La Jeune Fille à la perle

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La Jeune Fille à la perle
Image illustrative de l'article La Jeune Fille à la perle
La Jeune Fille à la perle (Meisje met de Parel)
Artiste Johannes Vermeer
Date vers 1665
Type Huile sur toile
Dimensions (H × L) 45 × 40 cm
Localisation Mauritshuis, La Haye (Drapeau des Pays-Bas Pays-Bas)

La Jeune Fille à la perle ou La Jeune Fille au turban (Meisje met de parel) est un tableau de Johannes Vermeer peint vers 1665, exposé au Mauritshuis de La Haye (huile sur toile, 45 × 40 cm). On l'appelle aussi la « Joconde du Nord ».

Description[modifier | modifier le code]

Vermeer a travaillé avec des éléments chromatiques simples ; quelques glacis du même pigment expriment les ombres. Le turban, mélange d'outremer et de blanc, est surmonté d'un tissu jaune éclatant ; la veste modelée avec un ocre plus clair fait ressortir le blanc du col qui se reflète dans la perle. L'art de la carnation tient dans un glacis mince, de couleur chair, sur un sous-modelage transparent. André Malraux soulignait la simplification magistrale qui en fait un « galet translucide ».

Reproduite dans tous les manuels et abrégés d'histoire de l'art, punaisée aux murs des quatre coins du monde, La Jeune Fille à la perle (à laquelle une récente restauration a redonné tout son éclat)[1] ne laisse pourtant pas d'intriguer et de fasciner. Elle fut achetée en 1881 pour une bouchée de pain, 2 florins et 30 centimes[2] seulement par le collectionneur Arnoldus Andries Des Tombes[3]. Celui-ci dut sa bonne affaire au piteux état de la toile, trouée au niveau de l'œil et de la pommette gauche. Il la lèguera à sa mort au musée Mauritshuis de La Haye.

Bientôt qualifié de « Joconde du Nord », ce visage à la troublante beauté n'a pas perdu une once de son mystère en trois siècles, et continue de susciter bien des interrogations. Loin d'être méticuleusement indiqués à la manière de Frans van Mieris de Oudere et d'autres portraitistes du temps, tels que Gabriel Metsu (1629-1667), Gérard Dou (1613-1675), Gerard ter Borch (1617-1681), Jan Steen (1625-1679), Pieter de Hooch (1629-1684), les traits de la figure ne sont pas nettement définis, accentuant d'autant sa beauté. Fondue avec la joue droite, l'arête du nez est invisible.

Vermeer, par cette audacieuse astuce, efface ainsi la frontière entre la réalité et l'image, le spectateur et le tableau. Omettant de marquer la ligne du nez, de sorte que notre regard prolonge la touche du peintre pour restituer les parties du visage qui n'y sont pas, il nous fait entrer dans la toile. On ignore encore aujourd'hui si la jeune fille représentée était une femme de Delft, la fille aînée de l'artiste ou une figure idéalisée[4].

Étude du tableau[modifier | modifier le code]

Une grâce intemporelle[modifier | modifier le code]

Miracle de légèreté et de sensualité, infiniment précieuse et fragile, les yeux brillants, les lèvres humides, incrustées de lumière : de cette figure émane un extraordinaire sentiment de vie.

Le peintre a su rendre avec tant de vérité l'effet de surprise marqué par la bouche entrouverte et saisir, mieux que n'aurait pu le faire un instantané photographique, le mouvement de la jeune fille se retournant et regardant le spectateur par-dessus son épaule, que l'on croit presque la sentir frémir et exhaler son souffle. Le vêtement de fantaisie dont la texture est indéterminée, le rayonnement et le modelé imprécis de la figure irradiant la lumière, tout en fait un visage hors du temps[4].

Bleu et jaune citron[modifier | modifier le code]

Sur le fond neutre et presque noir faisant ressortir le modelé du visage (procédé du peintre Caravage) éclatent les deux couleurs de prédilection de Vermeer : le bleu et le jaune citron dont l'étrange harmonie fera l'admiration de Van Gogh[5]. Posées par empâtements vigoureux d'un pinceau expressif et hardi, ces couleurs attestent la liberté et l'originalité de la facture du Maître de Delft contrastant avec le style précis et léché des peintres contemporains[4].

Un turban exotique[modifier | modifier le code]

Inclassable historiquement et stylistiquement, le turban renforce encore l'intemporalité du visage. Peut-être faisait-il partie des vêtements turcs trouvés chez Vermeer à sa mort. À moins qu'il ne soit un souvenir de L'Homme au turban rouge[6], autoportrait présumé de Jan van Eyck (1433), ou de L'Autoportrait en costume oriental[7] peint par Rembrandt trente ans plus tôt, en 1631. Recherché alors, mais peu courant dans les portraits, cet accessoire exotique a pu aussi lui être inspiré par une œuvre peinte à peu près au même moment, Le Jeune Homme au turban tenant un bouquet[8] de Michael Sweerts[4].

Perle de pureté[modifier | modifier le code]

Ornant les cous et les visages de toutes les femmes, la perle est l'un des motifs favoris de Vermeer. Symbole de chasteté et de pureté dans la tradition biblique, mais aussi attribut de l'artifice dans les Vanités, elle convenait à son goût de l'équivoque. Il sut jouer de ses significations contradictoires. De même que les yeux et les lèvres humectés de petits points blancs, elle sert aussi à accrocher la lumière. Véritable miroir dans le tableau, on voit s'y refléter une fenêtre et, comme l'a révélé la restauration, le col immaculé de la veste[4].

Mise en relation avec d'autres œuvres[modifier | modifier le code]

Le Jeune Homme au turban tenant un bouquet de Michael Sweerts, L'Autoportrait en costume oriental de Rembrandt, L’Homme au turban rouge de Jan van Eyck sont surement des tableaux dont Vermeer s'est inspiré pour le turban de la jeune fille.

Les traits du visages de le Joconde de Léonard de Vinci ne sont pas nettement définis tout comme ceux de le Jeune Fille à la Perle.

Historique de l'œuvre[modifier | modifier le code]

Signature de Vermeer

En général, on sait peu de choses du travail de Johannes Vermeer. Le tableau est signé "IVMeer", mais n'est pas daté.

Il est difficile de savoir qui est à l'origine de l'œuvre, ou pour qui ce travail a été réalisé. Dans tous les cas, il est admis que ce tableau diffère des autres que Vermeer a peints, particulièrement par rapport au fait que la fille du tableau regarde par-dessus son épaule et suggère que la personne qu'elle regardait n'était autre que le peintre lui-même[9].

Réception[modifier | modifier le code]

« Le Mauritshuis est un petit musée, ancien et tranquille, qui est un cadre parfait pour La Jeune fille au turban. Les jours d'hiver, il arrive qu'il n'y ait aucun visiteur dans la salle où elle est exposée. Au-dehors, les rues sont silencieuses; la lumière qui tombe du ciel bas est celle que Vermeer a connue. Au milieu de toutes les œuvres recherchées du XVIIe siècle qui l'entourent, la jeune fille émerge dans une tache de couleur claire et illumine la salle. »

— Hans Koning, écrivain et journaliste hollandais

Restauration[modifier | modifier le code]

Lors de la restauration de la peinture en 1994, le vieux vernis fut enlevé et remplacé par un nouveau, avec des couleurs plus éclatantes. Il a été également découvert un petit point de couleur sur le côté droit de la partie inférieure de la lèvre sous la lumière blanche[10].

Adaptations[modifier | modifier le code]

Tracy Chevalier lui a consacré son deuxième roman, qui retrace la vie imaginée du modèle du tableau et des circonstances qui ont entouré la réalisation de ce dernier.

En 2003, Peter Webber a réalisé une adaptation du roman de Tracy Chevalier. Un film avec Scarlett Johansson, jouant le rôle de la jeune fille Griet, et Colin Firth celui de Johannes Vermeer.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. (en) Peter Van Der Ploeg (Auteur), Epco Runia (Auteur), Vermeer: In The Mauritshuis, Editeur : Waanders (décembre 2008) (ISBN 9040090734)
  2. Magazine Néerlandais Vrij Nederland, du 26 février 1996, pp. 35-69
  3. Provenance : 1881 (1881) : acheté par Arnoldus Andries des Tombes (1818-1902) à une vente anonyme à Venduhuis der Notarissen, la Haye (vend la maison aux enchères), puis, en 1903, léguée à la Galerie de Peinture Royale Mauritshuis, la Haye, par Arnoldus Andries des Tombes
  4. a, b, c, d et e Introduction et texte de Stéphanie Dulout, page 28. Hors-serie n° 5, MUSEART. M3813. (rétrospective au Mauritshuis, du 1er mars au 2 juin 1996)
  5. Lettre adressée à Émile Bernard, par Van Gogh
  6. L’Homme au turban rouge, Autoportrait ? de Jan van Eyck (1433), National Gallery, Londres.
  7. Un Turc, de Rembrandt (1631), The National Gallery of Art, Washington, DC.
  8. Le Jeune Homme au turban tenant un bouquet, de Michael Sweerts (), Musée Thyssen-Bornemisz, Madrid (1655-1656)
  9. (en) La Jeune Fille à la perle - Site du musée Mauritshuis. Consulté le 15 juin 2009.
  10. (en) Stefanie Kobelt (Auteur), Jan Vermeer und die optische Wissenschaft, Editeur : Grin Verlag (février 2010) (ISBN 3640522540)

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Catalogues d'exposition[modifier | modifier le code]

  • 1966 : Dans la lumière de Vermeer, Paris, Musée de l'Orangerie, 24 septembre - 28 novembre 1966.
  • 1996 : Vermeer, Hors-série n° 5 de MUSEART, à l'occasion de la rétrospective Johannes Vermeer, Mauritshuis de mars-juin 1996. Document utilisé pour la rédaction de l’article

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Johannes Vermeer, livre-catalogue sous la direction de Arthur K. Wheelock Jr., éd. Flammarion, 234 p.
  • Pascal Bonafoux, Vermeer, Editions du Chêne (mars 2008).(ISBN 2842778472)
  • Cassegrain (Auteur), Le Chanu (Auteur), L'Abécédaire de Vermeer, Flammarion (janvier 1999).(ISBN 2080124676)
  • Walter A. Liedtke (Auteur), Marc Phéline (Traduction), Vermeer : Tout l'oeuvre peint, Editeur : Ludion (novembre 2008).(ISBN 9055447439)
  • Mariet Westermans, Le Siècle d'or de la Hollande, Editeur : Flammarion (novembre 1998).(ISBN 2080122819)
  • John Michael Montias, Le marché de l'art aux Pays-Bas, XVe-XVIIe siècles, Flammarion (1996).(ISBN 2080121472) Document utilisé pour la rédaction de l’article
  • Gilles Aillaud (Auteur), John Michael Montias (Auteur), Albert Blankert (Auteur), Vermeer, Editeur : Hazan, (octobre 2004).(ISBN 2850259594)

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

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