actifs politiquement pendant la Seconde Guerre mondiale quelles ont été leurs options pendant l'affaire Dreyfus. Mais Simon Epstein pense qu'il est possible d'amplifier les connaissance dans ce domaine[91].

Cependant, s'appuyant sur les pratiques des sciences sociales qui consistent à travailler sur échantillon et à supposer que la réalité masquée diffère peu de la réalité exposée, il considère comme peu plausible un renversement de la pondération entre dreyfusards résistants et dreyfusards collaborateurs établie au travers de ses travaux[92].

Si l'on se focalise sur les dreyfusards de combat, sur ceux qui furent actifs pendant la bataille, qui publièrent des livres, des articles, se battirent en duel, Simon Epstein observe un déport massif et incontestable vers la collaboration[93].

Les dreyfusards résistants ne furent pas des dreyfusards de combat. Ils n'ont joué dans l'Affaire qu'un rôle minime qu'expliquent leur jeune âge et leur carrière commençante, d'où cette assertion qui ressort nettement du travail d'Epstein : un dreyfusard notoire, fervent et engagé a de fortes chances de se retrouver collaborateur après 1940[94].

Le monde littéraire le confirme. Ainsi, la liste des écrivains collaborateurs établie en 1944 par le Conseil national des écrivains comprend de nombreux dreyfusards[94] : Ajalabert, Challaye, Chardonne, Châteaubriant, Delaisi, Dujardin, Fayolle-Lefort, Germain, Gohier etc.

On trouve inversement peu de dreyfusards parmi les adhérents du CNE. Au contraire, ceux qui viennent de l'antidreyfusisme y sont nombreux[95] : Paul Valéry qui contribua au monument Henry, François Mauriac qui grandit dans une famille antidreyfusarde, Jacques Debû-Bridel qui fut maurassien, Claude Roy venu de l'Action française et de Je suis partout, André Rousseaux, ancien d'Action française, Louis Martin-Chauffier qui crut en la culpabilité de Dreyfus.

Le pacificisme, vecteur principal de la Collaboration[modifier | modifier le code]

Simon Epstein met en avant plusieurs explications à ce parcours du dreyfusisme à la collaboration[96].

  • Il élimine la présomption crypto-maurassienne qui fait ressortir que les dreyfusards ont trahi la France au profit du Kaiser et l'ont donc logiquement à nouveau trahie au profit du Führer.
  • Il prend en compte l'hypothèse stochastique qui fait intervenir un effet de masse : les dreyfusards furent nombreux en 1898-1899, les collaborateurs furent nombreux en 1940-1944, il est donc normal sur le plan statistique que ces deux ensembles se recoupent.
  • Il étudie le facteur âge : les dreyfusards qui, par la force des choses, sont âgés en 1940, sont moins enclins à prendre des risques. L'argument expliquerait pourquoi il y aurait moins de dreyfusards résistants et pourquoi beaucoup sont restés cachés, neutres ou attentistes. Selon Simon Epstein, il n'aide pas à comprendre pourquoi il y a tellement de dreyfusards devenus pétainistes ou pro-allemands.

Simon Epstein affirme que le principal vecteur de la collaboration fut le pacifisme. Il fait ce constat en étudiant deux groupes, les dreyfusards et les sympathisants de la LICA et d'autres organisations antiracistes dans les années 1920 et 1930.

Pacifisme et antisémitisme[modifier | modifier le code]

Ce lien entre pacifisme et sympathie pour la collaboration était d'ailleurs reconnu au sortir de la guerre. Ainsi, Jean-Paul Sartre dans Qu'est-ce qu'un collaborateur écrira[97] : « Si par exemple le pacifisme français a fourni tant de recrues à la collaboration c'est que les pacifistes incapables d'arrêter la guerre, avaient tout à coup décidé de voir dans l'armée allemande la force qui réaliserait la paix. Leur méthode avait été jusqu'alors la propagande et l'éducation. Elle s'était révélée inefficace. Alors ils se sont persuadés qu'ils changeaient seulement de moyen : ils se sont placés dans l'avenir pour juger de l'actualité et ils ont vu la victoire nazie apporter au monde une paix allemande comparable à la fameuse paix romaine. »

Le même élan humanitaire qui incite les pacifistes à honnir les guerres et ses atrocités les pousse d’emblée à dénoncer les pogroms et leurs horreurs. Les deux engagements reposent sur une même conception du monde, les deux témoignent d’une même révolte contre la misère humaine, l’injustice et la barbarie[98]. Simon Epstein considère que le pacifisme est la clef permettant de comprendre le parcours de nombreux collaborateurs issus de la gauche[99] : « sommés de choisir entre la guerre mondiale et la persécution raciale, certains pacifistes se montreront épouvantés par la première qui risque de décimer l'humanité entière alors que la seconde ne concerne qu'un groupe restreint d'individus ».

Les pacifistes se sont ainsi retrouvés d'accord avec certains éléments nationalistes qui ne concevaient la guerre qu'au service des intérêts de la nation et ne voulaient pas provoquer une guerre mondiale pour des raisons idéologiques ou de défense des intérêts juifs.

Pacifisme et pétainisme[modifier | modifier le code]

Cette approche se complète d'une point de vue plus fondamental, lié à la crainte de ravages démographiques qu'une nouvelle guerre pourrait provoquer[100]. Xavier Vallat dira[101],[102]. : « C'est à cause du silence que la guerre a apporté dans 36 000 villages, pareils au mien, que j'ai voulu passionnément la paix pour mon pays ; c'est à cause de lui que j'ai servi avec ferveur le Maréchal Pétain, mon chef de la Grande Guerre, devenu chef de l'Etat dans des heures difficiles, quand il a tout tenté pour que d'autres jeunes français ne vinssent pas ajouter leur nom à celui de leurs aînés sur les stèles funéraires. »

Quant à Pétain, si Simon Epstein ne le qualifie pas de pacifiste, au sens idéologique du terme, il insiste sur le fait que son souci de préserver la vie des soldats français se remarque à toutes les étapes de sa carrière[101], « au début du siècle dans les doctrines militaires qu'il professe, en 1914-1918 dans les méthodes de combat qu'il pratique, dans l'entre-deux-guerres, par le soutien qu'il apporte au système statique fortifié dans l'espoir vain de limiter les pertes en vies humaines, en 1940 par sa précipitation à demander l'armistice, sous l'Occupation par sa détermination à laisser la France hors du conflit mondial. Justifiées ou erronées, les conceptions de Pétain forment un tout ».

Pierre Laval, « jeune-dreyfusard » qui fut pacifiste et révolutionnaire dériva vers le centre et la droite dans ses conceptions économiques et ses activités financières mais son pacifisme foncier resta inchangé dans son principe. Simon Epstein affirme[101] que ce pacifisme est « sous-jacent au rôle qu'il jouera aussi bien auprès d'Aristide Briand dans les années 1920 qu'auprès de Philippe Pétain dans les années 1940 ».

Le pétainisme et le lavalisme sont le refus de tous ceux qui, sans joie pour beaucoup, se résignent à la domination allemande, et souhaitent que tout soit tenté pour défendre ce qui peut être défendu, à savoir les intérêts essentiels de la population et l’intégrité territoriale du pays et de l’Empire[103]. Simon Epstein remarque que les pacifistes ne deviendront pas tous des collaborateurs et que certains munichois, tels les socialistes Christian Pineau et Félix Gouin, seront même de grands résistants. De même, tous les munichois ne deviendront pas des résistants.

Au total, Simon Epstein affirme[101] : « On observe une forte corrélation entre dreyfusisme et pacifisme au temps de l'Affaire et une forte corrélation entre pacifisme et collaboration dans les années 1940. » Cette corrélation trouve son illustration dans la majorité des itinéraires de la période.

L'occultation du phénomène[modifier | modifier le code]

Simon Epstein constate l'occultation dont le phénomène des dreyfusards collaborateurs a fait l'objet et consacre à ce phénomène un chapitre intitulé « Un phénomène occulté » Cette occultation découle selon lui de la place particulière prise par les figures respectives du dreyfusard et du collaborateur dans la conscience collective française.

L'idéalisation des dreyfusards[modifier | modifier le code]

Il critique ainsi Pierre Vidal-Naquet qui voit dans une partie des Français qui luttèrent pour l'indépendance algérienne des dreyfusards[104] : « Si Pierre Vidal-Naquet s'était enquis de leur attitude sous l'occupation, il aurait découvert que nombre d'entre eux se sont fort bien accomodés, entre 1940 et 1944, d'un niveau de torture et de massacre nettement supérieur (c'est un euphémisme) à celui que ses amis dreyfusards ont eu à affronter à la fin des années 1950. S'il s'était penché sur les positions adoptées sur l'Algérie par les dreyfusards encore vivants à la fin des années 1950 et au début des années 1960, il se serait heurté au trio Rivet, Violette, Bayet dreyfusards-résistants mais hostiles à l'Algérie algérienne. Il aurait peut-être compté Challaye parmi les dreyfusards pro-algériens, mais le passé collaborateur du personnage l'aurait rebuté... C'est sans importance car Pierre Vidal-Naquet est libre ici de toute contingence historiographique et de tout souci d'adhérer au réel. Ses dreyfusards sont métaphoriques, parés de toutes les vertus qu'il présume dreyfusardes (indépendance d'esprit, sensibilité humanitaire, lucidité, etc.). »

Les dreyfusards ne forment plus une catégorie historique mais un ensemble abstrait, intemporel, auquel de nouvelles générations militantes sont invitées à s'identifier[105]. Simon Epstein porte un regard critique sur cette béatification des dreyfusards qui mériterait selon lui une étude : « Procédant d'un impératif collectif (exploiter au mieux le rôle exemplaire et pédagogique de l'Affaire) autant que d'une préoccupation juive particulière (dénigrer les antijuifs et célébrer les adversaires de l'antisémitisme), elle a dressé une muraille protégeant les dreyfusards contre tout examen critique. Elle a pour effet d'extraire ses bénéficiaires du champ ordinaire de l'investigation rationnelle et de la recherche scientifique. »

Critique de la thèse des deux France[modifier | modifier le code]

Les dreyfusards-collaborateurs sont occultés pour une deuxième raison, plus importante que la précédente et qui tient à la perception tronquée que l'on a, non plus du dreyfusisme, mais de la collaboration elle-même. À la base de cette distorsion se trouve la thèse des deux France. Simon Epstein s'en prend à cette vision qui pose que les grands antagonismes de l'histoire française ne font que reproduire de crise en crise, l'éternel conflit de la France de gauche contre la France de droite, de la France de 1789 et de la France contre-révolutionnaire[106].

Selon Simon Epstein, l'image est exaltante mais elle perd de son attrait « dès qu'on voit les réalités se dessiner dans tous leurs pourtours et toute leur complexité ». En fait, le bonapartisme et la monarchie de juillet sont difficiles à classer, la République de 1848 l'est aussi, car elle mitraille les ouvriers. Le Second Empire est autoritaire, mais sa politique sous certains aspects est novatrice et sociale. Gambetta n'est ni avec les Versaillais, ni avec les Communards. Les précurseurs du socialisme français et bien d'autres, sont ouvertement antijuifs. Le boulangisme, mouvement nationaliste et populaire, est réfractaire à l'antisémitisme.

Unies sur les réformes sociales, les composantes du front populaire ne le sont pas sur la menace hitlérienne. La France collaboratirce recrutera à parts égales dans les deux France antagonistes de 1936 et la France résistante, gaulliste ou intérieure, brisera elle aussi les blocs antérieurs[101].

Hannah Arendt et d'autres auteurs américains défendront la théorie des deux France mais en France, cette théorie a peu de succès après la Libération : les publications françaises sont sans indulgence pour Vichy mais n'éprouvent pas le besoin de charger rétroactivement les collaborateurs des actions des antidreyfusards[107].

Simon Epstein attribue la réactivation de cette théorie des deux France dans les années 1980 et 1990 à la lutte médiatique et politique contre le Front national, notamment dans le cadre des célébrations des centenaires du premier procès en 1994 et de J'accuse en 1998[108]. Selon lui, la thèse des deux France devient de « formule littéraire percutante, apte à émouvoir les cœurs, à enflammer les imaginations, elle s'est métamorphosée en appareil d'analyse et de conceptualisation, croit-elle, des grands drames de la France contemporaine ».

Simon Epstein constate que Pierre Birnbaum ne remarque pas que parmi les antisémites qu'ils citent et dénoncent dans une page de son étude sur la République juive (1988), deux sont dreyfusards directs (Hubert Bourgin et Fayolle-Lefort), le troisième est dreyfusard par identification (Henri Béraud), la quatrième est fils d'un dreyfusard qui n'a jamais renié son père (Bertrand de Jouvenel)[109].

Loin de pulluler à Vichy, les antidreyfusards y furent assez peu nombreux[110]. Par ailleurs, les antisémites ne s'identifieront pas nécessairement aux antidreyfusards. Ainsi, Lucien Rebatet dira[111] : « On peut avoir été dreyfusard, le demeurer quant à la question de Dreyfus coupable ou non coupable, et compter parmi les antisémites les plus déterminés. » Quant aux forces collaborationnistes venant de la gauche, il est clair que l'innocence de dreyfus y est admise[111],[Note 4].

Dans une étude publiée en 1997 et citée par Simon Epstein, Henry Rousso constate que l'antidreyfusisme ne figure pas dans l'arsenal idéologique et rhétorique de la collaboration. Il suggère, en explication que les antisémites sous l'Occupation ne peuvent se réclamer d'une affaire où eux-mêmes furent anti-allemands et où ils accusaient les Juifs et leurs amis d'être à la solde de l'Allemagne. Procédant par raisonnement logique et non par suivi d'itinéaraires : sa démarche est thématique, non prosopographique. Le phénomène qu'il découvre et l'intrigue tient au fait que la collaboration et l'antisémitisme des années 1940 comptent nettement plus de dreyfusards que d'antidreyfusards dans leur rang[112].

Inversement, l'abbé Jean-Marie Desgranges qui fut résistant pendant la guerre et avait été philosémite pendant l'Occupation utilisa l'affaire Dreyfus pour dénoncer les crimes du résistantialisme : tentant d'émouvoir l'opinion, il fait l'analogie entre le capitaine injustement condamné et les victimes de l'arbitraire et de la curauté des tribunaux de l'épuration. Il plaignit les « innombrables Dreyfus qui gémissent dans les prisons de la IVe République »[113].

L'exagération de l'influence maurrassienne à Vichy[modifier | modifier le code]

Simon Epstein critique la tendance de certains historiens à surestimer le poids des maurassiens dans la Révolution nationale et il parle de « maurrassification » de la collaboration[114].

À titre d'exemple, Simon Epstein cite le fait que le second statut des Juifs beaucoup plus drastique que le premier fut élaboré par Joseph Barthélemy, venu d'horizons opposés à l'Action française. Sur le plan institutionnel, la place d'Alibert fut prise par Lucien Romier au conseil national de Vichy, qui fut dreyfusard. Ignorer Barthélemy et Romier pour ne parler que d'Alibert, c'est camoufler selon Simon Epstein l'apport des autres courants de pensée, y compris de gauche à l'élaboration et à la pratique vichyste[115]. Au conseil national de Vichy, les parlementaires et syndicalistes de gauche occupent une place importante. Les racines républicaines de Vichy sont encore plus visibles si on prend en compte le corps préfectoral et les hauts fonctionnaires[116].

De plus, les maurrassiens de Vichy comptent parmi les éléments antiallemands et donc les moins favorables à la politique de collaboration. Pour Simon Epstein, ce point est rarement mentionné et cela est dû selon lui au fait que ceux qu'il appelle « les doctrinaires de la continuité ne se préoccupent pas des Allemands qui ne font que de rares incursions dans leurs écrits car ils cherchent avant-tout l'origine des maux qu'ils décrivent dans une permanence franco-française ».

Simon Epstein critique le fait que la collaboration de gauche n'est pas masquée dans sa totalité mais elle l'est dans sa nature[116] : « La collaboration de droite est présentée comme naturelle alors que celle de gauche est présentée comme déviante. » La méthode qu'il critique consiste à être « scrupuleux à l'extrême dans le décompte des collaborateurs de gauche mais emphatique et globalisateur dans le repérage des collaborateurs de droite ». Selon Simon Epstein, un collaborateur qui vient des Croix-de-Feu n'échappera pas à son passé et sera stigmatisé avec insistance comme Croix-de-Feu. Inversement, « un collaborateur venu du parti radical ou du parti socialiste perdra miraculeusement son indication d'origine : il sera étiqueté technocrate sans âme, complice de Laval, personnage redoutable et ambitieux »[117].

Simon Epstein affirme[117] : « Les clivages essentiels portent sur l'occupation allemande, laquelle grève l'avenir du pays, met à bas une souveraineté millénaire, opprime, vassalise et humilie une grande nation. Les clivages essentiels ne portent pas sur le retour à la terre, les chantiers de jeunesse, sur la nature du régime, les corporations ou le folklore paysan.». Fondamentalement, les Français s'engagent dans la Résistance parce qu'ils estiment profondément anormal que leur territoire soit occupé par une puissance étrangère. L'universitaire israélien condamne la tendance qui consiste à décrire rétrospectivement les choix entre résistance et collaboration comme le résultat d'un choix idéologique. Pour Simon Epstein, ceux qui se battent contre Vichy, ne lui reprochent pas d'avoir dupé la République au profit de la contre-révolution mais bien de trahir la France au bénéfice de l'ennemi[118]. Les clivages de 1940 pulvérisent les cadres antérieurs qui sont différents de ceux de 1936 ou de 1998[118].

Il est des pans entiers de la droite qui sont restés viscéralement antiallemands et le sont restés en dépit de leur ralliement au pacifisme pro-italien en 1935, au franquisme en 1936, aux accords de Munich en 1938. Réciproquement, il est des pans entiers de la gauche qui ont prôné le rapprochement avec l'Allemagne par pacifisme et idéal européen et ont continué de le faire après 1933. L'antigermanisme des premiers les prémunit contre une trop forte attirance pour le collaborationnisme à outrance, le pacifisme des seconds les prédispose à prêter l'oreille aux musiques européennes et réconciliatrices d'un Otto Abetz. Simon Epstein affirme[114] : « Il n'est donc pas stupéfiant que dans son ensemble la collaboration ait été plus briandiste que maurrassienne. […] La maurrassification intempestive de la collaboration a pour effet principal de jeter le voile sur la texture idéologique et politique du régime de Vichy et du collaborationnisme parisien. […] elle exonère la gauche et le centre en détournant la faute sur la droite ». À titre d'exemple, il cite Michel Winock qui à partir du cas Maurras affirme que les antidreyfusards sont au pouvoir en 1940, alors qu'« ils n'y sont pas ou très peu alors que leurs opposants sont en effectif assez replet »[114].

Charles Maurras sert de cible à la presse pro-hitlérienne parisienne qui l'accuse de prôner l'attentisme et d'être opposé à tout renforcement de la collaboration[Note 5] : en effet, Maurras défend la thèse de la France seule, celle-ci devant se tenir à la fois à l'écart de l'Allemagne et des Alliés ; il ne prône pas de collaboration politique ou d'aider militairement l'Allemagne. Les Dreyfusards collaborateurs tels Armand Charpentier et René de la Marmande attaquent régulièrement ses positions[119]. Les pacifistes des années 1920 reprochaient à Maurras d'être hostile au rapprochement franco-allemand. Devenus collaborateurs, ces pacifistes témoigneront d'une ténacité idéologique et d'une constance argumentaires remarquables, puisqu'ils lui feront le même reproche sous l'Occupation[120],[Note 6].

Le thème de l'osmose entre Charles Maurras et Vichy sera développé par des auteurs aux préoccupations divergents[121] :

  • Il s'agit des hagiographes de Pétain qui sont aussi des admirateurs de Maurras tels René Benjamin ou Henri Massis qui « idéalisent et sanctifient » le lien qui unit les deux hommes, tout en contestant que l'un ou l'autre aient cherché à servir l'Allemagne ;
  • Il s'agit, cette fois non pour les célébrer mais pour les critiquer des collaborateurs parisiens, comme Marcel Déat, qui considèrent que Vichy ne fait pas une vraie politique de collaboration et veulent voir dans l'œuvre de Pétain la manifestation d'une pensée réactionnaire et cléricale qu'ils détestent ;
  • Il s'agit de la presse résistante qui constate que « Maurras soutint Pétain mais en déduit à tort que Pétain fut maurrassien »[122] ;
  • Il s'agit à partir dans les années 1980 et 1990 des défenseurs de l'idée des deux France, soucieux d'amalgamer des tendances politiques différentes.

En fait, Simon Epstein rappelle que Vichy n'attend pas longtemps pour se délester d'une bonne partie de ses maurrassiens[123] : dès 1941, Raphaël Alibert, ministre de la Justice, Paul Baudouin ministre des affaires étrangères en 1941, Georges Groussard, ancien cagoulard qui commande les groupes de protection de Vichy et qui procéda à l'arrestation de Laval trop favorable à l'Allemagne et s'orienta vers la Résistance quittent Vichy. Ceux qui ne sont pas partis quitteront le gouvernement lors du retour de Laval en 1942 : Pierre Caziot, Serge Huard, Yves Bouthillier, René Gillouin, Henry du Moulin de Labarthète, Xavier Vallat, c'est-à-dire avant l'entrée des partisans d'une franche collaboration avec l'Allemagne nationale-socialiste. Ces Maurassiens étaient mal vus des amis de Pierre Laval qui les accusent d'avoir favorisé son renvoi, des Allemands qui n'apprécient pas leur hostilité à la collaboration, des collaborationnistes qui les accusent d'être réactionnaires à l'intérieur et germanophobes à l'extérieur[124].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Simon Epstein remarque d'ailleurs que Percin, comme Pétain, croient en l'innocence de Dreyfus, les deux sont partisans de la défense tactique, les deux sont soucieux dépargner le sang des soldats. L'un achèvera son parcours en général pacifiste, l'autre en maréchal défaitiste.
  2. Lucien Romier, historien, économiste et homme de presse signa avant la guerre l'avant-propos d'un classique du philosémitisme Israël chez les nations d'Anatole Leroy-Beaulieu.
  3. Les biographies du Dictionnaire des parlementaires français ne mentionnent pas la position par rapport à l'affaire quand elle eut lieu.
  4. Dans son ouvrage, Simon Epstein répartit les collaborationnistes venus de la gauche en trois groupes : les anciens communistes qui forment l'assise du parti populaire français de Jacques Doriot restent étrangers à l'antidreyfusisme irréductible d'un Charles Maurras ; les anciens socialistes qui donnent au RNP de Marcel Déat son substrat idéologique et militant ne sont pas antidreyfusards et le RNP compte d'authentiques dreyfusards à sa direction (Francis Delaisi), dans sa presse (Georges Pioch, Georges de la Fouchardière, Alexandre Zévaès) ; dans les journaux des journaux de la gauche pro-allemande comme L'Atelier ou Germinal, écrivent des plumes dreyfusardes comme Félicien Challaye ou Armand Charpentier).
  5. René de Marmande, dreyfusard et collaborateur, ne reniera pas son combat et saluera en janvier 1944 la figure de Jean Jaurès. Il s'est lancé dans la bataille pour Dreyfus parce qu'il était favorable à un rapprochement avec l'Allemagne et hostile à la germanophobie génératrice de guerre pour le continent ; il flétrira cette germanophobie pendant la Seconde Guerre mondiale comme pendant l'Affaire l'Action française et Charles Maurras
  6. Charles Maurras après la guerre fera le point sur ses rapports avec Philippe Pétain. Après avoir rappelé qu'ils se voyaient à peine avant 1939, il proteste contre « la fable intéressée qui fait de moi une espèce d'inspirateur ou d'Éminence grise du Maréchal. Sa doctrine est sa doctrine. Elle reste républicaine. La mienne est restée royaliste. Elles ont des contacts parce qu'elles tendent à réformer les mêmes situations vicieuses et à remédier aux mêmes faiblesses de l'État. (...) L'identité des problèmes ainsi posée rend compte de la parenté des solutions. L'épouvantable détresse des temps ne pouvait étouffer l'espérance que me donnait le remplacement du pouvoir civil impersonnel et irresponsable, par un pouvoir personnel, nominatif, unitaire et militaire ». Le projet de constitution du 30 janvier 1944 que prépara le maréchal Pétain était d'ailleurs explicitement républicain même s'il renforçait le rôle du chef de l'État, président de la République. Charles Maurras considérait cette orientations préférable à celle du régime précédent et il avait confiance en Philippe Pétain pour ne pas engager militairement la France aux côtés de l'Allemagne, ce que souhaitait les collaborationnistes.

Références[modifier | modifier le code]

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Articles connexes[modifier | modifier le code]