Conservatoire royal de Bruxelles

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Conservatoire royal de Bruxelles, rue de la Régence (Bibliothèque du Conservatoire de Bruxelles, B-Bc, SLZ)

Issu d'une école de chant établie dès 1813 sous l'Empire napoléonien a Bruxelles, puis d'une École Royale de Musique instituée en 1826 par Guillaume Ier des Pays-Bas, le Conservatoire royal de Bruxelles date officiellement de 1832[1]. Dispensant un enseignement de niveau universitaire dans les domaines de la musique et des arts de la parole, il acquiert ses lettres de noblesse par l'envergure internationale de directeurs successifs tels que François-Joseph Fétis, François-Auguste Gevaert, Edgar Tinel, Joseph Jongen ou Marcel Poot.

En 1966, un arrêté royal scinde le Conservatoire en deux entités linguistiques autonomes: le Conservatoire royal de Bruxelles qui enseigne en français, et le Koninklijk Conservatorium Brussel qui enseigne en néerlandais et anglais. Tout en se partageant les mêmes bâtiments, les deux institutions se développent désormais de manière autonome.

Depuis 2009, le Conservatoire francophone s'est associé avec l'École nationale supérieur des Arts Visuels « La Cambre » et l'Institut national supérieur des arts du Spectacle (INSAS) pour former ARTes, une coupole qui regroupe ces trois écoles supérieures des arts de la Fédération Wallonie-Bruxelles (la Communauté française de Belgique), toutes de retentissement international et sises à Bruxelles et qui, ensemble, proposent un accès aux études dans tous les domaines artistiques organisés.

Historique[modifier | modifier le code]

Travaux de construction du Conservatoire royal de Bruxelles, 1873, architecte Jean-Pierre Cluysenaar (Bibliothèque du Conservatoire royal de Bruxelles, B-Bc, ICO-II-32)

Destinée à former des élèves pour le théâtre lyrique – alors très en vogue – et à préparer les meilleurs d'entre eux pour le Conservatoire impérial de Paris, l'école de chant établie à Bruxelles dès 1813 offre des classes de chant et de solfège. Connaissant un succès appréciable, elle se développe rapidement par l'ajout de différentes classes d'instruments et devient, en 1826 et sous l'impulsion du Gouvernement des Pays-Bas, l'École royale de Musique. Alors que la révolution de 1830 vient interrompre les activités de l'École royale, obligeant le collège du bourgmestre et échevins de la Ville de Bruxelles de fermer provisoirement l'établissement en 1831, ses activités reprennent en 1832 sous le nom de Conservatoire royal de Musique de Bruxelles. La commission de surveillance, désignée pour administrer celui-ci, nomme le musicographe et pédagogue montois François-Joseph Fétis[2] (1833-1871) à la tête de la nouvelle institution. Elève, puis professeur et bibliothécaire du Conservatoire de Paris, il ambitionne de donner à la jeune école belge un rayonnement similaire, notamment par la constitution d'un corps professoral éminent et par le développement d'un orchestre composé de professeurs et d'élèves du Conservatoire, dédié à la divulgation de la musique ancienne.

Son successeur, François-Auguste Gevaert[3] (1871-1908), par son érudition musicologique et ses dons d'organisateur, accroît encore davantage le prestige de l'établissement: de nouveaux cours sont institués, des bourses d'étude créées, le bâtiment actuel construit et un musée des instruments établi. Sous son émule, les Concerts du Conservatoire, désormais ouverts aux compositeurs internationaux et contemporains, acquièrent un prestige inégalé.

Le troisième directeur, Edgar Tinel (1908-1912), donne une nouvel essor à l'enseignement théorique et crée le cours d'art lyrique, tandis que Léon Du Bois (1912-1925), malgré les années difficiles de la guerre et de l'après-guerre, réussit à maintenir le niveau très élevé des études et à instaurer un cours d'histoire de la musique. Joseph Jongen (1925-1939) achève de conférer aux cours du Conservatoire le caractère que nous leur connaissons aujourd'hui. Il sera succédé par son frère Léon Jongen (1939-1949) qui dirige l'établissement pendant dix ans, puis par Marcel Poot (1949-1966).

C'est en 1966 que l'institution est scindée en deux unités linguistiques, ayant chacune à sa tête un directeur, Camille Schmit (1966-1973) pour la section francophone et Kamiel D'Hooge (1967-1994) pour la section néerlandophone, suscitant le dédoublement de l'administration ainsi que des cours théoriques et pratiques. En 1988, un département jazz est créée à côté des sections de musique ancienne et des arts de la parole. La direction des deux institutions est aujourd'hui respectivement assurée par Frédéric de Roos et Peter Swinnen.

Le bâtiment[modifier | modifier le code]

Grande salle de concert du Conservatoire royal de Bruxelles (Bibliothèque du Conservatoire royal de Bruxelles, B-Bc, SLZ)

Le bâtiment de style néo-renaissance qu'il occupe aujourd'hui à la rue de la Régence a été édifié entre 1872 et 1876. Composé de trois corps inspirés de l'aile Lescot du Louvre, disposés autour d'une cour d'honneur, il est l'œuvre de l'architecte belge Jean-Pierre Cluysenaar.

Dès 1877, sous l'impulsion de François-Auguste Gevaert, un musée des instruments est adjoint au Conservatoire, recueillant des dons ou des dépôts importants – dont la collection de François-Joseph Fétis –, ainsi que des pièces rares, contribuant à faire de ce musée, actuellement connu sous le nom de Musée des instruments de musique (MIM), l'un des plus riches d'Europe.

Le Conservatoire dispose également d'une salle de concert à l'acoustique exceptionnelle. De style Napoléon III et dotée d'un orgue Cavaillé-Coll, elle est considérée comme l'un des plus beaux auditoires de la capitale. Dans le bâtiment principal se trouve aussi la bibliothèque, datant du directorat de Fétis.

Enseignement[modifier | modifier le code]

Admission[modifier | modifier le code]

L'admission au Conservatoire royal de Bruxelles est conditionnée par un examen d'entrée.

Cours[modifier | modifier le code]

Le Conservatoire dispense des enseignements en deux disciplines: Musique et Théâtre & Arts de la parole. Les études sont organisées en deux cycles, un cursus-bachelier de 3 ans et un cursus-master de 2 ans pour le domaine de la musique, et de 1 an pour le domaine du théâtre et des arts de la parole. Une agrégation pour ces deux catégories peut être obtenue en post-master.

Concours[modifier | modifier le code]

Dans le domaine instrumental ou vocal, de nombreux talents brillants parmi les jeunes musiciens issus du Conservatoire royal de Bruxelles ont été admis à la Chapelle Musicale Reine Elisabeth ou ont été élus lauréats au prestigieux Concours Reine Elisabeth de Belgique.

Activités auxiliaires[modifier | modifier le code]

Concerts[modifier | modifier le code]

L'Association des Concerts et Spectacles du Conservatoire organise chaque saison plus d'une centaine de concerts et de spectacles d'étudiants. Deux festivals annuels, « Courants d'airs » et « Nocturnes du Conservatoire », viennent étoffer ce programme.

L'Union du Corps Professoral du Conservatoire Royal de Bruxelles (UCPCRB) quant à lui se concentre sur le développement d'événements divers.

Le musée[modifier | modifier le code]

Fondé en 1877 dans le but didactique de montrer aux élèves d'anciens instruments de musique, le musée instrumental du Conservatoire – désormais connu sous le nom de Musée des instruments de musique (MIM) de Bruxelles – abrite des instruments anciens acquis par Fétis, des pièces rares de la collection initiale ainsi que des dons – comme celui d'une centaine d'instruments indiens offerts au roi Léopold II en 1876 – ou de nouvelles acquisitions[4]. Si le musée n'exhibait que 172 pièces lors de sa fondation, il en compte plus de 8000 aujourd'hui. Abrité depuis juin 2000 dans le prestigieux immeuble de style Art nouveau conçu en 1899 par l'architecte Paul Saintenoy pour les anciens établissements Old England, le MIM, dirigé actuellement par le Directeur Général des Musées royaux d'art et d'histoire de Bruxelles, Eric Gubel, connaît un rayonnement international.

La bibliothèque[modifier | modifier le code]

Bibliothèque du Conservatoire royal de Bruxelles, ca. 1960 (Bibliothèque du Conservatoire royal de Bruxelles, B-Bc, ICO-98022-3)

Créée elle aussi dans un but pédagogique, la bibliothèque des Conservatoires royaux de Bruxelles – gérée désormais en binôme par le Conservatoire royal de Bruxelles et le Koninklijk Conservatorium Brussel – possède aujourd'hui environ un million d'entités bibliographiques dont la richesse et la rareté constituent un instrument scientifique d'importance internationale.

Bibliothèque du Conservatoire royal de Bruxelles, ca. 1960 (Bibliothèque du Conservatoire royal de Bruxelles, B-Bc, ICO-98022-2)

La collection est formée principalement d'ouvrages sur la musique (y compris des périodiques ou revues musicales et musicologiques – plus de 1200 titres), ainsi que de partitions sous forme manuscrite (environ 13000), imprimée ou digitalisée. S'y ajoutent une importante collection de plus de 8000 livrets d'opéras italiens, français ou allemands des XVIIe et XVIIIe siècles, des tablatures de luth et de guitare, plusieurs milliers de lettres autographes de musiciens, des collections iconographiques (près de 9000 pièces), des programmes de concerts et des enregistrements de toute nature (bandes magnétiques, cassettes, vidéogrammes, disques 78 et 33 tours ou compacts). La bibliothèque possède en outre une série d'acquisitions importantes dans le domaine de la musique contemporaine.

À côté des collections du fonds général figurent plusieurs fonds spéciaux d'archives de valeur historique, dont le fonds Johann J. H. Westphal acheté par Fétis (manuscrits de C.P.E. Bach et de Georg Philipp Telemann). Le fonds du médecin collectionneur Guido Richard Wagener acquis par Alfred Wotquenne (musique allemande des XVIIe, XVIIIe et XIXe siècles, comprenant quarante manuscrits autographes de trois fils de J.-S. Bach), le fonds Jean-Lucien Hollenfeltz (consacré aux Mozart, en particulier à Constance et à son fils cadet Franz Xaver Wolfgang Mozart), le fonds Maria Malibran (objets et documents de la cantatrice et de sa famille proche), le fonds Edmond Michotte (documents provenant de la bibliothèque privée de Rossini), le fonds Józef Wieniawski (partitions manuscrites du musicien), le fonds Joseph Jongen (manuscrits autographes, bibliothèque musicale, archives) ou le fonds Laurent Halleux (Quatuor Pro Arte, compositeurs américains du début du XXe siècle, Stravinsky) viennent étoffer cette compilation patrimoniale.

En 2015, la bibliothèque a repris la collection de partitions rassemblée par le Centre Belge de Documentation Musicale (CeBeDeM), tout en poursuivant les objectifs de celui-ci en matière de diffusion de la musique belge contemporaine en Belgique et à l’étranger. La bibliothèque est ouverte au public et son catalogue électronique peut être consulté en ligne.

Personnalités liées au Conservatoire royal de Bruxelles[modifier | modifier le code]

Directeurs[modifier | modifier le code]

François-Joseph Fétis, premier directeur du Conservatoire royal de Bruxelles

Professeurs[modifier | modifier le code]

Enseignement violonistique[modifier | modifier le code]

Enseignement pianistique[modifier | modifier le code]

Autres disciplines[modifier | modifier le code]

Alumni[modifier | modifier le code]

Prix de Rome belge (premiers prix)[modifier | modifier le code]

Annexes[modifier | modifier le code]

Bibliographie[modifier | modifier le code]

  • Annuaire du Conservatoire royal de Musique de Bruxelles, depuis 1877.
  • Jacques Leduc, Le Conservatoire royal de musique de Bruxelles, Bruxelles, 30 Rue de la Régence, 3e édition, 1974.
  • Koninklijk Conservatorium Brussel 1967-1987, Brussel, Vriendenkring van het Koninklijk Conservatorium Brussel, 1987.
  • Irène Bogart, « L'enseignement musical », La musique en Belgique, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1950.
  • E. Mailly, Les origines du Conservatoire royal de Musique de Bruxelles, Bruxelles, Hayez, 1879.
  • René Vannes avec la collaboration d'André Souris, Dictionnaire des musiciens (compositeurs) belges, Bruxelles, Larcier, 1947.
  • Cebedem et A. Manteau, Music in Belgium (Muziek in België), Bruxelles, 1964.
  • Henri Vanhulst, « L'éducaton musicale », La musique en Wallonie et à Bruxelles, Bruxelles, La Renaissance du Livre, 1982.
  • Nicolas Meeus, « Le musée instrumental de Bruxelles », coll. Documentation et enquêtes, no 11, Ministère de l'Éducation Nationale et de la Culture Française, 1976.

Articles connexes[modifier | modifier le code]

Liens externes[modifier | modifier le code]

Notes et références[modifier | modifier le code]

  1. Arrêté royal du 13 février 1832.
  2. Henri Vanhulst, « Fétis directeur du Conservatoire royal de Bruxelles », Revue Belge de Musicologie, vol. 62,‎ , pp.127-133.
  3. Henri Vanhulst, « Gevaert directeur du Conservatoire royal de Bruxelles », Revue Belge de Musicologie, vol. 65,‎ , pp. 9-19.
  4. Lucien Deroisy, Les sons retrouvés (1954). Documentaire de 22' sur la collection d'instruments anciens du Conservatoire de Bruxelles.
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