Perkin Warbeck

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Perkin Warbeck
Description de l'image Perkin Warbeck.jpg.

Succession

Prétendant yorkiste au trône d'Angleterre

14905 octobre 1497

Nom revendiqué « Richard IV »
Prédécesseur Lambert Simnel
Biographie
Dynastie Maison d'York
Nom de naissance Perkin Warbeck
Naissance vers 1474
Tournai
Décès 23 novembre 1499
Tyburn
Père Jehan de Werbecque
Mère Katherine de Faro
Conjoint Katherine Gordon
Description de l'image Arms of Richard of Shrewsbury, 1st Duke of York.svg.

Perkin Warbeck (né vers 1474 semble-t-il à Tournai, mort le 23 novembre 1499) était un prétendant à la couronne d'Angleterre pendant le règne du roi Henri VII. Il prétendait être Richard de Shrewsbury, duc d'York et frère cadet du roi déchu Edouard V, disparu en 1483 dans le cadre de l'affaire des Princes de la Tour, ce qui faisait de lui une menace pour la légitimité de la nouvelle dynastie Tudor. Henri VII déclara qu'il était un imposteur, et après sa capture il fut identifié comme Perkin Warbeck, Flamand originaire de Tournai.

Grâce au mystère – de nos jours non encore élucidé – entourant le sort de Richard de Shrewsbury, celui-ci étant mort dans la Tour de Londres ou s'étant évadé, la revendication de Warbeck a pu réunir un certain nombre de partisans, soit car croyant réellement à son identité proclamée, soit simplement désireux de renverser Henri VII. La plupart des historiens mentionnent que cet épisode a coûté plus de 13 000 livres à la monarchie, affaiblissant les finances du Royaume.

Note : le personnage est appelé Warbeck au cours de l'article, mais il n'utilisait pas cette identité de son vivant, se faisant passer pour Richard de Shrewsbury.

Enfance[modifier | modifier le code]

L'histoire personnelle de Perkin Warbeck est mal connue du fait de nombreuses affirmations variables et peu fiables[1]. Il affirmait lui-même qu'il était Richard de Shrewsbury, plus jeune fils du roi d'Angleterre Édouard IV. Après sa capture et son incarcération sous les ordres d'Henri VII, une autre version de sa vie fut publiée sur la base de ses confessions. Celles-ci doivent cependant être prises avec précaution, étant donnée qu'elles furent obtenues sous la contrainte. Selon les confessions, il était le fils de John Osbeck (ou Jehan de Werbecque)[2] Osbeck, et de Katherine de Faro, flamande ; son père occupait la profession de comptable pour la ville de Tournai[3]. Ce passé familial est validé par plusieurs archives municipales tournaisiennes, où l'on trouve trace de la plupart des personnes avec lesquelles Warbeck déclara avoir des liens[4]. Sa mère l'amena à Anvers vers l'âge de 10 ans pour apprendre le néerlandais. De là, il fut pris en charge par plusieurs professeurs successifs autour d'Anvers et de Middelbourg avant d'être employé par un marchand anglais du nom de John Strewe pendant quelques mois[4]. Après ce passage en Flandres, il aspire à visiter d'autres pays et est embauché par un marchand breton[3]. Celui-ci finit par amener Warbeck à Cork en Irlande en 1491 alors qu'il a environ 17 ans, et il y apprend l'anglais[3]. Warbeck affirmera qu'en le voyant vêtu de soie, quelques citoyens de Cork, partisans de la maison de York, lui demandèrent à l'honorer comme un membre de la maison royale de York[4]. Il attribua cette attitude à leur envie de se venger de Henri Tudor, et décida de se faire passer pour le fils cadet d’Édouard IV[4]. Cependant, beaucoup d'historiens pensent qu'il a menti sur la façon dont il est devenu prétendant au trône pour brouiller les pistes et dans l'espoir d'échapper à la peine de mort[5].

Prétention au trône anglais[modifier | modifier le code]

Warbeck exprima ses prétentions au trône anglais pour la première fois en Bourgogne en 1490.

En 1491, il débarqua en Irlande pour tenter de rallier des partisans, suivant l'exemple d'un autre prétendant, Lambert Simnel, quatre ans auparavant. Cependant, il n'en trouva guère et dut revenir sur le continent. Là, il fut plus chanceux. Il fut reçu par Charles VIII de France, mais celui-ci le chassa en 1492 en vertu du Traité d'Étaples, par lequel le roi de France acceptait de ne pas donner refuge à des rebelles opposés aux Tudor. Il fut reconnu comme étant Richard de Shrewsbury par Marguerite d'York, sœur d'Édouard IV d'Angleterre et veuve de Charles le Téméraire. On ignore si elle croyait réellement à son identité proclamée, ou si elle le soutenait pour des raisons politiques. Elle lui enseigna les usages de la cour de York. Le roi d'Angleterre se plaignit de l'asile accordé à Warbeck auprès du nouveau duc de Bourgogne Philippe le Beau et, devant l'absence de réponse, imposa un embargo commercial à la Bourgogne. Warbeck fut reçu par d'autres monarques européens en tant que « duc d'York ». À l'invitation du père du duc Philippe, l'empereur Maximilien, il assista en 1493 aux funérailles de son prédécesseur, l'empereur Frédéric III, et fut reconnu comme le roi Richard IV d'Angleterre[6]. Warbeck promit aussi que s'il mourait avant d'accéder au trône, Maximilien hériterait de ses droits sur la couronne anglaise.

Premier débarquement en Angleterre[modifier | modifier le code]

Le 3 juillet 1495, soutenu financièrement par Marguerite de Bourgogne, Warbeck débarqua à Dean dans le Kent, espérant y trouver le soutien du peuple. Sa petite armée fut mise en déroute, et 150 de ses hommes furent tués avant même que Warbeck lui-même mette pied à terre. Il fut contraint à la retraite immédiate, cette fois pour l'Irlande. Là, il obtint le soutien du comte de Desmond (probablement le 9e comte, Maurice Fitzgerald) et assiégea Waterford, mais, face à une résistance déterminée, il s'enfuit vers l'Écosse.

Soutiens écossais[modifier | modifier le code]

Il fut bien reçu par le roi Jacques IV, qui réalisa que la présence du prétendant lui donnait un poids international. Comme Ferdinand II d'Aragon et Isabelle Ire de Castille négociaient une alliance avec Henri VII, Jacques pensa que l'Espagne pourrait l'aider dans sa lutte avec l'Angleterre, pour éviter une escalade de la situation allant jusqu'à la guerre avec la France[7]. Des ambassadeurs espagnols arrivèrent à Édimbourg et plus tard Pedro de Ayala fut nommé ambassadeur permanent. Warbeck épousa une cousine éloignée de Jacques, Katherine Gordon, fille du comte de Huntly. Le mariage fut célébré à Edimbourg avec un tournoi. Jacques fournit à Warbeck des vêtements et une armure pour le mariage[8]. L'historienne Katie Stevenson estime que les vêtements indiquent que Warbeck combattit dans une équipe du tournoi, avec le roi et quatre chevaliers[9]. Une copie d'une lettre d'amour en latin, obtenue par Pedro de Ayala, est considérée comme la demande en mariage de Warbeck à Catherine[10].

En septembre 1496, Jacques IV se prépara à envahir l'Angleterre avec Warbeck. Une bannière rouge, or et argent fut réalisée pour Warbeck, en tant que duc d'York ; l'armure de Jacques fut dorée et peinte, et l'artillerie fut rassemblée[11]. John Ramsay rapporta ces évènements à Henri VII. Il vit Roderic de Lalanne, un chevalier flamand, arriver avec deux petits navires et 60 soldats allemands, et rencontrer Jacques IV et Warbeck. Au château d’Édimbourg, Ramsay vit deux gros canons français, 10 Fauconneau et 30 canons remorqués à chargement par la culasse. Il estima que la force d'invasion ne tiendrait que 4 ou 5 jours après être entrée en Angleterre avant de manquer de ravitaillement. Depuis Berwick-upon-Tweed, ville anglaise frontalière, que les Écossais pourraient être défaits par une force anglaise modeste et recommande un mouvement en tenaille[12].

Les Écossais se réunirent près d'Édimbourg et Jacques IV et Warbeck prièrent à l'abbaye de Holyrood le 14 septembre, et le lendemain à la chapelle Saint Triduana et à Notre Dame Kirk de Restalrig[13]. Le 19 septembre, l'armée écossaise était à Ellem, et le 21, elle franchit la Tweed, qui marquait la frontière anglo-écossaise. Des mineurs commencèrent à démolir la tour de Hetoune le 24, mais l'armée dut vite se retirer : ses provisions étaient épuisées[14] et aucun mouvement populaire en faveur de Warbeck ne s'était déclenché dans le Northumberland. D'après une chronique anglaise, les Écossais pénétrèrent de quelque 6 km en Angleterre, bannières déployées, et détruisirent quelques maisons fortifiées. Il se retirèrent le 25 septembre 1496, à l'approche d'une armée anglaise marchant depuis Newcastle sous les ordres de Lord Neville[15]. Quand la nouvelle de cette invasion parvint au duc de Milan Ludovic Sforza, le 21 octobre 1496, il écrivit à son ambassadeur en Espagne pour demander que les Espagnols intercèdent entre l'Angleterre et l'Écosse. Cette mission fut confiée à Pedro de Ayala[16].

Plus tard, voulant se débarrasser de Warbeck, Jacques IV lui fournit un navire, le Cuckoo, avec un équipage embauché pour l'occasion, sous le commandement d'un capitaine breton qui ramena Perkin à Waterford en juillet 1497. Le roi d'Écosse conclut la paix avec l'Angleterre par le traité d'Ayton. Perkin tenta à nouveau d'assiéger Waterford, mais il dut fuir l'Irlande après seulement onze jours de siège, pourchassé par quatre navires anglais. Selon certaines sources, il n'avait alors que deux navires et 120 hommes.

Deuxième débarquement en Cornouailles[modifier | modifier le code]

Le 7 septembre 1497, Warbeck débarqua à Whitesand Bay, près de Land's End, en Cornouailles. Il espérait profiter du ressentiment des Corniques après l'échec de leur révolte trois mois auparavant. Warbeck proclama qu'il mettrait fin aux impôts excessifs levés pour financer une nouvelle guerre contre l’Écosse, et fut bien accueilli. Il fut proclamé « Richard IV » à Bodmin Moor et son armée de quelque 6000 Corniques entra à Exeter avant d'avancer sur Taunton[17],[18].

Henri VII envoya le chef de ses armées, Giles Daubeney, à la rencontre de l'armée cornique, et lorsque Warbeck apprit que les éclaireurs du roi étaient à Glastonbury, il paniqua et déserta ses propres troupes. Il fut capturé à l'abbaye de Beaulieu, dans le Hampshire. Henri VII atteignit Taunton le 4 octobre et y reçut la reddition de l'armée cornique. Les meneurs furent exécutés, les simples combattants soumis à des amendes. Warbeck fut emprisonné, d'abord à Taunton, puis à la Tour de Londres. À Londres, on le fit défiler à dos de cheval dans les rues pour le soumettre aux moqueries du peuple[19].

Emprisonnement et mort[modifier | modifier le code]

Warbeck fut initialement bien traité par Henri VII. Après avoir confessé être un imposteur, il fut relâché et accueilli à la cour du roi. Il était même autorisé à participer aux banquets royaux. Il lui fut cependant interdit de partager la couche de son épouse, qui était entrée au service de la reine Élisabeth d'York.

Au bout de quelques mois, Warbeck s'enfuit le 9 juin 1498 mais n'alla pas plus loin qu'à Isleworth. Sous la promesse d'un pardon, Perkin se rendit à nouveau et fut emprisonné à la Tour. Le roi fit publier sa confession qu'il avait rédigée en novembre 1497. Il semble que Warbeck parvint à communiquer depuis sa cellule avec le comte de Warwick Édouard Plantagenêt, emprisonné lui aussi, probablement par le truchement de leurs geôliers. Les deux hommes auraient tenté de s'évader en novembre 1499. Condamné à mort le 16 novembre, Warbeck fut traîné le 23 de la Tour jusqu'à Tyburn, où il lut une confession avant d'être pendu. Le comte de Warwick fut exécuté le 28 novembre.

Physique[modifier | modifier le code]

Perkin ressemblait apparemment beaucoup à Édouard IV. Il y eut des spéculations faisant de lui un fils illégitime d'Édouard IV (donc un demi-frère du prince qu'il prétendait être), ou du moins un parent de la maison d'York. Quelques auteurs, comme Horace Walpole, allèrent jusqu'à affirmer que Warbeck était réellement le duc Richard, mais cette hypothèse ne fait pas consensus.

Dans la culture[modifier | modifier le code]

L'histoire de Warbeck a inspiré des écrivains, notamment le dramaturge John Ford, qui a écrit une pièce de théâtre consacrée au prétendant dans les années 1630. Friedrich Schiller écrivit un plan et quelques scènes pour une pièce sur Warbeck, mais il ne l'acheva jamais parce qu'il donna la priorité à d'autres œuvres, comme Maria Stuart et Wilhelm Tell[20],[21].

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gairdner, James, p. 263
  2. Gairdner, James, p. 266
  3. a b et c Ure, Peter, ed., p. lxxxviii
  4. a b c et d Gairdner, James, p. 267
  5. Gairdner, James, p. 268
  6. Wroe, p. 148-151.
  7. MacDougall, Norman, James IV, Tuckwell (1997), 123-124, 136, 140-141.
  8. Accounts of the Lord High Treasurer of Scotland, vol. 1 (1877), 257, 262-264.
  9. Stevenson, Katie, Chivalry in Scotland, CUP/Boydell (2006), 84.
  10. Calendar State Papers Spain, vol. 1 (1862), no.119 & fn.
  11. Accounts of the Lord High Treasurer of Scotland, vol. 1, (1877), 292-296.
  12. Pinkerton, John, History of Scotland, vol.2 (1791), 438-441, Ramsay to Henry VII, 8 septembre 1496
  13. Accounts of the Lord High Treasurer of Scotland, vol. 1, (1877), 299-300, 296.
  14. Accounts of the Lord High Treasurer of Scotland, vol. 1, (1877), 299-300
  15. Bain, Joseph, ed., Calendar of Documents relating to Scotland, 1357-1509, vol. 4, HM Register House, Edinburgh (1888), no. 35, p. 418-9, (there dated as if '1497'): David Dunlop (1991), 108-9 & fn., quotes another version, and cites four more, noting mistaken date in Bain (1888).
  16. Calendar State Papers Milan", (1912), no. 514.
  17. Cornwall timeline 1497
  18. Philip Payton - (1996) Cornwall, Fowey: Alexander Associates
  19. Channel 4 - Perkin Warbeck
  20. Benno von Wiese: Friedrich Schiller. Stuttgart: J. B. Metzlersche Verlagsbuchhandlung, 1959, p. 781-786.
  21. Friedrich Schiller - Nachlass - II. Warbeck.

Bibliographie[modifier | modifier le code]