La Maman et la Putain
La Maman et la Putain
| Réalisation | Jean Eustache |
|---|---|
| Scénario | Jean Eustache |
| Acteurs principaux | Jean-Pierre Léaud Françoise Lebrun Bernadette Lafont |
| Pays d’origine | France |
| Sortie | 1973 |
| Durée | 220 minutes |
Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution
La Maman et la Putain est un film français de Jean Eustache réalisé en 1973.
Sommaire |
[modifier] Synopsis
Alexandre se lève, emprunte la voiture de sa voisine et va retrouver son ancienne petite amie, Gilberte, pour lui proposer de l'épouser. Plus tard, Alexandre retrouve son ami aux Deux Magots. En partant, il croise le regard d'une fille sur la terrasse et lui demande son numéro. Le soir, il rentre chez sa maîtresse, Marie. Alexandre rappelle la fille des Deux Magots.
[modifier] Fiche technique
- Titre original : La Maman et la Putain
- Réalisation : Jean Eustache
- Assistant réalisateur : Luc Béraud
- Scénario : Jean Eustache
- Direction artistique :
- Costumes : Catherine Garnier
- Photographie : Pierre Lhomme
- Son : Jean-Pierre Ruh
- Montage : Jean Eustache
- Production : Pierre Cottrell
- Société(s) de production : Elite Films, Ciné Qua Non, Les Films du Losange, Simar Films, V.M. Productions.
- Société(s) de distribution :
- Budget : 700 000 francs[1]
- Pays d’origine :
France - Langue : Français
- Format : Noir et blanc, 16 mm gonflé en 35mm
- Genre :
- Durée : 220 minutes
- Dates de sortie :
France : 1973
[modifier] Distribution
- Jean-Pierre Léaud : Alexandre
- Bernadette Lafont : Marie
- Françoise Lebrun : Veronika
- Isabelle Weingarten : Gilberte
- Jacques Renard : l'ami d'Alexandre
- Jean-Noël Picq : l'amoureux d'Offenbach
- Jean-Claude Biette
- Pierre Cottrell
- Jean Douchet
- Douchka
- Bernard Eisenschitz
- Jean Eustache, l'homme dans le supermarché
- Caroline Loeb
- André Téchiné
- Noël Simsolo
- Berthe Granval
[modifier] Tournage
Le film a été tourné en quatre semaines[2] durant l'été 1972[3].
[modifier] Musique du film
Il n'y a pas de musique autre que celle que les personnages écoutent dans le film.
- L'ami d'Alexandre écoute Zarah Leander Ich weiss, es wird einmal ein Wunder gescheh'n[4] : « C'est la chanteuse que les Allemands ont essayé de lancer... Pour remplacer Marlène Dietrich après son départ. Et comme toutes les imitatrices, elle est bien meilleure que l'original. Elle ne traîne rien derrière elle. » (Eustache 2001, p. 23)
- Quand il téléphone à Veronika, Alexandre écoute la chanson Un souvenir de Damia[4],[5].
- En faisant sa toilette, il écoute La Belle Hélène de Jacques Offenbach[4],[6]. Pick fait aussi référence à la Belle Hélène[7].
- Veronika a envie d'écouter un disque de Marlene Dietrich[8].
- Marie écoute Les amants de Paris chanté par Edith Piaf (texte et musique de Léo Ferré)[4].
- Concerto for group and orchestra de Deep Purple[4].
- Falling in love again de Marlene Dietrich[4].
- La Chanson des Fortifs de Fréhel[4].
- Le Requiem de Mozart[4].
[modifier] Distinctions
[modifier] Récompenses
- Grand Prix Spécial du Jury au festival de Cannes 1973[9],[3].
[modifier] Nominations
[modifier] Diffusion et audience
A sa sortie, le film a été vu par 60 000 spectateurs[1].
Le film a été diffusé à la télévision sur Canal Plus le 12 mai 1997[10] et sur Arte le 13 mars 2000[11].
[modifier] Analyse
[modifier] Aspect autobiographique
Le film s'inspire directement de la vie réelle de Jean Eustache, de sa rupture avec Françoise Lebrun, de sa vie avec Catherine Garnier et de son amour pour Marinka Matuszewski[12].
[modifier] Les lieux du film
L'action du film se déroule entièrement à Paris.
- L'appartement de Marie.
- La boutique de Marie.
- Les Deux Magots.
- Le café de Flore.
- Le café Le Saint Claude[13]
- L'appartement de l'ami.
- La chambre d'infirmière. D'après le scénario, Veronika est infirmière à l'hôpital Laennec de Paris[14].
- Le restaurant Le Train bleu dans le hall de la Gare de Lyon[15]
- Plusieurs scènes se déroulent aussi dans les rues de Paris.
[modifier] Références au cinéma
Dans le film, Alexandre propose à Marie d'aller au cinéma. Il prend le programme, lit à voix haute le synopsis de La classe ouvrière va au paradis d'Elio Petri et referme le programme furieux. Alexandre déclare alors : « Je préfère encore regarder la télévision. Au moins Bellemare et Guy Lux portent leur connerie sur leur figure. C'est plus franc. » (Eustache 2001, p. 22)
Alexandre fait référence à Nicholas Ray quand il parle de l'Affaire Fauqueux : « Des gens aussi beau qu'un film de Nicholas Ray » (Eustache 2001, p. 29).
Il rend hommage à Robert Bresson : « Une femme me plaît par exemple, parce qu'elle a joué dans un film de Bresson, ou parce qu'un homme que j'admire est amoureux d'elle. » (Eustache 2001, p. 34)
Au restaurant, il parle de Murnau : « Ça ressemble à un film de Murnau. Les films de Murnau, c'est toujours le passage de la ville à la campagne, du jour à la nuit. Il y a tout ça ici. » (Eustache 2001, p. 43)
Il fait son lit en se jetant dessus avec la couette, exactement comme Angela dans Une femme est une femme de Jean-Luc Godard. Il déclare : « J'ai vu faire ça dans un film. Les films ça sert à ça, à apprendre à vivre, à apprendre à faire un lit. » (Eustache 2001, p. 74)
[modifier] Références à la littérature
Alexandre cite Georges Bernanos. Il fait référence aux deux citations suivantes toutes deux extraites de la préface des Grands Cimetières sous la lune[16] :
- « J'écris dans les cafés au risque de passer pour un ivrogne, et peut-être le serais-je en effet si les puissantes Républiques ne frappaient de droits, impitoyablement, les alcools consolateurs. »
- « J'écris sur les tables de cafés parce que je ne saurais me passer longtemps du visage et de la voix humaine dont je crois avoir essayé de parler noblement. »
Alexandre dit : « Bernanos disait : "Je ne peux pas me passer longtemps du visage et de la voix humaine, j'écris dans les cafés." Moi j'en fais un peu moins. Je viens y lire. Il disait aussi qu'il le ferait encore davantage si les puissantes républiques ne taxaient impitoyablement les alcools. » (Eustache 2001, p. 17)
[modifier] Réception critique
Jean-Louis Bory dans Le Nouvel Observateur n'a pas apprécié le film. Il dénonce notamment le style de jeu de Léaud : « Jean-Pierre Léaud joue faux et reste faux ». Il dénonce également un film misogyne. Pourtant, il dit apprécier les deux figures féminines que sont Marie et Veronika[17].
Dans son histoire du cinéma français, Jean-Michel Frodon le considère comme un des plus beaux films du cinéma français[18].
Le réalisateur Olivier Assayas cite le film dans sa « cinémathèque imaginaire » : « Je n'aurais pas imaginé ne pas citer la Maman et la putain. J'ai l'impression de vivre avec ce film depuis qu'il existe. Je me pose, comme beaucoup de gens dans le cinéma, la question de savoir comment on peut refaire quelque chose comme cela, comment on peut atteindre ce qu'Eustache a atteint. Je crois que la réponse est qu'on ne peut pas. Eustache a dans ce film résumé et accompli une idée qui était celle de la nouvelle vague. Il a fait le film qui avait été théorisé par la nouvelle vague. »[19].
[modifier] Autour du film
- Jean-Louis Martinelli a adapté le texte sur scène en 1990[20].
- En 1996, le groupe de rock Diabologum a repris le monologue final de Veronika dans un morceau nommé La maman et la putain sur l'album "#3".
- En 2008, le cinéaste Vincent Dieutre a repris ce même monologue dans un court métrage intitulé Ea2, 2e exercice d'admiration : Jean Eustache.
[modifier] Références
- Frédéric Bonnaud, « Chaque jour, un film à voir ou à revoir à Paris », dans Libération, 6 août 1996 [texte intégral (page consultée le 24 février 2012)]
- Philippon 1986, p. 114
- Denis Desjardins, « La Maman et la Putain, de Jean Eustache », dans Séquences : La revue de cinéma, no 198, septembre/octobre 1998, p. 20-21 [texte intégral (page consultée le 16 janvier 2012)]
- Hanska 2001, p. 325-326
- Eustache 2001, p. 31
- Eustache 2001, p. 36
- Eustache 2001, p. 55
- Eustache 2001, p. 66
- Hanska 2001, p. 309
- Erwan Higuinen, « La Maman et la putain. Canal +, 22h15 », dans Libération, 12 mai 1997 [texte intégral (page consultée le 24 février 2012)]
- Isabelle Potel, « La Maman et la Putain. Arte, 20 h 45 », dans Libération, 13 mars 2000 [texte intégral (page consultée le 24 février 2012)]
- Philippe Azoury, « Jean Eustache, une balle à la place du cœur », dans Les Inrockuptibles, 5 décembre 2006 [texte intégral (page consultée le 16 janvier 2012)]
- Eustache 2001, p. 40
- Eustache 2001, p. 35
- Eustache 2001, p. 42
- Georges Bernanos, Les Grands Cimetières sous la lune, Le Seuil, 1938
- Jean-Louis Bory, « Romance d'un jeune homme pauvre », Le Nouvel Observateur, lire en ligne
- Jean-Michel Frodon, Le Cinéma français, de la Nouvelle Vague à nos jours, Paris, Cahiers du Cinéma, 2010, p. 406
- Cécile Blanc, « Olivier Assayas : Une cinémathèque imaginaire », dans La bibliothèque du film, 2001 [texte intégral (page consultée le 8 mars 2012)]
- Serge Chauvin, « La maman et la putain », dans Les Inrockuptibles, 30 novembre 1996 [texte intégral (page consultée le 16 janvier 2012)]
[modifier] Voir aussi
[modifier] Bibliographie
- Alain Philippon, Jean Eustache, Cahiers du Cinéma, 1er mai 1986, 1re éd., 126 p. (ISBN 978-2866424282)
- Marion Froger, « Les enfants perdus de 68; La Maman et la Putain », dans Ciné-Bulles, vol. 17, no 2, 1998 [texte intégral (page consultée le 24/11/2011)]
- Jean Eustache, La Maman et la Putain : Scénario, Cahiers du Cinéma, 7 mars 2001, 122 p. (ISBN 978-2866422080)
- Evane Hanska, Mes années Eustache, Flammarion, coll. « Documents », 10 avril 2001, 1re éd., 331 p. (ISBN 978-2080679208)
- (en) Martine Pierquin, « La Maman et la putain », dans Senses of cinema, no 48, 27 août 2008 [texte intégral (page consultée le 6/11/2011)]