Histoire des Juifs en Géorgie

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Le judaïsme en Géorgie est, avec moins de 10 000 membres (dont 3 000 pratiquants), la plus faible des trois religions abrahamiques présentes (0,1 % de la population) : il a compté 10 à 20 fois plus de fidèles tout au long de l'histoire.

Synagogue de la ville d'Oni

La légende[modifier | modifier le code]

Les Chroniques Géorgiennes[1],[2], parfois controversées, mentionnent que le peuple géorgien « vénérait déjà le Dieu d'Israël » quand il apprit la nouvelle de la traversée de la Mer Rouge par les Juifs menés par Moïse, soit vers 1300 av. J.-C. : cette légende est parfois reprise, mais non vraisemblable.

Deux vagues établies de migration juive[modifier | modifier le code]

Il est probable que la plus ancienne communauté judaïque géorgienne se soit établie dans le Caucase à la suite de la prise de Jérusalem par le roi babylonien Nabuchodonosor II (586 av. J.-C.)[3] : des Juifs établirent une implantation tributaire de la seigneurie (mamasakhlissat) de Mtskheta dans la vallée de l'Aragvi, avant de rejoindre le royaume d'Ibérie en 299 av. J.-C.

La seconde vague d'immigration judéenne dans le Caucase daterait du Ier siècle, après la destruction de Jérusalem par l’Empire romain en 70 sous le règne de Vespasien.

Parmi les premiers missionnaires chrétiens au début du IVe siècle, un Juif est mentionné[4], Eviatar ou Abiatar (en) d'Ourbnissi, ainsi que sa sœur Sidonie. Tous deux ont été sanctifiés par l'Église orthodoxe géorgienne[4], entourés de la célèbre légende du transfert en Géorgie de la Sainte Tunique du Christ[3]. Mention est également faite de Salomée[4], juive qui a écrit la vie de Nino de Cappadoce qui baptisa des Géorgiens.

Le Moyen-Âge[modifier | modifier le code]

Après l'invasion de la Géorgie orientale par les Arabes et l'établissement d'un « émirat de Tiflis », du VIIe siècle jusqu'à 1122, année de la reprise de la capitale géorgienne par les troupes du roi David IV le Reconstructeur, les Juifs géorgiens connaissent une période délicate ; ils développent néanmoins leur propre dialecte, le kivrouli ou judéo-géorgien.

Au IXe siècle la Géorgie était bordée à l'est et au nord par le royaume Khazar, dont une élite adopta le judaïsme. Aucune donnée authentique n'établit des contacts entre ces Khazars et des Juifs de Géorgie, mais on sait qu'au milieu du Xe siècle Hasdaï ibn Shaprut voulut envoyer sa fameuse lettre à Joseph, le roi des Khazars, par la Géorgie[4]. Cet hypothétique lien entre des Juifs de Géorgie et les Khazars restait un thème romanesque au début du XXIe siècle[5].

Une période d'accalmie suit : « Les mêmes légendes racontent qu’un grand commerçant de Tbilissi, Zankan de Zorababel, que certains savants géorgiens considèrent juif, avait été envoyé par la cour royale géorgienne, chercher un fiancé pour la reine Tamar de Géorgie. Ces témoignages historiques démontrent les droits dont les Juifs jouissaient dans la Géorgie de l’époque. [...] Les chartes des siècles ultérieurs, qui définiront le statut juridique des Juifs géorgiens, ne contiendront pas de traces de discrimination religieuse, sociale, politique ou autres à leur égard »[3].

Mais après l'invasion du pays par les Mongols, puis par les Turcs, enfin les Perses, ils s'exilent progressivement vers les rives de la Mer Noire.

Les siècles contemporains[modifier | modifier le code]

La période de l'Empire russe[modifier | modifier le code]

Le XIXe siècle est une période de tension du point de vue de la vie sociale des Juifs dans tout l'Empire russe. Néanmoins, « Il faut souligner l’attitude négative des écrivains géorgiens (Ilia Tchavtchavadzé, David Kldiachvili, Mikheil Djavakhicvili) et de l’opinion publique géorgienne envers les persécutions (les pogroms) des Juifs et envers l’antisémitisme déchaîné qui avaient lieu en Russie »[3].

La période de l'indépendance de la Géorgie[modifier | modifier le code]

Durant la courte période de la restauration de l’indépendance de la Géorgie, République démocratique de Géorgie, la liberté de culte est institutionnalisée, le Parlement et le gouvernement comportent des représentants de la communauté juive[Note 1],[6].

La période soviétique[modifier | modifier le code]

Avec l’instauration du régime soviétique par l’Armée rouge, la politique change : des tensions religieuses (et ethniques) apparaissent dans toute l'URSS comme dans la Géorgie, surtout à la veille de la Seconde Guerre mondiale et durant les années 1950.

Dès qu’ils en ont la possibilité, les Juifs géorgiens engagent la lutte pour la liberté de leurs croyances et de leur culture : le 6 août 1969, dix-huit d'entre eux adressent une lettre aux Nations unies pour demander le retour en Israël, en 1971 plusieurs groupes d'entre eux manifestent devant les locaux gouvernementaux de Moscou. Cette détermination, relayée par la communauté internationale, entraîne un infléchissement de la politique antisémite : la décennie voit les premières migrations partir vers Israël, les États-Unis ou l'Europe occidentale, souvent contre paiement de taxes d’expatriation. Entre 1979 et 1989, la population juive de la Géorgie baisse de 4 000 individus.

La période postérieure au retour à l'indépendance[modifier | modifier le code]

À partir de 1991, les frontières s'ouvrent, la guerre civile ravage la Géorgie et les difficultés économiques apparaissent : ces causes, ajoutées à l'appel du retour vers Israël, entraînent une émigration massive.

En 1994, un accord est signé entre le Rabbinat de Géorgie et la présidence de la République de Géorgie : il garantit la conservation de la culture, de l'histoire et de la langue judéo-géorgienne.

En 1998, une cérémonie marque la présence juive en Géorgie depuis 2600 ans. Le rabbin David Baazov déclare : «Frères, je viens d’un pays où les Juifs sont établis depuis 2600 ans. Ils n’ont jamais été ni persécutés ni massacrés »[3].

Le XXIe siècle[modifier | modifier le code]

En 2004, la Révolution des Roses poursuit cette politique, à l’inverse de la situation dans les régions séparatistes d'Abkhazie et d'Ossétie du Sud : le dernier quartier juif de Tskhinvali est complètement détruit durant la Bataille de Tskhinvali lors de la Deuxième Guerre d'Ossétie du Sud en août 2008 et ne semble pas devoir être reconstruit. Le Parlement géorgien comporte régulièrement des représentants de la communauté juive, et plusieurs d'entre eux se sont succédé au gouvernement, dont un ministre de retour d'Israël[7].

En 2016, la population juive de Géorgie est inférieure à 10 000 personnes. Elle est de l'ordre de 5 000 à Tbilissi et d'une centaine à Gori. Elle est de moins d'une dizaine de personnes dans les autres villes comme Akhaltsikhé, Batoumi, Kareli, Kulashi, Koutaïssi, Oni, Poti, Sourami, Vani, lieux historiques et de rénovation de synagogues grâce aux dons provenant d'Israël : la liturgie ne peut y être régulièrement pratiquée faute de quorum, des Israéliens d'origine géorgienne s'y rendent lors des grands évènements de la religion juive afin de les faire vivre[Note 2]. Tbilissi compte deux synagogues, la première construite à la fin du XIXe siècle en briques par les Juifs d'Akhaltsikhé -relativement traditionnelle- et une seconde -plus moderne- et plus respectueuse du rituel en hébreu, parfois complété de langue géorgienne et de chant polyphonique[8]. La communauté juive de Géorgie bénéficie du soutien financier des Juifs géorgiens émigrés à partir des années 1990, pour l'essentiel en Israël (une centaine de milliers, principalement à Lod[9] et Ashdod), mais aussi à New York (quelques milliers), Anvers (environ 1 500), Vienne (environ 1 000), voire Paris (quelques centaines). Elle bénéficie aussi d'un afflux touristique en provenance de ces différents lieux, les émigrés et leur descendance souhaitant retrouver la terre de leurs ancêtres, au point que plusieurs agences de tourisme juif et de restaurants kasher ont ouvert à Tbilissi depuis 2014 [Note 3]. Le Congrès mondial des Juifs de Géorgie, dont le siège est à Tel-Aviv, contribue à maintenir l'ensemble de ces liens[10].

Le , le ministre de la culture de la République de Géorgie, Mikheil Giorgadze, annonce au Conseil de l'Europe, que parmi les 4 routes de la culture choisies, figure the European Route of Jewish Heritage, avec la participation de la Maison d'Israël en Géorgie[11].

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Joseph Eligoulachvili -secrétaire d’Etat en exil à Paris-, aidé de Sacha Korkia –un Allemand d’origine géorgienne dont le fils avait été un héros de la Luftwaffe- et de Sossipatré Assathiany –directeur de l’Office des réfugiés géorgiens en France- utilisent en 1942 les arguments fallacieux de l'appartenance des Juifs géorgiens à l'ethnie géorgienne et de celui d'une simple conversion de religion, aidés par la position d'universitaires et d'hommes politiques géorgiens (dont Michel Kedia) en cour à Berlin. Ils parviennent à faire dispenser les Juifs géorgiens du port de l’étoile et de la déportation, et étendent cette disposition à 243 familles juives non-géorgiennes (originaires du Turkestan, d’Iran, des Balkans et d’Espagne), en géorgianisant leurs patronymes, sauvant ainsi près d’un millier de personnes (voir référence 4)
  2. Conférence de Yoann Morvan, -anthropologue du CNRS, ayant visité la plupart des synagogues et des communautés locales juives de Géorgie-, Institut français de Géorgie : « Communautés juives du Caucase et mondialisation », 25 avril 2013
  3. Conférence de Yoann Morvan, EHESS : « Les Juifs de Géorgie : entre exils, repolarisations et retours », 15 décembre 2016

Références[modifier | modifier le code]

Sources[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]