Diaspora polonaise en France

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Marie Leszczyńska, reine de France, épouse de Louis XV (tableau de Jean-Marc Nattier, exposé dans la seconde antichambre du Dauphin au château de Versailles).

La diaspora polonaise en France est une diaspora constituée par les populations originaires de Pologne (ou de personnes parlant polonais pour les périodes où l'État polonais n’existe pas) vivant sur le territoire français.

La situation et le nombre des Polonais en France varient selon le contexte historique, tout particulièrement selon la situation politique polonaise, car la Pologne a été sous la domination de ses voisins pendant de longues périodes.

Du XVIIe siècle à 1918[modifier | modifier le code]

Étant donné leurs positions respectives, de part et d'autre des territoires allemands, la Pologne et la France ont parfois été alliées contre leurs ennemis communs. Ces soutiens mutuels ont eu, entre autres, pour conséquence le fait que le territoire français a accueilli des Polonais dès le XVIIe siècle.

Les XVIIe et XVIIIe siècles[modifier | modifier le code]

Tombeau du roi Jean Casimir à Paris (abbatiale de Saint-Germain-des-Prés).

Les alliances nouées entre certains rois de France et de Pologne sont souvent renforcées par des échanges de princesses, tel que notamment la fille de l'éphémère roi de Pologne Stanislas Leszczynski, Marie Leszczyńska (vingt-deux ans), qui épouse en 1725 le jeune roi de France Louis XV (quinze ans). Le couple eut dix enfants de 1727 à 1737.

« J'avoue que pour le Roi, dont le sang était resté le seul pur en France, il est surprenant que l'on lui fasse faire une pareille mésalliance et épouser une simple demoiselle polonaise, car [...] elle n'est pas davantage, et son père n'a été roi que vingt-quatre heures. »

— Élisabeth-Charlotte, duchesse de Lorraine et de Bar, 1725.

La France sert aussi de refuge, notamment pour le roi de Pologne Jean II Casimir Vasa (Jan Kazimierz Waza) après son abdication en 1668 (il meurt en 1672 à Nevers) et pour le roi Stanislas Leszczynski (Stanisław Leszczyński) de 1725 à 1733, puis de nouveau après la guerre de Succession de Pologne à partir de 1734 (il meurt en 1766 à Lunéville).

Révolutions et émigrations[modifier | modifier le code]

Période révolutionnaire et 1er Empire[modifier | modifier le code]

Pendant la période révolutionnaire et le 1er Empire, (de 1789 à 1815), plusieurs milliers de Polonais servent au sein des troupes françaises. Se sont des volontaires se battant dans l'espoir que la jeune République française rétablisse la souveraineté de la Pologne, qui vient d'être partagée entre les Russes, les Prussiens et les Autrichiens (partages de la Pologne de 1793 et 1795), trois États avec lesquels la France est en guerre pendant vingt ans.

En 1807, après la campagne de Pologne menée par Napoléon, les nationalistes polonais obtiennent gain de cause, avec la création du grand-duché de Varsovie, qui disparaît juste après la campagne de Russie (1812). Le dépôt de ce qui reste des régiments polonais est alors installé à Sedan, ce qui fait qu'on retrouve encore des unités polonaises dans la Grande Armée pendant la campagne d'Allemagne (1813) pendant laquelle le maréchal Poniatowski trouve la mort lors de la bataille de Leipzig. Les derniers Polonais à servir Napoléon sont ceux du régiment de lanciers de la Garde, dont un escadron fait partie de la petite garnison de l'île d'Elbe et charge une dernière fois à Waterloo.

La grande émigration[modifier | modifier le code]

La « grande émigration » (Wielka Emigracja) désigne les départs de Polonais vers la France, le Royaume-Uni, les États-Unis, le Canada ou encore la Suisse, de 1831 jusqu'à 1870.

Cette émigration concerne principalement l'élite intellectuelle polonaise (hommes politiques, musiciens, scientifiques, écrivains, etc.). Ces personnes préfèrent fuir leur pays, partagé entre l'Empire russe, le royaume de Prusse et l'Empire d'Autriche, que de subir la domination étrangère. Les vagues de départs sont des conséquences des insurrections pro-indépendantistes polonaises appelées l'Insurrection de Novembre (1830-1831), la révolution polonaise de 1848 (lors du « Printemps des peuples ») et l'Insurrection de Janvier (1861-1864). Ces trois tentatives sont très durement réprimées notamment par les armées russes, répressions auxquelles se rajoute une politique de russification de la Pologne.

Premières migrations du travail[modifier | modifier le code]

Après la dépression économique de 1873-1896, la France connait une période de croissance, qualifiée a posteriori de « Belle Époque ». Mais elle manque de main-d'œuvre, notamment dans certains secteurs d'activité, à cause d'une natalité en baisse.

Dans le secteur agricole, des accords entre des organismes galiciens d'émigration et des sociétés d'agriculture française (tel la « Société des Agriculteurs de France », chargée du recrutement au nom des exploitants) permettent l'immigration d'ouvriers agricoles polonais, d'abord comme saisonniers puis embauchés à l'année. Entre 1908 et 1914, leur nombre est estimé à 10 000 personnes, répartis dans les départements agricoles français.

En parallèle, à partir de 1909, une première vague de mineurs polonais arrive en France. Il s'agit de spécialistes dans l'extraction du charbon, recrutés par les compagnies minières du Nord et du Pas-de-Calais (les compagnies de Vicoigne, de Nœux, de Drocourt, d'Aniche et d'Anzin) parmi les Polonais installés en grand nombre dans le bassin minier de la Ruhr en Allemagne (d'où leur surnom en France de « Westphaliens »). En 1912, il y a 2 000 Polonais dans le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, dont 620 employés dans les mines[1].

La Première Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Affiche de Władysław Benda pour le recrutement de volontaires polonais se trouvant aux États-Unis.

Au tout début de la Première Guerre mondiale, des réactions de xénophobie de la part des Français touchent les Polonais, car ils sont originaires de l'Empire allemand ou d'Autriche-Hongrie. Une partie des mineurs est évacuée, principalement vers les mines de la Loire et du Midi (tel que les bassins de Decazeville, de Saint-Étienne ou d'Alès), pour protéger cette main-d'œuvre bien formée de l'occupation et des combats. Dès août 1914, un « comité des volontaires polonais » est créé à Paris pour encourager les engagements des Polonais de France dans l'armée française. Ces engagés individuellement sont versés dans la Légion étrangère, d'abord dans les 2e et 3e régiments de marche du 1er RE.

Quelques bataillons de volontaires polonais sous commandement français sont créés au début de l'année 1917. À partir du [N 1], est organisée sur le sol français[N 2] par le général Louis Archinard (chef de la mission militaire franco-polonaise) une brigade polonaise, surnommée l'« armée bleue » (Błękitną Armią, à cause des uniformes bleu horizon), équipée par la France avec uniformes, armes et casques français, mais avec drapeaux, couvres-chefs et insignes distinctifs polonais. Les effectifs sont composés de Polonais d'Amérique, de France et du Royaume-Uni, mais aussi de déserteurs et de prisonniers originaires de l'est de l'Empire allemand ou de la Galicie autrichienne. La brigade est sous l'autorité française, l'organisation et le règlement sont français, mais les ordres sont donnés en polonais. Les unités polonaises sont engagées sur le front de Champagne à partir de juillet 1918. Le commandement de la brigade devenue division d'infanterie puis corps d'armée est finalement confié le au général Józef Haller (qui a déserté les rangs autrichiens), d'où le surnom d'« armée Haller ».

Le « Comité national polonais » (Komitet Narodowy Polski), d'abord installé dès 1914 en Russie puis à partir d'août 1917 à Lausanne, est reconnu par les Français comme le gouvernement provisoire polonais en exil à partir de septembre 1917 (auparavant les diplomates français voulaient ménager la Russie), d'où son installation à Paris.

De 1918 à 1945[modifier | modifier le code]

Le , le pouvoir est confié à Varsovie à Józef Piłsudski qui organise la République de Pologne (encore occupée par les Allemands), dont la souveraineté est confirmée par les clauses du traité de Versailles le (signé par Ignacy Paderewski au nom de la Pologne). L'État polonais est un allié de la République française et à ce titre est sollicité pour fournir à l'économie française la main-d'œuvre qui lui fait défaut, étant donné les pertes de la Première Guerre mondiale (1,7 million de Français morts et 4,2 millions blessés).

Côté polonais, l'émigration est une solution pour nombre d'ouvriers agricoles sans terres et pour les familles déplacées par la guerre, particulièrement vers la France car les États-Unis viennent de mettre en place des quotas par nationalités[N 3]. En conséquence, une convention franco-polonaise « relative à l'émigration et à l'immigration » est signée le [2].

Effectifs et localisations[modifier | modifier le code]

Le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais, la principale destination des immigrés polonais dans les années 1920.

Dans les années 1920, environ 700 000 Polonais immigrent vers la France suite au recrutement fait directement en Pologne par la « Mission française pour le Recrutement de la Main d’œuvre en Pologne », puis à partir de 1924 par la « Société Générale d’Immigration »[3]. Il s'agit principalement de paysans sans formation autre qu'agricole, auxquels se rajoutent des ouvriers formés en Allemagne. Les premiers arrivés sont les mineurs westphaliens qui dans les années 1890 avaient émigré en Allemagne dans les mines de charbon et qui après la Première Guerre mondiale sont embauchés par les industriels français du charbon, en raison de leur savoir-faire[4].

Entre les arrivants et ceux qui repartent après quelques années, l'effectif des Polonais résidant en France varie de 46 000 personnes en 1921 (0,1 % de la population totale française) à 309 000 en 1926 (0,7 %), 508 000 en 1931 (1,2 % ; soit un sixième des étrangers alors en France[5]) et 423 000 en 1936 (1 %)[6]. À ces chiffres se rajoutent les Polonais précédemment installés en Allemagne, notamment les familles de mineurs et de sidérurgistes venant de la Ruhr et de Haute-Silésie (appelées les Westphaliens et les Silésiens), recrutés pendant l'occupation militaire de la Rhénanie par les Français. Nombre d'entre eux seront dirigés vers le bassin minier du Nord-Pas-de-Calais ; 30 % des Polonais vivant en France, au début des années 1920, seront installés dans les environs de Béthune et Bruay-en-Artois, ce qui expliquera le grand « boom » entre 1921 et 1926 dans cette région passant d'environ 3 000 Polonais en 1921 à 90 000 en 1926.

Sur les 169 579 Polonais actifs recensés en 1926, 42 % travaillent dans les mines de charbon (Pas-de-Calais, Nord, Moselle, Loire et Haute-Saône[7]), de minerai de fer (Moselle et Meurthe-et-Moselle) et de potasse (Haut-Rhin), 17 % dans l’agriculture (Aube, Aisne, Oise, Seine-et-Marne et Saône-et-Loire), 12 % dans la métallurgie (Moselle et Meurthe-et-Moselle), 9 % dans l’industrie textile (Nord et Haut-Rhin), les autres dans la chimie, le bâtiment ou comme domestiques. En 1936, les 219 627 Polonais actifs travaillent à 30 % dans l'agriculture, 27 % dans les mines, 10 % dans le textile et 8 % dans la métallurgie[8].

Intégration sociale[modifier | modifier le code]

Edward Gierek, mineur à Ostricourt de 1926 à 1934, expulsé de France en 1934, devient le dirigeant de la Pologne dans les années 1970.

Ces Polonais s’intègrent très difficilement, d'abord parce qu'ils vivent la plupart du temps entre eux, isolés à la périphérie des villes dans des cité minières (coron), ouvrières ou des bidonvilles spécifiques avec leurs propres commerces et peu ou pas de rapports avec le reste de la population française. La langue est une autre barrière importante : d'une part, l'enseignement du polonais aux enfants se poursuit grâce à des enseignants recrutés en Pologne, d'autre part, les équipes de travailleurs polonais sont souvent regroupées dans l'usine ou la mine, encadrés par des contremaîtres ou porions polonais qui donnent leurs ordres dans leur langue. Enfin la pratique religieuse de la majorité des Polonais, qui sont des catholiques très pratiquants encadrés par leur mission nationale[N 4], contraste avec celle du monde ouvrier français, peu pratiquant voir antireligieux[9].

« Les Polonais travaillant aux mines, vivant en groupe, n’ont que peu ou pas de rapports avec nos ressortissants. Loin de les rechercher, ils s’efforcent de vivre uniquement entre eux, encouragés en cela par leurs ministres du culte et par leurs autorités consulaires elles-mêmes.
[…] Quelle est l’aptitude de l’immigrant polonais à s’assimiler ? La réponse est nette : aucune, quant au présent du moins ; j’ai dit plus haut que le Polonais ne recherchait pas la compagnie de l’ouvrier français. Cette observation se vérifie même durant les heures de travail. Au fond de la mine comme sur le carreau ou à l’atelier, un mur invisible les sépare. Un bref salut, et c'est tout. À l’issue de la journée, chacun s’en va de son côté. L’estaminet ne les rapproche même pas, non plus que le sport, les sociétés polonaises, nombreuses pourtant, n'organisent jamais de matches ou de rencontres avec les sociétés françaises. Et si, d'aventure, un Polonais épouse une Française ou vice versa, le jeune couple sera tenu discrètement à l'écart.
En ce qui concerne les enfants, il faut bien constater un phénomène identique. Les récréations ne les réunissent pas. Polonais et Français forment des jeux séparés, et notre langue elle-même, que les jeunes Polonais apprennent si facilement, est impuissante à opérer un rapprochement. »

— Rapport du préfet du Pas-de-Calais au ministère de l'Intérieur, 11 octobre 1929[10].

Le reste de la population française est plutôt indifférent à leur présence, mais dès qu'une difficulté économique survient la xénophobie et le nationalisme font surface, notamment lors de la Grande Dépression des années 1930 : les Polonais sont alors désignés comme des concurrents pour les travailleurs français, des personnes inassimilables en raison de leur langue, de leur religion ou de leurs habitudes de vie, ou encore des populations dangereuses dénoncées tour-à-tour comme délinquantes, alcooliques, communistes ou trop religieuses.

À partir de 1931, quand les effets de la crise de 1929 commencent à se faire sentir en France, le nombre de Polonais entrant en France décroit rapidement, passant de 55 000 à 86 000 arrivants en 1930[N 5] à 6/8 000 en 1932. En parallèle les rapatriements augmentent, passant de 10 500/8 400 en 1930 à 24 500/26 100 en 1931, puis 37 100/25 100 en 1932[11]. En 1935, des expulsions collectives sont organisées par le gouvernement français, par trains entiers vers la Pologne ; ces expulsions s'arrêtent à partir du printemps 1936 (avec l'arrivée au pouvoir du Front populaire).

Seconde Guerre mondiale[modifier | modifier le code]

Robert Witchitz, résistant FTP-MOI d'Ivry-sur-Seine (présent sur l'Affiche rouge), fusillé au Mont-Valérien en 1944.

Le au matin, l'armée allemande commence l'invasion de la Pologne, sans déclaration de guerre : la campagne de Pologne dure jusqu'au , date à laquelle le territoire polonais est partagé entre l'Allemagne et l'Union soviétique (comme prévu par le Pacte germano-soviétique).

La République française, au nom du traité d'assistance mutuelle signé avec la Pologne, déclare la guerre à l'Allemagne le . Les Polonais résidant en France ne sont d'abord pas concernés par les opérations de mobilisation (partielle à partir du 27 août, puis générale à partir du 1er septembre) de l'armée française, mais à partir du 15 octobre est procédé un recensement au nom du gouvernement polonais en exil : plusieurs unités polonaises sont ainsi mises sur pied sur le sol français au cours de la drôle de guerre, renforcées par les évadés de Pologne. Le gouvernement polonais est installé à Angers (il part au Royaume-Uni en juin 1940).

Ces unités polonaises combattent les troupes allemandes pendant la bataille de Narvik (avril 1940), la campagne de France (mai et juin 1940), à Tobrouk en Libye (1941), à Falaise en Normandie (août 1944) et à Arnhem aux Pays-Bas (septembre 1944). À ces unités se rajoute la participation à la résistance de plusieurs Polonais de France[12].

Pour les jeunes Polonais se trouvant en France (réfugiés et enfants d'immigrants), un établissement scolaire spécifique (programmes, cours, enseignants et examens sont polonais) est organisé : le lycée polonais Cyprian Norwid, à Paris (au 14, rue de Fleurus, puis dans l'annexe du lycée Fénelon au 13, rue Suger) avec 400 élèves inscrits à l'automne 1939. Début juin 1940, les élèves sont évacués vers les Pyrénées, sauf les terminales (liceum) qui passent leurs oraux de Matura (egzamin maturalny, l'équivalent du bac) avant d'être repliés sur Angers. En octobre 1940, le lycée polonais rouvre ses portes avec l'aide de la Croix-Rouge à Villard-de-Lans en zone libre, avec 125 élèves (Grenoble accueille à ce moment nombre de Polonais fuyant l'occupation du nord de la France). Les jeunes filles sont installées à Lans-en-Vercors à partir de 1942. En juillet 1944, plusieurs élèves et professeurs participent au maquis du Vercors. Le lycée est déménagé à Paris en juillet 1946[13].

Après 1945[modifier | modifier le code]

Population polonaise d'Ugitech en 1945 en costume traditionnel.

La guerre froide[modifier | modifier le code]

En 1944, l'armée soviétique libère le territoire polonais et met au pouvoir le PZPR (parti communiste polonais), quasiment parti unique à partir de 1948 ; en 1952 la République de Pologne devient la République populaire de Pologne. Comme la RPP est alliée avec l'Union soviétique au sein du Pacte de Varsovie (créé en 1955) et que la France fait partie de l'OTAN, les deux pays sont désormais ennemis. Mais l'affrontement est indirect, principalement sur le terrain de la propagande.

En conséquence, le nombre de résidents polonais en France se réduit rapidement, certains rentrant en Pologne, d'autres obtenant à leur demande la nationalité française ; un dernier cas de figure correspond à l'émigration pour des raisons politiques. Dans tous les cas, les relations entre les Polonais de France et ceux restés en Europe de l'Est s'interrompent pour toute la période de la guerre froide[14]. L'effectif passe de 423 470 Polonais en 1946 (24 % du total des étrangers en France) à 269 269 en 1954 (15 %), puis 177 181 en 1962 (8 %), 131 668 en 1968 (5 %), 93 655 en 1975 (2,7 %), 64 804 en 1982 (1,7 %) et 47 127 en 1990 (1,3 %)[15]. L'intégration, qui ne se faisait qu'assez marginalement pendant les années 1930, se généralise pour la deuxième et troisième générations (les baby-boomers et la génération X), d'autant plus systématique que tous ceux nés sur le territoire français obtiennent alors automatiquement la nationalité française (selon le principe du droit du sol).

Depuis 1989[modifier | modifier le code]

L'effondrement des régimes communistes du bloc de l'Est en 1989-1990 (Jaruzelski démissionne le ), la dissolution du pacte de Varsovie en 1991, la candidature de la Pologne à l'Union européenne en 1994 puis son adhésion le et enfin son entrée dans l'espace Schengen le [N 6] font évoluer le statut des ressortissants polonais en France.

Ces changements entraînent quelques réactions xénophobes, notamment lors des débats sur la Constitution européenne en 2005 puis sur la directive Bolkestein en 2006, avec le mythe du plombier polonais.

Au , le nombre de Polonais en France est estimé à 37 803 personnes, tandis que le nombre d'immigrés polonais en France est de 90 426 personnes[N 7]. Le flux de travailleurs saisonniers (essentiellement pour l'agriculture, notamment la récolte des fruits et légumes, dont les vendanges) est de 9 943 ressortissants polonais en 2006 et de 11 971 en 2007 : la Pologne est le premier (devant le Maroc) fournisseur de travailleurs saisonniers de la France[N 8]. Depuis le , les frontières françaises sont ouvertes aux travailleurs ressortissants des nouveaux États membres entrés dans l'Union européenne en 2004, tel que la Pologne.

Exemples de personnes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

Notes[modifier | modifier le code]

  1. Arrêté de création du 4 juin 1917 signé par le président Raymond Poincaré.
  2. Le centre de regroupement des troupes polonaises en France est le camp de Sillé-le-Guillaume, près du Mans. Source : Henry Cossira, « L'armée polonaise », sur http://www.greatwardifferent.com (dans L'Illustration, no 3893, 13 octobre 1917).
  3. Quota Emergency Act voté en 1921, puis Immigration Act en 1924.
  4. La messe est donnée en latin et en partie en polonais tandis que la confession est faite en polonais par un aumônier polonais sous l'autorité théorique du curé français, parfois dans une chapelle spécifique, qui peut être financée par l'employeur.
  5. La différence entre les deux données statistiques d'entrées et de rapatriements correspond à la différence entre les chiffres officiels français (plus réduits, mis en premier) et polonais (placés en second).
  6. La Pologne signe la convention de Schengen le , mais il n'est appliqué qu'à partir du pour les frontières terrestres et à partir du pour les frontières aériennes.
  7. Il y a une nuance de définition entre le nombre d'étrangers (lié à la nationalité) et celui d'immigrés (lié surtout au lieu de naissance) ; la différence correspond aux naturalisés. Pour les définitions, voir les « définitions d'immigré et d'étranger », sur http://www.insee.fr. Pour le nombre d'étrangers, voir « Nombre d'étrangers, recensement de la population 2006 en métropole et DOM », sur http://www.insee.fr ; pour le nombre d'immigrés, voir « Nombre d'immigrés, recensement 2006 », sur http://www.insee.fr.
  8. Depuis la loi sur l'immigration du , les travailleurs saisonniers sont titulaires d'une carte de séjour spécifique (avec mention « travailleur saisonnier ») de maximum trois ans renouvelable, obtenu s'ils ont un contrat de travail compris entre trois et six mois par an. En dessous de trois mois, ils doivent obtenir une autorisation provisoire de travail. Source : [PDF] « Rapport 2010 du SOPEMI pour la France, tableau des travailleurs saisonniers », sur http://www.immigration.gouv.fr (), p. 14.

Références[modifier | modifier le code]

  1. Janine Ponty, Polonais méconnus, Histoire des travailleurs immigrés en France dans l’entre-deux-guerres, Paris, Publications de la Sorbonne,‎ 1988, p. 7–29.
  2. (pl) P. Kraszewski, « Polsko-francuska konwencja emigracyjna z 3 wrzesnia 1919 roku », Przeglad Polonijny, Wroclaw – Varsovie – Cracovie – Gdansk, Wydawnictwo PAN – Zaklad narodowy im. Ossolinskich, no 2,‎ 1975, p. 103–110. Cité dans Janine Ponty, Polonais méconnus, op. cit., p. 45–50.
  3. « La difficile intégration des Polonais (1920) », sur http://www.histoire-immigration.fr.
  4. Yves Frey, Polonais d'Alsace : pratiques patronales et mineurs polonais dans le bassin potassique de Haute-Alsace, 1918-1948, Presses Universitaires de Franche-Comté,‎ 2003 (lire en ligne), p. 220.
  5. « Population selon la nationalité d'après les recensements 1921-2007 », sur http://www.insee.fr.
  6. « Annuaire 1966 statistique de la France, Population totale pour les principales nationalités de 1851 à 1936 », sur http://www.insee.fr.
  7. Jean-Philippe Thiriet 2001, p. 27
  8. Statistique générale de la France, Résultats des recensements quinquennaux. Cités dans Janine Ponty, Polonais méconnus, op. cit., p. 426.
  9. Gabriel Garçon, Les catholiques polonais en France (1919-1949),‎ avril 2003, thèse de doctorat de l'Université Lille III (lire en ligne).
  10. Janine Ponty, Polonais méconnus : histoire des travailleurs immigrés en France dans l'entre-deux-guerres, Paris, Publications de la Sorbonne,‎ 1988, 474 p. (ISBN 2-85944-155-7).
  11. Bulletin du ministère français du Travail et Annuaire statistique de la République de Pologne. Les chiffres sont publiés dans la thèse de Gabriel Garçon.
  12. « La résistance polonaise en France », sur http://www.beskid.com.
  13. « Lycée polonais Cyprian Norwid 1940-1946 », sur http://www.lycee-polonais.com.
  14. « Projet sur les familles séparées par l'histoire », sur http://www.rodziny.muzhp.pl.
  15. « Nombre d'étrangers selon la nationalité de 1946 à 1999 », sur http://www.insee.fr.

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Bronisław Geremek (dir.) et Marcin Frybes (dir.), Kaléidoscope franco-polonais, Paris, Éditions Noir sur blanc,‎ 2004, 288 p. (ISBN 2-88250-149-8, présentation en ligne).
  • Alain Girard et Jean Stoetzel (Institut national d'études démographiques), Français et immigrés : l'attitude française, l'adaptation des Italiens et des Polonais, Paris, PUF, coll. « Travaux et documents / INED »,‎ 1953, XVI+531 p. (notice BnF no FRBNF37443013).
  • Edmond Gogolewski, La protection des Polonais en France : problèmes d'intégration et d'assimilation, Villeneuve-d'Ascq, Université Charles-de-Gaulle,‎ 1999, 265 p. (ISBN 2-84467-005-9, présentation en ligne).
  • Agnieszka Jakuboszczak, Daniel Tollet, Marie-Louise Pelus-Kaplan et Maciej Serwański, Toute la France est polonaise ! la présence polonaise en France aux XIXe et XXe siècles : actes du colloque organisé à Paris en novembre 2004 dans le cadre de la saison polonaise en France « Nova Polska », Poznan et Paris, Wydawnictwo Poznańskie,‎ 2007, 292 p. (ISBN 978-83-7177-593-2).
  • Czeslaw Kaczmarek (abbé), L'émigration polonaise en France après la guerre, Paris, Berger-Levrault éditeurs, coll. « Publication de l'École des sciences sociales et politiques de Lille »,‎ 1928, XII+519 p. (notice BnF no FRBNF32295958).
  • Stéphane Marchand, L'affaire du plombier polonais : enquête sur le cauchemar social français, Paris, Fayard,‎ 2006 (ISBN 279 2-213-62713-4).
  • (en) (pl) Tadeusz Marszał, Atlas Polonii francuskiej : Atlas of Polish emigration in France, Łódź, Uniwersytet Łódzki,‎ 2001, 73 p. (ISBN 83-905373-6-2).
  • Janine Ponty, « Une intégration difficile : les Polonais en France dans le premier vingtième siècle », Vingtième Siècle, Revue d'histoire, no 7,‎ juillet-septembre 1985, p. 51-58 (lire en ligne).
  • Janine Ponty, Les Polonais du Nord ou La mémoire des corons, Paris, Éd. Autrement, coll. « Français d'ailleurs, peuple d'ici »,‎ 1995, 123 p. (ISBN 2-86260-530-1).
  • Janine Ponty, Polonais méconnus : Histoire des travailleurs immigrés en France dans l'entre-deux-guerres, Paris, Publications de la Sorbonne,‎ 1988, 476 p. (ISBN 2-85944-155-7, lire en ligne).
  • Janine Ponty, Les Polonais en France : de Louis XV à nos jours, Monaco, Éd. du Rocher, coll. « Gens d'ici et d'ailleurs »,‎ 2008, 200 p. (ISBN 978-2-268-06203-7, présentation en ligne).
  • Lydia Scher-Zembitska (Cité nationale de l'histoire de l'immigration), Les Polonais en France au XIXe siècle, Paris, la Documentation française, coll. « Le point sur l'immigration en France »,‎ 2009, 81 p. (ISBN 978-2-11-007894-0).
  • (pl) Wieslaw Śladkowski, Emigracja polska we Francji 1871-1918, Lublin, Wydawnictwo Lubelskie,‎ 1980, 573 p. (ISBN 83-222-0147-8).
  • (pl) Les problèmes de la répartition géographique de la population d'origine polonaise en France, Łodż, przestrzeni Uniwersytetu Łodzkiego,‎ 1985, 171 p. (ISBN 83-7016-106-5, présentation en ligne).
  • Jean-Philippe Thiriet, Les Polonais dans les houillères de Ronchamp, 1919-1939, Salins-les-Bains, Musées des techniques et cultures comtoises, coll. « Regard sur un passé » (no 1),‎ 2001, 77 p. (ISBN 2-911484-05-3) Ouvrage utilisé pour la rédaction de l'article.

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Articles connexes[modifier | modifier le code]