Guerre du Darfour

Un article de Wikipédia, l'encyclopédie libre.
(Redirigé depuis Guerre civile au Darfour)
Aller à : navigation, rechercher
Guerre du Darfour
Carte du Darfour
Carte du Darfour
Informations générales
Date depuis 2003
Lieu Darfour
Issue -
Belligérants
Flag of Sudan.svg MJE

Flag of Darfur.svg MLS

Drapeau du Soudan du Sud Soudan du Sud

Flag of the United Nations.svg Nations unies

Union africaine

Drapeau du Soudan Soudan

Flag of Chad.svg FUC

Commandants
Flag of Sudan.svg Khalil Ibrahim
Flag of Sudan.svg Ahmed Diraige
Flag of Darfur.svg Abdul Wahid Al-Nour (en)
Flag of Darfur.svg Minni Minnawi
Flag of South Sudan.svg John Garang
Flag of the United Nations.svg Martin Luther Agwai Flag of Sudan.svg Omar el-Béchir
Flag of Sudan.svg Moussa Hilal
Flag of Sudan.svg Ali Kosheib
Flag of Sudan.svg Ahmed Haroun
Flag of Chad.svg Mahamat Nour Abdelkerim
Forces en présence
inconnues 9 000 hommes inconnues
Batailles
Mellit · El Fasher

La guerre du Darfour est un conflit armé touchant depuis 2003 la région du Darfour, située dans l’ouest du Soudan. Les origines du conflit sont discutées[1]. Elles sont parfois supposées anciennes et dues aux tensions ethniques qui débouchent au premier conflit du Darfour de 1987[2]. Bien que le gouvernement soudanais affirme que le nombre de morts se situe aux environs de 10 000, trois pays, les États-Unis, Israël et le Canada, soupçonnent que ce conflit couvre un génocide ayant fait environ 300 000 morts et 2,7 millions de déplacés dont 230 000 réfugiés au Tchad[3],[4],[5]. La Commission d’enquête de l’Organisation des Nations unies (ONU) sur les violations des droits de l’homme perpétrées au Soudan parle de crimes contre l’humanité[6]. Constatant que la justice soudanaise ne peut ou ne veut rien faire pour y remédier, elle transmet le dossier à la Cour pénale internationale (CPI)[6].

Camp de réfugiés du Darfour.
Camps de réfugiés au Tchad (2005).

Les antécédents[modifier | modifier le code]

Le premier conflit du Darfour (1987-1989) a eu lieu en raison des tensions ethniques, entre les Fours et les Arabes. Dans cette guerre, le gouvernement central n'intervient presque pas.

Le deuxième conflit eut lieu entre 1996 et 1998. Cette fois, ce sont les Masalits qui se soulèvent contre les empiétements des Arabes.

Causes[modifier | modifier le code]

Carte des concessions pétrolières et gazières (2004) : Les concessions du Darfour sont attribuées aux chinois

Les raisons du conflit sont multiples et liées entre elles :

  1. Une origine climatique et environnementale[7] : un phénomène de sécheresse dans tout le Sahel, qui s'amplifie et de désertification qui a commencé depuis les années 1970[8],[9],[10].
  2. Une explosion démographique, la population a doublé en 20 ans[11].
  3. Une compétition pour l'espace géographique.
  4. Des ethnies différentes, aux répartitions imbriquées. La guerre de 2003 opposait au départ les Zaghawas aux Arabes pro-gouvernementaux pour ensuite s'étendre aux autres ethnies.
  5. Les guerres du Tchad (1960-1990) et qui impliquaient les Zaghawas[réf. nécessaire] (ethnie étendue du Tchad au Soudan) ont une conséquence directe sur le conflit.
  6. La découverte de ressources pétrolières qui suscitent les convoitises de grandes puissances, en particulier de la Chine.
  7. Un pays vaste et mal unifié, le Soudan. Le pouvoir central néglige les peuples de la périphérie qui se révoltent. Il contrôle les conflits locaux afin de satisfaire certains de leurs intérêts[10].

Le Darfour est une région du Sahel qui se trouve à l'ouest du Soudan : 5 à 6,1 millions de personnes y vivent ; la région a un très faible niveau de développement : seulement un tiers des filles (pour 44,5 % des garçons) vont à l'école primaire.

La découverte du pétrole dans cette région a suscité les convoitises. Si le conflit a largement été décrit en termes ethniques et politiques, il s'agit aussi d'une lutte pour les ressources pétrolières situées au sud et à l'ouest.

Quatre peuples principaux sont installés au Darfour : les Fours, qui ont donné leur nom au Darfour, qui signifie en arabe la maison de Four, les Masalits, les Zaghawas et les Arabes[12]. Jusqu'à présent, le passage de chameliers arabes dans le Sud était demeuré sans incidents.

Pendant l'hiver 2002-2003, l’opposition au président soudanais Omar el-Béchir fait entendre sa voix. Au Darfour, des attaques antigouvernementales ont lieu en janvier et sont revendiquées par la SLA. En représailles, Khartoum laisse agir les milices arabes (les Janjawids dirigés par Choukratalla, ancien officier de l'armée soudanaise) dans tout le Darfour. Les armées soudanaises bombardent les villages du Darfour. Les populations sont victimes de bandes armées. Des observateurs humanitaires et diplomatiques accusent le gouvernement d'avoir armé et payé les Janjawids[13].

Les forces en présence au début du conflit[modifier | modifier le code]

Un poste de santé attaqué par des milices janjaouids

Les forces en présence sont :

  • Les Janjawid, des milices désignées comme arabes recrutées parmi les tribus Abbala. Le gouvernement soudanais nie fournir une aide aux miliciens. Néanmoins Moussa Hilal, l'un des chefs des miliciens Janjawids a été nommé en janvier 2008 conseiller du ministère des Affaires fédérales soudanaises[14]. Selon Amnesty International, la Chine[15] et la Russie fourniraient au gouvernement soudanais des armes et des appareils militaires, malgré un embargo de l'ONU[16].
  • Les forces de sécurité soudanaises
  • Les forces d'interposition : environ 7 000 soldats de l'Union africaine (UA) ont été déployés dans la région dans le cadre de la mission AMIS pour protéger les civils. Leurs actions ont été considérées comme inefficaces[17]. La création de la Mission conjointe des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (MINUAD, UNAMID en anglais) a été décidé en juillet 2007 pour renforcer les effectifs des forces d'interposition. Le gouvernement de Khartoum a autorisé les casques bleus envoyés par l'ONU à entrer sur son territoire, pour renforcer la mission de l'Union africaine[18], des casques bleus de la mission MINUS sont déjà présents au Sud Soudan. Des tirs de l'armée soudanaise contre un convoi de la MINUAD en janvier 2008 ont engendré des tensions. Les forces soudanaises ont été accusées par les États-Unis et la Grande-Bretagne de chercher à bloquer la MINUAD[19].

Opinions et analyse des intérêts géopolitiques[modifier | modifier le code]

Sur le plan international, les États-Unis qualifient l'action des Janjawids de génocide[20] et exigent des sanctions commerciales internationales contre le Soudan et parlent même d’une intervention militaire alors que l'Europe cherche une solution diplomatique. La France juge très préoccupante l’extension du conflit soudanais aux pays voisins où elle maintient une assistance militaire, principalement au Tchad et en République centrafricaine. La Chine, principal exploitant industriel du pétrole soudanais, menace d'user de son droit de veto au Conseil de sécurité des Nations unies, pour bloquer des sanctions[13].

Selon Jan Pronk, la raison qui pousse le gouvernement soudanais à ne pas céder aux pressions de l'ONU, et donc à entretenir la crise est assez simple : empêcher la « montée en puissance de l’opposition intérieure », et éviter « le danger de perdre le pouvoir »[17].

Un conflit ethnique et économique[modifier | modifier le code]

Le conflit est présenté comme opposant[11] :

Voir l'infographie du Monde sur le partage des terres au Darfour entre les ethnies.

Un spécialiste du Soudan au CNRS, Marc Lavergne, considère que le conflit ne serait pas racial[22] mais que le problème majeur de ce pays vient de gouvernements médiocres qui se sont succédé depuis l’indépendance. Ceux-là même qui ont ignoré les provinces périphériques de la capitale, dont le Darfour, et qui instrumentalisent aujourd’hui des miliciens à des fins économiques[23]. Pour l'universitaire Bernard Lugan, le conflit est ancien et a pour principal caractère l'ethnie. Les raisons économiques ne sont qu'un facteur aggravant et non déclencheur[24].

Par ailleurs, selon Gérard Prunier, chercheur au CNRS et spécialiste de l'Afrique de l'Est, interrogé par le Monde diplomatique, la cause du conflit au Darfour est « racioculturelle ». Selon cet auteur, « les Arabes sont minoritaires au Soudan. Et les islamistes ne sont que l’ultime incarnation historique de leur domination ethnorégionale. Or la paix entre le Nord et le Sud est en train de se déliter rapidement. […] Il faut donc manipuler le tracé frontalier Nord-Sud qui place la plus grande part du pétrole au Sud (c’est en cours), se préparer à la reprise éventuelle des hostilités (on achète des armes), ancrer de solides alliances internationales (la Chine est acquise et l’Iran en cours de séduction) et conserver la maîtrise du territoire en créant un cordon sanitaire ethnorégional : les monts Nouba au Kordofan et le Darfour en feraient partie. Or si les tribus noubas ont été écrasées militairement entre 1992 et 2002, le Darfour paraît beaucoup plus menaçant. Les hiérarques arabes de Khartoum veulent éviter à tout prix une brèche par laquelle les Noirs de l’Ouest s’allieraient demain avec un Sud négro-africain indépendant… et pétrolier ! »[25].

Conséquences humaines et sanitaires[modifier | modifier le code]

Les populations civiles, enfants y compris, subissent les attaques de janjawids. L'ONU parle de crime contre l'humanité, les États-Unis parlent de génocide.

Le décompte des victimes[modifier | modifier le code]

  • Selon le ministère des Affaires étrangères français : « probablement plus de 300 000 morts » (juillet 2008)[26]
  • L'ONU estime « que quelque 300 000 personnes sont mortes lors de ces combats, mais aussi en raison des attaques contre des villages et des politiques de terre brûlée  »[3] (2008)
  • Médecins sans frontières estime qu'il y a eu 131 000 décès entre 2003 et juin 2005, dont les trois quart de maladies et famine[27]. Le conflit aurait « baissé d'intensité », avec actuellement 200 morts par mois[28].

Tous ces décomptes comptabilisent les morts indirectes dues aux maladies, malnutrition et autres problèmes causés par les déplacements de population.

Villages détruits (août 2004)
Une cabane dans un camp de déplacés au Darfour

Au mois de juillet 2004, le congrès des États-Unis vote à l’unanimité une résolution pour qualifier de génocide la guerre civile au Darfour. Se référant à une enquête faite pendant l’été 2004 dans dix-neuf camps de réfugiés soudanais au Tchad, le secrétaire d’État américain Colin Powell qualifie les événements du Darfour de génocide en septembre 2004. Satisfaits de cette reconnaissance, les rebelles réclament une intervention directe de la communauté internationale.

Les populations déplacées[modifier | modifier le code]

Les destructions, les villages rasés, la politique de terre brûlée (attaque et vol du bétail, champs incendiés) forcent les populations à partir.

  • 12 camps de réfugiés au Tchad
  • Des dizaines de camps de déplacés
    • Gereida (128 000 déplacés),
    • Zalingeï (95 000 déplacés),
    • Kalma (91 000 déplacés),
    • El-Geneïna

À Riyad (20 000 déplacés), les réfugiés sont essentiellement des femmes et des enfants. Les ONG, le Programme alimentaire mondial et le Haut Commissariat des Nations unies pour les réfugiés se plaignent du manque de sécurité qui gêne leur travail. Plusieurs travailleurs humanitaires soudanais auraient été enlevés.

Plusieurs miliciens janjawids ont été condamnés par la justice locale à la peine de mort[29].

Poursuites judiciaires[modifier | modifier le code]

En mai 2007, la Cour pénale internationale a lancé deux mandats d’arrêts internationaux contre 2 soudanais accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité : Ahmed Haroun, ancien ministre de l'Intérieur, et Ali Kosheib, l’un des principaux chefs des milices janjawids[30],[31].

En décembre 2007, le procureur de la Cour pénale internationale a dénoncé le manque de coopération du Soudan et demandé au Conseil de sécurité d'adresser un message ferme et unanime aux autorités soudanaises pour leur demander d'exécuter les mandats d'arrêt[32]. Luis Moreno-Ocampo a déclaré qu'il faut «briser le système criminel » mis en place au Soudan, car « les vies des 2,5 millions de personnes [déplacées] sont à la clef ».

En effet, malgré son inculpation, Ahmed Haroun a conservé son poste de ministre d’État chargé des affaires humanitaires. De plus il a été nommé membre du Groupe national chargé du mécanisme de surveillance de la force hybride ONU-Union africaine pour le Darfour (MINUAD). Le procureur de la CPI a dit : « Le Gouvernement du Soudan défie de manière répétée l’autorité du Conseil de sécurité»[33].

Le 14 juillet 2008, le procureur de la Cour pénale internationale a demandé aux juges de la CPI d'émettre un mandat d'arrêt à charge d'Omar el-Béchir parce qu'il aurait commis des crimes de génocide, des crimes contre l’humanité et des crimes de guerre au Darfour[34].

Le 4 mars 2009, la CPI a émis un mandat d'arrêt contre le président soudanais, Omar el-Béchir. Ce dernier est accusé de crime de guerre et crime contre l'humanité dans le cadre de la guerre civile au Darfour[35].

Attitude internationale[modifier | modifier le code]

Un Iliouchine Il-76 Candid affrété par l'USAID pour transporter de l'aide humanitaire sur l'aéroport Nyala au Soudan
Aéroport de Kigali au Rwanda des policiers ougandais ayant participé pendant un an à la mission de l'Union africaine au Darfour montent à bord d'un C-130 du Botswana.

L'ancien chef de la guérilla du Sud du Soudan John Garang trouvait que l’attitude de la communauté internationale manquait de volonté et était parfois ambiguë.[réf. nécessaire]

L’Europe[modifier | modifier le code]

Longtemps soupçonnée de complaisance envers le Soudan, la France est aujourd'hui en conflit larvé avec le gouvernement de Khartoum, en raison de l'aide militaire qu'elle apporte aux gouvernements du Tchad et de la Centrafrique, en butte aux incursions de forces rebelles dont des bases de repli se situent en territoire soudanais.

Tony Blair a déclaré être contre toute intervention militaire au Darfour. Mais il soutient l'embargo commercial mis en place par les États-Unis[36].

Le 25 juin 2007, le nouveau président élu de la République française Nicolas Sarkozy organise à Paris une conférence internationale sur le Darfour réunissant les grandes puissances et les organisations internationales concernées[37],[38].

Les États-Unis[modifier | modifier le code]

Les États-Unis ont décrété un embargo sur la vente d'armes au Soudan et contre certaines compagnies pétrolières est-africaines. George W. Bush désire faire passer au Conseil de sécurité des Nations unies une résolution pour obtenir des mesures multilatérales[39],[36].

La Chine[modifier | modifier le code]

Dans les affaires internationales, la Chine applique au Soudan les principes de sa politique étrangère générale[40],[41] à savoir ne pas s'ingérer dans les prises de décision d'un gouvernement étranger souverain. Pour elle, la crise du Darfour doit être réglée par les Soudanais eux-mêmes et non sous pression étrangère. Elle est accusée par Amnesty International[39] de faire partie des vendeurs d'armes au Soudan depuis quelques années, ce qu'elle nie[42] et achète 65 % de la production pétrolière soudanaise. Selon le député canadien Maurice Vellacott, « la plupart des armes utilisées pour tuer, violer, piller et le reste sont fabriquées au Soudan dans des usines chinoises ». Vellacott critique aussi les utilisations répétées du droit de veto dont la République populaire de Chine et la Russie ont fait usage concernant des résolutions du Conseil de sécurité des Nations Unies contraignant le Soudan à arrêter les exactions des milices djandjawids au Darfour[43]. Un rapport d'Amnesty International accuse Pékin d'avoir envoyé plus de deux cents camions de transports militaires chinois au Soudan en août 2005[39]. La Chine s’oppose aux sanctions commerciales. Ainsi, lors de la conférence de Paris du 25 juin 2007, le vice-ministre des Affaires étrangères chinois Liu Guijin déclare : « La communauté internationale doit s’efforcer d’envoyer un signal positif et équilibré : il ne faut pas, pour un oui ou pour un non, menacer et faire pression sur le gouvernement du Soudan »[44].

Les pays africains[modifier | modifier le code]

L'Union africaine s'engage activement dans la résolution du conflit du Darfour. Elle bénéficie notamment de l'appui de l'OTAN, de l'Union européenne, des États-Unis et du Canada. À ce jour près de 7 000 soldats africains ont été déployés sur le terrain. C'est la première mission de maintien de la paix gérée par une institution africaine. En dépit de tous les efforts fournis, la mission manque de ressources financières. Si l'insuffisance n'est pas comblée, la réussite de ce véritable exploit africain pourrait en être mise à mal.

Les ONG[modifier | modifier le code]

Certaines ONG présentes au Darfour critiquent le manque d'intérêt de l’ONU et de l’Union européenne. Les diplomates internationaux se succèdent pour demander à Omar el-Béchir d’aider les réfugiés. Des collectifs de citoyens se sont créés dans plusieurs pays occidentaux pour alerter l'opinion sur l'urgence de cette situation, dont ils rappellent les analogies avec la démission internationale pendant le génocide au Rwanda.

Soixante dix neuf ONG[45] opèrent encore dans cette région[15]. La Croix-Rouge française demande l'ouverture de corridors humanitaires au Darfour car l'accès aux victimes est le principal problème rencontré par les ONG.

La pression des ONG françaises, dont beaucoup sont rassemblées par le CRID dans sa campagne « État d'urgence planétaire », ont amené plusieurs candidats aux présidentielles françaises de 2007 à évoquer ce problème.

George Clooney et son implication[modifier | modifier le code]

Courant 2005, l'acteur américain George Clooney s'est mobilisé pour le Darfour. Sous son impulsion, un épisode spécial de la série Urgences a été diffusé le 4 mai 2006 par NBC pour sensibiliser l'opinion américaine au conflit. La diffusion de cet épisode de quarante minutes a quadruplé en un soir le temps d'antenne consacré au Darfour en 2006 par les trois grands journaux du soir des chaînes nationales américaines NBC, ABC et CBS. L'acteur américain a, de plus, produit le documentaire Le sable et la douleur, qui suivait des activistes des droits de l'homme dans les camps de réfugiés à la frontière du Soudan et du Tchad. Pour tout cela, il a été nommé par l'ONU Messager de la paix le 18 janvier 2008[46].

Il a, pour finir, créé une association avec les acteurs américains Brad Pitt, Matt Damon, Don Cheadle et Jerry Weintraub, dans le but d'attirer l'attention sur la guerre civile du Darfour et de faire réagir les gens pour aider les populations dévastées. Cette association s'appelle Not On Our Watch, dont le site internet est http://www.notonourwatchproject.org

Critiques sur la mobilisation internationale[modifier | modifier le code]

  • Gabriel Trujillo, responsable adjoint des programmes de Médecins sans frontières dans l'ouest Darfour, a dénoncé en mars 2007 les risques d'une intervention militaire au Soudan et craint que « la cause du Darfour ne soit finalement qu'un faire-valoir dans la campagne présidentielle »[47]. Le président de MSF a aussi pris position dans une tribune parue dans le journal Libération[48].

Chronologie des principaux événements[modifier | modifier le code]

  • En 1972, le Sud-Soudan obtient un statut d'autonomie à l'issue d'une première guerre qui aurait fait environ cinq cent mille morts en dix-sept ans.
  • En 1983, le Sud-Soudan se révolte à nouveau à la suite de la suppression du statut d'autonomie. En fait, l'enjeu est dans les importants gisements de pétrole qui viennent d'être découverts. Cette seconde guerre va causer près de 2 millions de morts.
  • En 1989, une junte militaire dirigée par le général Omar el-Béchir s'empare du pouvoir à Khartoum, alors que ceux-ci n'avaient recueilli que 10 % des voix aux élections.

2003[modifier | modifier le code]

  • Le 10 février 2003, les rebelles du ASL/MSL et du MJE, attaquent et occupent Gulu, ville du Nord-Darfour, et revendiquent une meilleure répartition des ressources et des richesses. C'est le début de la nouvelle guerre civile avec massacres et destructions de villages. Le gouvernement de Khartoum arme les nomades arabisés contre les cultivateurs noirs en exploitant les dissensions sur le contrôle des terres mais également le racisme antinoir.
  • Le 25 avril 2003, les rebelles attaquent el Fasher, la capitale régionale : 70 soldats sont tués.
  • En septembre 2003, un premier bilan des massacres fait état de plusieurs dizaines de milliers de morts.

2004[modifier | modifier le code]

Une mère et son enfant malade au camp d'Abu Shouk dans le Nord Darfour, en 2004
  • Le 8 avril 2004 un cessez-le-feu, signé à Ndjamena, est décrété, mais il n'est pas respecté et les violences se poursuivent.
  • En mai 2004, selon le journal allemand Die Welt, la Syrie aurait testé des armes chimiques au Darfour ; des officiers syriens ont rencontré des représentants du gouvernement soudanais dans la banlieue de Khartoum. La délégation syrienne aurait notamment « offert une coopération étroite dans le domaine de la guerre chimique ». De son côté, Khartoum aurait « conseillé de tester des armes chimiques sur la population » du Darfour. Le Conseil de sécurité de l'ONU s'inquiète de la situation.
  • Le 3 juillet 2004, lors de la venue à Khartoum du secrétaire général de l'ONU, Kofi Annan, les autorités soudanaises se sont engagées à désarmer les milices janjawids (milices arabes) qui sont accusées de viols, de meurtres et de pillages dans les villages du Darfour. Les Nations unies estiment depuis que peu de progrès avaient été enregistrés. « Je regrette de devoir dire que des attaques de milices djandjaouids continuent d'avoir lieu », déplorait le 21 juillet 2004, Kofi Annan.
  • Le 23 juillet 2004, l'ONU estime à 30 000 le nombre de personnes tuées en quinze mois et, plus d'un million ont été déplacées par les combats. Près de 200 000 d'entre eux se sont massés dans des camps aux conditions de vie précaires de l’autre côté de la frontière tchadienne.
  • À partir du 23 août 2004, des discussions avec les milices ont été engagées. Organisées par l’Union africaine, elles ont pour but de désarmer les milices et de garantir la sécurité des populations locales.
  • En septembre 2004, le gouvernement américain dénonce un génocide.
  • Le 18 septembre 2004, Le Conseil de sécurité de l'ONU adopte une résolution sur le Darfour[51]. Le texte menace le Soudan de sanctions pétrolières s'il ne remplit pas l'engagement de restaurer la sécurité au Darfour et ne coopère pas dans ce but avec l'Union africaine. Le ministre des Affaires étrangères soudanais, Moustafa Osman Ismaïl, fait savoir qu'il rejette ce nouveau projet de résolution.

2005[modifier | modifier le code]

  • À la fin du mois de janvier 2005, un bombardement fait une centaine de morts et de blessés à Changil Tobaya au nord du Darfour. L'ONU rend l'armée de l'air soudanaise responsable de ce massacre.
  • Le 31 janvier 2005, la commission d'enquête internationale sur le Soudan de l'ONU publie un rapport qui conclut que les exactions perpétrées au Darfour constituent bien « des crimes contre l'humanité », mais pas un génocide.
  • La résolution 1591[52] étend l'embargo au matériel militaire à destination de tout « belligérant » au Darfour. C'est cette résolution qui est violée par la Chine et la Russie.[réf. nécessaire]
  • Le 31 mars 2005, le Conseil de sécurité de l'ONU a adopté la résolution no 1593[53] sur la question du Darfour. Elle renvoie la situation à la Cour pénale internationale pour que celle-ci engage des poursuites à l'encontre des responsables des crimes commis.
  • En juillet 2005, l'arrivée du leader sudiste John Garang au poste de vice-premier ministre, en applications des accords de paix, est saluée par d'importantes acclamations dans les rues de Khartoum. Il meurt dans un accident d'hélicoptère le 31 juillet 2005.

2006[modifier | modifier le code]

  • Le 15 mars 2006, le représentant spécial du Secrétaire général de l’ONU au Soudan, Jan Pronk, déclare que la situation au Darfour « est sombre alors que des combats ont lieu tous les jours ». Selon lui, « des miliciens montés sur des chameaux lancent des attaques contre les villages dans le sud du Darfour, ce qui a provoqué la mort de quelque 400 personnes depuis février ».
25 juillet 2006, George W. Bush reçoit le chef des SLA, Minni Minnawi
  • Le 31 août 2006 Le conseil de sécurité adopte la résolution 1706[54] pour prendre la relève de l'Union Africaine. Le gouvernement soudanais rejette la proposition (même si en pratique son application ne nécessite pas l'accord du gouvernement). À la faveur de cette résolution, le contingent des Casques bleus au Darfour sera rehaussé pour atteindre un effectif global de quelque 17 300 hommes, décision contestée par le Soudan[55].
  • En août 2006, l'ONU vote le déploiement de 20 600 Casques bleus sur le territoire même du Darfour, mais le gouvernement soudanais refuse.

En France, l'organisation Sauver Le Darfour interpelle par voie d'affiches les candidats à la l'élection présidentielle française de 2007 et en particulier Nicolas Sarkozy et Ségolène Royal sur ce qu'ils comptent faire pour le Darfour s'ils sont élus.

  • Le 17 septembre 2006, la journée Mondiale pour le Darfour a vu s'organiser en divers points du globe des manifestations en faveur des populations de la région ouest soudanaise. Cette mobilisation d'envergure internationale avait pour objectif celui de la sensibilisation de l'opinion publique mondiale.
  • Octobre/novembre 2006 : La crise du Darfour s'étend au Tchad voisin et à la Centrafrique. Des cas d'attaques récurrentes dans les camps de réfugiés au Tchad sont rapportés. Les mêmes modes opératoires que ceux observés au Darfour sont employés par les milices armées. Viols de femmes et exactions commises sans distinction, notamment sur des enfants, sont à déplorer chaque semaine.
  • En décembre 2006, au moment de son départ des Nations unies, Kofi Annan déclara : « Soixante ans après la libération des camps de la mort nazis, trente ans après le Cambodge, la promesse du "jamais plus" sonne creux. Ils pourront avoir à répondre collectivement et individuellement pour ce qui est en train de se passer au Darfour. »[56]. Selon l'association Sauver Le Darfour, cette guerre aurait provoqué une épuration ethnique qui a causé plus de trois cent mille morts et plus de trois millions de personnes déplacées.

2007[modifier | modifier le code]

  • Avril 2007 : un rapport de l'ONU[57], provisoire et non officiel, qui a été publié par le site du New York Times[58] et par celui du Sudantribune, dit que l'armée gouvernementale viole l'embargo (résolution 1591), et camoufle des avions en blanc avec le sigle de l’ONU « UN ».
  • Mai 2007 :
    • La Cour pénale internationale a lancé deux mandats d’arrêts internationaux contre 2 soudanais, accusés de crimes de guerre et de crimes contre l'humanité :
      • Ahmed Haroun[30], l'ancien responsable soudanais de la sécurité au Darfour, et actuel secrétaire d'État aux affaires humanitaires[59],
      • Ali Kosheib[31], l’un des principaux chefs des milices janjawids.
    • la Chine concède à participer à l'effort de paix par une aide technique.
    • Amnesty International publie un rapport accusant la Chine et la Russie de fournir du matériel au gouvernement soudanais malgré l'embargo. L'ONG publie des photos d'aéronefs soudanais de fabrication chinoise au Darfour.
  • Juin 2007 :
    • Le 17 juin, le gouvernement français a décidé de mettre en place un pont aérien humanitaire entre Abéché et l'Est du Tchad, afin de porter assistance aux réfugiés et déplacés du Darfour[60].
  • Juillet 2007 :
    • Le 31 juillet, le Conseil de sécurité des Nations unies a unanimement adopté une résolution autorisant le déploiement au Darfour d'une force militaire pour assurer la sécurité des populations et garantir les accords de paix[61]. Cette Mission conjointe des Nations unies et de l'Union africaine au Darfour (MINUAD) augmentera ses effectifs à 30 600 environ (militaires essentiellement).
  • Le 27 octobre 2007, des négociations organisées par l'ONU s'ouvrent à Syrte, en Libye, entre les protagonistes du conflit[62].

2008[modifier | modifier le code]

Le 20 mars 2008, un rapport de l'ONU déplore des attaques menées par l'armée soudanaise et des milices qui ont fait en janvier et février « 115 victimes et provoqué le déplacement d'environ 30 000 personnes. »[63]

En mai 2008, les rebelles du MJE lancent une attaque qui est stoppée à Ondurman aux portes de Khartoum.

À la fin de l'année 2008, la MINUAD a perdu 21 membres de son personnel pendant cette première année d'opération. Selon Alain Le Roy[64], Secrétaire général adjoint des Nations unies aux opérations de maintien de la paix, la situation ne s'est pas améliorée: plusieurs millions de personnes survivaient encore dans des camps et étaient dépendantes de l'aide humanitaire, et rien que ces derniers mois, 100 000 personnes supplémentaires ont été déplacés. De plus, les bombardements aériens par l'aviation gouvernementale se poursuivent, malgré un cessez-le-feu.

Un an après le début de la mise en place de la MINUAD, 63 % du personnel est déployé soit 12 374 soldats sur 19 555[3].

Rien que pour 2008, l'ONU a compté 315 000 nouveaux déplacés au Darfour ou dans l'est du Tchad[3].

2009[modifier | modifier le code]

Le gouvernement du Soudan a confirmé qu'un appareil des Forces armées soudanaises a frappé, le mardi 13 janvier, des positions du MJE dans la région de Muhajeria. Des affrontements ont opposé, le jeudi 15 janvier, dans cette même région, des membres du MJE à l'Armée de libération du Soudan[65].

Le 5 mars 2009, la Cour pénale internationale lance un mandat d'arrêt contre le président Omar el-Béchir.

2010[modifier | modifier le code]

Le 12 juillet 2010, Omar el-Béchir fait l'objet d'un deuxième mandat d'arrêt de la Cour pénale internationale, qui ajoute la qualification de génocide au premier mandat émis à son encontre[66].

2011[modifier | modifier le code]

Les Sud-Soudanais se prononcent en faveur de la sécession de la région à l'issue d'un référendum se tenant entre le 9 et le 15 janvier 2011. L'indépendance est formellement déclarée le 9 juillet 2011.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. « Le conflit du Darfour n’est pas racial »
  2. Darfour, généalogies d’un conflit, sur le site mouvements.info - consulté le 6 octobre 2012
  3. a, b, c et d Darfour : La MINUAD a un an et 12 374 soldats déployés, centre de nouvelles de l’ONU, 31 décembre 2008.
  4. Jean-Philippe Adam, « Opinion : Washington en quête d’une solution au Darfour », Le Devoir,‎ 5 juin 2007 (lire en ligne).
  5. Dominique Poirier et Hélène Tainturier, « Darfour : Les sources de la crise », sur Radio-Canada.ca, Société Radio-Canada,‎ 27 octobre 2004 (consulté le 4 avril 2009).
  6. a et b « Des crimes contre l’humanité commis au Soudan, selon la Commission d’enquête » (consulté le 27 mai 2009).
  7. [PDF] Rapport de L'ONU sur l'environnement au Soudan daté de 2007
  8. Site de l'IRD-2003
  9. La dynamique du temps et du climat, Marcel Leroux, 2004, 2e édition, DUNOD (ISBN 2 10 004807 4)
  10. a et b Darfour : impacts ethniques et territoriaux d'une guerre civile en Afrique, par Marc Lavergne, du CNRS, spécialiste du Soudan Afrique subsaharienne : territoires et conflits, sur le site Géoconfluences
  11. a et b Le Monde diplomatique 2004
  12. Jean-Pierre Chauveau, Afrique contemporaine: Deux dossiers : "Jeunes ruraux" et "Darfour", De Boeck Université,‎ 2005, 238 p. (ISBN 2804149285), p. 169-171
  13. a et b reportage:"le diable arrive a cheval"
  14. (en) ‘Janjaweed leader’ is Sudan aide, BBC News, 21 janvier 2008.
  15. a et b Nouvel Observateur du 17 mai 2007
  16. (en) China, Russia breach Darfur arms embargo -Amnesty, Alertnet, Reuters, 8 mai 2007.
  17. a et b Le Monde diplomatique - Mars 2007
  18. (en) Darfur - UNAMID - Background, Site de l'ONU. « Sudan’s acceptance of this force in June 2007 ».
  19. (en) Sudan admits Darfur attack on UN, BBC News, 10 janvier 2008.
  20. Obama demande à Khartoum de mettre fin au "génocide" au Darfour, France 24, 19 octobre 2009.
  21. Site de Jacques Leclerc (linguiste), université de Laval
  22. Analyse de Marc Lavergne.
  23. Article sur un site de l'ENS
  24. Le Soudan, éditorial, L'Afrique Réelle N°10, Octobre 2010
  25. « Darfour, la chronique d’un « génocide ambigu », Le Monde diplomatique, mars 2007
  26. Site du ministère des affaires étrangères
  27. Fabrice WEISSMAN, Jean Hervé BRADOL (président de MSF dans Libération du 23 mars 2007)
  28. RFI, le 25 juin 2007
  29. SOUDAN. Peine de mort / Procès inéquitable. Amnesty International
  30. a et b Mandat d'arrêt avec chefs d'accusation [PDF]
  31. a et b Mandat d'arrêt avec chefs d'accusation [PDF]
  32. Centre de Nouvelles de l'ONU
  33. Déclaration du conseil de sécurité, 5 décembre 2007.
  34. Mandat d’arrêt contre el-Béchir, Le Soir, 14 juillet 2008
  35. LCI.fr, « Soudan - Darfour : mandat d'arrêt contre le président Bachir », TF1.fr,‎ 4 mars 2009 (consulté le 4 avril 2009)
  36. a et b Darfour : Washington sanctionne à nouveau le Soudan, Afrik.com, 29 mai 2007.
  37. Bernard Kouchner : « L'avenir s'est éclairci » pour le Darfour, 25 juin 2007
  38. [vidéo] et texte du discours préliminaire de N. Sarkozy à la réunion du groupe de contact.
  39. a, b et c « La Chine vend des armes à des pays qui violent les droits humains », dans Le Monde du 12 juin 2006, [lire en ligne]
  40. Politique Étrangère
  41. Chine ABC-21, La politique étrangère de la Chine
  42. La Chine nie vendre des armes au Soudan utilisées au Darfour : Actualités : Aujourd'hui la Chine
  43. Compte-rendu officiel des débats de la Chambre des communes, 1er mai 2006
  44. Site de Afrik.com du 26 juin 2007
  45. Ministère des Affaires étrangères
  46. Centre de nouvelles de l'ONU
  47. Le Darfour dans l’indifférence générale, sur le site territoires-memoire.be
  48. Fabrice Weissman et Jean Hervé Bradol, « Massacres et démagogie », Libération, 23 mars 2007]
  49. « MDM critique la démarche d'Urgence Darfour », Nouvelobs.com, 16 mai 2007
  50. [PDF] Texte de la résolution 1556
  51. [PDF] résolution 1564
  52. [PDF] Texte de la résolution 1591
  53. [PDF] Texte de la résolution 1593
  54. [PDF] Texte de la résolution 1706
  55. Christophe Ayad, « Au Soudan, toute vérité n'est pas bonne à dire », dans Libération du 24/10/2006, [lire en ligne]
  56. Le Figaro du 22 décembre 2006
  57. [PDF] Rapport provisoire de l'ONU
  58. Publication d'un rapport provisoire de l'ONU dans le NY Times
  59. Ministère des Affaires étrangères
  60. Le Monde, édition des 17/18 juin 2007
  61. Centre de nouvelles de l'ONU
  62. RFI 27/10/2007.
  63. Centre de nouvelles de l'ONU, 20 mars 2008
  64. Centre de nouvelles de l'ONU
  65. Centre d'actualité de l'ONU, 15 janvier 2009
  66. soudan - 2e mandat-arret cpi contre le president-el-bechir

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Sources[modifier | modifier le code]

  • Le Nouvel Observateur, no 2068, semaine du 24 juin 2004, article de Robert Marmoz
  • Articles WEB du Monde : septembre 2004
  • Article WEB du Courier international, septembre 2004
  • Article WEB du Figaro, 9 octobre 2004
  • Article WEB de Libération, 6 octobre 2004

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Marc Lavergne, Le Soudan contemporain, Karthala, 1989.
  • Gérard Prunier, Le Darfour, un génocide ambigu, La Table Ronde, 2005

Cinéma[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]