Îles des Bienheureux

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Bienheureux (homonymie).

Les îles des Bienheureux (en grec ancien μακάρων νῆσοι / makárôn nễsoi), ou îles Fortunées, sont un lieu mythologique situé aux extrêmes limites du monde, que l'on a tenté d'identifier au cours des âges avec des îles de la côte atlantique de l'Afrique.

Mythe[modifier | modifier le code]

Dans la mythologie grecque, les îles des Bienheureux sont un lieu des Enfers où les âmes vertueuses goûtaient un repos parfait après leur mort. Elles étaient placées aux confins occidentaux de la Libye (au sens ancien, c'est-à-dire le Nord-Ouest de l'Afrique), donc dans l'Océan Atlantique[1].

Leur fonction et leurs caractéristiques les rendent très semblables aux champs Élysées. Elles ont notamment été décrites par Pindare dans ses Olympiques[2].

Parmi les « bienheureux » y séjournant, on retrouve (selon les auteurs) Achille, Alcmène, Cadmos, Diomède, Lycos, Médée, Pélée, Pénélope, Rhadamanthe, Télégonos, les tyrannoctones

Selon une tradition antique rapportée par la Souda et Jean Tzétzès, le nom, au singulier s'applique initialement à l'ancienne acropole de Thèbes, la Cadmée. Plus précisément, makaron nêsos désigne le lieu où Sémélé est frappée par la foudre de Zeus en majesté. Or l'étymologie de l'expression « champs Élysées » est également « lieux sanctifiés par la foudre ».

Identification géographique[modifier | modifier le code]

Ptolémée, dans sa Géographie, considère que ces îles sont à la limite ouest du monde habité. Il y fait passer le méridien zéro, point de départ de ses mesures de longitude, à l'instar de Greenwich aujourd'hui. Ces îles, telles qu'elles sont mentionnées par Ptolémée, sont classiquement identifiées aux îles Canaries. Des chercheurs récents penchent plutôt pour les îles du Cap-Vert[réf. nécessaire].

Au XIIIe siècle, Bar-Hebraeus, dans son traité sur « la forme du ciel et de la terre », indique — après s'être référé à Ptolémée — que « les îles fortunées sont au nombre de sept grandes, situées en latitude depuis l'équateur jusqu'au troisième climat. On raconte que leurs habitants étaient plongés dans l'idolâtrie, quand un saint vint près d'eux et leur annonça la parole de l'Évangile ; ils crurent et furent baptisés. D'autres disent que ce sont les fils de Réchab dont il est question dans le prophète Jérémie et qu'ils suivent la loi de Moïse »[3].

Une tradition, dont Jacques d'Édesse se fait l'écho, raconte comment un certain moine Zozime, désireux de savoir ce qu'étaient devenus les descendants de Réchab, se trouva conduit jusqu'à leur île et y demeura en leur compagnie durant sept jours découvrant un peuple pieux, vivant nu et dans une grande innocence, recevant sa nourriture sans effort de certains arbres, et n'ayant plus eu de contact avec le « monde de vanité » depuis leur arrivée sur l'île. Toutefois, étant régulièrement visités par des anges, ils sont devenus chrétiens[4]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Selon Philostrate (Vie d'Apollonios de Tyane, V, 3), les îles des Bienheureux se situaient au large des îles Canaries.
  2. Pindare, Olympiques, II, v. 56-83.
  3. Bar-Hebraeus, Traité de l'ascension de l'esprit sur la forme du ciel et de la terre, traduction française de François Nau, p. 121.
  4. Jacques d'Édesse, Les fils de Jonadab fils de Réchab et les îles Fortunées, traduction française de François Nau, 1899.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Gregory Nagy, Le Meilleur des Achéens. La Fabrique du héros dans la poésie grecque archaïque, Seuil, coll. « Des Travaux », 1999 (ISBN 2-02-012823-3).
  • Gilles Szynalski, La situation spatio-temporelle de l'île des Bienheureux, Université de Genève, Département des sciences de l'Antiquité, 2000.

Liens externes[modifier | modifier le code]