Approche centrée sur la personne

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L’Approche centrée sur la personne (ACP) est une méthode de psychothérapie et de relation d’aide (counselling) créée par le psychologue nord-américain Carl Rogers (1902-1987). L’Approche centrée sur la personne appartient au courant de la psychologie humaniste-existentielle également dénommé sur le continent américain la Troisième force, aux côtés de la psychanalyse et du behaviorisme (thérapie comportementale)[1]. Au-delà de la psychothérapie, les idées de Rogers ont fortement influencé le champ des relations humaines. En 1987, l'année de sa mort, Rogers avait été pressenti comme candidat au prix Nobel de la Paix pour ses interventions de facilitation en Afrique du Sud, en Irlande, en Amérique centrale et dans l'ex Union soviétique.

Dénominations[modifier | modifier le code]

L’Approche centrée sur la personne (ACP) est l’appellation donnée par Carl Rogers à son cadre théorique, un terme relativement général qui veut signifier que cette approche, outre le domaine de la psychothérapie, trouve de nombreuses autres applications, notamment dans les secteurs de l’éducation, l'enseignement, la médiation, la santé et l’accompagnement social. Lorsqu'il s'agit d'une relation d'aide psychologique ou de psychothérapie, on parle plutôt de Psychothérapie centrée sur la personne ou, pour reprendre l'expression usuelle aux États-Unis, de Psychothérapie centrée sur le client (Client-centered therapy (en))[2].

Au début de sa carrière, dans les années 1940, la méthode de Rogers était connue sous le terme de "thérapie non-directive", approche non directive ou orientation non directive, ce qui mettait bien sûr en valeur la notion de non directivité qui était alors innovante dans le domaine des relations d'aide psychologique. Cette dénomination a perduré plusieurs années pour caractériser la thérapie rogérienne, jusque dans les années 1960, au moins en France[3].

Pourtant, Rogers avait abandonné ce terme au profit de celui de Thérapie centrée sur le client, notamment après la publication en 1951 de son livre fondamental Client-Centered Therapy (non traduit en français). Il considérait en effet que la non directivité n'était pas une caractéristique essentielle de sa démarche et que ce qui compte dans cette thérapie, ce n'est pas l'absence de directives, mais la présence chez le thérapeute de certaines attitudes vis-a-vis du client et d'une certaine conception des relations humaines. Autrement dit, l'essence de son approche ne consiste pas tant en une façon d'agir qu'en une manière d'être (Kinget et Rogers 1969, p. 14).

La pensée de Rogers : bref panorama[modifier | modifier le code]

Carl Rogers a consacré sa vie professionnelle à essayer de déterminer les principes de la relation d’aide et de l'accompagnement thérapeutique. Il a formulé la question en ces termes : « Quelles sont les conditions les plus favorables pour arriver à la maturité ? »[4]

En 1942, il publie son premier ouvrage d’importance, Counseling and Psychotherapy qui jette les bases de sa méthode[5]. Celle-ci est encore en gestation, mais déjà, il s’oppose à l’objectalisation du patient, au diagnostic, à l’interprétation (de type psychanalytique) et au conseil psychologique. Dés cette époque, il considère que le rôle du thérapeute n’est pas de résoudre les problèmes du client, mais au contraire de l’aider à déterminer ses propres buts (1970, p. 132). L'objectif de la relation d’aide psychologique est de permettre au client d’acquérir une compréhension de lui-même telle qu'il devient capable de résoudre ses difficultés par lui-même. Mais cela est possible seulement s'il existe une relation thérapeutique libre et permissive (1970, p. 33). Rappelons qu'à l'époque, la méthode de Rogers est connue sous le nom d’approche non directive. À ce sujet, il écrit : « Le point de vue non-directif confère une haute valeur à l’indépendance psychologique de chaque individu et au maintien de son intégrité psychique ». Ce qu'il oppose au point de vue directif qui confère plutôt une haute valeur au conformisme social.» (1970, p. 133)

En 1951, Rogers publie Client-Centered Therapy, its current practice, implications and theory (non traduit en français). Sa méthode prend donc désormais le nom de Thérapie centrée sur le client. Il réaffirme avec cette dénomination le fait qu’il ne s’agit pas de se centrer sur le problème, mais sur l’individu lui-même considéré comme une personne capable de prendre sa vie en mains et de changer sa conduite comme elle le souhaite. Le thérapeute rogérien se centre donc sur la personne elle-même, c’est-à-dire sur son monde subjectif, sur la manière dont elle vit et ressent son vécu[6].

En 1961, il publie On becoming a Person (publié en France en 1968 sous le titre : Le développement de la personne), livre qui fera connaître Rogers au grand public. Il développe les principaux thèmes de son approche, notamment la positivité du développement humain, la notion d’actualisation de soi, l’importance du lien relationnel dans la relation thérapeutique, la thérapie comme un processus, le concept de personne fonctionnant pleinement. L’épistémologie de Rogers se fait de plus en plus précise, l’Approche centrée sur la personne n'est plus seulement une méthode psychothérapeutique ou un ensemble de techniques d'entretien, mais devient une philosophie de la personne, ce qui permet à Rogers de s’intéresser aux applications de ses idées dans le champ social.

C’est ainsi qu’en 1969, il publie Freedom to learn (Liberté pour apprendre) où il applique les principes de l’Approche centrée sur la personne à l’enseignement et l'éducation.

Puis en 1970, il publie On Encounter Groups (Les groupes de rencontre). À partir de cette époque, il facilite des rencontres interculturelles, notamment en Irlande, en Amérique Centrale et en Afrique du Sud.

En 1972, en pleine révolution idéologique (féminisme, libération sexuelle, apparition des communautés…), il se penche sur la problématique du couple avec Becoming Partners: the marriage and its alternatives (Réinventer le couple).

En 1977, dans un ouvrage de portée politique et sociale, Rogers pose les prémisses d’un changement de paradigme idéologique et précise l’épistémologie de l'Approche centrée sur la personne. Ce livre, On Personal Power, repose sur la profonde conviction de Carl Rogers que l’être humain est digne de confiance et qu’on peut donc lui redonner son pouvoir au lieu de le laisser entre les mains de la société, des religions, des gouvernants, des figures d’autorité. Il est traduit en français en 1979 sous le titre Un manifeste personnaliste, Fondements d’une politique de la personne.

Enfin, en 1980, paraît son dernier ouvrage, A way of being (non traduit en français), dont le titre exprime la quintessence de la pensée rogérienne. L’Approche centrée sur la personne, au-delà d’une méthode de psychothérapie, est une philosophie de la personne et de la relation. C’est une manière d’être (a way of being).

La tendance actualisante[modifier | modifier le code]

L'hypothèse fondamentale de l'Approche centrée sur la personne est formulée par Rogers en ces termes: « L’individu a en lui de vastes ressources qui lui permettent de se comprendre lui-même, de modifier la représentation qu’il a de lui-même et partant, ses attitudes et le comportement qu'il se dicte à lui-même. Cependant, ces ressources ne sont accessibles que si l'on peut offrir un certain climat définissable fait d’attitudes psychologiques facilitatrices” (Rogers 1979, p. 6)[7].

Cette idée est la prémisse fondamentale du cadre théorique de Carl Rogers. Elle repose sur la conviction que l’homme est par essence un organisme digne de confiance et que le fond de la nature humaine est essentiellement positif : "Un des concepts les plus révolutionnaires qui soit sorti de notre expérience clinique est la reconnaissance accrue que le centre, la base la plus profonde de la nature humaine, les couches les plus intérieures de sa personnalité, le fond de sa nature animale, que tout ceci est naturellement positif, est fondamentalement socialisé, dirigé vers l'avant, rationnel et réaliste." (Rogers 1968, p. 74)

Toute la théorie de l'Approche centrée sur la personne repose sur une confiance fondamentale dans l'être humain, dans sa tendance vers un développement constructif et positif, de plus en plus complexe, et dans sa capacité à réaliser toutes ses possibilités intrinsèques, comme n’importe quel organisme vivant qui tend vers la croissance (growth), tel le gland qui contient déjà en potentiel l’immense chêne qu’il deviendra pourvu qu’existent des conditions favorables : que la graine repose sur de la bonne terre, qu’elle reçoive de l’eau et de la lumière.

C’est ce qu’on appelle la tendance actualisante (ou tendance à la réalisation de soi), notion clé pour la psychologie humaniste à rapprocher du concept d'autoréalisation d'A. Maslow. La tendance actualisante est présente dans tous les organismes vivants[8]. Certes, elle peut être déviée, elle peut rencontrer de nombreux obstacles, elle peut être confrontée à des circonstances adverses, mais cette force de croissance reste toujours à l’œuvre tant que l’organisme est en vie[9].

Les trois attitudes du thérapeute centrée sur la personne[modifier | modifier le code]

Le rôle de l'accompagnant rogérien est donc de créer une circonstance favorable afin que la tendance actualisante reprenne son cours. Comme si, après avoir laissé quelque temps une graine d'haricot enfermé dans son sac, on la mettait soudain sur du coton humide et à la lumière et que l'on prenne soin d'elle. Au bout de quelques jours, cette graine commencera à germer. Il se déroule un processus similaire acec les clients.

Quel est donc ce climat psychologique qui encourage la croissance ?

Ce climat particulier, caractéristique essentielle de l'Approche centrée sur la personne, repose sur trois attitudes fondamentales que le thérapeute rogérien (ou l’éducateur, le conseiller, l’aidant) tente de mettre en œuvre : l’empathie, la congruence et la considération positive inconditionnelle (1968, p. 48-49 et 201-205 ; 1979, p. 8-9 ; 1987, p. 61-62 ; 2001, p. 257-261).

  • L’empathie est la capacité de comprendre le monde intérieur de l’autre.
  • La congruence est la capacité du thérapeute à prendre conscience du flux des sentiments et émotions qui le traversent. Elle est presque synonyme de transparence ou d’authenticité en ce sens que le thérapeute ne se présente pas comme un expert mais comme une personne réelle qui ne se cache pas derrière une façade de professionnel.
  • La considération positive inconditionnelle (ou regard positif inconditionnel) est la capacité de considérer l’autre (le client) de manière positive, c’est-à-dire sans jugement ni évaluation. L’acceptation du thérapeute n’est pas conditionnée par telle ou telle conduite du client.

Le processus de changement[modifier | modifier le code]

Que se passe-t-il pour le client lorsque le thérapeute ou l'aidant arrive à créer ce climat particulier empreint d'empathie, de respect, de chaleur humaine, d'acceptation, de non jugement et de considération positive ?

Au sein de cette relation rassurante, et en l'absence de toute menace contre son moi, le client peut progressivement explorer son expérience exactement comme elle se présente, sans la déformation due aux filtres percepteurs défensifs. L'image qu'il a de lui-même commence à se modifier peu à peu (Rogers 1968, p. 62). En d'autres termes, le client abandonne progressivement la conception rigide qu'il a de lui-même pour être de plus en plus contact avec son expérience organismique.

À travers le processus de la psychothérapie, la personne acquière une plus grande conscience d'elle-même et augmente donc sa liberté de choix car elle est de moins en moins encombrée par les introjects et en même temps, elle est de plus en plus consciente de ses émotions et sentiments, de ses pensées, de ses besoins et de ses réactions physiologiques (douleur d'estomac, gorge nouée, tremblement des jambes, etc.). Il n'existe pas chez Rogers la notion de névrose car l'individu n’est pas malade, il a simplement été interrompu dans son processus de développement. De fait, Rogers se refuse d'établir un diagnostic qui risquerait d'enfermer le client dans une pathologie qu'il faudrait guérir, ce qui amènerait inévitablement le thérapeute à se centrer sur le problème et non pas sur la personne. L'Approche centrée sur la personne (comme l'approche humaniste en général d'ailleurs) ne se situe pas dans un modèle médical, mais plutôt dans un modèle de développement ou d'apprentissage (Rogers 1990, p. 123)[10]. Il ne s'agit donc pas de supprimer un symptôme, mais de relancer le processus de développement de l'individu. C'est d'ailleurs la raison pour laquelle Rogers préfère le terme de client (client en anglais) à celui de patient, voulant aussi montrer que la relation psychothérapeutique n'est pas une relation médecin-patient mais une relation de personne à personne[11].

Pour Rogers, l'individu qui souffre est une personne dissociée, c'est-à-dire une personne qui est en conflit entre des modèles sociaux figés et introjectés et une tendance non consciente qui le pousse à la réalisation de soi (Rogers 1979, p. 199). L'objectif de la thérapie est donc de permettre au client de prendre conscience de ses conditionnements et de s'en désaliéner. À travers ce processus, l'individu en vient à avoir plus de confiance dans les orientations internes de son organisme ce qui lui permet d'affronter les difficultés de la vie de façon plus intégrée et de manière plus souple, spontanée et changeante, et finalement de vivre la vie de manière plus harmonieuse (Rogers 1979, p. 200).

Le client se dirige vers ce que Rogers appelle la maturité psychologique ou la personne fonctionnant pleinement (Rogers 1968, p. 138). Finalement, on peut dire que la personne est de plus en plus en contact avec le flux évolutif de la tendance actualisante (Rogers 1986, p. 72). Car l'organisme est autorégulé. Dans son état normal, il s'achemine vers son propre épanouissement et vers une indépendance libre de tout contrôle extérieur (Rogers 1979, p. 193).

Les 6 conditions du changement[modifier | modifier le code]

Pour décrire les processus en jeu dans la relation d'aide, le souci de Rogers a toujours été de simplifier les concepts et d'aller à l'essentiel. C'est ainsi, qu'après plusieurs années de recherche et de tatonnements, il en arrivé à synthétiser les conditions du changement de la personnalité. Elles sont au nombre de six. Ce sont des conditions nécessaires pour produire un changement significatif et constructif chez la personne en demande d'aide, mais en outre, il semble qu’elles soient suffisantes (Rogers 1959).

Voici les 6 conditions nécessaires et suffisantes pour que se déclenche un processus de changement chez la personne:

  1. Deux personnes doivent être en relation (psychological contact).
  2. L’une de ces deux personnes, le client en l’occurrence, doit être dans un état de non congruence, d’anxiété ou de vulnérabilité.
  3. L’autre intervenant, le psychothérapeute ou l’aidant, doit être congruent durant le temps de ce contact interpersonnel.
  4. Le thérapeute doit éprouver un regard positif inconditionnel vis-à-vis de son client.
  5. Il doit expérimenter une compréhension empathique du monde intérieur du client et de son cadre de référence, et il doit s’efforcer de communiquer cette compréhension au client.
  6. Il est enfin nécessaire que le client perçoive, même de manière infime, l’empathie et le regard positif du thérapeute.

L'importance de la relation[modifier | modifier le code]

La première condition pour que quelque chose change est l'existence d'une interaction significative entre deux personnes[12].

C'est seulement à travers la relation humaine que peut être relancé le processus de croissance. Mais cette relation est particulière. L'une de ses caractéristiques est l'aspect horizontal de la relation entre le client et le psychothérapeute (le psychopraticien, l'aidant ou le facilitateur). Il s'agit d'une relation dans laquelle l'aidant, loin de se positionner comme un expert de la psyché capable de résoudre les problèmes psychologiques et émotionnels du patient, se présente au contraire comme un écoutant humble et désireux de comprendre le monde intérieur de l'autre. Cette posture est un choix philosophique, et en ce sens, on a souvent rapproché cette attitude du concept de la relation je-tu conceptualisé par le philosophe Martin Buber.

C'est également une relation non coercitive, exempte de conseils, de solutions ou d'interprétations. En ce sens, elle est non directive car l'aidant n'oriente pas le client vers un sujet particulier et ne choisit pas non plus la direction que doit prendre l'entretien. Dans ses présupposés, la psychologie traditionnelle considère que le patient est incapable de résoudre ses problèmes par lui-même et partant, elle tend à interpréter, à orienter vers des solutions ou la résolution des difficultés. L'idée sous-jacente est que le psychologue dispose d'une connaissance qui lui permet de savoir ce qui est bon pour le patient et quel est le chemin qu'il doit suivre pour supprimer les troubles.

L'Approche centrée sur la personne se situe dans un tout autre paradigme car elle considère que c'est la personne elle-même, son organisme dans son entier plus exactement, qui sait ce qu'elle doit explorer, ce qui demande à être amené à la conscience. En aucun cas, le psychothérapeute centré sur la personne ne pourrait s'arroger le droit de déterminer le thème de la séance ou de poser des questions directement introspectives au client. Ce serait non seulement un manque de respect mais surtout prendre le risque de transformer la thérapie en une discussion d'ordre intellectuel, avec des rationalisations ou des explications sur l'origine du trouble, déconnectées de l'expérience immédiate du client. Le praticien rogérien préfère accueillir ce qui surgit naturellement et spontanément chez le client car c'est sans aucun doute ce qui a besoin d'être symbolisé et conscientisé. Cette thérapie "met davantage l'accent sur l'élément vécu, sur l'aspect affectif de la situation, plutôt que sur l'aspect intellectuel. Elle met finalement en pratique cette idée bien connue que la plupart des inadaptations ne sont pas dues à un manque de savoir, mais que le savoir est inefficace (pour résoudre les difficultés psychologiques) parce qu'il est bloqué par les satisfactions émotionnelles que l'individu tire de son actuelle inadaptation (Rogers 1991, p. 43). C'est pour cette raison que la Thérapie centrée sur le client s'efforce d'agir aussi directement que possible dans le champ du sentiment et du vécu plutôt que d'essayer une réorganisation du vécu par une approche intellectuelle (Rogers 1991, p. 43).

Diffusion de l’ACP en France[modifier | modifier le code]

À travers les livres[modifier | modifier le code]

Le premier ouvrage consacré à Rogers en langue française fut celui de G. Marian Kinget qui publia en 1962 en Belgique (Publications Universitaires de Louvain), en collaboration avec Rogers, un ouvrage en deux tomes : Psychothérapie et relations humaines, Théorie et pratique de la thérapie non directive.

Cependant, les deux principaux introducteurs de la pensée rogérienne en France ont été Max Pagès et André de Peretti. Le premier publia en 1965 L’orientation non directive qui présente la thérapie rogérienne (appelée alors Approche non directive) alors même que Rogers n'avait pas encore été traduit en français et qu'il n’était connu que de quelques cercles restreints[13].

André de Peretti a consacré trois livres à Carl Rogers à plusieurs années d'intervalle. Le premier, qui s’intitule Liberté et relations humaines ou l’inspiration non directive date de 1967[14]. Le second livre de Peretti, Pensée et vérité de Carl Rogers, avec une préface de Carl Rogers, a été publié en 1973 et dresse un vaste panorama de la théorie et des présupposés philosophiques de l’Approche centrée sur la personne. Enfin, en 1997 (dix ans après la mort de Rogers), André de Peretti a publié un troisième ouvrage : Présence de Carl Rogers.

Quant à l'œuvre de Rogers elle-même, il aura fallu attendre 1968 pour que le public francophone puisse y avoir accès en langue française grâce aux éditions Bordas (Dunod) qui publient la traduction de On Becoming a Person sous le tire Le développement de la personne (régulièrement réédité depuis). Cependant, deux ouvrages majeurs de Rogers ne sont toujours pas disponibles en français: Client-Centered Therapy (1951) et A Way of Being (1980)[15].

À travers la formation[modifier | modifier le code]

Carl Rogers s’est toujours opposé à la création d’une école de l’Approche centrée sur la personne (ACP) par peur que ses idées soient rigidifiées de manière immuable sans évolution possible, alors qu’il présente toujours ses théories comme des hypothèses que l’on doit vérifier en permanence à l’aune des faits et de l’expérience personnelle. Il n’existe donc pas, ni aux États-Unis, ni dans aucun autre pays, une école qui serait le représentant officiel de l’ACP ou le garant de la pensée rogérienne (comme c’est le cas pour la plupart des autres courants de psychothérapie qui disposent d’instances fédératives, souvent d’ailleurs fondées par leur créateur).

Cependant, Rogers a conçu un programme de formation à l’Approche centrée sur la personne, mais étonnamment, il ne l’a pas diffusé aux États-Unis mais en Europe où il chargea l’un de ses collaborateurs, Chuck Devonshire, de créer le Person-Centred Approach International Institute (PCAII). Cet institut, fondé en 1979 par Carl Rogers lui-même, Devonshire (1928-1999) et Alberto Zucconi, a débuté avec une première génération en 1981 et par la suite a formé d’autres groupes de manière continue jusqu’en 1996, date à laquelle chaque pays fut invité à créer son propre institut. Le PCAII a donc été en France le premier institut de formation à l'Approche centrée sur la personne et a formé les premières générations de psychothérapeutes français, grâce à des facilitateurs (formateurs[16]) venus des États-Unis, bien souvent des proches collaborateurs de Carl Rogers. Plus tard, d'autres instituts ont vu le jour: le Groupe d’études Carl Rogers[17]à Paris en 1985, l'IFRDP[18] à Dijon en 1997 et plus tard ACP Formations[19] à Paris.

En 1998, à l'issue d'une scission au sein du PCAII, un petit groupe d'anciens formateurs a fondé l'institut ACP-France[20] qui reprend le modèle de formation élaboré par Carl Rogers et applique les principes de l'ACP dans son fonctionnement au quotidien.

À travers les réseaux[modifier | modifier le code]

À partir des années 1980, la communauté rogérienne ressent le besoin d'appartenance. Les sympathisants de l’Approche centrée sur la personne souhaitent se connaître, créer des liens, se rassembler. À l'époque, l'ACP n'a aucune structure représentative, contrairement aux autres écoles de psychothérapie qui disposent généralement d'instances associatives ou fédératives.

Mais les rogériens sont confrontés à un dilemme. De par ses valeurs et ses principes, le rogérien est réfractaire à toute forme d'autorité et se méfie des structures institutionnelles qui prennent le pouvoir au détriment de l'individu. Il refuse la loi de la majorité (démocratie) et privilégie la notion de consensus (accord de tous). Au contrôle, il préfère remettre sa confiance dans le processus d'autorégulation. Mais en même temps, les praticiens de l'Approche centrée sur la personne ont besoin de s'unir et de se structurer pour asseoir leur présence face aux autres courants psychothérapeutiques et face aux syndicats professionnels qui tentent de fédérer et réguler la profession de psychothérapeute.

À l’initiative d’André de Peretti, se constitue un petit groupe informel de sympathisants de l’ACP qui se dénomme Collectif Carl-Rogers[21] et qui organise en 1988 un premier colloque d'une cinquantaine de personnes sous le titre Présence et actualité de Carl Rogers. Le Collectif Carl-Rogers rassemble des personnes intéressées de près ou de loin aux idées de Rogers. Il se réunit régulièrement à Paris et organise chaque année (ou tous les deux ans) des colloques autour de l’ACP réunissant des praticiens de la communauté rogérienne : psychothérapeutes, facilitateurs, travailleurs sociaux, enseignants, éducateurs... Il n'y a pas d'ostracisme, chacun trouve sa place selon ses besoins.

À l’issue des réunions, des participants prennent des initiatives avec le souci de poursuivre la labeur de diffusion de l’ACP ou de créer plus de liens. Une première tentative de recensement des thérapeutes centrés sur la personne exerçant en France se conclue par la publication d’une liste d’une cinquantaine de personnes. En 1994, démarre un groupe de supervision de psychothérapeutes centrés sur la personne qui se réunit tous les mois à Paris. Une petite gazette intitulée Mouvance Rogérienne est lancée et sera publiée régulièrement durant plusieurs années. En 1997, la première association française de professionnels dans l’Approche centrée sur la personne est officiellement fondée, l’AFP-ACP[22]. En 2000, le Collectif Carl-Rogers se dote d'un site web[23], et quelques années plus tard, en 2006, est lancé le bulletin "Trait d’Union"[24] avec 3 à 4 parutions annuelles.

Parallèlement à ces initiatives individuelles et bénévoles qui émanent du Collectif Carl-Rogers, la revue ACP Pratique et Recherche[25], une revue de référence sur l’Approche centrée sur la personne, voit le jour en 2005 avec une parution semestrielle.

Liens externes[modifier | modifier le code]

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Pagès, M. (1965) : L’orientation non directive, éd. Dunod, Paris.
  • Pereretti de, A. (1967) : Liberté et relations humaines, éd. Epi, Paris.
  • Pereretti de, A. (1973) : Pensée et vérité de Carl Rogers, éd. Privat.
  • Pereretti de, A. (1997) : Présence de Carl Rogers, éd. Eres, Paris.
  • Rogers, C (1951) : Client-Centered Therapy, its current practice, implications and theory, éd. Houghton Mifflin.
  • Rogers, C. (1968) : Le développement de la personne, éd. Dunod.
  • Rogers et Kinget M. (1969) : Psychothérapie et relations humaines. Théorie et pratique de la thérapie non directive (deux tomes), Publications universitaires de Louvain et Nauwelaerts. Cet ouvrage n'a jamais été traduit en anglais. Il est épuisé depuis longtemps, tant dans sa version en français qu'en espagnol. À noter cependant qu'il a fait l'objet d'une réédition en 2013 en castillan, au Mexique, sous l'impulsion de Juan Pablos Editor et de l'IHPG.
  • Rogers, C. (1973) : Les groupes de rencontre, éd. Dunod-Bordas, Paris.
  • Rogers, C. (1979) : Un manifeste personnaliste, éd. Dunod, Paris.
  • Rogers, C. (1980 ): A way of Being, éd. Houghton Mifflin, New York.
  • Rogers, C. (1984) : Liberté pour apprendre, éd. Dunod-Bordas, Paris.
  • Rogers, C. (1987) : El camino del ser, ed. Kairós.
  • Rogers, C. (1991) : La relation d'aide et la psychothérapie, 8e édition, ESF.
  • Rogers, C. (1999) : Réinventer le couple, 15e édition, Marabout, Paris.
  • Rogers, C. (2001) : L’Approche centrée sur la personne. Anthologie de textes. Ed. Randin, Lausanne

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. La classification des psychothérapies est de plus en plus complexe, mais on considère généralement que la [[psychologie humaniste]] (dont l’un des principaux théoriciens est [[Abraham Maslow]]) comprend trois courants principaux : l’Approche centrée sur la personne de [[Carl Rogers]], la [[Gestalt-thérapie|Gestalt thérapie]] de [[Fritz Perls]] et la [[logothérapie]] de [[Viktor Frankl]]
  2. Le terme de « client » (client en anglais) est préféré à celui de « patient » pour des raisons épistémologiques, en particulier le fait que le terme de patient renvoie au modèle médical, modèle duquel Rogers souhaitait clairement se démarquer. Voir ci-dessous.
  3. Voir par exemple le sous-titre de l'ouvrage de Marian Kinget et C. Rogers Théorie et pratique de la thérapie non-directive publié en 1962. Ou encore l’ouvrage de Max Pagès présentant au public francophone la méthode rogérienne en 1965 sous le titre "L’orientation non directive en psychothérapie et en psychologie sociale".
  4. Pereretti de A. (1973) : Pensée et vérité de Carl Rogers, p. 20.
  5. Rogers C. (1942) : Counseling and Psychotherapy. Traduit en français en 1970 : La relation d’aide et la psychothérapie (éd. ESF).
  6. "C'est l'individu et non pas le problème qui est au centre. L'objectif n'est pas de résoudre un problème particulier mais d'aider l'individu à se développer afin qu'il puisse faire face aux problèmes actuels et à des problèmes ultérieurs d'une façon mieux intégrée" (Rogers 1979, p. 59
  7. Rogers a formulé à plusieurs reprises cette hypothèse également exprimée dans A way of being" (1980): “It is that the individual has within him or herself vast resources for self-understanding, for altering the self- concept basic attitudes, and his or her self-directed behaviour - and that these resources can be tapped if only a definable climate of facilitative psychological attitudes can be provided”.
  8. "Il y a, dans chaque organisme, à quelque niveau que ce soit, un courant inné qui entraîne celui-ci vers la réalisation positive de se propres possibilités" (Rogers 1979, p. 6).
  9. Rogers (1979), p. 7 et Rogers (1986), p. 60-65. En anglais, voir A way of being
  10. Voir aussi A way of Being, chapitre IV.
  11. C'est donc à la personne elle-même qu'incombe la tâche de résoudre sa vie. Cette approche vise directement "la réalisation, une indépendance et un intégration plus grande de l'individu, et ne croit pas que de tels résultats seront obtenus plus vite si le conseiller-psychologue vient au secours du client pour résoudre son problème. Le but n'est pas de résoudre tel problème particulier, mais d'aider l'individu à atteindre la maturité qui lui permettra de faire face au problème actuel, mais aussi aux suivants, d'une manière mieux adaptée. La thérapie ne consiste donc pas à faire quelque chose pour l'individu, ni non plus à le conduire à faire quelque chose pour lui-même. Elle consiste à le libérer pour qu'il puisse achever sa maturation et son développement normaux, à retirer les obstacles pour qu'il puisse reprendre sa marche en avant" (Rogers 1991, p. 42-43).
  12. De fait, toutes les études récentes viennent confirmer cette hypothèses de Carl Rogers. Elles démontrent que le succès d’un processus psychothérapeutique dépend en fait de "facteurs non spécifiques" et n'est pas dû à des techniques ou une méthodologie particulière. Ces facteurs non spécifiques ont été finalement attribués à la qualité de la relation, c’est-à-dire aux attitudes mises en œuvre par le thérapeute, le facilitateur ou l’accompagnant. Voir Luborsky, Singer & Luborsky (1975): Comparative Studies of Psychotherapies. Its true that “everyone has won and all must have prizes”, Archives of General Psychiatry, nº 48, p. 995-1008. Également: Ablon J.S. & Jones E.E. (2002) : Validity of Controlled Clinical Trials of Psychotherapy. Findings from the NIMH Treatment of Depression Collaborative Research Program. American Journal of Psychiatry, Mayo 2002, nº 159, p. 775-783. Pour une vision générale, voir Haudiquet X. : La profesión de psicoterapeuta, in Revue Figura-Fondo Nº 26, Otoño 2009, Mexico (p. 111-133). Article également disponible sur https://www.academia.edu/5620175/La_profesion_de_psicoterapeuta
  13. Par la suite, Pagès prendra ses distances avec l’Approche centrée sur la personne pour s'intéresser à d’autres écoles de psychothérapie.
  14. Seul le premier tiers de cet ouvrage est consacré aux idées de Rogers.
  15. En revanche, ces deux livres ont été traduits en espagnol; le premier sous le titre: Psicoterapia centrada en el cliente, éd Paidós. Le deuxième s'intitule El camino del ser, éd. Kairós 1986.
  16. Dans le cadre de l’Approche centrée sur la personne, le terme de facilitateur remplace celui de formateur car, il ne s’agit pas d’enseigner ou de transmettre un savoir, mais de « faciliter » littéralement le processus d’apprentissage qui se fait au niveau cognitif et expérientiel.
  17. [1]
  18. [2]
  19. [3]
  20. institut ACP-France
  21. Collectif Carl-Rogers
  22. AFP-ACP
  23. site web
  24. Trait d’Union
  25. ACP Pratique et Recherche