Charles VIII (roi de France)

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Charles VIII
Illustration.
Portrait de Charles VIII, huile sur panneau de bois, école française du XVIe siècle, Chantilly, musée Condé.
Titre
Roi de France

(14 ans, 7 mois et 8 jours)
Couronnement ,
en la Cathédrale de Reims
Régent Anne de France (1483-1491)
Prédécesseur Louis XI
Successeur Louis XII
Roi de Naples
Février –
(4 mois)
Prédécesseur Alphonse II
Successeur Ferdinand II
Dauphin de France

(13 ans et 2 mois)
Prédécesseur François de France
Successeur Charles-Orland de France
Biographie
Dynastie Maison de Valois
Date de naissance
Lieu de naissance Château d'Amboise (France)
Date de décès (à 27 ans)
Lieu de décès Château d'Amboise (France)
Père Louis XI
Mère Charlotte de Savoie
Conjoint Anne de Bretagne
Enfants Charles-Orland de France
Charles de France
François de France
Anne de France
Héritier Louis d'Orléans
(1483-1492)
Charles-Orland de France
(1492-1495)
Louis d'Orléans
(1495-1496)
Charles de France
(1496)
Louis d'Orléans
(1496-1497)
François de France
(1497)
Louis d'Orléans
(1497-1498)
Religion Catholique
Résidence Château d'Amboise

Charles VIII (roi de France)
Rois de France

Charles VIII, dit « l'Affable », né le au château d'Amboise, mort le au même endroit, est roi de France de 1483 à 1498.

Seul fils de Louis XI et de sa deuxième épouse Charlotte de Savoie à ne pas être mort en bas âge, il est le septième et dernier roi de la succession directe de la branche des Valois de la dynastie capétienne.

Devenu roi à l'âge de treize ans, il est placé sous la tutelle de sa sœur Anne de Beaujeu, régente de France. À vingt-et-un ans (en 1491), il se marie à Anne de Bretagne, préparant ainsi l'union du duché de Bretagne au royaume de France. Son règne vit la perte du comté d'Artois, du comté de Bourgogne et du comté de Roussillon annexés par son père Louis XI (1483). Son expédition pour conquérir le royaume de Naples constitue le point de départ des guerres d'Italie (1494)[1].

Biographie[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Arbre généalogique des Valois.

Enfance[modifier | modifier le code]

Né le , Charles est le premier et seul fils de Louis XI à passer l'âge d'un an (sur les cinq fils qu'a eus le roi, et après deux filles). Il est de constitution fragile et le roi, soucieux de s'assurer une succession, se préoccupe plus de sa santé que de son éducation[2]. Ainsi, il lui interdit l'enseignement du latin, que lui-même avait pourtant appris à l'âge de six ans, et lui choisit pour précepteur l'humaniste Guillaume Tardif. Il fait rédiger pour l'éducation du dauphin un traité historique, politique et éthique, le Rosier des guerres. Heureusement pour le dauphin, le roi prend également à son service le meilleur médecin de l'époque, Jean Martin, grâce auquel sans doute Charles conserve une bonne santé[n 1].

Durant son enfance, Charles joue avant tout le rôle d'instrument de la politique de son père, au moyen de fiançailles successives. D'abord le , le traité de Picquigny qui met fin à la guerre de Cent Ans est accompagné d'une promesse de mariage entre Charles et Élisabeth d'York, fille d'Édouard IV d'Angleterre. Par la suite, en 1477, après la mort de Charles le Téméraire, Louis XI entend prendre sous tutelle sa fille et héritière Marie de Bourgogne, et la fiancer à Charles pour réunir les États bourguignons à la France. Marie est pourtant souveraine, apte à régner sur ses États, et a en outre 13 ans de plus que Charles. Elle choisit donc d'épouser l'archiduc Maximilien d'Autriche. S'ensuit une invasion des possessions bourguignonnes par les troupes françaises, une guerre qui durera jusqu'à la fin de 1482. Mais la duchesse Marie meurt accidentellement, laissant deux enfants en bas âge. Maximilien, qui n'est que leur tuteur, et non l'héritier lui-même, préfère signer le traité d'Arras qui scelle la paix, et offre Marguerite de Bourgogne, 3 ans, fille de Maximilien et Marie, en fiançailles à Charles. Ce traité est cependant une violation du traité de Picquigny qui stipulait le mariage de Charles avec Élisabeth d'York, ce qui entraînera une nouvelle bataille anglo-française, au cours de laquelle la marine française vaincra les corsaires anglais[6]. Marguerite de Bourgogne vivra cependant à la cour de France avec son fiancé qui l'aimait beaucoup[6], mais malgré cela, par calcul politique, Charles ne l'épousera finalement pas.

À la fin de la vie de Louis XI, Charles et sa petite fiancée vivent confinés à Amboise, sur l'ordre d'un père devenu paranoïaque[7]. Celui-ci, sentant sa fin approcher, lui inculque quelques notions de gouvernement à partir de 1482. Il lui conseille de conserver la majorité du personnel royal pour faciliter la transition (chose que lui-même n'avait pas faite)[8], et lui demande d'accepter la tutelle de sa sœur Anne de Beaujeu. Louis XI s'éteint le , et Charles devient roi à 13 ans sous le nom de Charles VIII.

Régence[modifier | modifier le code]

Lorsque Charles monte sur le trône, il est toujours mineur et, conformément au désir de son père, il est placé sous la tutelle de sa sœur aînée, Anne de France, âgée de 23 ans, dite Anne de Beaujeu après son mariage avec Pierre de Bourbon, sire de Beaujeu. Cette tutelle fut un temps contestée par la maison d'Orléans mais la réunion des États généraux de Tours de janvier à mars 1484 permet le renforcement du pouvoir des époux Beaujeu. Le sacre de Charles VIII eu lieu le en la Cathédrale Notre-Dame de Reims.

Le gouvernement des régents provoque une rébellion des princes orchestrée par le beau-frère et successeur du roi, le duc Louis II d'Orléans (époux de Jeanne de France), le futur Louis XII, qui, en vue de soustraire le roi à ses tuteurs, entreprend la guerre folle. Le 28 juillet 1488, Louis d'Orléans est fait prisonnier à la bataille de Saint-Aubin-du-Cormier. Incarcéré pendant trois années, il est gracié en 1491. Les premiers mois de la régence voient les anciens proches de Louis XI adopter des attitudes très différentes. Si certains, comme Philippe de Commynes, prennent dès le début le parti d'Anne de France, d'autres, plus réservés comme Imbert de Batarnay, attendent quelques mois l'affermissement du pouvoir de la famille de Beaujeu pour se rallier.

Règne personnel[modifier | modifier le code]

L'archange saint Michel apparaît à Charles VIII.
Statuts de l'ordre de Saint-Michel, enluminure attribuée à Jean Hey, Paris, BnF, département des manuscrits, ms. Français 14 363, vers 1493-1494.

À l'ouest, Anne de Bretagne, duchesse de Bretagne, est mariée par procuration avec Maximilien de Habsbourg. Charles, lui-même fiancé à Marguerite d'Autriche, fille de Maximilien, entreprend de longues négociations et assiège Rennes afin d'épouser Anne, sous la contrainte de la force militaire ennemie dans le Duché, ce qu'il obtient le . Les fiançailles avec Charles VIII sont célébrées à la chapelle des Jacobins de Rennes. Puis, le , Anne de Bretagne se rend, escortée de son armée et donc libre — ce qui était important pour la légitimité du mariage, le pape refusant la force, et pour l'annexion ou rattachement de la Bretagne[9], jusqu'au château de Langeais, pour les noces des deux fiancés. Charles VIII rapproche ainsi de la France cet important duché, au prix de l'inimitié du futur empereur.

Selon Guyard de Belleville, le contrat de mariage d'Anne de Bretagne avec Charles VIII comportait cette clause singulière qu'au cas où elle deviendrait veuve, elle ne pourrait se remarier qu'avec le successeur du roi ; cela pour assurer plus solidement l'alliance de son duché de Bretagne et de la couronne de France. Elle épousera ensuite Louis XII en 1499. Aucun des six enfants issus de l'union de Charles avec Anne de Bretagne ne survivra. Charles-Orland, le fils aîné de Charles VIII et de la reine Anne, duchesse de Bretagne, mourut en 1495 à l'âge de 3 ans.

Double tournois ou niquet sous Charles VIII.
Écu d'or au soleil sous Charles VIII.

Jeune et ambitieux, Charles VIII veut conquérir le royaume de Naples, faisant valoir des droits que les derniers princes de la maison d'Anjou avaient légués à sa famille. Pour avoir sa pleine liberté en Italie, où il a des prétentions, il signe, en 1492, le traité d'Étaples avec Henri VII d'Angleterre ; en 1493, le traité de Barcelone avec le roi d'Aragon Ferdinand II ; et le traité de Senlis avec Maximilien d'Autriche (par ce traité, la dot de Marguerite — comté de Bourgogne et Artois — est restituée au Saint-Empire).

À la mort du roi Ferdinand Ier de Naples, en 1494, Charles VIII prend le titre de roi de Naples et de Jérusalem et pénètre en Italie. C'est le début de la première guerre d'Italie (1494-1497). Opposés à une faible résistance, les Français entrent à Florence en novembre et à Rome en décembre. Le succès de l'expédition est un choc dans la péninsule italique, la supériorité incontestée de l'artillerie française[10] et la violence des combats provoquent une véritable révolution dans la guerre à l'époque moderne[11]. Les Français sont à Naples en février 1495. Cependant, en mars, sous l'impulsion de Ferdinand II d'Aragon et du pape Alexandre VI, se constitue la ligue de Venise, une alliance quasi générale contre la France. Les troupes françaises sont submergées…

Le retour en France de Charles VIII est périlleux. Il parvient cependant à franchir l'Apennin et, remportant de justesse une victoire à la bataille de Fornoue, il réussit à échapper à ses ennemis. Le duc Louis d'Orléans, assiégé dans Novare en raison de ses prétentions sur le duché de Milan, est dans une très mauvaise posture puisque son armée est frappée par la faim et les maladies. La situation se délie grâce à l'arrivée de l'armée royale qui négocie avec les troupes italiennes coalisées, les discussions mènent à la signature d'une trêve qui est prolongée par le traité de Verceil en octobre 1495. Charles VIII regagne le royaume de France en arrivant à Grenoble à la fin du même mois et malgré ses ambitions italiennes persistantes, il ne franchit plus les Alpes jusqu'à sa mort. Début 1497, l'armée française restée à Naples capitule devant le capitaine espagnol Gonzalve de Cordoue, dit « le Grand Capitaine ».

Karolus ou dizain sous Charles VIII.

En sa cité royale d'Amboise, Charles fait notamment achever la rénovation du château royal et l'ornementation de la chapelle Saint-Hubert. Il y fait en outre réaliser le domaine royal de Château-Gaillard.

Mort[modifier | modifier le code]

Le la reine se remet au château d'Amboise de son dernier accouchement du 20 mars - encore un enfant mort-né[12]. Pour la distraire, Louis l'emmène voir une partie de jeu de paume dans les fossés du château. Pour rejoindre le lieu, ils passent par la nauséabonde galerie Hacquelebac. Pressant le pas, Louis heurte violemment la tête à un linteau de pierre d'une porte basse[13]. Il chancelle mais ne perd pas connaissance, va s'installer pour le spectacle du jeu[14] qu'il regarde longtemps[15], le commente avec ses voisins. Mais vers deux heures de l’après-midi il s’écroule soudainement au sol. Il ne peut plus parler. Il est étendu sur une paillasse en attendant les médecins... et y reste pendant neuf heures jusqu'à sa mort, ce qui est pour le moins curieux vu la proximité de lits confortables dans ses propres appartements[14].

Pendant ces neuf heures ses médecins tentent de le sauver, en vain. D'après les mémoires de Philippe de Commynes, il retrouve la parole à trois reprises durant ce laps de temps et ses proches pensent l'entendre dire plus ou moins distinctement[16] : « Mon Dieu et la glorieuse Vierge Marie, Monseigneur Saint Claude et Monseigneur saint Blaise me soient en aide »[15].

Charles VIII meurt, à 27 ans, le vers 11 h du soir[16] au château d'Amboise.

Les hypothèses sur la cause de sa mort sont nombreuses. L'évêque d'Angers, présent, parle de « catarrhe [parfois utilisé à l'époque pour un synonyme d’apoplexie[n 2]] qui lui tomba dans la gorge ». Ce « qui lui tomba dans la gorge » peut signifier des troubles de la déglutition, des troubles respiratoires, mais aussi la perte de la parole[17].
Dans la semaine précédant l’accident du linteau, Charles s'est plaint de symptômes évoquant nettement une hypertension artérielle - ce qui favorise les accidents vasculaires. Le tableau clinique caractérise une atteinte cérébrale vasculaire, soit par thrombose, soit par hémorragie ou hématome intracrânien. Un accident vasculaire cérébral par thrombose d’une artère peut amener une perte de connaissance, de l'aphasie si elle touche la zone temporale gauche, et est marquée alors par une paralysie plus ou moins complète du côté droit. Une telle hémorragie (hématome sous-dural) est souvent due à un traumatisme crânien, généralement suivi d'une période de latence puis d'une atteinte neurologique dont les symptômes dépendent de l’endroit de l'hématome[17].
Aucun récit contemporain ne mentionne une paralysie, même partielle, ni des convulsions. Mais Jean Markale mentionne « une attaque avec hémiplégie temporaire » au printemps 1497[17]. Une autre question se pose : pourquoi pendant ces neuf heures le roi n'a-t-il pas été porté dans ses appartements tout proches ? Une hypothèse possible pour cette absurdité est qu'il a fait une crise d'épilepsie, le "haut mal" que l'on croyait à l'époque une œuvre du diable et qui effrayait tant médecins et autres gens que personne ne touchait ces malades[14]. Or dans le cas d'un dégât neurologique les crises d'épilepsie, sans être systématiques, ne sont pas une rareté[17] - notamment au vu de ses antécédents familiaux[n 3].
Charles VIII serait donc mort des suites d'un traumatisme crânien ayant engendré un accident vasculaire cérébral avec hématome sous-dural et atteinte neurologique.

Enterrement, succession

Les célébrations funèbres furent grandioses et rassemblèrent un grand nombre de personnes et durèrent jusqu'au , jour de la sépulture[18].

Après sa mort, la succession revient à son cousin et héritier Louis d'Orléans, sacré roi sous le nom de Louis XII, qui fait annuler son mariage avec Jeanne de France (qui fonde l'ordre de l'Annonciade et sera canonisée en 1950) pour épouser la veuve de son cousin, Anne de Bretagne[19].

Tombeau[modifier | modifier le code]

Tombeau de Charles VIII (collection François Roger de Gaignières).

Charles VIII fut inhumé à la basilique Saint-Denis tandis que son cœur rejoignit la basilique Notre-Dame de Cléry, afin qu'il pût être près de ses parents, Louis XI et Charlotte de Savoie.

Le tombeau de Charles VIII était l'un des plus riches de Saint-Denis, réalisé en grande partie en bronze doré et en émail. Comme tous les tombeaux qui n'étaient pas de pierre, il fut fondu par les révolutionnaires dès 1792. Les derniers vestiges disparurent en 1793.

Charles VIII ne fut pas inhumé dans la chapelle établie par Charles V, qui était devenue la chapelle Saint-Jean-Baptiste, chapelle des « rois Charles », comme son nom pouvait l'y prédisposer. La place manquait dans cette chapelle. Il fut enterré dans l'un des lieux les mieux exposés de l'église : à la croisée du transept, au nord-ouest du maître-autel. Ce secteur n'avait connu aucune modification depuis l'enterrement de Jeanne II de Navarre aux pieds de son père Louis X en 1349.

La reine Anne de Bretagne a supervisé la conception du tombeau, puis les travaux. L'exécution en fut confiée à Guido Mazzoni, « chevalier, painctre et enlumineur » que Charles VIII avait ramené de ses conquêtes italiennes, et qui était passé au service de Louis XII. De fait, ce tombeau surpassait tous les autres à Saint-Denis par ses dimensions et son ornementation somptueuse. Le monument mesurait 8 pieds et demi de long et 4 pieds et demi de large. Il dominait les gisants médiévaux en avant desquels il fut placé. La statue monumentale en bronze doré représentant le roi en orant. Celui-ci était revêtu de la robe bleue à fleurs de lys dorées réalisée en émail.

Le soubassement rectangulaire était orné de figures féminines dans des médaillons — comme au tombeau de François II de Bretagne à Nantes. Des rubans de « K » entrelacés se déroulaient entre ces figures féminines, sur tout le pourtour du soubassement. L'emblème personnel de Charles VIII (épée flamboyante ou palmée) ornait également le tombeau. Aux quatre angles du socle, des anges en bronze polychrome portaient des écus avec les armes de France (d'azur à trois fleurs de lys d'or) et de Naples et Jérusalem écartelées (écartelé en 1 et 4 semé de fleurs de lys d'or au lambel de gueules et, en 2 et 3, d'argent à la croix potencée d'or, cantonnée de quatre croisettes du même).

Ce tombeau a influencé les réalisations postérieures de la basilique, notamment à cause de la représentation du souverain en prière, sans couronne. Elle sera reprise au XVIe siècle dans les tombeaux à transis (Louis XII, François Ier et Henri II).

Le cœur de Charles VIII rejoignit la basilique Notre-Dame de Cléry où reposaient ses parents. En 1873, il fut retrouvé sous le dallage de la collégiale. Une dalle offerte en 1892 par la Société française d’archéologie en marque depuis l’emplacement.

Visions du règne[modifier | modifier le code]

La figure de Charles VIII a connu depuis toujours un traitement sévère. Depuis son époque, il a l'image d'un jeune roi fragile et instable dont le portrait physique disgracieux correspond en tout point à son mental déficient. C'est en tout cas ce qui ressort des descriptions utilisées par les historiens, celle de Philippe de Commynes dans ses Mémoires ou encore dans les écrits de l'ambassadeur vénitien Zaccaria Contarini[20].

« Imperant Roy portant tripple coronne », Jean Bénart, Louanges de Charles VIII, enlumineur anonyme, 1497 (Paris, BNF, Ms. fr. 2228, fol. 1).

Le XIXe siècle français connaît une production historique importante et l'étude de Charles VIII n'échappe pas à la règle. L'historien renommé Jules Michelet dans son Histoire de France lui fait une place au sein du roman national. Charles VIII est le roi qui engage les guerres d'Italie, en cela, il allume l'étincelle, permet à la culture italienne de rencontrer la civilisation française et provoque ainsi le brasier de la Renaissance[21].

Les ouvrages de Paul Pélicier[22] en 1882 puis de Delaborde[23] en 1888 sont des travaux d'érudition qui ne bouleversent pas l'image du règne de Charles VIII. La vision dominante dans l'historiographie est celle d'une période d'insuffisance royale. Ce souverain immature et mal conseillé aurait dilapidé les énergies du royaume dans « l'Entreprise italienne », une aventure chevaleresque irrationnelle[24]. En effet, Charles VIII pour se lancer pleinement dans les guerres d'Italie a concédé des terres à des souverains étrangers lors des traités d'Étaples, de Barcelone et de Senlis ce qui est contraire au processus de construction territoriale du royaume, résultat de la politique de son père, Louis XI.

Il faut attendre la seconde moitié du XXe siècle pour voir émerger une nouvelle historiographie le concernant. Yvonne Labande-Mailfert fut certainement pionnière dans ce processus et d'autres historiens lui ont ensuite emboîté le pas. L'historienne réhabilite aussi bien le portrait moral de Charles VIII que ses actions politiques en les expliquant dans leur contexte intellectuel et politique (entre autres dans le chapitre nommé « les origines des guerres d'Italie et le vouloir du roi »)[25]. Elle rappelle qu'il ne faut pas transposer notre rationalité politique dans le monde de la fin du XVe siècle.

Les prophètes et prédicateurs sont alors détenteurs d'un pouvoir important dans les cours princières. Les attentes messianiques étaient très fortes autour de Charles VIII, nombre d'auteurs mettaient en lui leur espoir d'une Réforme de l'Église et allaient jusqu'à lui présager un avenir impérial[26]. Le milieu dans lequel évolue Charles VIII dispose donc d'une logique interne qu'une réflexion marquée par une interprétation déterministe de l'histoire ne peut entendre. C'est notamment en tenant compte de ce cadre que les historiens du XXIe siècle développent leur réflexion[27].

Descendance[modifier | modifier le code]

Charles VIII et Anne de Bretagne ont eu six enfants dont trois mort-nés, mais aucun ne survécut[28].

  • Charles-Orland de France (1492-1495), dauphin du Viennois à sa naissance ;
  • François (Courcelles, août 1493 - idem), né avant terme. Il est inhumé en l'église Notre-Dame de Cléry ;
  • Enfant mort-né (1495) ;
  • Charles de France (Plessis-lès-Tours, - mort le ), dauphin du Viennois à sa naissance ;
  • François de France (né et mort en juillet 1497), dauphin du Viennois à sa naissance ;
  • Anne de France (Tours, née et morte le ).

Charles VIII aurait eu cinq filles naturelles[29] : Christine, Francisque, Charlotte[30], Louise et Marguerite. Mais à leur sujet, les preuves de la filiation manquent.

Ascendance[modifier | modifier le code]

Devise[modifier | modifier le code]

Il prit pour devise celle de l'officier des gardes du corps écossais qui blessa le duc de Bourgogne en 1477 : Si Deus Pro Nobis, Quis Contra Nos ? (Si Dieu [est] pour nous, qui [sera] contre nous ?).[réf. nécessaire]

En 1492, Charles VIII prend pour devise la formule "Plus qu'aultre", elle est par exemple visible sur le frontispice de « Le Livre des faiz monseigneur saint Loys »[31]. L'interprétation proposée par l'historienne Yvonne Labande Mailfert est que le roi de France veut alors montrer à tous sa volonté de partir en croisade. Et ainsi de faire encore plus pour la chrétienté que ne l'ont fait les souverains ibériques qui viennent pourtant d'achever la Reconquista avec la Prise de Grenade[32].

Annexes[modifier | modifier le code]

Reconstitution du mariage de Charles VIII avec Anne de Bretagne au château de Langeais.

Sources imprimées[modifier | modifier le code]

  • Louis de La Trémoïlle (éd.), Correspondance de Charles VIII et de ses conseillers avec Louis de la Trémoille, pendant la guerre de Bretagne (1488), Paris, , XII-284 p. (lire en ligne). Reproduction en fac-similé : Genève : Mégariotis reprints, 1978, [lire en ligne].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages anciens[modifier | modifier le code]

Études historiques[modifier | modifier le code]

Vulgarisations[modifier | modifier le code]

Filmographie[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Le roi expédia une lettre à François de Genas, le 27 juillet 1480 : « Monsr le general, je vous ay ja escript que vous m'envoyssiez maistre Jehan Martin, medecin, pour ce que maistre Guillaume Girard, qui estoit medicen de Monsr le daulphin est trespasse, et que on m'a conseille que je prinsse en son lieu ledit maistre Jehan Martin ; mais il ne va ne vient, dont je m'esbays[3]… » Jean Martin était doyen de la faculté de médecine de Montpellier, « qui avait, à Montpellier, étudié au « Collège des douze médecins » fondé au XIVe siècle par le pape Urbain V[4]. » Après le sacre de Charles VIII, ce physicien illustré du roi devint maître de la Chambre des comptes de Paris[5].
  2. Une « apoplexie » est un arrêt brusque des fonctions cérébrales dû, dans ce cas, à une hémorragie méningée liée au choc frontal. Un simple coup porté à la tête peut suffire à provoquer ces symptômes et entraîner une paralysie, un coma et même la mort.
  3. Son père Louis XI a eu de fréquentes crises d’épilepsie, et plusieurs épisodes d’hémiplégie dont le dernier lui a été fatal[17].

Références[modifier | modifier le code]

  1. « Charles VIII, roi méconnu », sur revuedesdeuxmondes.fr, (consulté le 14 mars 2019).
  2. Claude Joseph de Cherrier, Histoire de Charles VIII roi de France d'après des documents diplomatiques inédits ou nouvellement publiés, vol. 1, Paris, Librairie académique Didier et Cie, 1868, p. 22-23.
  3. Joseph Vaesen et Étienne Charavay, Lettres de Louis XI, tome VIII, Paris, Librairie Renouard, 1903, p. 242.
  4. Jacques Heers, Louis XI, p. 351, Perrin, Paris, 2003.
  5. État de la médecine, chirurgie et pharmacie en Europe, et principalement en France, Paris, impr. Veuve Claude Thiboust, , sur books.google.fr (lire en ligne), p. 5.
  6. a et b Gobry 2001, p. 118.
  7. Gobry 2001, p. 132.
  8. Gobry 2001, p. 133.
  9. Dominique Le Page et Michel Nassiet, op. cit., p. 102.
  10. Philippe Contamine, « L'artillerie royale française à la veille des guerres d'Italie », Annales de Bretagne et des pays de l'Ouest, vol. 71, no 2,‎ , p. 221–261 (DOI 10.3406/abpo.1964.2220, lire en ligne, consulté le 29 janvier 2019)
  11. Geoffrey Parker, La révolution militaire : la guerre et l'essor de l'Occident : 1500-1800 (trad. par Jean Joba), Paris, Gallimard, , 489 p. (ISBN 978-2-07-045335-1)
  12. [Deblauwe 2013] Jacques Deblauwe (Dr), De quoi sont-ils morts ?, Flammarion - Pygmalion, coll. « Franck Ferrand présente », , sur data.over-blog-kiwi.com (ISBN 978-2-7564-1002-9, lire en ligne), p. 74.
  13. « A l'entrée se hurta du front contre l'huis, combien qu'il fust bien petit » (Mémoires de Philippe de Commynes, livre VIII, chap. XXV).
  14. a b et c Deblauwe 2013, p. 77.
  15. a et b Philippe de Commynes (1447-1511), Mémoires de Messire Philippe de Comines, seigneur d'Argenton, t. 1 : où l'on trouve l'histoire des rois de France Louis XI et Charles VIII, depuis l'an 1464 iusques en 1498 (Nouvelle édition, revue... avec un recueil de traités, lettres, contrats et instructions... par messieurs Godefroy, augmentée par M. l'abbé LenglDu Fresnoy), , sur gallica (lire en ligne), chap. Livre VIII, chap. XXV, p. 592.
  16. a et b Deblauwe 2013, p. 75.
  17. a b c d et e Deblauwe 2013, p. 76.
  18. Labande-Mailfert 1986, p. 452-464.
  19. Jean-Joseph Julaud, L'Histoire de France Pour les Nuls, Éditions First, , p. 220.
  20. Labande-Mailfert 1975, p. 152-155.
  21. Patrick Boucheron, « Charles VIII descend en Italie et rate le monde », dans Patrick Boucheron (dir.) Histoire Mondiale de la France, Paris, Editions du Seuil, 2017, p.247-251
  22. Paul Pélicier, Essai sur le gouvernement de la dame de Beaujeu, Chartres, 1882
  23. Henri Delaborde, L'expédition de Charles VIII en Italie : histoire diplomatique et militaire, Paris, Firmin-Didot et cie, 1888.
  24. Yann Lignereux, Les rois imaginaires : Une histoire visuelle de la monarchie de Charles VIII à Louis XIV, Rennes, PUR, 2016, p.21-29.
  25. Labande-Mailfert 1975, p. 169-218.
  26. Alexandre Yali Haran, Le lys et le globe : Messianique dynastique et rêve impérial en France à l'Aube des temps modernes, Seyssel, Champ Vallon, 2000.
  27. Didier Le Fur, Charles VIII, Paris, Perrin, 2006.
  28. Didier Feuer et Jean d'Hendecourt, Dictionnaire des souverains de France et de leurs épouses, Paris, Pygmalion, , 458 p. (ISBN 978-2-756-40030-3 et 2-756-40030-0, OCLC 2756400300), p. 28.
  29. Citées par Patrick Van Kerrebrouck, Les Valois, 1990, page 164.
  30. Charles VIII, son père putatif, en est le parrain.
  31. « Le Livre des faiz monseigneur saint Loys », composé à la requête du « cardinal de Bourbon » et de la « duchesse de Bourbonnois »., 1401-1500 (lire en ligne)
  32. Labande-Mailfert 1986, p. 157.
  33. « Hector Carballo, le monarque français à la sauce espagnole », sur La Montée Ibérique, https://plus.google.com/u/1/b/102225422411390937325/102225422411390937325/posts (consulté le 19 octobre 2015).

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