Le Sacrifice

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
Aller à : navigation, rechercher
Page d'aide sur l'homonymie Pour les articles homonymes, voir Sacrifice (homonymie).

Le Sacrifice

Titre original Offret
Réalisation Andreï Tarkovski
Scénario Andreï Tarkovski
Acteurs principaux
Pays d’origine Drapeau de la Suède Suède
Drapeau de la France France
Sortie 1986
Durée 149 min

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Le Sacrifice (Offret) est un film franco-suédois réalisé par Andreï Tarkovski, sorti en 1986, septième et dernier long métrage du réalisateur soviétique.

Le Sacrifice est une méditation sur l'importance de la parole, de la parole donnée, de la prière.

Résumé[modifier | modifier le code]

Une catastrophe mondiale survient lors de l'anniversaire d'un vieux comédien. Celui-ci fait le vœu à Dieu d'offrir ce qu'il a de plus cher si tout redevient comme avant. Le facteur, collectionneur étrange passionné de Nietzsche, enjoint le comédien d'aller passer la nuit avec leur bonne qui est aussi sorcière et réussira à annuler la destruction du monde. Le comédien passe la nuit avec la bonne, son vœu est exaucé. A son réveil, Il incendie sa maison et est interné dans un asile.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Alexandre est un ancien comédien qui vit avec sa famille sur une île au large des côtes suédoises. Pour son anniversaire, il plante un arbre sec au bord de la mer. Son petit garçon de six ans l'accompagne. Il ne peut plus parler suite à une opération du cou. Alexandre raconte à son fils l'histoire d'un vieil homme qui plante un arbre sec en haut d'une montagne. Et que chaque jour, cet homme gravit la montagne pour l'arroser. Un beau jour, l'arbre était couvert de fleurs. Le facteur Otto arrive et lui remet un télégramme. Il médite sur le nain[1] du Zarathoustra de Nietzsche. Pendant que les invités à la fête arrivent à la maison, Alexandre expose sa pensée sur l'état de la civilisation, le progrès scientifique, et l'impuissance à agir des humains.

La fête se prépare. Pendant que les deux femmes de maison préparent le repas, Otto offre à Alexandre une vieille carte d'Europe. Otto est un curieux collectionneur. Il recueille tous les faits inexpliqués et singuliers. Il se documente précisément. Adélaïde, la jeune épouse d'Alexandre, comédienne d'origine anglaise, est déçue qu'il ait abandonné sa carrière théâtrale.

Soudain, le ciel s'assombrit, la vaisselle se met à vibrer, les verres tombent, le sol tremble. Les hôtes sont effrayés et stupéfaits. De la télévision on entend une voix qui annonce « Ordre et organisation ! Chacun doit rester à l'endroit où il est, car il n'y a pas d'endroit plus sûr en Europe où chacun se trouve actuellement ». Les programmes sont brutalement interrompus. Victor, un des invités, médecin, calme l'hystérie d'Adélaïde avec une injection. Le petit garçon dort dans sa chambre. La femme de maison Maria et Otto ont disparu.

Alexandre erre désespéré dans la maison. Il se met à prier et promet d'offrir tout ce qui lui est cher, de ne plus dire une seule parole, si tout revient à nouveau comme au matin. Otto revient et convainc Alexandre d'aller chez Maria. Il doit coucher avec elle pour que le monde soit sauvé. Alexandre part à vélo et arrive chez Maria. Il lui dit en pleurant la misère de son existence. Devant son indifférence apparente, il est sur le point de se tirer une balle dans la tête. Maria va vers lui et le console, se déshabille.

Lorsqu'il se lève le lendemain, tout semble être revenu comme avant. Après le petit-déjeuner, sa femme et les invités vont faire une promenade. Alexandre se cache pour rester à la maison. Il allume le feu. La maison brûle avant que le groupe ne soit rentré. Alexandre est immédiatement emmené de force dans une voiture pour l'asile.

On voit l'enfant arroser l'arbre et parler pour la première fois : « Au commencement était le Verbe. Pourquoi, Papa ? ».

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Esthétique[modifier | modifier le code]

  • Le film utilise beaucoup de prises très longues, comme jamais chez Tarkovski. Le premier plan, qui montre Alexandre, son fils et le facteur en train de parler et marcher dure neuf minutes et vingt-six secondes. C'est le plus long de Tarkovski. De nombreux plans durent de six à huit minutes. Le film en tout ne comporte que cent quinze plans (quatre plans toutes les cinq minutes en moyenne).
  • Le début et la fin du film sont tous les deux accompagnés par l'aria Erbarme dich de la Passion selon saint Matthieu. Le début montre le tableau L'Adoration des mages (vers 1481) de Léonard de Vinci, avec en son centre l'arbre. Ce tableau revient plusieurs fois dans le film. La fin du film montre l'arbre planté au bord de la mer par Alexandre.
  • La bande son comporte deux autres musiques très différentes : le son pur et violent d'un solo de flûte japonais, et des chants d'appels, avec lesquels les gardiennes de troupeaux ramenaient le bétail des pâturages à la ferme.

L'histoire de l'avant-dernier plan[modifier | modifier le code]

La plus grande partie du film a été tourné à l'intérieur et à l'extérieur d'une maison construite spécialement pour la production. Pendant la scène finale, Alexandre brûle sa maison et ses biens. Elle a été filmée dans un plan unique de six minutes et cinquante secondes, souvent tenu à tort pour sa plus longue prise. Elle a été particulièrement difficile à terminer. Au départ, il n'y avait qu'une seule caméra, malgré le désaccord de Nikvist. La caméra tomba en panne lors de l'incendie de la maison. Tarkovski insista pour que la scène ne soit pas un simple montage réalisé à partir des restes du plan endommagé. On fut obligé de reconstruire la maison en moins de deux semaines à grands frais. La scène fut retournée cette fois avec deux caméras sur des rails parallèles. Cette dernière prise retenue dans le film s'achève brutalement parce que la bobine entière avait été épuisée. Toute l'équipe technique et les comédiens fondirent en larmes lorsque cette dernière prise fut achevée.

Cette péripétie est relatée dans le documentaire Dirigé par André Tarkovski et le documentaire Une journée d'Andreï Arsenevitch (1999) de Chris Marker.

Appréciation[modifier | modifier le code]

« Une musique, un éclairage, des travellings presque imperceptibles, des personnages qui déambulent lentement et la magie opère. Plus que les autres, ce film de Tarkovski est envoûtant. C'est donc d'abord un film à ressentir, et il suffit de se laisser porter par une mise en scène et des images d'une extrême beauté qui créent à elles seules l'émotion. Bien sûr, les « tarkovskiens » joueront au jeu des références, des correspondances et des symboles : on retrouve dans Le Sacrifice, le goût de Tarkovski pour le rite, pour le fantastique et la science-fiction, son amour de la poésie, son utilisation de la métaphore. Le Sacrifice est, toutefois, l'un de ses films les plus limpides. La quête de Tarkovski y est parfaitement explicite. Elle s'appuie avant tout sur un mysticisme chrétien mais elle est également influencée par la pensée de Gandhi, les spiritualités extrême-orientales ainsi que par un panthéisme slave fondé sur les quatre éléments. Absent de Stalker et de Nostalgie, où dominent la terre et les eaux stagnantes, l'air fait ici son apparition, en même temps que l'eau est devenue vivante.

Le Sacrifice est un film d'élévation d'où se dégage un sentiment de pureté. La démarche du film est d'ailleurs celle d'une purification, de la vanité du discours à la plénitude du silence et de la méditation. C'est à travers un sacrifice que se fait le passage vers le nécessaire « ressourcement » personnel, à travers une offrande de soi-même. Le Sacrifice est, en effet, aussi un film d'amour dans lequel Tarkovski s'efface, en laissant à son fils le soin de faire renaître la vie. Le dernier plan le montre. Il laisse une impression bouleversante. Celle d'avoir vécu au rythme d'un chef-d'œuvre[2]. »

— G.P., Site du Jury œcuménique

Autour du film[modifier | modifier le code]

  • Le tournage a eu lieu sur l'île suédoise Gotland, où Ingmar Bergman a tourné plusieurs de ses films.
  • L'acteur principal Erland Josephson a préparé le tournage avec Tarkovski dans la pièce radiophonique Une nuit dans l'été suédois.
  • Le Sacrifice est le dernier film d'Andréï Tarkovski qui mourut le 29 décembre 1986.
  • Le film est dédicacé à son fils « avec espoir et confiance ».
  • L'acteur Jean-Louis Trintignant a été pressenti pour jouer le rôle principal[réf. souhaitée].
  • Le doublage du film en russe a été assuré par Alexandre Gordon.

Prix et récompenses[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Le nain est une des figures philosophico-poétiques du livre. D'autres sont l'enfant, le lion, le serpent, l'aigle, le soleil.
  2. Jury œcuménique.org
  3. Récompenses du film Le Sacrifice sur le site Allociné.fr, consulté le 6 août 2012

Liens externes[modifier | modifier le code]