Bataille de Fornoue

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Bataille de Fornoue
Description de cette image, également commentée ci-après
La bataille de Fornoue dans la galerie des cartes géographiques (musées du Vatican).
Informations générales
Date
Lieu Fornoue, à 20 km au sud-ouest de Parme
Issue Victoire tactique française : l'armée vénitienne ne parvient pas à arrêter la retraite française vers Asti
Victoire stratégique italienne : l'armée française ne peut garder ses possessions en Italie
Belligérants
Flag of France (XIV-XVI).svg Royaume de FranceLigue de Venise
Commandants
Blason France moderne.svg Charles VIII
Blason Louis II de La Trémoille (1460-1525).svg Louis II de La Trémoille
Blason famille it Gonzaga04.svg François II Gonzague [1]
Forces en présence
9 000 hommes (dont 3 000 Suisses)2 200 chevaliers, plus de 2 000 estradiots, 8 000 fantassins[2]
Pertes
2 200 morts, blessés et prisonniers4 000 morts, blessés et prisonniers

Guerres d'Italie

Batailles

Coordonnées 44° 41′ nord, 10° 06′ est
Géolocalisation sur la carte : Italie
(Voir situation sur carte : Italie)
Bataille de Fornoue

La bataille de Fornoue est un affrontement de la première guerre d'Italie qui eut lieu le à Fornoue, à 20 km au sud-ouest de Parme.

Bien que Charles VIII ait réussi à s'emparer du royaume de Naples sans rencontrer beaucoup de résistance, l'hostilité grandissante des États italiens face à l'occupation et surtout la formation de la ligue de Venise contre les Français, l'obligent à écourter son séjour à Naples, où demeure Gilbert de Montpensier[3], et à faire retraite vers la France afin de ne pas se retrouver pris au piège. Ses ennemis lui bloquent le passage à Fornoue, l'obligeant à livrer bataille.

Campagne précédant la bataille[modifier | modifier le code]

Après avoir quitté Naples, l'armée française fait plusieurs haltes prolongées, notamment à Sienne puis Pise, ce qui donne le temps à l'armée ennemie de la devancer et de l'attendre au débouché des Apennins, à proximité de Parme. Mais, ne pouvant se résoudre à abandonner totalement sa conquête, Charles VIII laisse de fortes garnisons dans les villes les plus importantes, réduisant d'autant l'effectif de son armée. Louis d'Orléans demeure à Milan, mais ses soldats attaquent de petites villes, comme par jeu, provoquant la révolte de leurs habitants. L'armée, dont il ne reste que 10 000 hommes, est d'autre part très affaiblie par la syphilis et la variole[3].

Après avoir traversé à grand-peine les montagnes, handicapé par son artillerie qu'il ne pouvait se décider à abandonner, le roi parvient devant les coalisés, dont les condottieres italiens comptent 15 000 cavaliers et 24 000 fantassins[3], le à Fornoue;

Déroulement[modifier | modifier le code]

Bataille de Fornoue, 6 juillet 1495.

Le lendemain, après avoir envoyé Philippe de Commines proposer en vain aux coalisés de laisser l'armée française poursuivre son chemin vers la France sans combattre, les Français, à court de vivres, se mirent en branle.

Le maréchal de Gié commandait l'avant-garde, La Trémoille le corps de bataille et le vicomte de Narbonne l'arrière-garde. Les commandants vénitiens Luca Pisani et Melchior Trevisan dirigeaient d'excellents condottieri accourus pour l'occasion: Bernardino Fortebraccio, Gian Francesco de Ciazzo, les Pelavicino de Parme, les Bentivoglio de Bologne, les Colleoni, les Gonzaga, les Piccinino, et surtout les stradiotes de Pietro Busich et de Niccolo de Nin, soit 600 cavaliers sous les ordres de Pietro Duodo, leur commandant vénitien[3].

Ils étaient dans un vallon d'où ils ne pouvaient déboucher qu'en prêtant le flanc à l'armée ennemie située sur une colline de l'autre côté d'un torrent guéable à cette période de l'année. Voyant les Français en mouvement, l'ennemi passa le torrent et attaqua simultanément l'avant et l'arrière-garde françaises. S'emparant du bagage de l'armée française, l'ennemi se mit à le piller plutôt que de combattre, et ne pouvant gagner la bataille se retira, puis les Français firent de même. Le combat ne dura pas une heure en tout. Les troupes françaises[4] montrèrent tout particulièrement un courage et une fougue que les Italiens reconnurent en lui donnant le nom de furia francese. Le roi, tout particulièrement, y fit preuve de bravoure et risqua par deux fois de se faire capturer ou blesser à la suite de confrontations directes avec l'ennemi.

Philippe de Commines relate l'exploit réalisé par Mathieu de Bourbon dit le Grand Bâtard de Bourbon. Celui-ci a sauvé le roi Charles VIII et a poursuivi les ennemis. À la suite de cette bataille, Mathieu de Bourbon resta prisonnier chez les Mantoue qui étaient ses cousins. Mathieu de Bourbon revint en France en fin d'année 1495 et au retour il construisit la plus belle tour de toute la plaine du Forez, au château de Bouthéon.

Bilan[modifier | modifier le code]

Les Vénitiens se retirent vers Parme après s'être jetés sur le campement royal. Les saccomani pillent le Trésor, l'hôtel du roi, la précieuse garde-robe et l'énorme butin saisi pendant la campagne. Ces richesses proviennent du pillage des plus riches villes d'Italie et sont évaluées à 200 000 ducats. On parle de 200 chariots. Des tentes de quinze mètres de long pour loger les hommes et de trente mètres pour abriter les animaux, protègent les tableaux, les sculptures, les mobiliers et les parures entassés par les familiers du roi.[3] Les Français, ayant perdu leurs bagages, le trésor royal et deux drapeaux, en profitèrent et secrètement levèrent le camp pendant la nuit et prirent une certaine avance sur les coalisés qui, après s'être regroupés et avoir pris conscience du départ des Français, furent bloqués par le torrent dont le débit avait brusquement augmenté. Galeazzo de Sanseverino et Francesco Visconti parviennent toutefois à rattraper les survivants français conduits par Ercole d'Este et Trivulzio[3].

La bataille de Fornoue permit donc à l'armée française de poursuivre sa retraite pour rejoindre Asti. Un petit groupe protégeant le roi y arrive le 15 juillet, dépourvu de vivres et de munitions, après avoir parcouru 200 kilomètres en sept jours. Après avoir pris du repos, l'armée rejoint Grenoble le 27 octobre[3].

La « victoire » de Charles VIII est contestée car contrairement aux lois de la guerre de l'époque celui qui est à la tête d'une armée ne doit pas quitter le champ de bataille avant la fin de celle-ci, ce que Charles VIII fit pourtant. Les ennemis crient victoire chacun à leur tour. Le roi de France a sauvé l'essentiel. Pour le doge de Venise, Agostino Barbarigo, la bataille marque le triomphe de ses condottieres. Francesco Gonzaga et son oncle Rodolfo y ont redoré leur lignage. Le pape Alexandre VI célèbre la victoire en ordonnant le réalisation d'une fresque de la bataille dans la galerie des cartes du Vatican[3].

Iconographie[modifier | modifier le code]

La Vierge de la Victoire par Andrea Mantegna.
  • Andrea Mantegna, La Vierge de la Victoire, 1496, musée du Louvre, Paris.
  • E. F. Féron, Bataille de Fornoue. 6 juillet 1495, 1837, musée national des châteaux de Versailles et de Trianon, Versailles.

Sources[modifier | modifier le code]

  • (it) A. Benedetti, Diaria de Bello Carolino, éd. Schullian, D. M., New York, 1967.
  • (it) A. Benedetti, Il fatto d'arme del Tarro fra i principi italiani et Carlo ottavo re di Francia ; insieme con l'assedio di Novara, éd. Domechi, L., Novara, 1863.
  • P. de Commynes, Mémoires, éd. Blanchard, J., 2 t., Genève, 2007.
  • (it) F. Guicciardini, Storia d'Italia, éd. Mazzali, E., 3. vol. Milan, 2006.
  • A. de La Vigne, Le Voyage de Naples, éd. Slerca, A., vol. II, Milan, 1981.
  • Lettre de Gilbert Pointet à Jehan Parent, Asti, 15 juillet 1495, dans J. de La Pilorgerie, Campagne et bulletins de la grande armée d'Italie commandée par Charles VIII, Nantes-Paris, 1860, p. 351-361.
  • (it) D. Malipiero, Annali veneti dell'anno 1457 al 1500, éd. Longo, F., 2 vol., Florence, 1843-1844, dans Archivio storico italiano, t. VII, vol. I, 1843, p. 5-586.
  • (it) M. Sanudo, La Spedizione di Carlo VIII in Italia, éd. Fulin, R., Venise, 1873.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Francesco II Gonzaga at Battle of Fornovo.
  2. D'après François Guichardin, Histoire d'Italie, vol. 1 : 1492-1513, Robert Laffont, coll. « Bouquins », (réimpr. 1996)
  3. a b c d e f g et h Sophie Cassagnes-Brouquet, Bernard Doumerc, Les Condottières, Capitaines, princes et mécènes en Italie, XIIIe-XVIe siècle, Paris, Ellipses, , 551 p. (ISBN 978-2-7298-6345-6), p. Les premières guerres d'Italie (page 100)
  4. Composée des bandes suisses et des bandes françaises.