Edgard Varèse

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Edgar Varèse

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Edgar Varèse en 1931 (portrait solarisé par Man Ray)

Naissance 22 décembre 1883
Paris
Drapeau français France
Décès 6 novembre 1965 (à 81 ans)
New York
Drapeau des États-Unis États-Unis
Activité principale Compositeur
Style musique électroacoustique
musique contemporaine
Activités annexes chef de chœur
Formation Schola Cantorum et
Conservatoire de Paris
Enseignement Vincent d'Indy,
Charles-Marie Widor

Œuvres principales

Edgar Varèse ou Edgard Varese (les deux orthographes ont été utilisées par le compositeur lui-même à différentes époques de sa vie) est un compositeur français naturalisé américain né à Paris le 22 décembre 1883[1] et mort à New York le 6 novembre 1965[2].

Formé, dans un premier temps, à la Schola Cantorum et au Conservatoire, Varèse trouve auprès d'artistes plus indépendants, comme Debussy et Busoni, les encouragements nécessaires pour son expression personnelle.

En effet, bien avant 1914, Varèse envisageait l'abandon des méthodes de composition classiques, le système tempéré et les instruments de musique traditionnels pour employer « la matière sonore elle-même ». Cet idéal le conduit à détruire ses premières partitions jusqu'à Amériques, où il employait déjà les sons modulés en intensité d'une sirène, et à encourager les recherches dans le domaine acoustique, du dynamophone aux réalisations de Léon Theremin et de Maurice Martenot.

Varèse abandonne l'orchestre à partir d'Arcana, pour des ensembles instrumentaux plus réduits et individualisés. Cependant, l'absence de moyens techniques, de studio d'enregistrement ou de laboratoire le réduit au silence pendant toute la durée de la Seconde Guerre mondiale et jusqu'au milieu des années 1950, lorsque se développaient les techniques d'enregistrement du studio d'essais de Pierre Schaeffer et Pierre Henry. Varèse peut alors réaliser une œuvre comme le Poème électronique, pour l'Exposition universelle de Bruxelles en 1958.

Entretenant des relations étroites avec d'importants représentants de la communauté scientifique de son temps, l'intérêt de Varèse pour les sciences se traduit dans les titres qu'il donne à ses œuvres, évoquant les mathématiques (Intégrales), la métallurgie (Densité 21,5), la cristallographie (Hyperprism), la botanique (Octandre), la chimie (Ionisation) et même l'alchimie (Arcana). L'œuvre de Varèse a d'abord paru très abstraite. Pour autant, sa musique a une grande puissance d'incantation, dès qu'intervient la voix humaine (Offrandes, Ecuatorial, Nocturnal).

Le scandale de la création de Déserts, le 2 décembre 1954 à Paris, le révèle pour une nouvelle génération de compositeurs classiques (dont Iannis Xenakis et Bruno Maderna) et populaires (comme Frank Zappa) qui reconnurent en lui, bien plus qu'un « précurseur », un modèle à suivre et l'un des grands innovateurs du XXe siècle avec Stravinsky, Henry Cowell, Bela Bartok et Anton Webern.

Les idées de Varèse sur les rapports entre musique et cinéma, très en avance sur les goûts et les habitudes de son temps, sont aujourd'hui appliquées jusque dans le domaine des séries télévisées.

Biographie[modifier | modifier le code]

Enfance et formation[modifier | modifier le code]

De la Schola Cantorum au Conservatoire[modifier | modifier le code]

Edgar Varèse en 1910.

Son père, ingénieur, était italien, et sa mère bourguignonne. Ayant quitté ses études d'ingénierie au Polytechnique de Turin, il étudie avec Vincent d'Indy et Albert Roussel à la Schola Cantorum[2] (1903-1905) et Charles-Marie Widor au Conservatoire de Paris[2] (1905-1907) ; puis il s'est déplacé à Berlin, où il a rencontré Richard Strauss et Ferruccio Busoni. En 1913 il revient à Paris, mais en 1915, déçu par les moyens offerts aux compositeurs, il décide d'émigrer à New York.

Quatre rencontres décisives[modifier | modifier le code]

Debussy[modifier | modifier le code]

Busoni[modifier | modifier le code]

Karl Muck et Richard Strauss[modifier | modifier le code]

Romain Rolland[modifier | modifier le code]

En Amérique[modifier | modifier le code]

Il passa ses premières années aux États-Unis à rencontrer les principaux acteurs de la musique américaine, promouvant sa vision de nouveaux instruments de musique électronique, dirigeant des orchestres, et créant le New Symphony Orchestra, qui eut une existence éphémère. C'est à peu près à cette période que Varèse commença à travailller sur Amériques, qui fut achevée en 1921. Dans cette œuvre Varèse est particulièrement attentif à donner corps à la matière sonore protéiforme : il transforme des masses sonores en couleurs timbrales, jeux d’interactions réciproques déliés de l’emprise d’un système. Il lui fallait pour cela intégrer de nouveaux concepts de sonorité qui transforment les paramètres classiques de la musique en catégories plus larges, donc en « champs ».

C’est après l'achèvement de cette œuvre que Varèse fonda l’International Composers' Guild[2], (Association Internationale des Compositeurs), dédiée à l’interprétation de nouvelles œuvres de compositeurs américains et européens, et pour laquelle il composa nombre de ses pièces pour instruments d’orchestre et voix, comme Offrandes en 1922, Hyperprism en 1923, Octandre en 1924, et Intégrales en 1925.

Composition d'Amériques[modifier | modifier le code]

Création de l'International Composers' Guild[modifier | modifier le code]

Le scandale d'Hyperprism[modifier | modifier le code]

Retour en France[modifier | modifier le code]

Créations et scandales parisiens[modifier | modifier le code]

Ionisation[modifier | modifier le code]

En 1928, Varèse retourna à Paris pour modifier certaines parties d’Amériques en y incluant les ondes Martenot qui venaient d’y être inventées. Il composa en 1931 sa plus célèbre œuvre non électronique intitulée Ionisation. On présente souvent Ionisation comme la première pièce écrite pour percussions uniquement : ceci est une erreur insidieusement installée et entretenue par Varèse lui-même (cf. Alejo Carpentier). Si on fait abstraction d'un « Interlude » écrit par Chostakovitch pour l’opéra Le Nez ainsi que Ritmica V (1929) d’Amadeo Roldán, la première œuvre pour percussions seules de la musique savante occidentale est un extrait du ballet Ogelala de Schulhoff: la danse du crâne datant de 1925. Bien qu’écrite pour des instruments existants, Ionisation fut conçue comme une recherche de nouveaux sons et de nouvelles méthodes pour les créer. En 1933, alors que Varèse était toujours à Paris, il écrivit à la Fondation Guggenheim et aux Laboratoires Bell dans l’espoir d’obtenir des fonds pour développer un studio de musique électronique. Sa composition suivante, Ecuatorial, terminée en 1934, contenait des parties pour thérémines, et Varèse, anticipant une réponse favorable à sa demande de fonds, retourna aux États-Unis pour y créer sa musique électronique.

Retour en Amérique[modifier | modifier le code]

Ecuatorial[modifier | modifier le code]

Varèse écrivit Ecuatorial pour deux thérémines, voix de basse, vents et percussions au début des années 1930. Il fut créé le 15 avril 1934, sous la direction de Nicolas Slonimsky. Puis Varèse quitta New York, où il avait vécu depuis 1915, et se rendit à Santa Fe, San Francisco et Los Angeles. Lorsque Varèse revint en 1938, Léon Theremin était rentré en Russie. Ceci désespéra Varèse, qui avait espéré travailler avec Theremin à une amélioration de l’instrument. Varèse avait aussi présenté le thérémine lors de ses voyages dans l’est, et en avait fait une démonstration le 12 novembre 1936 lors d’une conférence à l’université du nouveau Mexique à Albuquerque.

Lorsque vers la fin des années 1950, Varèse fut contacté par un éditeur pour publier Ecuatorial, il ne restait que très peu de thérémines, et il décida donc de réécrire ces parties pour ondes Martenot. Cette nouvelle version fut créée en 1961.

Étude pour Espace : Un long silence…[modifier | modifier le code]

Déserts et la gloire[modifier | modifier le code]

Composition de Déserts et retour en France[modifier | modifier le code]

Le scandale de la création de Déserts[modifier | modifier le code]

Entretiens avec Edgar Varèse (Georges Charbonnier)[modifier | modifier le code]

À Paris, Varèse enregistra une série de huit entretiens avec Georges Charbonnier, qui les présenta aux auditeurs de la RTF du 5 mars eu 30 avril 1955[3]. Selon Odile Vivier, « ces émissions présentèrent un Varèse si vivant que ses amis insistèrent pour qu'on les publie, mais il refusa, souhaitant les reprendre, les approfondir ». Une transcription écrite fut publiée, en effet, cinq ans après la mort du compositeur, mais il lui manque le mordant de l'enregistrement original avec « sa voix chaleureuse, véhémente, à l'image de l'homme »[3].

Ces entretiens eurent une grande importance pour la diffusion des idées de Varèse auprès d'un large public d'auditeurs. Les sujets abordés par Varèse et Charbonnier étaient les suivants :

  • Le scandale de la création de Déserts, ce qui permit au compositeur de donner une leçon aux spectateurs du concert du 2 décembre 1954, mais aussi de revenir sur son parcours professionnel en Allemagne, en Amérique et en France,
Varèse - le spectateur
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  • Auditeurs et critiques, où Varèse met encore en perspective les prétentions des milieux musicaux parisiens, dans un contexte d'ouverture internationale, et le manque de compétence de certains critiques professionnels,
Varèse - la musique française
Varèse - la critique musicale
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  • L'auditeur et la musique,
  • La musique percutante, où est abordée la question de l'abandon des instruments à cordes et de l'orchestre dans la musique moderne, et l'intérêt présenté par les percussions et la technique de l'enregistrement,
  • L'aide au créateur, où le compositeur souligne l'importance du mécénat musical, en particulier pour les pouvoirs politiques,
  • Opéra, Image et musique, où Varèse évoque ses projets d'œuvres scéniques, et la possibilité de réaliser un film sur Déserts.

Dans un grand compte-rendu historique de l'opéra, Varèse ne manque pas de rendre hommage au « colosse » Monteverdi :

Varèse - Monteverdi
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et de ramener le « Michel-Angelesque » Wagner à des considérations purement musicales :

Varèse - Wagner
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Les deux derniers sujets sont l'objet d'une lecture plutôt que d'un entretien — plus techniques, plus difficiles, mais auxquels Varèse tenait particulièrement :

  • Physique et musique, où sont évoquées les possibilités offertes aux compositeurs en termes d'acoustique,
  • Son organisé - Art-science, idée fondamentale de Varèse qui n'oubliait pas l'importance de la musique dans le Quadrivium des philosophes du Moyen Âge. Il conclut, non sans élégance, avec un autre de ses « mots d'ordre » : « Le dernier mot est : Imagination. »

Le Poème électronique[modifier | modifier le code]

En 1958, le Concret PH (Parabole - Hyperbole) de Iannis Xenakis, courte pièce de deux minutes, servit d’interlude pendant le concert au pavillon Philips de l’exposition universelle de Bruxelles : il préparait les auditeurs au Poème électronique d’Edgard Varèse. L’espace sonore redistribué jouait alors un rôle bien plus important qu’un simple médium, qu’un support de l’œuvre : il y accède au rang de paramètre de la composition. Varèse avait appelé de ses vœux une telle intégration ; dès Hyperprism (1923) il parvenait à créer une musique qui intègre la composante spatiale pour une nouvelle dimension de la représentation, pour une musique spatialisée.

Dans la nuit[modifier | modifier le code]

Edgar Varèse dans les années 1960.

Reconnaissance internationale[modifier | modifier le code]

Nocturnal[modifier | modifier le code]

La mort[modifier | modifier le code]

Œuvres[modifier | modifier le code]

  • Un grand sommeil noir (1906), sur un poème de Paul Verlaine, pour soprano et piano (une version orchestrale a été réalisée par Antony Beaumont)
  • Amériques (1921), pour grand orchestre.
  • Offrandes (1921), pour soprano et orchestre de chambre.
  • Hyperprism (1922-23), pour percussions et vents.
  • Octandre (1923), pour octuor à vent et cordes (flûte, hautbois, clarinette, basson, cor, trompette, trombone et contrebasse)
  • Intégrales (1924-25), pour petit orchestre et percussions.
  • Arcana (1926-27), pour grand orchestre.
  • Ionisation (1931), pour 13 percussionnistes. Au moins 2 versions pour 6 percussionnistes en ont été proposées. La première par Georges Van Gucht pour Les Percussions de Strasbourg, du vivant de Varèse qui a donné son accord et la deuxième, en 2002 par Georges Bœuf pour 'Symblêma' dont le directeur (Frédéric Daumas) a écrit (08.07.03) :"Cette dernière version est également pour 6 percussionnistes. Elle respecte scrupuleusement la partition originale et a été conçue de manière à conserver la spatialisation du son de la version à 13.
  • Ecuatorial (1934), pour chœur, 4 trompettes, 4 trombones, piano, orgue, deux ondes Martenot et percussions.
  • Densité 21,5 (1936), pour flûte seule.
  • Tuning Up (1947), pour orchestre (reconstruction et édition Chou Wen-chung, 1998)
  • Dance for Burgess (1949) pour orchestre.
  • Déserts (1954), pour instruments à vent, percussions et bande magnétique.
  • Poème électronique, pour bande magnétique (1958).
  • Nocturnal (1959-61) pour soprano, chœur et orchestre (inachevé).
  • Nuit sur un poème de Henri Michaux, pour soprano, vents, contrebasse et percussions (inachevé).

Esthétique[modifier | modifier le code]

Varèse avait posé assez tôt les jalons d'une nouvelle éthique de la recherche musicale. Il voulait que la rigueur de la recherche maintînt une fermeté artistique déliée de tout a priori théorique. On cite souvent son propos, devenu fameux parce que visionnaire, qui à lui seul récapitule l’état de quête dans lequel sont plongés depuis lors les compositeurs :

« Music, which should be alive and vibrating, needs new means of expression and science alone can infuse it with youthful sap... I dream of instruments obedient to thought and which, supported by a flowering of undreamed timbres, will lend themselves to any combination I choose to impose and will submit to the exigencies of my inner rhythm. »

« La musique, qui doit vivre et vibrer, a besoin de nouveaux moyens d'expression, et la science seule peut lui infuser une sève adolescente... Je rêve d'instruments obéissant à la pensée et qui, avec l’apport d’une floraison de timbres insoupçonnés, se prêtent aux combinaisons qu’il me plaira de leur imposer et se plient à l’exigence de mon rythme intérieur. »

Postérité[modifier | modifier le code]

Edgard Varèse a eu une influence certaine sur plusieurs groupes pop-rock américains des années 1960 (Grateful Dead, Jefferson Airplane, Soft Machine) et plus particulièrement sur la musique de Frank Zappa[4]. Celui-ci découvre Ionisation alors qu'il était encore adolescent. Il apprécie tellement l'œuvre de Varèse, qu'il considère comme le « plus grand compositeur vivant », que l'année de ses seize ans il téléphone au compositeur, vivant alors à New York pour lui exprimer son admiration[5].

Bibliographie[modifier | modifier le code]

Écrits d'Edgar Varèse[modifier | modifier le code]

  • Écrits, Ed. Christian Bourgois (1983)
  • Entretiens avec Edgar Varèse par Georges Charbonnier (1954-55), Ed. Pierre Belfond (1970), 2CD INA coll. Mémoire Vive (2007)

Ouvrages généraux[modifier | modifier le code]

Monographies[modifier | modifier le code]

  • Fernand Ouellette, Edgard Varèse, Paris, Seghers,‎ 1966, 337 p. (ISBN 2-267-00810-6)
  • Hilda Jolivet, Varèse, Ed. Hachette (1973)
  • Odile Vivier, Varèse, Paris, Seuil, coll. « solfèges »,‎ 1987 (ISBN 2-02-000254-X)
  • Alejo Carpentier, Varèse vivant, Paris, Le Nouveau Commerce,‎ 1980
  • Felix Meyer et Heidy Zimmermann, Edgard Varèse, composer, sound sculptor, visionary, Boydell Press / Paul Sacher Foundation / Musée Tinguely, 508 pages abondamment illustrées (2006)

Cinéma[modifier | modifier le code]

À noter l'unique apparition d'Edgard Varèse au cinéma, dans le film muet américain Docteur Jekyll et M. Hyde de John S. Robertson (1920, avec John Barrymore dans le rôle-titre), où il tient un petit rôle de policier qui ne figure pas au générique.

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Archives numérisées de l'état civil de Paris, acte de naissance no 10/5639/1883, état civil complet tel qu’il figure sur l’acte : Edgard Victor Achille Charles Varese (consulté le 2 janvier 2013)
  2. a, b, c et d Marc Honegger, Dictionnaire de la musique : Tome 2, Les Hommes et leurs œuvres. L-Z, Bordas,‎ 1979, 1232 p. (ISBN 2-04-010726-6), p. 1137
  3. a et b Odile Vivier, p. 158.
  4. Barry Miles, p. 25-26
  5. Barry Miles, p. 36

Liens externes[modifier | modifier le code]