Œuf de Pâques

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Œufs de Pâques d'Ukraine

L'œuf de Pâques est un symbole chrétien, spécialement décoré pour cette fête, et restant le plus souvent comestible. Traditionnellement il s'agissait d'un œuf de poule cuit dur coloré, aujourd'hui c'est souvent un œuf en sucre ou en chocolat. En Belgique, comme en France, c'est un cadeau traditionnel offert le matin du dimanche de Pâques. En Suisse, en Angleterre ou aux États-Unis, le symbole de Pâques est un lièvre. Dans les pays de l'Est on les colore et décore.

Symbolique[modifier | modifier le code]

Marie de Magdala montrant l’œuf rouge, symbole de la résurrection, par Vasnetsov.
Article détaillé : Œuf cosmique.

L'œuf est un motif mythologique présent dans le récit de la création de nombreuses cultures et civilisations. Par exemple, dans le Kalevala, livre de la grande tradition finlandaise, le monde est né de l'œuf[1]. La coutume d'offrir des œufs décorés est bien antérieure au christianisme[2]. Des œufs d'autruche décorés datant de 60 000 ans ont été découverts en Afrique australe[3]. Des œufs d'autruche peints avec des motifs géométriques, animaliers ou végétaux sont retrouvés dans les tombes à Sumer ou en Égypte antique[4]. Dans la religion celtique, on offrait des œufs peints à la déesse Éostre[2], qui a donné son nom à Pâques (Easter) dans les pays anglo-saxons.

Le judaïsme le voit également comme un symbole du cycle de la vie ; encore de nos jours, l’œuf dur fait partie du repas de deuil[5], ainsi que du seder de la Pâque juive. Dans le christianisme, ils symbolisent la résurrection du Jésus-Christ et sa sortie du tombeau, comme le poussin sort de l'œuf[6],[7],[8]. Une légende orthodoxe raconte que Marie de Magdala serait allée reprocher à l'empereur Tibère la mort de Jésus, et lui annoncer sa résurrection. Devant le scepticisme de celui-ci, l’œuf qu'elle tenait en main se serait alors teint en rouge [9],[10].

Histoire[modifier | modifier le code]

Les œufs rouges[modifier | modifier le code]

Œufs de Pâques de Biélorussie

La coutume de l'œuf de Pâques a été constatée chez les chrétiens coptes dès la fin du Ve siècle[réf. nécessaire], elle est peut-être en souvenir des œufs ardents (ova ignita) avec lesquels furent torturés les martyrs[réf. insuffisante] ou de l’œuf rouge pondu par une poule impériale le jour de la naissance d'Alexandre Sévère en 208 ans avant J.C.[11]. La tradition de s'offrir des œufs au printemps remonte à l'Antiquité : les Perses, les Égyptiens s'offraient en guise de porte-bonheur des œufs de poule décorés en signe de renouveau [12].

Traditionnellement pour les orthodoxes, la décoration des œufs de Pâques commence le Jeudi saint. Le premier œuf peint - en rouge vif - doit avoir été pondu le Jeudi saint[13], et est conservé comme porte bonheur. Les suivants sont également peints en rouge ou décorés de motifs vifs. Il est de tradition d'en échanger avec ses proches le jour de Pâques, en se saluant par l'invocation « Christ est ressuscité ! ».

En France, bien qu'il soit souvent dit que l'origine des œufs de Pâques était liée à l'interdiction de la consommation des œufs pendant le carême, les premiers textes qui parlent de cette tradition concernent l'Alsace et remontent au XVe siècle, époque à laquelle le jeûne du carême catholique avait été considérablement allégé.

Œufs peints, pissanka et œufs précieux[modifier | modifier le code]

Oeufs décorés selon la technique du Pissanka

Une technique populaire de décoration des œufs de Pâques, appelée "pissanka" (en ukrainien: писанка), associe l'usage de la teinture et de la cire.

Le tracé général du motif est d'abord réalisé au crayon, puis à l'aide d'un instrument appelé «kistka», on dépose de la cire chaude sur les emplacements que l'on ne veut pas teinter. On trempe ensuite l'oeuf dans le premier bain de teinture, une teinte claire. Une fois l'oeuf séché, on recouvre de cire chaude les emplacements que l'on veut conserver de cette teinte. On trempe dans une seconde teinture, et on réitère le procédé (séchage, cire, teinte) autant de fois qu'il y a de couleurs, en allant toujours des couleurs les plus claires aux plus foncées. On chauffe ensuite légèrement l'oeuf (soit dans un four, soit à une flamme de bougie) pour faire fondre la cire. Les couleurs apparaissent alors.

Dès la Renaissance, l'usage d'offrir des œufs précieux apparut dans les cours royales ; Édouard Ier d'Angleterre faisait décorer quelques centaines d’œufs à la feuille d'or pour les distribuer à sa famille[2].

On a dit que Louis XIV faisait bénir de grandes corbeilles d'œufs dorés qu'il remettait aux courtisans et à son domestique[14]. La tradition aurait fait du roi le destinataire du plus gros œuf du royaume. À l'époque de Louis XV, la fille de celui-ci reçut en cadeau des œufs peints par Watteau et Lancret.

À la fin du XIXe siècle, à la cour impériale de Russie, Nicolas II offrait pour Pâques à son épouse et à sa mère des œufs de Fabergé[2], pièces d'orfèvreries en or et pierres précieuses considérés comme des chefs-d'œuvre de l'art de ce joaillier.

Des œufs peints aux œufs en chocolat[modifier | modifier le code]

Œuf de Pâques en chocolat

Jusqu'au XIXe siècle, les œufs étaient naturels et décorés par les enfants : dans les campagnes, ils étaient teints en rouge avec des rouelles d’oignon cuites, une décoction de racine de prunier ou de bois de Campêche ; en violet avec du bois du Brésil, de la betterave ou des violettes ; en rose pâle avec des épluchures de radis ou en vert avec des feuilles d’ortie ou de lierre ; en brun avec de la chicorée[15]. Des œufs chamarrés étaient obtenus en les faisant cuire dans une mousseline contenant des herbes et des fleurs[11].

À partir du XVIIIe siècle les œufs frais sont vidés pour les remplir de chocolat liquide. En 1847 les frères Fry inventent un mélange « sucre, beurre de cacao, chocolat en poudre » qui permet d'obtenir une pâte molle que l'on peut verser dans des moules[16]. Le chocolat qui n'était jusque là consommé que comme boisson peut désormais être croqué, et façonné sous de multiples formes par les confiseurs. La démocratisation du chocolat date en France de la fin du Second Empire avec le développement du moulage, le plus ancien moule attesté étant un moule en fer blanc étamé de 1870 réalisé par la maison Létang et Rémy à Paris[17].

À l'œuf est associée la poule, qu'on trouve maintenant sous forme de statuette en chocolat. Les confiseries ne sont maintenant plus limitées, formellement, à la forme de l'œuf mais peuvent être de véritables sculptures de chocolat et de sucre et représentent parfois des personnages ou des objets qui n'ont aucun lien avec le modèle d'origine, comme des lapins.

Jeux et traditions[modifier | modifier le code]

La chasse aux œufs[modifier | modifier le code]

Lièvre de Pâques traditionnel en sucre rouge

La « chasse aux œufs » est une tradition ancienne.

En Alsace, en Allemagne, en Suisse et en Autriche, dans la plupart des Länder, les œufs de Pâques sont apportés par le lièvre de Pâques (Osterhase). En fait, le lapin, très prolifique au printemps, est probablement un symbole de fécondité antérieur au christianisme.

Cette tradition du lapin apportant les œufs de Pâques a émigré au Brésil où elle est encore vivace ; l'origine tiendrait à l'immigration germano-suisse débutée par le roi de Portugal en 1818, et poursuivie dès 1824 avec 400 immigrants germaniques par l'épouse du premier Empereur du Brésil, qui était l'archiduchesse autrichienne (Marie Léopoldine d'Autriche).

En Bavière, le lièvre est remplacé par un coq, en Thuringe c’est un renard, dans la région de Hanovre, c’est un coucou, au Tyrol c'est la poule et en Westphalie c'est le renard.

Chez les catholiques, les cloches cessent de sonner à partir de la messe du Jeudi qui précède Pâques, dit « Jeudi Saint », en signe de deuil pour la mort du Christ. On les ré-entend à la fin de la veillée de Pâques, qui précède le jour de Pâques proprement dit. La tradition prétend que les cloches ne sonnent plus car elles sont parties à Rome. Elles reviennent dans la nuit, chargées d'œufs en chocolat qu'elles déversent dans les jardins. Le lendemain, les enfants vont chercher les sucreries qui y sont dissimulées.

Certaines communes organisent des chasses aux œufs pour les adultes le week-end de Pâques : dans un espace limité (en général un bois), il faut découvrir le maximum d'œufs avant une heure donnée. Tous les œufs ne se valent pas, et certains permettent de gagner des lots intéressants.

Roulement des œufs[modifier | modifier le code]

Article détaillé : Roulement des œufs.
Lob Пасхальная открытка.png

En Angleterre, en Allemagne, et d’autres pays, les enfants traditionnellement roulaient les œufs à Pâques jusqu’au bas de la colline[18]. Cette tradition, ainsi que d’autres, par exemple, le lapin de Pâques, fut emportée au Nouveau Monde par des colons Européens[18],[19].

En 1880, Lucy Webb Hayes institua la coutume de donner une course aux œufs sur la pelouse de la Maison Blanche.

Batailles d’œufs[modifier | modifier le code]

La coutume de la bataille d’œuf est aussi répandue dans les pays de tradition orthodoxe. Après la célébration du samedi saint à l'église, lors du repas familial chacun choisit un des œufs décorés. Deux à deux, chacun frappe son œuf contre celui d'un l'autre. Le gagnant est celui qui parvient à garder son œuf intact, l’œuf vainqueur est aussi considéré comme signe de chance.

Galerie[modifier | modifier le code]

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Gisel, Lucie Kaennel, La création du monde, Labor et Fides, 1999, p.49.
  2. a, b, c et d D'où vient la coutume des œufs de Pâques ? article de Jacques Fournier, site de l’Église catholique en France, 2010
  3. (en) Dr Brian Stewart, « Egg Cetera #6: Hunting for the world’s oldest decorated eggs », sur Cam.ac.uk,‎ 10 avril 2012
  4. (en) Richard L. Zettler, Lee Horne, Donald P. Hansen, Holly Pittman, Treasures from Royal Tombs, University of Pennsylvania Museum of Archaeology and Anthropology,‎ 1998 (ISBN 0924171545), p. 70-72
  5. Les coutumes juives de deuil, sur le site massorti.com
  6. Anne Jordan, Christianity, Nelson Thornes,‎ 5 avril 2000 (lire en ligne)
  7. The Guardian, Volume 29, H. Harbaugh,‎ 1878 (lire en ligne)
  8. Gordon Geddes, Jane Griffiths, Christian belief and practice, Heinemann,‎ 22 janvier 2002 (lire en ligne)
  9. Sainte Marie Madeleine - Le premier œuf de Pâques
  10. Les femmes myrrhophores], Homélie prononcée par le père André, église orthodoxe de Metz
  11. a et b La coutume des œufs de Pâques par Christian Constant
  12. (en) Vicki K. Black, Welcome to the Church Year : An Introduction to the Seabury Bookssons of the Episcopal Church, Church Publishing,‎ 2004 (lire en ligne), p. 100
  13. Pâques en Grèce
  14. Paul-Yves Sébillot, Folklore et curiosités du vieux Paris, Maisonneuve & Larose, 2002, p.513.
  15. Pâques[PDF]
  16. « Joseph Fry et le chocolat en tablette », article de Tristan Gaston-Breton, Les Échos, 17 juillet 2008
  17. Histoire d’œufs de Pâques
  18. a et b (en) Mary Bellis, « The Origins of Easter Celebrations », about.com, lien consulté le 15 janvier 2011.
  19. « Egg Rolling », wyrdology.com, lien consulté le 15 janvier 2011.