Isabelle d'Este

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Identification assurée : Gian Cristoforo Romano 1495 – Portrait médaille d’Isabella d’Este (version d’or 1505)

Isabelle d'Este (née le 20 mai 1474 à Ferrare et morte le 13 février 1539 à Mantoue en Italie), est une noble italienne, qui fut, comme d'ailleurs sa sœur cadette, la duchesse de Milan Béatrice, une des femmes les plus importantes de la Renaissance italienne et une figure à la fois culturelle et politique de tout premier plan. Elle est restée célèbre dans l'histoire comme la Première dame de la Renaissance.

Biographie[modifier | modifier le code]

Isabelle d'Este est la fille aînée d'Hercule Ier d'Este, duc de Ferrare, de Modène et de Reggio, et de son épouse Éléonore de Naples, elle-même fille de Ferdinand Ier de Naples et d'Isabelle de Claremont. Sa plus jeune sœur est Béatrice d'Este qui épousa le duc de Milan, Ludovic Sforza.

Elle n'a que six ans à peine lorsqu'un contrat de mariage est signé, le 28 mai 1480, entre les Este et les Gonzague, contrat qui, si l'on peut dire, la « fiance » au fils aîné du marquis Frédéric Ier de Mantoue et de la belle Marguerite de Bavière, François, alors lui-même âgé de treize ans. Le négociateur mantouan trouva que plus que sa beauté, son intelligence et son talent sont admirables (più che la bellezza è mirabile l'intelletto e l'ingegno suo).
Elle épousera donc, à Mantoue même, le 12 février 1490, âgée de quinze ans, François II de Mantoue, âgé de vingt-trois ans, qui est, depuis 1484, marquis de Mantoue.
De leur union, naquirent huit enfants.

Dès son entrée dans la ville de Mantoue, les Mantouans sont tous immédiatement éblouis par son raffinement. De son côté, elle tomba tout aussitôt sous le charme irrésistible de la petite cour mantouane. Un mois seulement après son arrivée, elle écrivait à son père : « J'ai déjà pris tant d'amour à cette ville, que je ne peux pas ne pas prendre soin du respect et des intérêts des citadins (Io ho già preso tanto amore a questa città, che non posso fare che non piglia cura de li honori et utilitate[N 1] de li citadini) ». Sa contribution fut absolument déterminante pour l'avènement d'un nouveau climat culturel très fécond. D'un goût parfaitement sûr, elle fut l'exigeante mécène d'une importante cour d'hommes de lettres, mais aussi de musiciens ou de peintres comme Andrea Mantegna (pour son studioletto).

Elle fut également fort habile et avisée en politique, ayant plusieurs fois à assumer la régence de l'État pendant les nombreuses absences de son mari, notamment durant la très délicate période de la captivité de François II à Venise.
Son adresse charismatique dans la sollicitation lui permit d'obtenir, en 1527, la pourpre cardinalice pour son fils bien aimé Ercole et, en 1533, la dignité ducale pour son second fils Frédéric.

En réalité, derrière cette façade toute en beauté et en féminité, se cachait un cœur impavide qu'aucun obstacle ne pouvait arrêter. Elle écrivait d'elle-même à son propre sujet : « Même dans notre sexe se trouve une nature virile (Etiam[N 2] nel nostro sesso[N 3] si ritrovano animi virili[N 4]). »

François II décéda en 1519, à l'âge de 52 ans à peine et elle lui survécut encore vingt ans. Elle mourut en 1539, âgée de 64 ans.

Descendance[modifier | modifier le code]

De son mariage avec François II, naquirent huit enfants :

Isabelle et les beaux-arts[modifier | modifier le code]

Le mécénat[modifier | modifier le code]

Isabelle est considérée comme le mécène le plus important de la Renaissance. Son influence est documentée par de nombreuses correspondances (env. 28.000 originaux et près de 12.000 copies) conservées à Mantoue[1],[2].

Isabelle d’Este et «La Joconde»[modifier | modifier le code]

Léonard de Vinci 1499 – ‚Isabelle d'Este’ / Léonard de Vinci (atelier) 1502-06 – La Joconde Prado, Madrid, nettoyé en 2012 / Léonard de Vinci 1502-06 – ‚La Joconde’

Outre Lisa del Giocondo (l'épouse d'un marchand florentin dont Leonardo avait fait un portrait[9] – comme le cite Giorgio Vasari; bien qu’aujourd’hui il n’est pas encore certain qu’il s’agisse bien de «la Joconde»), Isabelle d’Este est une candidate plausible[10] pour le tableau le plus célèbre de Léonard de Vinci (1502-06). Les similitudes frappantes avec son tableau «Isabelle d’Este» (Louvre) et leurs correspondances entre 1501 et 1506 demandant l'exécution du portrait comme promis[11] sont quelques indices solides pour corroborer hypothèse. D’autres arguments bien connus sont les montagnes en fond[12] et l’accoudoir comme caractéristique dans les portraits de souverain de la Renaissance.

L’hétérogénéité et très peu de portraits[modifier | modifier le code]

La personne d’Isabella d’Este en portraits (extraits de tableaux): Gian Cristoforo Romano – Médaille / Léonard de Vinci – Dessin / Titien (connu par copie Peter Paul Rubens) – ‘Isabelle en rouge’ / Titien 1536 (rajeunissant) – ‚Isabelle en noir’ versus ‚La Bella’ / Inconnu – Ambras miniature

Malgré son important mécénat et son amour pour l’autoreprésentation - aucune autre personnalité de son temps n’a été si souvent dépeinte[13] - très peu d'identifications ont été faites à ce jour. Ces rares identifications sont très hétérogènes (la couleur des yeux et des cheveux ainsi que les sourcils divergent dans les deux portraits de Titien)[13] et il n'y a pas d'images d’elle entre 26 et 54 ans (voir photo). C’est connu que la coquette Isabelle en prenant de l’âge préférait des peintures idéalisées et refusait de s’assoir comme modèle[14]. Cependant, on a des raisons de penser qu’elle n’allait pas jusqu’à renoncer à ses caractéristiques personnelles[15].

Ces dernières années plusieurs musées ont retiré leurs rares identifications par crainte d'erreur[16]. Les trois portraits en couleur restants demeurent très hétérogènes (tous au Kunsthistorisches Museum / KHM, Vienne)[17]:

  1. «Isabelle en rouge» par le Titien c. 1529 (copie de Peter Paul Rubens c. 1605)
  2. «Isabelle en noire» de Titien 1536
  3. «Ambras miniature» du 16e siècle

«La Bella» (Palazzo Pitti, Florence) est souvent avancé comme alternative plausible au portrait de Titien 1536 à Vienne: Sachant qu’Isabelle avait commandé un portrait rajeunissant et flatteur alors qu’elle était déjà âgée de plus de 60 ans. Et la couleur des yeux, des cheveux et des sourcils et surtout le sexappeal apparent correspondent parfaitement[18].

La médaille de Gian Cristoforo Romano (1495) est actuellement la seule identification fiable en raison de la signature originale gravée (plusieurs copies)[19].

Anecdotes[modifier | modifier le code]

  • Les ambassadeurs, en visite à Mantoue, recevaient la mission de leurs rois de faire des dessins des vêtements et des bijoux que portaient Isabelle. Ces dessins étaient destinés à être reproduits, à leur retour, à l'usage des rois qui les mandataient.
  • Isabelle fut une des premières femmes à porter des caleçons ! Elle raconte, dans une lettre aux Castiglione, une mésaventure survenue à la cour alors qu'une estrade sur laquelle se trouvent les dames de la cour s'écroule lamentablement et que tout ce beau monde se retrouve « les jambes en l'air (gambe all'aria) » ; elle écrit : « toutes les autres firent un superbe spectacle, qui étaient sans pantalon ; nous, par chance, nous les avions. (tutte le altre fecero uno bellissimo vedere, che erano senza calzoni; noi per fortuna li avevamo.) »
  • L'Arétin, son implacable ennemi, la décrit : « archi-malhonnêtement maquillée, dents d'ébène et cil d'ivoire (arcidisonestamente imbellettata, i denti d'ebano et le ciglia d'avorio). »

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Honori et utilitate est une expression latine signifiant respect (considérations) et intérêts. Donc en italien Honori ne doit pas être traduit par honneur et utilitate par utilité, ce serait un faux-ami.
  2. Etiam, mot latin signifiant aussi, même ou encore.
  3. Il ne s'agit pas du sexe au sens propre, mais de sa féminité.
  4. Viril ici au sens de fort

Références[modifier | modifier le code]

  1. (en)Shemek, Deanna: Phaethon's Children: The Este Court and its Culture in Early Modern Ferrara. Medieval and Renaissance Texts and Studies (Arizona) 2005, p. 277
  2. Pour un documentations des lettres liés d'art, confer: (it)Luzio, Alessandro: La Galleria dei Gonzaga - Appendice B: I ritratti d'Isabella d'Este. Casa Editrice L. F. Cogliati (Milan) 1913
  3. (de)Ferino, Sylvia: Isabella d’Este – Fürstin und Mäzenatin der Renaissance. Kunsthistorisches Museum Wien (Vienna) 1994, p. 86-425
  4. Ferino (1994), p. 106, 315, 321; (en)Cartwright, Julia: Isabella d’Este. Murray (London) 1907, table des matières
  5. Cartwright (1907), table des matières
  6. Ferino (1994), p. 429-432
  7. Ferino (1994), p. 18
  8. (en)Marek, George R. (1976). The Bed and the Throne: The Life of Isabella d'Este. New York: Harper and Row Publishers (New York) 1952, p. 159
  9. (de)Vasari, Giorgio: Lebensläufe der berühmtesten Maler, Bildhauer und Architekten. 1550 / Manesse Verlag (Zurich) 2005, p. 330
  10. (de)Zöllner, Frank: Leonardo da Vinci – Sämtliche Werke. Taschen Verlag (Cologne) 2007, p. 241 (notificative catalogue raisonné)
  11. (en)Lewis, Francis-Ames: Isabella and Leonardo. Yale University Press (New Haven) 2012, Appendix Letters p. 223-240 (les lettres originales en italien et anglais)
  12. Florence/Toscane versus Mantoue/Dolomites
  13. a et b Ferino (1994), p. 86
  14. Ferino (1994), p. 94
  15. Plusieurs correspondances sont la preuve de plaintes d’Isabelle vis-à-vis des peintres pour refaire la couleur des yeux et des cheveux, i.e. (it)Luzio, Alessandro: Federico Gonzaga ostaggio alla corte di Giulio II. Societa Romana di storia patria (Rome) 1887, p. 59: "... pregandolo tuttavia a ritoccare il ritratto ne' capelli, che il pittore aveva fatti troppo biondi" et Luzio (1913), p. 213: "... a commutar gli occhij de nigri in bianchi"
  16. Confer:
  17. KHM Vienna: Inv. 83, Inv 1534, Inv 5081
  18. i.e. (it)Ozzola, Leandro (1931): Isabella d’Este e Tiziano. In: Bolletino d’Arte del Ministero della pubblica istruzione. BdA (Rome) 1931 No. 11, p. 491-494; Téléchargement: http://www.bollettinodarte.beniculturali.it/opencms/multimedia/BollettinoArteIt/documents/1407155929929_06_-_Ozzola_491.pdf
  19. KHM Vienna, Inv 6.272bß et Ferino (1994), p. 373-378

Voir aussi[modifier | modifier le code]

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Liens externes[modifier | modifier le code]