Henri Duveyrier

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Henri Duveyrier

Henri Duveyrier, né le 28 février 1840 à Paris et mort le 25 avril 1892 à Sèvres, est un voyageur et géographe français, fils du saint-simonien Charles Duveyrier. Il est fameux pour son exploration du Sahara.

Biographie[modifier | modifier le code]

Le destinant à une carrière dans le négoce, son père l'envoie de 1854 à 1855 en Allemagne, pour lui faire suivre des études commerciales. Mais dès cette époque, il a, comme il le confiera plus tard, l'intention d'explorer « quelque partie inconnue de l'Afrique ». Il prend des leçons particulières d'arabe auprès du fameux professeur Fleischer. Il arrache à son père la permission de faire un court voyage d'essai en Algérie, qu'il accomplit au printemps 1857 sous la direction du géographe Oscar Mac Carthy, lequel vingt-cinq ans plus tard aidera Charles de Foucauld dans son voyage au Maroc. Duveyrier tire de son propre voyage un récit publié après sa mort sous le titre Journal de voyage dans la province d'Alger.

Le 1er mai 1859, le jeune explorateur quitte Paris pour le voyage qui allait le rendre célèbre. Le fonds Prosper Enfantin de la Bibliothèque de l’Arsenal conserve un mémoire[1] où, à l’intention des amis saint-simoniens de son père, Charles Duveyrier, il avait détaillé ses projets avant de se mettre en route. On y apprend qu’il comptait visiter les oasis du Touat, puis le massif du Hoggar dont les habitants, écrivait-il, vivent de l’élevage et « n’ont pas coutume, comme leurs frères les Touareg Azgar[2], d’aller piller les caravanes ». Il avait apparemment une idée fort claire de la tâche qui l’attendait dans ce Sahara déjà « traversé en divers sens par des colonnes, et même par des voyageurs isolés, mais jamais encore étudié par un observateur stationné ».

Mais ses projets furent rapidement dérangés. Les subsides de ses protecteurs saint-simoniens s’étant épuisés au bout de quelques mois, des crédits gouvernementaux prirent la relève. En contrepartie, il devait recueillir tous les renseignements pouvant servir à l’établissement de relations commerciales entre le Soudan et la colonie algérienne, et disposer les esprits à cette perspective. D’explorateur, il devenait presque un diplomate. On le laissait néanmoins libre de choisir ses itinéraires et de conduire parallèlement des investigations personnelles. Même sur ce point, il ne réalisa rien de ses projets. Le Touat ayant été mis en effervescence par les mouvements d’une colonne française, il ne put s’en approcher. Il n’alla pas non plus au Hoggar, mais séjourna en revanche chez les Touaregs Azgar, ceux-là même que son mémoire avait décrits en pilleurs de caravanes. Après plusieurs mois passés dans le Sahara algérien et tunisien, il avait, en effet, atteint Ghadamès en août 1860, et était parvenu à s'attirer la protection du chef touareg Ikhenoukhen, auprès de qui il demeura sept mois. Il ne cessa pas pour autant d’envisager de nouveaux itinéraires, auxquels les obstacles qui surgissaient lui faisaient à chaque fois renoncer. Au bout du compte, il ne dépassa pas Ghat, dont les portes se fermèrent devant lui, et arriva épuisé à Tripoli le 2 août 1861, d'où un vapeur le ramèna à Alger en octobre.

Là, une grave maladie (peut-être le typhus) le terrasse, et le laisse plusieurs mois sans mémoire et sans raison. Son hôte à Alger, le saint-simonien Auguste Warnier, spécialiste du monde « indigène », s'empare de ses notes et commence à rédiger à sa place le rapport demandé par le gouvernement de l'Algérie. Ce rapport sera publié en 1864 sous le titre Les Touaregs du Nord. Il est difficile, aujourd'hui encore, de discerner ce qui vient de Duveyrier et ce qui vient de Warnier dans ce livre, mais il semble que l'apport de Warnier concerne seulement le plan et la rédaction et non le fond, qui appartient à Duveyrier.

Son livre aura donc été le produit d’une entreprise qui garderait pour lui le goût de l’inachevé. Les Touareg du Nord devait être suivi d’un autre ouvrage sur le commerce saharien, qu’il n’écrivit pas ; et d’un voyage au Soudan, qu’il ne fit pas. Mais les lenteurs, les obstacles invaincus, l’hostilité des gens du Touat et de Ghat l’auront contraint à rester, sept mois durant, l’"observateur stationné" des Touaregs Ajjer. Cet objectif-là, il l’a réalisé, et le reste aujourd’hui n’a plus tellement d’importance.

Henri Duveyrier en 1864

Quoi qu'il en soit, l'ouvrage valut aussitôt au jeune explorateur la grande médaille d'or de la Société de géographie, dont il devient l'un des piliers. Le livre donnait des Touaregs Kel Ajjer une image favorable. Le portrait n’était pas infidèle, mais les Touaregs ne pouvaient garder ce visage débonnaire dès lors que les Français s’avanceraient en conquérants dans leur pays. Or c'est bien ce qui ne tarda pas à se passer. On projeta même de faire traverser le Sahara par le chemin de fer. Une colonne chargée d’une étude préparatoire quitta Laghouat en novembre 1880 et entreprit sous la direction du colonel Paul Flatters de traverser le Hoggar. Elle fut massacrée au début de l’année 1881. De plus, maintenant que les Touaregs comprenaient que ces voyageurs isolés n’étaient que l’avant-garde d’une armée d’occupation, leur attitude se faisait hostile, et d’autres Européens subirent le même sort que Flatters. Ne soupçonnant pas combien les Touaregs s’effrayaient de l’expansion française au Sahara, Duveyrier ne parvenait pas à s’expliquer leur croissante hostilité envers les voyageurs qui se risquaient chez eux. Et il pensa pouvoir l'attribuer aux menées occultes de la Senoussiyya, une confrérie fondée au début du siècle. Il exprima ses hypothèses, assez extravagantes, dans une brochure parue en 1884: La confrérie musulmane de Sîdi Mohammed ben ‘Alî Es-Senoûsî et son domaine géographique, en l’année 1300 de l’hégire – 1883 de notre ère[3]. Très affecté par les événements du Sahara, déçu aussi de n'avoir pu entreprendre de nouveaux voyages (si l'on excepte en 1874 sa participation à la mission François Elie Roudaire en Algérie, dans la région des chotts, et trois courts voyages en Tripolitaine et au Maroc, en 1883, 1885 et 1886), Duveyrier semble de surcroît s'être senti abandonné lorsque, le 16 janvier 1890, son ami Charles de Foucauld a quitté le siècle pour entrer à la Trappe de Notre-Dame-des-Neiges[4].

Il s'est donné la mort le 25 avril 1892, à l'âge de 52 ans. L'historien Jean-Louis Triaud a parlé de lui comme « un pur perdu dans le siècle »[5].

Les papiers personnels d'Henri Duveyrier sont conservés aux Archives nationales sous la cote 47AP[6].

Hommage[modifier | modifier le code]

À Blida (Algérie), le lycée Ibn Rochd était jadis appelé « Lycée Duveyrier »

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives de l’Arsenal, 7720/239
  2. On écrit aussi "Ajjer"
  3. Sur cette brochure, voir ici, ainsi que Jean-Louis Triaud, 1995. La légende noire de la Sanûsiyya. Une confrérie musulmane sous le regard français (1840-1930), Paris, Éditions de la Maison des sciences de l’homme, 2 tomes.
  4. Voir Dominique Casajus, 2009, Charles de Foucauld. Moine et savant, Paris, CNRS Éditions : 37
  5. Jean-Louis Triaud, 1995. La Légende noire de la Sanûsiyya. Une confrérie musulmane sous le regard français (1840-1930), I : 345
  6. Archives nationales

Sources[modifier | modifier le code]

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