Gomorra (film)

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Gomorra

Réalisation Matteo Garrone
Scénario Matteo Garrone, Maurizio Braucci, Massimo Gaudioso, Roberto Saviano, Ugo Chiti, Gianni Di Gregorio
Acteurs principaux
Sociétés de production Fandango
Rai Cinema
Sky
Pays d’origine Drapeau de l'Italie Italie
Genre Drame
Sortie 2008
Durée 137 minutes

Pour plus de détails, voir Fiche technique et Distribution

Gomorra est un film italien réalisé par Matteo Garrone sorti en 2008.

Le film est tiré de l'œuvre de Roberto Saviano, Gomorra. Dans l'empire de la Camorra (Gomorra. Viaggio nell'impero economico e nel sogno di dominio della camorra)[1].

Le film a fait l'objet d'une adaptation télévisuelle, diffusée en Italie sur Sky Italia en mai 2014.

Synopsis[modifier | modifier le code]

Le film traite du crime organisé napolitain, « la Camorra », dans les quartiers à risques de Naples (Scampia, Secondigliano…). Il s'articule autour de six personnages pris à partie par la Camorra dans leur quotidien. Le film se découpe en cinq histoires distinctes dont les vies sont rythmées par le crime organisé.

Le film débute sur l'assassinat de mafieux se relaxant dans un salon de bronzage.

Don Ciro[modifier | modifier le code]

Don Ciro est un intermédiaire discret, qui distribue de l'argent aux familles des membres du clan emprisonnés. Au moment d'une livraison, il tombe dans un traquenard organisé par deux sécessionnistes en révolte contre leur ancien clan. Souhaitant sauver sa peau, il offre de trahir son clan au profit des sécessionnistes. Les sécessionnistes menacent sa famille et veulent être rétribués. Ciro les amène à l'endroit où il reçoit l'argent qui doit être redistribué. Les deux sécessionnistes débarquent sur place, ouvrent le feu, massacrent les personnes présentes et prennent l'argent.

Totò[modifier | modifier le code]

Totò est un garçon de treize ans, livreur pour l'épicerie familiale. Ce faisant, il est témoin d'une descente de police dans la cité et les dealers en s'enfuyant, se débarrassent d'un paquet plein de drogues et d'un pistolet. Il récupère les objets et les rend aux membres du gang. Ces derniers souhaitent l'intégrer à la bande. Son initiation implique qu'il se fasse tirer dessus tout en portant un gilet pare-balles. Ceci est assimilé à un test de courage. Peu de temps après, il est accepté dans le gang. Les familles dans le voisinage, qui sont perçues comme étant déloyales au gang, sont menacées et victimes de violence. Les adversaires du gang de Totò reçoivent aussi des menaces similaires.

Plus tard, durant une descente de son gang dans la rue, un des membres est abattu par un tueur en voiture. Le gang décide de se venger de la même manière en choisissant une femme, Maria, comme leur prochaine victime, parce que son fils Simone a rejoint le clan des sécessionnistes. Totò, qui était ami avec Simone avant la guerre entre les clans, et qui livrait des produits de l'épicerie à Maria, est forcé, malgré lui, de la leurrer pour que ses camarades l'abattent.

Roberto[modifier | modifier le code]

Roberto est diplômé pour travailler dans l'industrie du retraitement des déchets toxiques. Son patron Franco décharge illégalement des déchets toxiques dans des carrières abandonnées. Durant une opération, un bidon de produit chimique toxique se renverse accidentellement sur un chauffeur. Franco refuse d'appeler une ambulance, et quand les travailleurs refusent de décharger les déchets, Franco engage illico des enfants pour conduire les camions. Quand Roberto se rend compte par lui-même des effets des produits toxiques sur la santé de la population, il démissionne.

Pasquale[modifier | modifier le code]

Pasquale est un couturier pour la haute-couture qui travaille pour Iavarone, un directeur d'usine qui a des liens avec la Camorra. Pasquale décide de donner des cours du soir à des tailleurs chinois. Les chinois sont en compétition avec les usines contrôlées par la Camorra, et pour se rendre à ses cours, Pasquale doit se cacher dans le coffre de la voiture conduite par les chinois. Son secret est néanmoins découvert. Un jour, où il est raccompagné, deux tueurs à scooter ouvrent le feu sur la voiture. Le chauffeur meurt, mais lui survit. Il décide de tout quitter et devient camionneur. Un jour, alors qu'il se trouve à un point route, il voit une de ses robes portée par Scarlett Johansson lors d'un événement télévisé.

Marco et Piselli[modifier | modifier le code]

Marco et Piselli, deux jeunes apprentis-gangsters, veulent opérer un petit racket sur le territoire du clan local. Plein de fougue, portés par l'exubérance de la jeunesse et impressionnés par les portraits des gangsters des films hollywoodiens, il récitent des textes entiers de Scarface de Brian De Palma, se référençant à Tony Montana, Miami et aux Colombiens. Leur premier méfait est de s'emparer de la drogue durant une transaction avec des Africains. L'incident est rapporté aux camorristes locaux, qui les rencontrent, les sermonnent et les menacent de leur faire du mal si ces faits venaient à se répéter dans l'avenir. Ignorant la mise en garde, ils espionnent les camorristes et découvrent une de leurs caches d'armes. Ils s'emparent des quelques armes et s'exercent sur les berges d'une rivière. Un jour, à cours d'argent, ils braquent une salle de jeux vidéo. Ils dépensent l'argent dans un club de strip-tease, où les camorristes en colère les retrouvent et les menacent de les tuer s'ils ne ramènent pas les armes le jour suivant. Ils s'entêtent. Un des chefs camorristes décide alors d'élaborer une stratégie différente. Il les approche dans un bar et leur offre de venir travailler pour lui. Comme ils refusent, il leur offre 10 000 € s'ils rendent les armes et acceptent un contrat pour un meurtre. Ils acceptent l'offre, mais ils ne savent pas que c'est un piège. Arrivés sur place, ils sont abattus.

Le film se termine par une série de chiffres qui montrent les conséquences de l'action de la Camorra dans la région.

Fiche technique[modifier | modifier le code]

Distribution[modifier | modifier le code]

Bande originale[modifier | modifier le code]

  • Herculaneum, écrit par Robert del Naja et Neil Davidge, composé par Massive Attack Additional
  • Macchina 50, écrit par S. Viola and F. D’Alessio, composé par Rosario Miraggio
  • Esageratamente, écrit par F. Franzese, composé par Anthony
  • La nostra storia, écrit par R. Armani, composé par Raffaello
  • O’ schiavo e o’ re, écrit par Nino D’Angelo and C. Tortora, composé par Nino D’Angelo
  • Ma si vene stasera, écrit par G. Carluccio, composé par Alessio
  • Xiao chen gu shi, écrit par T. Tong and Z. Nu, composé par Teresa Teng
  • Brava gente, écrit par Nino D’Angelo and C. Tortora, composé par Nino D’Angelo
  • Must Pray, écrit et composé par Pieter Vercampt
  • Sadeness Part 1 (Violent Us Remix), composé par Enigma
  • I Feel the Love (Fratty and Stay Free Radio Mix), écrit par M. Fratty, L. Stay Free, S. Gambarelli and F. Panzanini, composé par Lovematic
  • Play My Music, écrit par A. Benassi, S. Carlson and I. Favretto, composé par Sandy Chambers
  • Un giorno d’amore, écrit par Daniele Stefani and G. Bousier, composé par Daniele Stefani
  • L’amica di mia moglie, écrit par E. Rossi and Tommy Riccio, composé par Tommy Riccio

Distinctions[modifier | modifier le code]

Récompenses[modifier | modifier le code]

Nominations[modifier | modifier le code]

Interview croisée Matteo Garrone/Roberto Saviano[modifier | modifier le code]

  • « Le film est quand même très différent du livre ?
  • Matteo Garrone : Saviano donnait une leçon magistrale d'économie politique sur la Camorra. Difficile de faire pareil avec un film. On ne voulait pas, comme lui, d'une enquête qui dénonce, qui donne des noms. […]
  • Roberto Saviano : Je suis obsédé par le business, les mécanismes économiques de la Camorra. Garrone, lui, est obnubilé par la violence, les voix, les odeurs, la saleté de cette organisation. On a deux regards très différents. Le film et le livre ne se super­posent pas, ils se complètent.[…] À l'origine, Matteo est un cinéaste assez esthétisant, mais, avec Gomorra, il a pris conscience de la valeur du témoignage, dans un livre ou avec un film. Moi, j'étais juste là pour m'assurer que le scénario ne partait pas dans une direction trop fantaisiste. […] Par ailleurs, je devais me cacher. Un ami, Maurizio Braucci, qui connaît très bien Naples, est venu me mimer chaque scène du scénario. J'ai appris comme ça que Matteo avait construit un grand mur, avec une couleur pour chaque personnage. »
  • « Des personnes qui ressemblent à des fauves…
  • M. G. : Avant de tourner, j'ai regardé des documents animaliers du National Geographic. J'ai conçu Gomorra comme un reportage sur des animaux vivant dans la jungle. Franco, l'entrepreneur qui enfouit les déchets, c'est un insecte qui sort de terre, qui n'arrête pas de la fouiller pour trouver des endroits où les faire disparaître. Don Ciro, le comptable, c'est à la fois un rat qui rase les murs et un oiseau apeuré qui n'ose pas respirer. Pasquale, le tailleur, c'est une fourmi travailleuse. Et ainsi de suite…
  • R. S. : La scène où les enfants conduisent les camions remplis de déchets toxiques ressemble à une scène de cirque. On a l'impression que Franco, l'entrepreneur, est un dresseur, qu'il dirige ces véhicules comme des fauves. Matteo a tourné dans une carrière qui, depuis, a été utilisée pour enfouir une partie des déchets de la ville de Naples. »
  • « Y a-t-il eu des pressions de la Camorra ?
  • M. G. : On n'a pas reçu d'intimidations. Ils ont juste voulu avoir des informations. La seule chose qu'ils nous ont demandée, c'est de ne pas tourner à Casal di Principe, la ville natale de Saviano, qui y a nommément dénoncé le clan des Schiavone. Dans le film, on ne donne pas de noms. On ne fait pas un film contre la Camorra, pour dénoncer le méchant, mais sur la Camorra, comment on y entre, comment fonctionnent certains mécanismes. […]
  • R. S. : Si Matteo était allé là-bas pour voler des images ­ cela se serait mal passé. Mais il a pris son temps. Il a frappé aux portes, il est allé manger avec les habitants. Il leur a expliqué qu'il leur donnerait du travail. Des liens se sont créés. C'est pourquoi les gens sur place ont voulu faire le film. Il n'était plus possible de l'empêcher. Du coup, chaque mafieux a envoyé sa fiancée, sa femme, pour faire de la figuration. Ils ont tous compris que le film raconterait leur réalité. »

Critiques[modifier | modifier le code]

  • « Un superbe polar (…) nerveux et filmé quelques fois comme un documentaire ultra-réaliste (…) Un cinéma généreux et, surtout, jamais ennuyeux. » Brazil
  • « Le début de Gomorra frappe pour ce qu'il tente (...) Gomorra frappe encore plus pour ce qu'il ne tente pas (…) Garrone s'en tient à l'image, à sa hauteur politique et esthétique. » Les Cahiers du cinéma
  • « Loin de tout discours surplombant, Matteo Garrone s'attache à raconter patiemment [le] parcours [des personnages], à filmer des situations, des gestes, des paroles, laissant l'espace du jugement au spectateur. » Les Inrockuptibles
  • « On peut s'en trouver frustré, Gomorra manque de contexte et de perspective politique. Mais le résultat dépasse largement la simple illustration. » Première

Autour du film[modifier | modifier le code]

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  • Certains acteurs sont des gens de la région napolitaine sans aucune référence professionnelle. Le 11 octobre 2008, Bernardino Terracciano, interprète de Zi Bernardino dans le film, a été arrêté dans le cadre d'une opération policière contre le clan des Casalesi. Le 5 janvier 2009, Giovanni Venosa, autre acteur de Gomorra, est lui aussi arrêté dans le cadre d'une enquête sur la collecte du pizzo. Salvatore Fabbricino, interprétant un des camorristes, est lui aussi arrêté pour avoir fait partie d'un commando qui a fait six morts auprès de ressortissants africains.
  • Le nom Camorra est utilisé par la police, les magistrats, les journalistes et les scénaristes. Le mot qu'utilisent les membres d'un clan pour le désigner est « Système ».
  • Le film est en majeure partie joué en dialecte napolitain.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Gallimard, Paris, 2007 (ISBN 978-2-07-078289-5).
  2. [1]

Liens externes[modifier | modifier le code]