Pénélope

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Ulysse déguisé en mendiant cherche à se faire reconnaître de Pénélope, relief en terre cuite de Milo, v. 450 av. J.-C., musée du Louvre

Dans la mythologie grecque, Pénélope (chez Homère Πηνελοπεια / Pênelopeia, chez les auteurs postérieurs Πηνελόπη / Pênelópê), fille d'Icarios, est l'épouse fidèle d'Ulysse dont elle a un fils, Télémaque.

Mythe[modifier | modifier le code]

Dans sa jeunesse, et à cause de sa grande beauté, Pénélope est demandée par plusieurs princes grecs. Son père, pour éviter les querelles qui auraient pu éclater entre les prétendants, les oblige à en disputer la possession dans des jeux qu'il fait célébrer. Ulysse sortant vainqueur, Pénélope lui est accordée.

Pendant les vingt années d'absence d'Ulysse, durant et après la guerre de Troie, Pénélope lui garda une fidélité à l'épreuve de toutes les sollicitations. Sa beauté et le trône d'Ulysse attirèrent à Ithaque cent quatorze prétendants. Elle sut toujours éluder leur poursuite et les déconcerter par de nouvelles ruses. La première fut de s'attacher à faire sur le métier un grand voile, en déclarant aux prétendants qu'elle ne pouvait contracter un nouveau mariage avant d'avoir achevé cette tapisserie destinée à envelopper le corps de son beau-père Laërte, quand il viendrait à mourir. Ainsi, pendant trois ans, elle allégua cet ingénieux prétexte, sans que sa tapisserie s'achevât jamais ; car elle défaisait la nuit ce qu'elle avait fait le jour : de là est venue l'expression « la toile de Pénélope », désignant un ouvrage auquel on travaille sans cesse et que l'on ne termine jamais.

Quand on vint dire à Pénélope que son époux était de retour, elle refusa de le croire, craignant qu'on ne voulût la surprendre par des apparences trompeuses ; mais, après qu'elle se fut assurée, par des preuves non équivoques, que c'était réellement Ulysse, elle se livra aux plus grands transports de joie et d'amour.

Étymologie[modifier | modifier le code]

Le nom de Pénélope vient de πηνέλοψ / pênélops, qui désigne une espèce de canard ou d'oie sauvage. Certains auteurs en ont conclu que Pénélope était une divinité ancienne en forme d'oiseau, mais il n'existe aucune preuve en la matière, d'autant qu'il était courant de donner aux femmes des noms d'oiseau[1].

Représentation dans les arts pendant l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Littérature romaine[modifier | modifier le code]

Le poète Ovide imagine dans ses Héroïdes une lettre envoyée par Pénélope à Ulysse (c'est la première lettre du recueil).

Céramique grecque[modifier | modifier le code]

Un skyphos attique à figures rouges provenant de Chiusi (en Italie) et datant d'environ 430 avant J.-C. montre d'un côté Pénélope triste en compagnie de son fils Télémaque, et, de l'autre, Ulysse reconnu par la servante Euryclée. Sur la face A, la scène montre Pénélope assise sur un siège devant son métier à tisser, tournée vers la gauche. Elle porte une robe longue et a la tête couverte par un pli de son vêtement. Elle s'accoude du bras droit au bras du siège, repose sa tête sur sa main et a la tête baissée avec une expression triste. Sur la gauche, Télémaque, tournée vers la droite, regarde Pénélope ; vêtu d'une tunique qui couvre son épaule gauche et laisse voir l'épaule droite ainsi qu'une partie de sa poitrine, il tient trois lances dans sa main gauche et appuie sa main droite contre sa hanche. Derrière les deux personnages, le métier à tisser, plus haut qu'eux, montre dans sa partie supérieure deux toiles inachevées, tandis que, dans la partie inférieure, seuls les fils de la chaîne ont été mis en place (la trame n'est pas encore tissée). La face B montre Ulysse reconnu par la vieille servante Euryclée qui reconnaît un signe particulier du héros pendant qu'elle lui donne un bain de pieds. Le peintre de ce vase a été nommé « Peintre de Pénélope » en référence à la scène de la face A. Le vase est conservé au Museo Civico de Chiusi sous la référence Chiusi 1831[2].

Postérité dans les arts après l'Antiquité[modifier | modifier le code]

Littérature[modifier | modifier le code]

Aux XXe et XXIe siècles, plusieurs auteurs conçoivent des réécritures de l’Odyssée en choisissant Pénélope comme personnage principal, voire en adoptant son point de vue, souvent en s'intéressant à sa vie à Ithaque pendant l'absence d'Ulysse et à la façon dont elle parvient à résister à ses prétendants. En 1952, le dramaturge espagnol Antonio Buero Vallejo publie la pièce La tejedora de sueños qui met en scène l'attente de Pénélope. En 2005, l'écrivaine canadienne Margaret Atwood publie L'Odyssée de Pénélope (The Penelopiad), une autobiographie narrée aux Enfers par l'âme de Pénélope et de douze de ses servantes ; le roman imagine la vie de Pénélope depuis son enfance jusqu'à sa mort. En 2012, Nunia Barros publie Nostalgia de Odiseo (Nostalgie d'Ulysse). En 2014, Tino Villanueva publie So Spoke Penelope (Ainsi parlait Pénélope)[3].

Peinture[modifier | modifier le code]

Domenico Beccafumi, Pénélope, huile sur panneau, vers 1514.

Dès le Moyen Âge, de nombreux tableaux prennent pour sujets des passages de l’Odyssée pour représenter Pénélope. Plusieurs la montrent en train de tisser, seule ou en compagnie de ses servantes. En 1912, le peintre préraphaélite britannique John William Waterhouse peint Pénélope et les prétendants, tableau montrant Pénélope occupée à filer la laine en refusant de prêter attention aux prétendants qui tentent d'attirer son attention par la fenêtre du palais.

D'autres peintres montrent la ruse du linceul tissé le jour et défait en secret chaque nuit. Vers 1575-1585, le peintre italien Leandro Bassano peint une Pénélope montrée seule à son métier en train de défaire secrètement la toile à la lumière d'une chandelle. En 1785, Joseph Wright of Derby peint le même sujet sur Penelope Unravelling Her Web by Lamp Light (Pénélope défaisant sa toile à la lumière d'une lampe), où Pénélope s'emploie à sa ruse tout en veillant sur le sommeil du jeune Télémaque.

L'attente de Pénélope est le sujet d'autres toiles. Vers 1514, l'Italien Domenico Beccafumi peint Pénélope qui montre l'héroïne debout, le fuseau à la main, près d'une colonne du palais d'Ithaque, regardant vers l'horizon avec confiance. En 1724, le peintre français Louis Jean François Lagrenée représente Pénélope lisant une lettre d'Ulysse : Pénélope, installée à une table richement décorée sur une terrasse du palais, lit une lettre sous le regard d'un serviteur et d'un jeune garçon aux allures d'Éros.

Les différentes étapes des retrouvailles entre Pénélope et Ulysse sont aussi représentées à plusieurs reprises. Au XVIIIe siècle, le peintre Johann Heinrich Wilhelm Tischbein peint un Ulysse et Pénélope montrant le face à face entre Pénélope et Ulysse déguisé en mendiant méconnaissable, tel qu'il est mis en scène dans l'épopée homérique. Angelika Kauffmann peint en 1772 Pénélope éveillée par Euryclée, tableau montrant la vieille servante Euryclée sur le point de réveiller Pénélope. Le tableau s'inspire du chant XXIII de l’Odyssée, lorsque la servante tire Pénélope du sommeil où l'avait plongée la déesse Athéna pendant toute la durée du combat entre Ulysse et les prétendants. Vers 1508-1509, le Pinturicchio peint un tableau montrant Pénélope dans le palais installée à son métier à tisser et faisant face à plusieurs hommes qui entrent dans le palais, tandis qu'à l'horizon est visible un navire. Le tableau est interprété soit comme le retour d'Ulysse, soit comme une confrontation entre Pénélope et ses prétendants. En 1563, Le Primatice, peintre maniériste italien, peint un Ulysse et Pénélope montrant les deux époux assis dans leur lit, probablement après leurs retrouvailles.

Sculpture[modifier | modifier le code]

Plusieurs sculpteurs réalisant des statues de Pénélope qui la montrent généralement en train d'exprimer, par sa posture, son attente du retour d'Ulysse. En 1873, le sculpteur Leonidas Drosis sculpte une Pénélope vêtue d'une ample robe, d'un diadème et d'un voile, assise sur un siège, tenant en main son fuseau et son fil, mais se laissant un peu aller en arrière et regardant dans le vague, comme plongée dans ses pensées. En 1896, Franklin Simmons sculpte une Pénélope en marbre également assise sur un siège. Aux XIXe-XXe siècles, le sculpteur français Antoine Bourdelle sculpte une Pénélope debout appuyant sa joue contre l'une de ses mains, le regard dans le vague.

Musique[modifier | modifier le code]

Vers la fin du XXe siècle, le chanteur français Georges Brassens compose une chanson intitulée Pénélope, où il évoque les désirs de Pénélope probablement tentée de prendre des amants pendant l'absence d'Ulysse.

Cinéma[modifier | modifier le code]

Pénélope apparaît en tant que personnage secondaire dans la plupart des péplums inspirés de l’Odyssée. Dans Ulysse de Mario Camerini, film italien sorti en 1954, Pénélope est jouée par Silvana Mangano et apparaît pugnace contre les prétendants qui tentent de la séduire. Dans le même film, la même actrice interprète aussi la magicienne Circé qui tente de séduire et d'ensorceler Ulysse pendant son voyage de retour.

Dans le film O'Brother des frères Coen, film américain sorti en 2000 qui s'inspire librement de l’Odyssée et en transpose les péripéties sous une forme humoristique dans les États-Unis des années 1920-1930, Pénélope devient Penny, une femme au caractère bien trempé. Son mari, Ulysses Everett, a quitté la maison non pas pour partir à la guerre mais parce qu'il a été condamné au bagne pour exercice illégal des fonctions d'avocat. Penny a divorcé et a épousé un autre homme. À son retour, Ulysses Everett a le plus grand mal à la convaincre qu'il n'est pas un bon à rien.

Télévision[modifier | modifier le code]

La série télévisée franco-italo-portugaise Odysseus, diffusée en France sur la chaîne Arte en 2013, détaille les événements à Ithaque pendant l'absence d'Ulysse, puis ceux qui suivent son retour. Pénélope, jouée par Caterina Murino, joue un rôle important dans l'intrigue : elle doit d'abord résister aux prétendants qui tentent de la séduire puis de la décrédibiliser, et, par la suite, elle doit faire face à un Ulysse métamorphosé par la guerre en un tyran paranoïaque et impulsif, qui n'est plus l'homme qu'elle a aimé.

Syndrome de Pénélope[modifier | modifier le code]

Le mythe de Pénélope a pu donner naissance dans divers écrits[4],[5] à l'idée de « syndrome de Pénélope » que connaît celui qui travaille, volontairement ou non, consciemment ou non, à défaire son propre travail.

Le Syndrome de Pénélope désigne également une forme d'encéphalopathie[6],[7].

Sources[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Pierre Chantraine, Dictionnaire étymologique de la langue grecque, Paris, Klincksieck,‎ 1999 (édition mise à jour) (ISBN 2-252-03277-4), s.v. Πηνελόπεια, p. 897.
  2. Page du vase sur le site Perseus (Université Tufts aux États-Unis). Page consultée le 6 avril 2014.
  3. Compte rendu du recueil de Tino Villanueva So Spoke Penelope, article de Ramiro González Delgado dans la Bryn Mawr Classical Review, mars 2014. Page consultée le 6 avril 2014.
  4. Article de Tristan Nitot (2007) utilisant l'expression pour déplorer la vision potentiellement court-termiste du professionnel s'opposant aux besoins à long-terme du citoyen. Le Syndrome de Pénélope
  5. Martin Hirsch : "J'ai l'intention de voter pour François Hollande" Interview de Martin Hirsch par le journal Le Monde (16 avril 2012) où l'ancien Haut-commissaire au sein du gouvernement Fillon met en garde contre le "détricotage" du RSA, créé par ce même gouvernement
  6. Encephalopathy with status epilepticus during slow sleep: “The Penelope syndrome”{en} , Carlo A. Tassinari, Gaetano Cantalupo, Loreto Rios-Pohl, Elvio Della Giustina, Guido Rubboli Article mis en ligne le 29 juillet 2009.
  7. Enzephalopathie mit Elektrischem Status Epilepticus im Schlaf (ESES){en}{fr}{de}

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Ouvrages généraux et utilitaires[modifier | modifier le code]

Études savantes sur Pénélope[modifier | modifier le code]

  • Françoise Frontisi-Ducroux, Ouvrages de dames. Ariane, Hélène, Pénélope..., Seuil, 2009
  • Marie-Madeleine Mactoux, Pénélope. Légende et mythe, Les Belles Lettres, coll. « Annales littéraires de l'Université de Besançon », Paris, 1975, 284 p. (ISBN 2251601759).
  • Ionna Papadopoulo-Belmehdi, Le Chant de Pénélope. Poétique du tissage féminin dans l'Odyssée, Belin, coll. « L'Antiquité au présent », 1994, 256 p. (ISBN 270111764X).
  • Alain Peyrefitte, Le Mythe de Pénélope, Gallimard, 1949.

Lien externe[modifier | modifier le code]

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