Veni Creator Spiritus

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La Veni Creator Spiritus est une hymne, considérée comme une des compositions les plus distinguées de ce genre. L'œuvre fut composée par un auteur de qualité au IXe siècle et il s'agit d'un excellent fruit de la Renaissance carolingienne. Elle est formellement utilisée auprès des églises catholiques mais aussi dans la plupart des églises occidentales[jj 1].

Texte[modifier | modifier le code]

Latin français

Veni, creator Spiritus,
Mentes tuorum visita,
Imple superna gratia
Quæ tu creasti pectora.

Qui diceris Paraclitus,
Donum Dei altissimi,
Fons vivus, ignis, caritas
Et spiritalis unctio.

Tu septiformis munere,
Dextræ Dei tu digitus,
Tu rite promissum Patris,
Sermone ditans guttura.

Accende lumen sensibus,
Infunde amorem cordibus,
Infirma nostri corporis
Virtute firmans perpeti.

Hostem repellas longius
Pacemque dones protinus ;
Ductore sic te prævio
Vitemus omne noxium.

Per te sciamus da Patrem,
Noscamus atque Filium ;
Te utriusque Spiritum
Credamus omni tempore.

Deo Patri sit gloria,
Et Filio, qui a mortuis
Surrexit, ac Paraclito
In saeculorum saecula. Amen.[1].

(Vatican 2015)

1) Viens, Esprit Créateur,
Visite l'âme de tes fidèles,
Emplis de la grâce d'En-Haut
Les cœurs que tu as créés.

2) Toi que l'on nomme le Conseiller,
Don du Dieu Très-Haut,
Source vive, feu, charité,
Invisible consecration.

3) Tu es l'Esprit aux sept dons,
Le doigt de la main du Père,
L'Esprit de vérité promis par le Père,
C'est toi qui inspires nos paroles.

4) Allume en nous ta lumière,
Emplis d'amour nos cœurs,
Affermis toujours de ta force
La faiblesse de notre corps.

5) Repousse l'ennemi loin de nous,
Donne-nous ta paix sans retard,
Pour que, sous ta conduite et ton conseil,
Nous évitions tout mal et toute erreur.

6) Fait-nous connaître le Père,
Révèle-nous le Fils,
Et toi, leur commun Esprit,
Fais-nous toujours croire en toi.

7) Gloire soit à Dieu le Père,
au Fils ressuscité des morts,
à l'Esprit Saint Consolateur,
maintenant et dans tous les siècles. Amen[2].

(Vatican 2020)

Texte très ancien, il existe quelques variantes de verset[ak 1], même dans les dossiers du Vatican, qui furent sortis auparavant[3].

Partition[modifier | modifier le code]

Historique[modifier | modifier le code]

Origine de texte[modifier | modifier le code]

Comme d'autres hymnes très anciennes, l'origine de Veni creator spiritus demeure encore floue, faute de manuscrit sûr[4]. Concernant l'auteur, John Julian, qui publia en 1892 A Dictionary of Hymnology, conclut que le vrai auteur restait inconnu[jj 2], en présentant les candidats que d'autres chercheurs diffusaient : saint Ambroise de Milan († 397), saint Grégoire le Grand († 604), Charlemagne († 814) et Raban Maur († 856). Ce sujet fut encore examiné en 1924 par Dom Henri-Marie-André Wilmart, spécialiste des œuvres médiévales.

  1. L'origine de l'attribution à saint Ambroise était issue de quelques publications du XVIe siècle (ainsi que du siècle suivant) des œuvres de ce saint de Milan. On y insérait en effet la Veni creator[jj 3]. En admettant que l'auteur puisse être inspiré de l'hymne ambrosienne authentique Veni Redemptor gentium[jj 4], l'absence d'indice est, pour cette attribution, définitive[jj 3],[aw 1].
  2. En ce qui concerne saint Grégoire le Grand, on discutait que ce pape était assez capable de composer, correctement, cette œuvre d'après sa grande connaissance. Or, il n'existe aucun document ancien afin d'affirmer cette hypothèse[jj 3] tandis que le texte ne peut pas remonter avant la Renaissance carolingienne[aw 1]. C'est surtout en raison des manuscrits les plus anciens[aw 1]. Mais l'avis de quelques chercheurs était et est que l'hymne, notamment la strophe V, est une réponse pour la question du Filioque, à la suite du troisième synode d'Aix-la-Chapelle (809) auquel on discuta principalement ce sujet[ak 2],[aw 2].
  3. Avec ce dernier point de vue, Charlemagne pouvait être auteur hypothétique. Ainsi, en 1889, Auguste Lerosey avait écrit : Charlemagne (IXe siècle), ou mieux auteur incertain[5]. À vrai dire, cette attribution était, au XIXe siècle, favorisée , car l'un des moines de l'abbaye de Saint-Gall présentait, dans leur manuscrit 556, p. 342, cette identification [100][jj 5]. Il s'agit d'un manuscrit composé, par plusieurs mains du IXe siècle au XIIIe siècle. John Julian avait conclu, en raison de l'attribution tardive (XIIIe siècle par Ekkehard V[aw 1]) sans indice concrète, que ni Charlemagne (Karolo) ni Charles II le Chauve n'était l'auteur[jj 3]. De même, tant Dom Wilmart que Pierre Batiffol écartèrent respectivement cette hypothèse en 1924[aw 3].
  4. Il est vrai que, parmi ces quatre personnages, Raban Maur est un seul candidat possible. L'attribution fut faite en 1617 par Christoph Brouwer, mais non plus, sans justification sure[jj 3]. Cette publication[6] de Brouwer était celle d'un manuscrit du Xe siècle issu de l'abbaye de Fulda où Raban Maur avait été élu abbé en 822[7]. Comme une grande partie de ce manuscrit fut aujourd'hui perdue[aw 4], on ne peut pas le vérifier en façon critique. Aussi John Julian avait-il accusé tant le manque de qualité de rédaction que la plupart des attributions douteuses[jj 3]. De même, Dom Wilmart considérait, après avoir examiné ces œuvres en comparaison, que les compositions sont certainement étrangères à l'abbé de Fulda[aw 5].

De nos jours, donc, ne fut découvert aucun manuscrit précisant le nom de l'auteur. Et, si les chercheurs mentionnaient l'existence de manuscrit daté du Xe siècle, on ne trouve actuellement, dans les archives, que les manuscrits à partir de l'an 1000 environ, selon la datation précise[ak 3],[jj 6],[jj 7]. Il existerait donc plus de 150 ans d'absence de manuscrit, après la composition.

Ce qui demeure certain est qu'il s'agit d'un véritable chef d'œuvre de la liturgie du Moyen Âge. En 2019, lors de la publication de son étude consacrée à la Veni creator, Jessica Ammer partageait l'avis de l'historien britannique Frederic James Edward Raby (1953) : « If, however, it cannot be proved that this splendid hymn is the work of Raban, it is certain that it belongs to the ninth century and is a fruit of the Carolingian Renaissance[ak 4]. » (Or, même si l'on ne peut pas confirmer que cette magnifique hymne soit l'œuvre de Raban, il est certain qu'elle est attribuée au IXe siècle et un fruit de la Renaissance carolingienne.) Telle est la conclusion des spécialistes.

En admettant qu'il y ait toujours l'affirmation pour Raban Maur, comme Benoît Patar (2006)[8], encore faut-il découvrir un manuscrit plus ancien et plus sûr. Une encyclopédie, révisée en 2017, classait cette hymne parmi les œuvres anonymes[9]. La bibliothèque nationale de France aussi reste prudente. Celle-ci donne son avis, sans employer le mot auteur, à l’Adoro te devote dont l'attribution de l'auteur était également discutée : Attribué à Thomas d'Aquin. Au contraire, en ce qui concerne ce sujet, la bibliothèque nationale ne donne aucun avis à la Veni creator ni à Raban Maur[10].

Origine de mélodie[modifier | modifier le code]

La notation musicale la plus ancienne de Veni creator spiritus se trouve dans un manuscrit, qui fut copié vers 1000, dit Kemptener Hymnenbuch, issu de l'abbaye de Reichenau. Ce manuscrit Rh83, à l'origine en usage à Kempten (Allgäu), se conserve actuellement à la bibliothèque centrale de Zurich[ak 3]. Il s'agit de l'un des témoignages les plus anciens. La mélodie de celui-ci ressemble à celle de l'hymne de Pâques Hic est verus[ak 3]. La similitude se trouve aussi dans la tradition du rite ambrosien[ak 3],[11] :

Diffusion par l'ordre de Cluny et le concile de Reims[modifier | modifier le code]

Dom Prosper Guéranger soulignait, dans L'année Liturgique tome III, l'importance de la pratique de l'hymne Veni creator spiritus à l'office de tierce toute l'année, mais surtout en faveur de celui qui précède la messe solennelle de la Pentecôte. Il affecta l'origine de cette pratique au XIe siècle et à saint Hugues de Cluny[13]. L'étude concernant la réforme clunisienne, qui avait été lancée vers 1030, permet d'affirmer cette attribution à l'ordre de Cluny[14]. Cependant, réforme destinée aux monastères de l'ordre, cette recommandation eut son influence, assez progressivement. Le concile de Reims, tenu en 1049 en présence de Léon IX, était détaillé par un moine de l'abbaye Saint-Remi de Reims, Anselme, qui écrivait que, la journée de la clôture, l'hymne Veni creator spiritus avait été chanté, pour remplacer l'antienne Exaudi nos Domine[15] : « sed ad ejus adventum clerus decentissime cecinit hymnum, Veni creator Spiritus[ak 2]. » Écrite entre 1067 et 1071[16], il s'agit de la citation la plus ancienne parmi les documents surs[15],[11].

Manuscrits du XIe siècle[modifier | modifier le code]

Avant le XIIe siècle, les manuscrits copiés n'étaient pas nombreux. Il existe toutefois plusieurs manuscrits du XIe siècle qui contient l'hymne Veni creator spiritus, ceux qui nous renseignent quelques caractéristiques importantes de cette hymne[jj 1],[jj 8]. Ils se trouvent en Allemagne, en Angleterre, en Espagne, en France, en Italie et en Suisse[ak 5] :

Au regard du manuscrit noté le plus ancien, le texte n'est pas disponible en ligne :

Dans certains manuscrits, les premiers mots sont présentés[jj 1], ce que le célébrant étonnait :

Ces manuscrits indiquent qu'à l'origine, le texte se construisait de six strophes et qu'une doxologie y fut ajouté tardivement[jj 2], car la strophe VI n'est autre qu'une doxologie formelle[aw 6]. Pour cette doxologie VII, il existe un grand nombre de variantes alors qu'il y a peu de modification pour les strophes I - VI[jj 2],[aw 7]. Ce que ces manuscrits expriment est que, dans ce siècle, ni le texte ni l'usage n'était fixé ; rien n'était fixé au XIe siècle. Sans doute, la mélodie non plus.

Possibilité d'autres mélodies[modifier | modifier le code]

Le manuscrit latin 103 de la bibliothèque nationale de France est un témoin très important. Au folio 154v, l'hymne Veni creator s'accompagne de neumes-accents français, qui était une caractéristique à Saint-Denis. Cela signifie qu'au XIe siècle, cette hymne était en usage à l'abbaye de Saint-Denis[sb 1],[19]. Au XIIIe siècle, ce manuscrit était déjà placé dans la bibliothèque, donc hors d'usage[sb 1]. L'analyse du répertoire permet d'établir que le manuscrit était fidèle à la liturgie locale de Saint-Denis, selon le rite gallican[sb 2]. La question, qui reste encore, est que la notation musicale était ajoutée à seule cette pièce, en dépit de la mélodie qui est connue aujourd'hui. De surcroît, il ne s'agissait pas d'un livre de chant. Il semble donc qu'il existât, auparavant, une autre version musicale et qu'à la suite de l'adoption de la nouvelle version de laquelle la mélodie est identique à l'hymne ambrosienne, on dût annoter cette dernière[sb 3]. Cette hypothèse de Suzan Boynton demeure assez possible, car, dans le manuscrit D'Orville 45 de la bibliothèque Bodléienne (à l'origine, 1067 ou 1068), l'hymne fut entièrement ajoutée, un peu tardivement, au manuscrit[sb 3]. Son usage était précisé, dans cette addition, pour l'office de Tierce de la Pentecôte[sb 3]. Cela suggère qu'il s'agirait d'une nouvelle adoption. Il est d'ailleurs à noter que ce manuscrit était issu de l'abbaye Saint-Pierre de Moissac[sb 4] qui demeurait, à cette époque-là et depuis 1048, sous influence de la réforme clunisienne[sb 5]. Cluny recommandait, bien entendu, cette pratique.

À partir du XIIe siècle, les manuscrits devinrent si nombreux que l'on peut considérer que dorénavant l'utilisation était habituelle[20]. La Veni creator spiritus se trouve en effet dans de nombreux bréviaires, hymnaires et le reste, en usage de toutes les églises occidentales, quel que soit le rite[jj 1].

Premières compositions en polyphonie[modifier | modifier le code]

En ce qui concerne la composition musicale, il reste quelques manuscrits très anciens. Celui de Philippe de Vitry († 1361) est considéré comme le plus ancien[21]. L'original de ce manuscrit fut détruit à Strasbourg par l'incendie issu de la guerre franco-allemande de 1870, mais des transcriptions sont conservées à la bibliothèque du conservatoire royal de Bruxelles[21]. Plusieurs manuscrits de John Dunstable († 1453), compositeur britannique, se trouvent même dans des archives italiennes (Aoste, Modène et Trente), ce qui confirme son authenticité et sans doute sa popularité[22]. Il s'agit d'une œuvre particulière, à savoir en combinaison, de ce compositeur dans laquelle deux voix sur quatre chantent le texte de l'hymne Veni Sancte Spiritus : I - séquence Veni sancte spiritus ; II - trope selon Veni sancte spiritus ; III (ténor) - hymne Veni creator spiritus en tant que cantus firmus ; IV (contre-ténor) - Veni creator spiritus[23].

À la fin du Moyen Âge[modifier | modifier le code]

Au XVe siècle, deux compositeurs importants de l'École bourguignonne, Guillaume Dufay et Gilles Binchois, composèrent, eux aussi, leur Veni creator en polyphonie.

La Veni creator fut entonné lors de la reddition de Bordeaux aux Français. C'était le que l'archevêque Pey Berland et tous les ordres de ville accueillirent, à la porte de la ville, l'armée française dirigée par Jean de Dunois. L'hymne symbolisait tant le rendre grâce que la procession des religieux[24],[25]

L'hymne était et est réservée, également, à la fondation des établissements ecclésiastiques. Le 26 juin 1472, lors de l'inauguration solennelle de l'université d'Ingolstadt, qui était la première université en Bavière et canoniquement érigée en 1459 par le pape Pie II, la première strophe Veni creator spiritus mentes tuorum visita fut prononcée par Martin Mayr, au milieu de son discours[26].

À la Renaissance[modifier | modifier le code]

Tout comme le Te Deum, la Veni creator spiritus était le synonyme de la paix. À la suite du traité de Cambrai, qui fut conclu et signé par Louis XII en 1508, Nicaise Ladame, chroniqueur de Maximilien Ier, composa La paix faicte a Chambray entre l'empereur [et] le tres crestie Roy de France avec leur aliez [lire en ligne][27]. Le troisième poème possédait un incipit en latin : Le Veni creator spiritus faicte et composé a Chambray pur la paix par le songeur dessus dit. Et l'auteur insérait ses propres versets en français entre les textes de l'hymne. Dans cette œuvre, les rimes étaient, malgré cela, respectés (spiritus en latin et Vertus en français), ce qui exprime le talent de cet écrivain :

(I) Veni creator spiritus
Qui les bons vivans lave et munde
Fait que par tes dignes Vertus .......
Mentes tuorum visita.

(II) Imple superna gratia
Les princes de noble appareil .......
Quæ tu creasto pectora.

(III) Qui paraclitus diceris
etc.

L'hymne fut solennellement chantée, le 13 décembre 1545 à la cathédrale de Trente, lors de l'inauguration de célèbre concile de Trente[28].

Et dans le cadre de cette Contre-Réforme, le bréviaire romain adopta en 1570 la doxologie actuelle Deo Patri sit gloria[jj 2].

Il est normal que l'on l'ait chantée en janvier 1579 avec une oraison en l'honneur du Saint-Esprit, lorsque furent nommés les premiers chevaliers de l'ordre du Saint-Esprit par le roi Henri III[29].

À la Renaissance, on comptait quelques compositeurs les plus importants de l'époque. Il s'agit d'Adrien Willaert, de Roland de Lassus, de Tomás Luis de Victoria et de Carlo Gesualdo. La publication de Victoria en 1581 précisait son usage liturgique, In pentecoste[30]. Sans doute s'agit-il de la partition la plus ancienne qui indiquât cette utilisation.

Quant à Luther, il avait adopté en 1535[jj 9], pour son rite d'ordination, l'hymne Veni creator en traduction, avec la Veni Sancte Spiritus[31].

Toujours dans la liturgie sous le règne de Louis XIII[modifier | modifier le code]

L'usage de l'hymne s'illustrait au moment du sacre des rois de France à Reims. Ainsi, le 16 octobre 1610, la veille du sacre de Louis XIII, la chapelle royale chanta Veni creator spiritus, à la fin des offices solennelles de vêpres[32].

Le règne de Louis XIII comptait encore plusieurs témoignages. Après avoir célébré une messe dominicale le 18 octobre 1618 à l'église Saint-Germain-d'Auxerre de Navarrenx, le roi retourna à Pau de sorte que l'évêque y rétablisse le culte catholique. Le 20 octobre, Louis XIII assista à la procession vers une petite chapelle qui conservait le Saint-Sacrement avant la messe à la cathédrale. L'hymne était chantée lors du départ de cette procession solennelle[33].

L'utilisation était parfois quotidienne. Dans le Cérémonial des religieuses de l'abbaye Notre-Dame de Monter-Villers, Ordre de Sainct Benoit (Paris, 1626), le chant à la fin de la messe était précisé : « Vers la fin de la Messe, la Sacristine allumera les cierges, ... commencera en chant, Veni Creator que le Chœur poursuivra à genoux, et les cloches sonneront durant iceluy[xiii 1]. »

Il est à noter qu'à partir de cette époque-là, l'hymne était fréquemment chantée en alternance, à savoir à l'unisson et en polyphonie[xiii 2]. Ou, on chantait en alternance entre la voix et l'orgue. Par exemple, le manuscrit Vma Rés 571 de la bibliothèque nationale de France ne contient que les strophes I, III, V et VII[xiii 3]. Cette alternance était recommandée par la réforme liturgique selon le Contre-Réforme, qui était précisée par le dit Cérémonial de Clément VIII sorti du Vatican en 1600, dans l'optique de sauvegarder la musicalité de la liturgie, au contraire du calvinisme qui faisait supprimer toute la musique.

Enfin, c'était sous le règne de ce roi qu'Antoine Boësset († 1643) commença, en France, à composer la Veni creator en polyphonie[xiii 4]. L'œuvre de Jehan Titelouze (1623) pour l'orgue facilitait la pratique en alternance. Il ne composa que quatre strophes sur sept [101].

Paraphrases de compositeurs[modifier | modifier le code]

Ce texte spirituel inspira de nombreux compositeurs. On s'aperçoit de ce phénomène surtout à la chapelle royale sous le règne de Louis XIV, ce qui suggère la préférence de ce Roi Soleil. Marc-Antoine Charpentier en composa cinq, s'il n'avait aucune fonction officielle à la cour de ce roi. L'époque de la musique romantique arrivée, un certain nombre de grands compositeurs catholiques n'hésitèrent pas, au XIXe siècle, à prendre ce texte, par exemple César Franck, Anton Bruckner, Camille Saint-Saëns.

L'hymne Veni creator spiritus fut sélectionnée par Gustav Mahler en faveur de sa symphonie n° 8, composée en 1907[34]. L'œuvre était dédiée à Meiner lieben Frau (ma chère épouse) Alma Mahler, ce qui explique pourquoi Mahler avait choisi cette hymne pour le 1er mouvement, à la suite d'un mariage compliqué[35]. À l'origine, l'œuvre avait été conçue comme symphonie banale, mais finalement améliorée avec l'hymne et un texte de Johann Wolfgang von Goethe. La première partie se caractérise de deux motifs, celui de Veni creator spiritus et celui d’Imple superna gratia. Celui d’Accende lumen sensibus, qui s'emploie pour le développement d'après la règle de la sonate, est remis dans le deuxième mouvement. Donc il y a un contraste entre le motif descendant de Veni creator et le motif ascendant d’Accende lumen, selon le sens de texte[34].

Le compositeur polonais Karol Szymanowski, quant à lui, écrivit son œuvre en polonais en 1930[36]. Il s'agissait d'une composition particulière tandis que le choix de Szymanowski n'était pas par hasard. En effet, l'œuvre fut exécutée le 7 novembre en faveur de l'inauguration de l'Académie de musique de Varsovie, dont l'organisation avait été réformée à cette année-là. Le compositeur fut nommé premier recteur de cette académie. On comprend que le texte, vraiment solennel et spirituel, fût particulièrement adapté à cette célébration distinguée[37]. L'événement fut suivi, à partir du 29 novembre, de l'insurrection de Novembre.

Usage actuel[modifier | modifier le code]

La réforme liturgique selon le concile Vatican II affecta, à l'hymne, un rôle plus important dans la célébration. Dorénavant, cette dernière se commence avec une hymne qui exprime le motif ou la caractéristique de la célébration, avec refrain. Surtout, l'hymne Veni creator spiritus est réservée aux vêpres du Temps pascal (année II)[38] ainsi que de Pentecôte[39], tout comme auparavant[40].

La tradition depuis le XIe siècle, ou avant, se conserve toujours. L'hymne est chantée en faveur de l'ordination sacerdotale des prêtres[41],[42]. De surcroît, celle-ci est réservé pour la première messe de prêtre après cette ordination.

Il est essentiel que les célébrations remarquables ont besoin de cette hymne, par exemple, lors de l'entrée du conclave, de la célébration de synodes et de conciles, de la dédicace des églises[43]. Ainsi, avec cette hymne, le concile Vatican II aussi commença, le 11 octobre 1962[44]. Quelle que soit la célébration, l'usage adapte à la solennité de laquelle celle-ci a besoin. Ainsi, à la messe ecclésiastique tenue le 14 janvier 2015, la Veni creator fut chantée à Colombo. Il s'agissait d'un voyage officiel du pape François dans l'optique de visiter le Sri Lanka et les Philippines. L'hymne fut chantée une seule fois à Colombo, lors de la première messe de ces missions pontificales[45].

Comme l'exécution était et est réservée à ces célébrations particulièrement distinguées, l'accompagnement de la cloche ou des instruments n'est pas rare, depuis le Moyen Âge, dans l'optique d'amplifier la dignité. À la fête de la Pentecôte, c'est souvent la trompette qui symbolise l'Esprit-Saint[jj 3]. Dans le contexte liturgique, c'est donc pendant la neuvaine préparatoire à la Pentecôte que l'on la chante en souhaitant les dons de l'Esprit-Saint[43].

Une autre fonction importante, c'est pour prononcer la profession de vœux par les religieuses et religieux. L'un des témoignages les plus dramatiques est ceux des Carmélites de Compiègne, exécutées le 17 juillet 1794[46],[47].

Mis en musique[modifier | modifier le code]

Au Moyen Âge[modifier | modifier le code]

À la Renaissance[modifier | modifier le code]

Musique baroque[modifier | modifier le code]

  • Antoine Boesset (1587 - † 1643) : hymne à 4 voix accompagnée d'orgue[60],[xiii 4]
  • Henry Du Mont (1610 - † 1684) : motet de la Pentecôte à 4 voix avec basse continue, dans la Cantica sacra (1652)[61]
  • Guillaume-Gabriel Nivers (1632 - † 1714) : motet pour soliste et chœur, dans les Motets à voix seule, accompagnée de la basse continue (1689)[62] [partition en ligne]
  • Marc-Antoine Charpentier (1643 - † 1704) :
    • motet à 3 voix accompagné d'instruments, H54[63]
    • hymne du Saint-Esprit pour solistes, chœur et instrument, H66[64]
    • motet pour soprano solo et basse continue, dans le Motet pour le catéchisme, n° 1, H69 (vers 1690)[65]
    • motet pour soprano solo et basse continue, dans le Motet pour le catéchisme, n° 3, H70 (vers 1690)[66]
    • motet pour le Saint-Esprit avec haute-contre, ténor et basse ainsi que basse continue, H362 (vers 1692)[67]
  • Michel-Richard de Lalande (1657 - † 1726) : motet pour les 1res et 2es vêpres de la Pentecôte, S14 (1684, révision 1722)[68]
  • André Campra (1660 - † 1744) : hymne pour la Pentecôte (1731)[69],[70]
  • Henry Desmarest (1661 - † 1741) : motet pour 5 solistes et chœur à 5 voix ainsi qu'instruments[71],[72]
  • Charles-Hubert Gervais (1671 - † 1744) : hymne du Saint-Esprit pour 4 solistes, chœur à 4 voix et instruments[73] [manuscrit en ligne]

Musique classique[modifier | modifier le code]

Musique contemporaine[modifier | modifier le code]

Messe Veni creator spiritus[modifier | modifier le code]

Œuvre instrumentale[modifier | modifier le code]

Il est à noter qu'il existe de nombreuses paraphrases pour orgue tant de la Veni creator que de la Komm, Gott Schöpfer, composées par des organistes moins connus[99].

Voir aussi[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Sur les autres projets Wikimedia :

Vatican[modifier | modifier le code]

  • Lettre aux prêtres du pape Jean-Paul II, le 31 mars 1998 [102]
  • Homélie du pape Benoît XVI avec les Mouvements ecclésiaux et les Communautés nouvelles, la veillée de Pentecôte 3 juin 2006 [103]
  • Partition dans la brochure de la messe pontificale présidée par le pape François, le 12 janvier 2015 [104]

Notice[modifier | modifier le code]

Références bibliographiques[modifier | modifier le code]

  • John Julian, A Dictionary of Hymnology, p. 1206 - 1211, 1892 (en)[lire en ligne]
  1. a b c d et e p.  1206
  2. a b c et d p.  1207
  3. a b c d e f g h et i p.  1208
  4. p.  1211
  5. p. 1207 ; dans ce manuscrit, à la page 342, magnoa ... Karolo (Charlemagne) et veni creator
  6. p. 1206 ; le seule manuscrit du Xe siècle que John Julian mentionnât, manuscrit viz. 111 de la bibliothèque de Zurich, folio 172b, n'est pas retrouvable.
  7. p. 1208 ; un document daté vers 898, par des chercheurs français en 1680 (titre de l'hymne trouvé dans la translation de saint Marcoul à Peronne), par exemple Mémoire de l'Académie des sciences, belles-lettres et arts de Lyon, 1893 [1]), fut finalement identifié à 1102.
  8. p. 1206 ; manuscrit Palatine latin 30 est aujourd'hui attribué au XIIIe siècle (de)[2]
  9. p. 1209 ; la première apparition serait en 1524.
  • Henri-Marie-André Wilmart, L'hymne « Veni Creator Spiritus » et la séquence « Veni Sancte Spiritus » en l'honneur du Saint-Esprit, dans La Vie et les arts liturgiques, n° 115, juillet 1924, p. 395 - 401
    Reprise, Église du Saint-Sacrement à Liège, Feuillet de la semaine de la Pentecôte, Vendredi 5 juin 2020 [lire en ligne]
  1. a b c et d p.  3
  2. p. 15, note n° 19 ; appendice de l'éditeur, selon l'encyclopédie Catholicisme, 1999, tome XV fascicule 72
  3. p. 3, note n° 3 et 4
  4. p. 3, note n° 5
  5. p.  4
  6. p.  10
  7. p. 8 - 10
  • Susan Boynton, Eleventh-century continental hymnaries containing latin glosses, dans la revue Scriptorium, tome 53-2 (1999), p. 200 - 251 (en)[lire en ligne]
  1. a et b p.  234
  2. p.  235
  3. a b et c p.  238
  4. p.  228
  5. p. 228 - 229
  • Susana Zapke (éd.), Hispania Vetus : manuscritos litúrgico-musicales de los orígenes visigóticos a la transición francorromana (siglos IX - XII), Fondacíon BBVA, Bilbao 2007 (ISBN 978-84-96515-49-9) (es)[lire en ligne]
  1. p.  376
  2. p.  278
  • Lewis Peter Bennett, Sacred Repertories in Paris under Louis XIII, Paris, Bibliothèque nationale de France, MS Vma rés. 571, Ashgate Publishing Limited, Surrey 2009 (ISBN 978-0-754668213) (en)[lire en ligne]
  1. p. 148, note n° 14
  2. p.  148
  3. p.  149
  4. a et b p.  197
  • Andreas Kraẞ, Hymnus, Sequenz, Antiphon : Fallstudien zur volkssprachlichen Aneignung liturgischer Lieder im deutschen Mittelalter, Walter de Gruter, Berlin 2019 (ISBN 978-3-11-064678-8) (de)[lire en ligne]
  1. p. 17 - 18
  2. a et b p.  19, note n° 16
  3. a b c d et e p.  21
  4. p. 19 et 36 ; Frederic James Edward, A History of Christian-Latin Poetry from the Beginning to the Close of the Middle Ages, tome II, Oxford 1953
  5. p.  15

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Vatican, Celebrazioni liturgiche presiedute dal Santo Padre Francesco, le 12 janvier 2015, p. 9 - 10 [3]
  2. Vatican [4]
  3. Vatican, le 31 mars 1998 [5]
  4. Au contraire, il faut remarquer que quelques hymnes de saint Ambroise de Milan furent bien identifiées en fraçon critique, grâce aux documents surs, notamment ceux de saint Augustin d'Hippone.
  5. Auguste Lerosey, Manuel liturgique : à l'usage du séminaire de Saint-Sulpice, tome III, p. 528, 1889 [6]
  6. Rabanus Maurus (attribué par Christoph Brouwer), Poemata de Diversis nunc primum vulgata et scholiis illustrata, studio R. P. C. Broweri, 1617 [7]
  7. Data Bnf [8]
  8. « Il [Maur] est l'auteur de l'hymne sublime, chantée durant tout le Moyen Âge, et parfois de nos jours, le Veni Creator. » (Dictionnaire des philosophes médiévaux, p. 753, 2006 [9])
  9. William Kibler (éd.), Medieval France : An Encyclopedia, p. 1541, 2017 (en)[10]
  10. Data Bnf [11]
  11. a et b Université d'Oxford (Grove) (en)[12]
  12. Université Humboldt de Berlin (de)[13]
  13. Prosper Guéranger, L'année Liturgique, tome III, p. 304 [14]
  14. Denyse Riche, L'ordre de Cluny à la fin du moyen âge, p. 222 - 223, note n° 6 Université de Saint-Étienne 2000 [15]
  15. a et b Joseph Darras, Histoire générale de l'Église depuis la Création jusqu'à nos jours, p. 149, 1875 [16]
  16. Compte-rendu d'A. Erlande-Brandenburt, Saint-Rémi de Reims, au XIe siècle, 1977 [17]
  17. a et b Wolfgang Herbst, Wer ist wer im Gesangbuch ?, p. 175, 2001 (de)[18]
  18. Helmut Gneuss, Hymnar und Hymnen im englischen Mittelalter, p. 112, 2013 (de)[19]
  19. Archives Bnf [20]
  20. Cette diffusion serait le résultat de l'expansion du chant grégorien. À partir du XIe siècle, ce dernier remplaça toutes les autres traditions, à l'exception du chant ambrosien, mais affaibli. Ainsi, le chant mozarabe fut remplacé par le chant grégorien dans ce siècle, par les moines de Cluny.
  21. a b et c Université d'Oxford [21]
  22. a et b Universite d'Oxford [22]
  23. Harold Gleason, Music in the Middle Ages and Renaissance, p. 90, 1981 (en)[23]
  24. Contenantn l'histoire despuis Hugues Capet jusqu'à Louis XI, tome II, p. 1079, 1627 [24]
  25. Jean Chartier, Chronique de Charles VII, p. 310, 1858 [25]
  26. Charles H. Verdiere, Histoire de l'Université d'Ingolstadt, p. 19, 1887 [26]
  27. Archives Bnf [27]
  28. Paul Lacroix, Le Moyen Âge et la Renaissance, tome III, p. 9, 1850 [28]
  29. Jean-Louis-Félix Danjou, Archives curieuses de l'histoire de France depuis Louis XI jusqu'à Louis XVIII, p. 296, 1836 [29]
  30. a et b Université de Salamanque [30]
  31. Hans Raun Iversen, Rites of Ordination and Commitment in the Churches of the Nordic Countries, p. 436, 2006 (en)[31]
  32. Louis Archon, Histoire de la Chapelle des Rois de France, tome II, p. 711, 1711 [32]
  33. Jacques Le Cointe, Histoire du règne de Louis XIII, p. 246, 1716 [33]
  34. a et b D. Kern Holoman, Gustav Mahler (1560 - 1911) : Symphony No. 8in E-flat Major, dans le livre Nineteenth-Century Choral Music p. 103 - 106, 2013 [34]
  35. Universal Edition [35]
  36. Paolo Isotta, Altri canti dei Marte, p. 91, 2015 (it)[36]
  37. Éditions MPH (en)(de)[37]
  38. Académie de chant grégorien [38]
  39. Académie de chant grégorien [39]
  40. Théodore Pitrat, Vespéral romain pour tous les jours de l'année, p. 355, 1817 [40]
  41. Brian Cummings, The Book of Common Prayer, p. 794, note n° 639, Oxford University Press 2011 (en)[41]
  42. Lettre aux prêtres du pape Jean-Paul II, datée du Jeudi Saint 31 mars 1998 [42]
  43. a et b Site des Dominicains de Toulouse [43]
  44. John O'Malley, What Happened at Vatican II, p. 62, Harvard University Press 2010 (en)[44]
  45. Libretto du Vatican, les 12 - 19 janvier 2015 [45]
  46. François Brigneau, 1792 - 1794 : la Terreur, mode d'emploi, p. 160, 1991 [46]
  47. Robert Ellsberg, Blessed Among Us, p. 409, 2016 (en)[47]
  48. Notice Bnf [48]
  49. Université d'Oxford [49]
  50. Université d'Oxford [50]
  51. Notice Bnf [51]
  52. Université d'Oxford [52]
  53. Université d'Oxford [53]
  54. Université d'Oxford [54]
  55. Notice Bnf [55]
  56. Université d'Oxford [56]
  57. Notice Bnf [57]
  58. Université d'Oxford [58]
  59. Antonio Vaccaro, Carlo Gesualdo Principe di Venosa, p. 149, 2013 (it)[59]
  60. Notice Bnf [60]
  61. Éditions CMBV [61]
  62. Notice Bnf [62]
  63. Éditions CMBV [63]
  64. Notice Bnf [64] sous-notice n° 6
  65. Notice Bnf [65]
  66. Notice Bnf [66]
  67. Notice Bnf [67]
  68. Notice Bnf [68]
  69. Notice Bnf [69]
  70. Catherine Cessac (éd.) / Lionel Sawkins, Itinéraires d'André Campra (1660 - 1744), p. 82 - 83, 2012 [70]
  71. Notice CMBV [71]
  72. Notice Bnf [72]
  73. Notice Bnf [73]
  74. Notice Bnf [74]
  75. Notice Bnf [75]
  76. Notice Bnf [76]
  77. Notice CMBV [77]
  78. Notice Bnf [78]
  79. Notice Bnf [79]
  80. Carol June Bradly, Index to Poetry in Music, p. 396, 2014 [80]
  81. Notice Bnf [81]
  82. Éditions Carus-Verlag [82]
  83. Diocèse de Soissons [83]
  84. Notice Bnf [84]
  85. Notice Bnf [85]
  86. Notice Bnf [86]
  87. Notice Bnf [87]
  88. Notice Bnf [88]
  89. Laura Dolp, Arvo Pärt's White Light, p. 225, note n° 52, Cambridge University Press 2017 (en)[89]
  90. Estonian Music Information Centre [90]
  91. Université d'Oxford [91]
  92. Notice Bnf [92] sous-notices n° 1 - 3
  93. Notice Bnf [93]
  94. Notice Bnf [94]
  95. Notice Bnf [95]
  96. Notice Bnf [96]
  97. Notice Bnf [97]
  98. Notice Bnf [98]
  99. Dennis Schmidt, An Organist's Guide to Resources for the Hymnal 1982, tome II, p. 93 - 95, 1991 (en)[99]